LA MONARCHIE AUSTRO-HONGROISE VEUT VIVRE 4<J
l'homme sera homme. Tous les peuples aspirent à une vie qui soit leur vie, avec la langue, les souvenirs, les traditions et les coutumes qui leur sont chères, à côté de frères qui, plus heureux, ont déjà réussi à se donner un pays libre, ou sur les tombes des ancêtres auxquels les oppresseurs d'aujourd'hui ravirent la liberté.
Mais quelle différence entre un idéal dont la réalisation ne peut même pas être entrevue dans le plus fou des rêves, et celui que les circonstances placent si près de vous, à votre portée, comme une chose que vous saisirez, que vous êtes en train de saisir !
Les Serbes se sont montrés en Bosnie-Herzégovine; des potences furent dressées dans le Banat et en Croatie, parce que les populations s'apprêtaient à ouvrir les bras aux Serbes ; les Roumains plantèrent le tricolore à Brasov, à Sibiou, dans le pays de l'Oit et jusque sous les murs de Sighisoara ; la Bukovine a décroché les portraits d'hier ; jusqu'à Lemberg, jusqu'à Przemysl, les Ruthènes acclamèrent la Russie Rouge ; les Polonais eurent la vision de leur royaume ressuscité, et les millions de Tchèques, les millions de Slovaques d'Amérique travaillent à leur liberté de demain. Leurs apôtres portèrent un enthousiasme religieux dans toute l'Europe Occidentale...
Dira-t-on : qu'importe ! Les armées ont reculé ou reculeront. Les « traîtres » ont été menés au gibet. Les exilés obtiendront leur grâce. Un si-
mulacre de constitution calmera certaines ambitions.
II y a quelque chose qui restera, qui ne sera ni refoulé, ni consolé, ni supprimé : c'est l'âme des peuples qui, après trois années de secousses et de convulsions, vient de prendre son essor.
Et si l'Autriche et la Hongrie ne sont, ni l'une ni l'autre, l'œuvre d'une âme, c'est une âme qui se chargera à coup sûr de les tuer, que les socialistes russes le veuillent ou non.
Jassy, le 29 mars 1917.
Ne n mut Romanesc An XII. N° i5q.