‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 104 sur 122 · LES POLONAIS DËCLARËS BELLIGÉRANTS · texte numérisé non relu

LES POLONAIS DËCLARËS BELLIGÉRANTS

2S septembre 1868.

Le Moniteur publie la dépêche adressée par le prince GortchakofTà M. de Knorring, chargé d'affaires de Russie à Vienne. Cette dépêche constate ce que nous avions nousmème démontré , à savoir : que les intérêts de l'Autriche et de la Russie sont c identiques » ; elle constate également que, si « l'Autriche désire voir promptement établi dans le » royaume de Pologne un état de clioses qui rendrait la » tranquillité à ce pays, le repos à l'Europe, la sécurité aux » relations des cabinets », la Russie ne le désire pas moins vivement. La dépêche ajoute que pour réaliser ce désir, la Russie fera tout ce qui dépendra d'el(e. Nous en sommes persuadé, car nous en avons son intérêt pour caution.

La dépêche, écrite avec fermeté et dignité, ne renferme pas un seul mot qui soit ou blessant ou provocant.

Mais ce qui sera certainement remarqué et gravement commenté, c'est l'insertion simultanée, au Moniteur, de la lettre adressée par le gouvernement national polonais au prince Gzartoryski, lettre qui y occupe huit colonnes. L'insertion de cette lettre au Moniteur a dû avoir lieu trèsprécipitamment, car le journal officiel n'a pas même pris le temps d'indiquer par qui ni à qui la lettre est adressée. Il se borne à donner la date : Varsovie, 15 août 1863. Mais peutêtre les omissions que nous signalons ont-elles été volontaires et calculées; peut-être le gouvernement français a-t-il . pensé et pesé que s'il nommait dans le Moniteur le gouvernement çational polonais, ce serait le reconnaître tout au moins indirectement.

Ouoi qu'il en soit, pour quiconque sait lire , ^'insertion au Mimiteur du compte rendu adressé au prince Gzartory ski par le gouvernement anonyme polonais pourrait être Considérée et sera considérée comme la préface à l'admission des insurgés au titre et à la qualité de belligérants ; c*est ce que demandaient avec instance VOpirwm nationale et le Siècle.

Raisonnons dans Fhypothèse fort hasardeuse où ces deux journaux auraient obtenu ce qu'ils ont demandé, supposons que les insurgés soient élevés au rang de belligérants : qu'y gagneraient les Polonais? quelle force, quel appui, quel concours cette reconnaissance par la France et l'Angleterre a-t-elle donnés, en Amérique, aux séparatistes du Sud contre les unionistes du NordT Le jour où, en Pologne, les Insurgés seraient admis par la France et l'Angleterre au titre de belligérants, que penserait, que dirait, que ferait TAutriche, qui a tant à craindre que les Polonais sujets autrichiens ne fassent cause commune avec les Polonais sujets russes? Permettrait- elle que la Gallicie et Gracovie servissent de passage aux armes achetées par les belligérants? La Pologne est enclavée, enfermée entre l'Autriche, la Prusse et la Russie. Dira-t-on qu'elle i)eut être accessible par la mer Noire, la mer Baltique et le golfe de Livonieî Mais comment et par qui?

La reconnaissance des Polonais insurgés en qualité de belligérants aurait certainement pour conséquence immédiate le rappel de M. le baron de Budberg et le retour de M. le duc de Montebello,

Après ?

Est-ce que, sous le roi Louis-Philippe, la France et la Russie ne se sont pas très-longtemps passé réciproquement d'ambassadeur, sans que la guerre éclatât et sans que les relations entre les deux peuples en allassent ni mieux ni plus mal?

La politique de V Opinion nationale et du Siècle, c'est la vieille politique avec les vieux moyens. Nous persistons à penser qu'un gouvernement nouveau, issu d'un principe nouveau, en avait à faire une moins caduque et qui fût à la fois plus digne et plus efficace.

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