SCÈNE II
NEDDA seule, puis TONIO.
NEDDA (pensive).
Ses yeux lançaient la flamme!.., J*ai dû baisser les miens Pour ne pas laisser voir Mon ardeur secrète.
Il serait implacable
S'il nous surprenait !
Peureuse ! Allons, chassons ma crainte folle et vaine I Ah ! de soleil la nature est pleine ! Quelle flamme m'embrase.
Je suis tout alanguie !
Quel désir inconnu Me pénètre.
(Regardant 1g ciel)
^r, PAILLASSE
Ah ! quel essaim d'oiseaux Et que de cris joyeux !
Où vont-ils?... que veulent-ils?... qui sait!.., Ma pauvre mère, hélas ! par son art merveilleux, Comprenait leur langage, Et me chantait dans mon jeune âge :
Hui! ils s'en vont joyeux, Libres, heureux, Et, dans leur vol, plus prompts que le regard des yeux, Bravant les noirs autans, et du soleil les feux Ils montent au plus haut des cieux !
Laissez voler rapides Vers les airs limpides Les oiseaux avides D'azur et de splendeur ! . . .
Qui sait? Ils poursuivent dans l'atmosphère Quelque chimère Au reflet trompeur ! . . .
Narguant les vents, riant de la tempête, Ils franchissent les monts et les mers ! L'éclair, la foudre I Nul pouvoir n'arrête Le vol rapide de ces rois des airs !
Ils semblent fuir vers un pays étrange Et que peut-être jamais ne verront !
Mais sans cesse poussés par le destin profond, Que rien ne change, Ils vont! ils vont! ils vont!...
(Tonio, pendant la chanson sera sorti de derrière le théâtre, et sera allé s'appuyer contre un arbre, écoutant, heureux. — Une fois le chant fini, Nedda va pour rentrer, elle l'aperçoit.)
NEDDA (brusquement et contraiiéoj
C'est toi !... Je te croyais bien loin d'ici !