‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 116 sur 122 · GOMMENT LA FRANGE IMPÉRIALE FAIT LA GUERRE · texte numérisé non relu

GOMMENT LA FRANGE IMPÉRIALE FAIT LA GUERRE

Mais M. Paulin Limayrac s'est grossièrement trompé en comptantqu'ildétourneraitla polémique par cette manœuvre. Nous dressons procès-verbal qu'il n'a pas répondu, qu'il n'a pas pu répondre.

Nul n'a oublié comment la France impériale fait la guerre, et peut-être y a-t-il peu de tact à le rappeler durement à

TAulriche quand on la presse si vivement de nous prêter son concours! C'est précisément parce que nul ne Ta ouMié que la France n'a point à craindre qu'on l'accuse de s'être COUCHÉE DANS LA BOUE, selou l'expressiou de M. Guéroult.

Que la reccmstitution de la Pologne soit une question européenne et ne soit pas une question française , que la France, sans l'Angleterre et sans l'Autriche, ne doive pas entreprendre une nouvelle guerre contre la Russie : assurément ce n'est pas nous qui soutiendrons le contraire, et sur ce point nous sommes parfaitement d'accord avec le CansH" tuiwmnd, la France et le Fay$; mais où nous nous séparons carrément de ces trois journaux , c'est quand ils vantent Faction commune qui a été l'action stérile, pis que cela encore, qui a été' Faction cruelle; car sans la prétendue action commune la Pologne eût accepté l'amnistie qui lui a été donnée , la Pologne serait maintenant en pleine possession des Six Points, le sang de la Pologne n*ëût pas coulé à fiols, l'assassinat ne l'eût pas souillée!

Pour nous, le mot qui n'est point le nom d'une personne ou d'une chose, qui n'en est point la représentation exacte, est un son qui se perd dans le vide et n'est point un mot. Décomposons ce fomenx titre :

LA POLOGNE SOUS LA PROTECTION DE l'EUROPE-

D'abord, par ce mot « l'Europe » que faut*il entendre ?

Est-ce que l'Angleterre , l'Autriche et la France forment à elles trois toute l'Europe ? Non ; donc on ne devrait pas dire : l'Europe; on devrait dire : la France, l'Autriche et l'Angle-» terre. Est-ce que ces trois puissances se sont enfin mises d'accord , après huit mois de conférences et de correspondances, sur ce qu'il y avait à faire pour protéger la Pologne ? Non ; elles ne sont pas plus avancées à cet égard que le premier jour et peut-être moins. Alors que signifie le mot c protection »? Il ne signifie absolument rien ; il est tout aussi inexact que le mot «Europe ». Alors quelle valeur a donc le titre donné par M. Paulin Limayrac & son article inséré dans

le ConstiiuUonnêl? Ancvne. C'est un titre trompeur, menteur, imposleur. Ce n'est pas protéger un peuple que d'attendre qu'il soit exterminé pour aller à son seeours. Si le feu pre* nait aux boréaux du ConstUttUormel, que dirait M. Paulin Limayrac des pompiers qui attendraient pour venir éteindre l'incendie que le feu eût tout consumé? M. Paulin Limayrac dirait qu'il eût mieux valu ne pas compter sur eux.

Ce qui nous indigne, c'est de voir qu'on fait tant de phrases au sujet des Polonais sans songer sérieusement à eux. Il n'y a peut-être que nous, qui ne faisons point de phi^ases sur eux, qui nous en préoccupions constamment, qui ayons toujours devant les yeux les mourants, les blessés, ks exilés, les ruinés!

Phraseurs de l'action commune et phraseurs de l'action isolée, finissez-en donc avec vos phrases, dont chaque mot peut coûter la vie à plusieurs hommes.

Le ConstUtOUmnel avait enten-é l'action isolée; à présent il la couvre de fleurs^ Que par pitié il se hâte donc maintenant d'enterrer et de couvrir également de fleurs l'action commune !

Qu'attend-il î

Il sait que l'Angleterre ne fera rien que des discours avinés ! Il sait que l'Angleterre ne contredira pas sa politique traditionnelle depuis George III! Il sait que l'Angleterre redoute bien plus encore son c aUié sutpect » que son « ennemi puUsant » ! Il sait pertinemment que si la France, après une campagne hardie et une victoire glorieuse, avait réussi, à elle toute seule, à reconstituer la Pologne du congrès, c'est-à-dire la Pologne de 1815, l'Angleterre ferait pour la Pologne, en 1864, ce qu'elle a fait en 1860 ponr l'Italie. Elle ferait des meetings où elle accuserait la France de n'avoir pas, en 1863, reconstitué la Pologne de 1772, comme en 1860 elle a aecusé la France de n'avoir pas , en 1859, arraché la Vénétie aux Autrichiens et Rome an pape !

Qu'attend-il?

Il sait que l'Autriche traînant les boulets de la Yénétie» de

la Gallicie, de Gracovie, sans parler de la Hongrie, ne peut ni avancer ni reculer! Il sait qu'elle est condamnée à Timmobilité et à Timpuissance! Il sait qu'elle a un égal intérêt à maintenir et à déchirer les traités de 1815, en vertu desquels elle possède la Gallicie et en violation desquels elle détient Cracovie !

Qu'attend-il?

Il sait que, si l'action isolée était périlleuse, du moins elle était possible, tandis que l'action commune, qui ne serait pas périlleuse, cela est vrai, est impossible.

Dira-t-il que l'action commune est une transition nécessaire pour masquer une retraite qui serait trop brusque? Dira-t-il que l'action commune a l'avantage d'effacer la responsabilité sous la solidarité?

Si le Constitutionnel, au lieu d'esquiver une réponse promise, avait la franchise d'avouer ce qu'il dissimule, nous lui répondrions que la France n'est jamais plus imposante que lorsqu'elle est sincère et ne décline aucune responsabilité, même celle d'une tentative infructueuse faite dans une intention louable.

La France a pensé qu'en soumettant la Russie à une pression de l'Europe en faveur de la Pologne, elle obtiendrait de l'empereur Alexandre davantage et plus vite que si elle ne donnait pas aux Polonais cette marque de sympathie.

La France s'est évidemment trompée.

L'empereur Alexandre a fait ce qu'eût fait à sa place l'empereur Napoléon. Il a maintenu la plénitude de son initiative et a voulu garder le mérite de ses actes.

— Qu'y a-t-il à faire ?

— Le lui laisser.

De deux choses l'une : ou l'empereur Alexandre, affranchi d'une pression défiante et blessante, s'empressera de faire, et au delà, pour la Pologne tout ce que l'Angleterre, l'Autriche et la France avaient réclamé; ou l'empereur Alexandre, mentant à tout son passé, replacera la Pologne sous le joug de fer qui a duré de 1832 jusqu'à i854.

Dans le premier cas, la Russie s'élève et donne tort à la France, à l'Anglelerre, à TAutriche.

Dans le second cas , la Russie s'abaisse et donne raison à FAutricbe, à l'Angleterre, à la France. Ses rigueurs n'ayant pins pour les couvrir le manteau de la guerre, la Russie n'est plus , en Europe , que la dernière des nations civilisées.

Est-il admissible que le souverain qui a affranchi vingt millions de serfs, qui les a rendus à ladignité d'bommes, qui lésa élevés au rang de citoyens, préfère la seconde hypothèse à la première? Non ; c'est pourquoi, nous souvenant de paroles restées célèbres (1), nous disons qu'il faut se bâter de sortir de la solidarité pour rentrer dans la responsabilité.

A la Russie devant l'Europe, à la Russie devant la Civilisation , à la Russie devant THumanité , à la Russie devant l'Histoire , la responsabilité de ses œuvres !

Les meilleures leçons adonner, ce sont les bons exemples.

Si l'Angleterre veut donner aux Russes une bonne leçon, qu'elle s'occupe plus activement et plus efficacement encore d'améliorer le sort de tant d'Irlandais qui meurent de faim , et qu'elle ne commette pas aux Indes les excès qu'elle flétrit en Pologne !

Si l'Autriche veut donner aux Russes une bonne leçon , qu'elle s'entende avec le roi d'Italie pour lui céder la Vénétie, à des conditions honorables, qui affermissent la paix!

Si la France veut donner aux Russes une bonne leçon, qu'elle se hâte un peu plus de rentrer dans la plénitude des libertés dont elle a été en possession et dont son orgueil blessé souffre de ne plus jouir !

Si le Constitutionnel a des objections sérieuses contre cette conclusion , qu'il nous les fasse; nous prenons l'engagement de n'en laisser aucune sans réponse ; l'exemple que nous lui donnerons sera une leçon; nous lui montrerons :

GOMMENT LA Pretie TIENT PAROLE.

(1) «Je mil sorti de la légalité pour rentrer dans le droit. *

ProclamaUom aprkt U 3 dSctmbn 1S51.

LA GENDARMOCRATIE

30 octobre 1$68.

L'idéal de M. Labbé, Vicaire de M. Guéronlt, le grand prêtre de la déesse BeUone , c'est la gendarmocratie.

Aimant la liberté d'un amcmr si froid , il est tout simple que MM. les rédacteurs de ToPiNiaN nationale , jourtud db nationalités, aient une passion si brûlante pour le gendarme et n'imaginent rien de plus beau, rien de plus grand. Cet idéal , nous l'avouons, n'est pas celui de la pbessb , jcwmal de la paix et de la liberté en Europe.

Nous imaginons pour la France un autre rAle que celui de gendarme à la poursuite des malfaiteurs couronnés. Noos voudrions qu'elle fût la grande nation expérimentale; la grande nation modèle; la grande nation fermant l'ère des questions pour ouvrir l'ère des solutions , l'une après l'autre ; la grande nation mettant fin au règne des expédients par le règne des principes; la grande nation donnant l'essor à tous les progrès et l'émulation à tous les peuples; la grande nation ayant les routes les mieux entretenues, les chemins de fer les plus commodes, les plus sûrs, les plus rapides, les hôtels et les auberges les plus propres et les phis confortables, les villes d'eaux les plus attrayantes, la capitale renfermant les mnsées les plus beaux du monde, les bibliothèques les plus précieuses, les collections d'objets d'art les plus complètes , les monuments les plus dignes d'être visités et imités, les établissements d'instruction publique les plus parfaits ; ofÎTBSii les spectacles les plus variés, les distractions les plus nombreuses et le séjour à la fois le plus agréable ,

le plus sûr et le moins cher, dernière condition essentielle qae rendraient possible la transformation de IMmpôt et la suppression de l'octroi; conviant enfin à venir chez elle de tous les points de l'Europe tout ce qui pense et tout ce qui dépense ! Cet idéal, si facile à réaliser par la paix et avec le crédit, c'était celui de l'empereur Napoléon I* à Sainte- Hélène, lorsqu'il disait le 11 novembre 1815 : c Tallais me » donner uniquement à l'administration de la France, et je » crois que j'eusse enfanté des prodiges... Teusse fait la

> 00!f QUÊTE MORALE DE L'EUROra ! >

De cette conquête morale de l'Europe par la France et par la paix, MM. les rédacteurs de ï Opinion natUmak ne font nul cas; ils disent avec dédain qae c'est de la fantaisie. Ce qu'ils veulent, le voici :

« Un malCùtettr s'est introdait avec effraction et escalade dans l'Europe civilisée. Il y pille, il y iMrùle, il y tue, il vidle les fèmiaes, il fait les enfants orphelins, il traîne dans son enfer de glaces des jeunes filles de quinze ans. Ce mal&iteur, c'est le Russe , c'est le Tartare, c'est la barbarie mongole, c'est le mauvais génie du désert asiatique. Nous entendons les cris des victimes, et nous appelons ks gendarmes contre les assassins. »

Les Russes étant les assassins , il est clair que ce sont les Français qui sont les gendarmes!

C'est donc avec raison que nous avons dit que l'idéal de M. Guéroult était la gendarmocratie.

M. Guéroult et ses collaborateurs ont encore un autre idéal : c'est celui de Joseph de Maistre, exprimé par ces paroles qu'ils citent : « Nmis sommes broyés pour être mêlés. »

Ayons le courage de notre lâcheté, osons dire que ce mélange n'a rien qui nous tente, rien qui parle à notre imagination, rien qui la séduise. Nous le trouvons hideux et nous le disons.

Pour nous le faire trouver beau, c'est vainement que l'Opinion nationale ajoute ce qui suit :

R Cest la guerre qui, sur les pas d'Alexandre, a porté la civilisation jusqu'aux bords de la mer Caspienne. C'est la guerre qui , par les Romains, a préparé, en fondant ranité de rcmpire, la futare

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unité de TEiirope c:atholique, qui ne s'est jamais affirmée si hautement que |>ar la guerre, au onzième et au douzième siècle. Sans la guerre, la France serait anglaise aujourd'hui, et nous ne sommes pas de ceux qui maudissent Jeanne d'Arc parce qu'elle nous a privés des bienfaits de la liberté britannique. »

A cette glorificatioiïde la guerre dans la personne d* Alexandre , puisque VOpinion nationale a un goût si marqué pour les auteurs catholiques, nous répondrons par le passage suivant de Bossuet :

« Cet empire formidable qu'il (Alexandre) avait conquis ne durera pas plus longtemps que sa vie, qui fut fort courte. A l'âge de trentetrois ans, au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus et avec les plus justes espérances d'un heureux succès, il mourut sans avoir eu Je loisir d'établir solidement ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge, incapables de soutenir un si grand poids. Mais ce qu'il y avait de plus funeste pour sa maison et pour son empire, est qu'il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que l'ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde... La Macédoine, son ancien royaume, tenu par ses ancèlres depuis tant de siècles, fut envahie de tous côtés comme une succession vacante; et, après avoir été longtemps la proie du plus fort, il passa enfin à une autre famille. Ainsi, ce grand conquérant, le plus renommé et le plus illustre qui fut jamais, a été le dernier roi de sa race. S'il fût demeuré paisible dans la Macédoine, la grandeur de son empire n'aurait pas tenté ses capitaines, et il aurait pu laisser à ses enfants le royaume de ses pères. Mais, parce qu'il avait été trop puissant, il fut cause de la perte de tous les siens : et voilà le fruit glorieux de tant de conquêtes! >»

BossuKT. Discours sur fhistoire universelle, I1I« part., ch. v.

Nous ajouterons que la civilisation, pour s'étendre jusqu'aux bords de la mer Caspienne, n'avait pas attendu les victoires d'Alexandre. Portée dans l'Asie Mineure et dans le nord du Pont-Euxin, celte civilisation fut l'œuvre non du conquérant, mais d'émigrants et de colons grecs. Elle remonte aux années 1130 (colonie ionienne), 1132 (colonie dorienne), et 1189 (colonie éolienne).

Toutes ces colonies , antérieures de douze siècles environ à Jésus-Cbrist,dehuitetde neuf siècles à Alexandre, étaient au nombre de plusieurs centaines : elles se donnèrent une

foule de constitutions particulières , et mirent en circulation une masse considérable d'idées et de combinaisons politiques.

Les plus remarquables furent Éphèse, Smyrne, Phocée, Milet, etc. Milet fonda jusqu'à trois cents colonies sur les rivages du Pont-Euxin. Les Phocéens étendirent leur commerce dans tout l'Occident; leurs flottes visitèrent les côtes de ritalie, de la Corse, de la Gaule , de l'Espagne, jusqu'au détroit de Gades. Les progrès des Qrecs asiatiques dans les arts utiles, dans la philosophie, les sciences et les lettres furent prodigieux. Les constitutions de ces républiques gréco-asiatiques, et particulièrement celle des Lycicns, ont été regardées comme les modèles de la confédération dans l'antiquité. Pendant les guerres des successeurs d'Alexandre, ces industrieuses colonies reçurent de profondes atteintes; elles disparurent dans les guerres des Romains. Les empereurs romains mirent fin aux colonies qui restaient, de même que les généraux de la république avaient détiniit l'organisation républicaine de la Grèce et l'avaient réduite en province romaine. Alexandre n'est donc point l'auteur de cette civilisation si brillante qui existait avant lui. Elle a péri dans les effroyables luttes de ses généraux et de ses successeurs. Celte unité prétendue de l'empire d'Alexandre n'a été qu'un éclaîr. Alexandre a détruit Thèbes, Persépolis et Tyr, la Venise de l'antiquité.

Quant à l'unité romaine, elle était factice; elle faisait violence à la nature des choses; elle ruinait l'univers au profit de -quelques nobles devenus riches comme des rois (à l'époque de Pline, quatre personnages possédaient l'Afrique), et au profit de la plèbe de Rome. Ce que les Romains ont détruit de villes industrieuses est prodigieux. Ils ont anéanti Carthage, Corinthe, la belle et industrieuse république des Rhodiens, les villes si riches et si commerçantes de la Grande Grèce.

Raisonner dans l'hypothèse de la paix et dire que, sans la guerre, la France serait anglaise aujourd'hui, c'est dire un

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non-sens : car sans la guerre, la bataille de Patay» où Jeanne d'Arc battit Talbot, n*eùt pas en lieu*

Si Y Opinion nationale lient à faire triompher sa doctrine de la civilisation par la guerre, doctrine empruntée à Joseph de Maistre, doctrine qui consiste à broyer les peuples p<mr les civiliser, nous l'engageons à cherdier des preuves plus conyaincantes que celles qu'elle a citées et que nous avons reproduites afin que nos lecteurs les jugent !

1 novembre i8S3.

Ce que nous voudrions que la France et que Paris devinssent, c'est ce que l'empereur Napoléon I*' voulait qu'ils fussent lorsque, le 5 mars 1816, il s'exprimait en ces termes :

« Si le eiel m'eùl accordé quelques années, assurément j'aurais fait de Paris la capitale dk l'uritibs , et de toute la France un véritable

■OMAH. a

Fi! pouah!... c'est en termes pompeusement indignés, où l'ode se marie à la satire, que Y Opinion nationale répond à la Presse :

« Yoilà ton idéal , d'après M. de Girardin , 6 France de Descarlea et de Voltaire, de Turenne et de Marceau! Paris, la ville du 1 4 juillet, ne serait plus que riiôtellerie des margraves obèses et des lôrds spleené tiques , e^, sur le front déshonoré de la grande cité, devenue la ville de débauche du genre humain, on lirait : Great exhibition I Nous rêvons pour notre patrie une destinée bien différente; n«as voulons qu'elle soit rinitiatrice de la philosophie nouvelle, de la religion, de la solidarité! Quand la papauté de Rome, qui a été si longtemps le lien des nations, décline et disparaît à Thorlzon, nous voulons faire rayonner aux yeux du genre humain la suprématie religieuse et sociale de la France ! » Signé: labbb. »

Nous en convenons : dans le roman de la France que concevait l'imagination de l'empereur Napoléon I", et qui eût donné à l'univers Paris pour capitale, Turenne (à moins que ce ne fût uniquement comme amant éperdu de la duchesse de Longueville, amour qui fit de lui un rebelle) et Marceau

LA QUESTION POLONAISE 6Mi

n'auraient plus eu de place; mais rien n*eùt empêché Descartes et Voltaire d*en garder une.

0 France de M. Lahbé, pour mériter de sa part tant de regrets et tant d'éloges, as-tu donc été si hospitalière pour Descartes, tué par la rigueur du climat à Stockholm où il dut se retirer» et pour Voltaire, qui débuta par être l'hôte de la Bastille! Où donc y a-t-il incompatiûlité entre de bonnes routes et de beaux livres ! En quoi des c margraves obèses et des lords spleenétiques » arrivant à Paris par les chemins de fer de l'Est et de l'Ouest, venant loger au Grand Hôtel, visitant nos musées, assistant à nos spectacles, empêcheraient-ils un nouveau Descartes d'écrire un nouveau Dtfeours sur la Méthode, et un nouveau Voltaire de publier un nouveau Dictionnaire philosophique ?

Des gendarmes pendeurs en Pologne, des gendarmes pourfendeurs en France ne suffisent pas à M. Labbé; il faut à H. Labbé une religion : il lui faut c la religion de la sou- DARiTÉ » ! Il aspire à la papauté de Paris détrônant la papauté de Rome, il aspire à la « suprématie religieuse de la frange » ! Quelle suprématie religieuse !

Une suprématie religieuse exercée par des gendarmes pendeurs et par des gendarmes pourfendeurs !

Une suprématie religieuse fondée sur ce principe qu'il faut que « Us hommes soient broyés pour être mêlés » 1 Le bel idéal!

Gourez donc tous vous convertir à la religion de M. Labbé !

5 novembre 1863.

L'étude successive des questions, la recherche exclusive du vrai nous suffisent pleinement; aussi ne nous voit-on plus provoquer aucun débat de journal à journal, débat qui finit toujours^ar faire dévier les questions et par devenir plus ou moins personnel. Pour que nous l'acceptions, il faut que nous y soyons contraint par des attaques réitérées, et encore

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faut-il que nos lecteurs, ayant pour nous une susceptibilité que nous avons perdue» insistent à ce point de ne pas nous permettre de laisser plus longtemps sans réponse des attaques qui les blessent dans la dignité de leur journal. Quel besoin V Opinion natUmale éprouvait-elle donc de venir nous forcer derrière les lignes de notre polémique défensive? Quel avantage le Moniteur de la gendarmorroHe avait-il à nous obliger par ses agressions de passer de la défensive à l'offensive, et de mettre à nu ses pauvretés et ses contradictions ? Gela ne peut s'expliquer que par la bouillante ardeur d'un rédacteur nouveau, impatient et jaloux de se faire distinguer. M. Labbé aura voulu effacer M. Bonneau. Il n'aura réussi qu'à se compromettre et qu'à compromettre le drapeau.

Pauvre drapeau !

Assurément, s'il était un journal qu'on ne dût pas s'attendre à voir se mettre publiquement à genoux et réciter dévotement sou Credo, c'était celui qu'on nomme le premier dès qu'on dit : le plus anticlérical.

M. Labbé croit en Dieu , il y croit si profondément qu'il éprouve le besoin de le faire savoir urbi et orU, A cela il n'y aurait rien à redire, si la religion catholique, qui est la religion de l'immense majorité des Français, n'était journellement attaquée de la façon la plus âpre par V Opinion nationale, et si le pape n'y était en toute occasion grossièrement injurié.

Prenant l'attitude et le ton du confesseur, M. I^abbé va même jusqu'à nous questionner en ces termes, à travers les barreaux de son confessionnal :

« Que l'honorable rédacteur de la Preue nous permette de lui poser une question : Est-il vrai, oui ou non, que les nations les plus religieuses soient aussi les plus libres? »

A cette question inattendue, voici notre humble réponse : S'il en est ainsi, mon père, si vous pensez que les nations les plus religieuses soient les plus libres, d'où vient donc que vous trempiez le bout de votre plume dans l'ericre de VOpinion nationale, au lieu de le tremper dans l'écritoire du journal le Monde? S'il en est ainsi, homme de tant de foi.

d'où Tient donc que vous ayez si peu de respect pour notre religion maternelle? D'où vient donc que tous vous consu« miez en efforts convulsifs pour renverser les colonnes du temple, que nul n'a jamais vu nos mains tenter d'ébranler? Si nous n'avons pas la foi, nous avons le respect de la foi d'autrui : d'où vient donc que vous n'ayez pas ce respect, vous qui avez la foi?

Vous dites :

tt La religion est le seul contre-poids à la liberté. La liberté crée le mouvement, la religion donne au mouvement son unité. La démocratie athénienne avait pour lien la foi de sa nation en Pallas- Athénée ; la république a été possible en Suisse , dans les Provincet- Unies, en Amérique, parce qu'elle y avait pour fondement un protestantisme vivant, librement accepté et sincèrement pratiqué; tandis que deux tentatives de gouvernement démocratique ont échoué en France, parce que la religion du passé s'était effacée peu à peu dans toutes les consciences, tandis que la foi nouvelle était à peine entrevue par quelques-uns, »

Qu'appelez-vous la religion dupasse? qu'appelez-vous la^ nouvelle? De quelle religion entendez-vous parler quand vous ajoutez qu'elle donnera au mouvement son unité ? Ëst-il vrai que la seconde lentalive de gouvernement démocratique, c'està-dire la république de 1848, ait échoué parce que les secours de la religion lui ont manqué ? N'avait-elle pas pour pilotes MM. Bûchez, président de l'Assemblée constituante, et Bastide, ministre des relations extérieures? Quand vous parlez ainsi, savez- vous ce que vous dites? Nous en douions.

Vous vous écriez :

« Yoyez comme nous sommes ridicules! Oui, nous sommes ridicules, nous l'avouons, nous le confessons... »

Nous VOUS donnons acte de l'aveu. A votre tour, donneznous acte que nous n'y avons opposé aucun démenti. Reconnaissez que notre courtoisie a été égale à votre sincérité.

Vous ajoutez :

n Nous ne sommes pas des cosmopolites, et nous pensons que les natùmalitét sont immortelles. »

[^ les nationalités sont immortelles, le mondeest immuable. Alors la France a toujours été ce qu'elle est, ni plus grande ni plus petite. Alors la France de Charks VI Tlnsensé était territorialement la même que la France de Charles le Grand, cftnpereur d'Occident. Alors la France de 181 5 avait la même étendue que la France de 1812. Alors les Assyriens, les Car* tbaginois, les Grecs de l'ancienne Grèce, les Romains de l'ancienne Rome, qui s'étaient surnommés les maîtres du monde, ont conservé leurs limites et leur puissance, etc. Mais si la nalûmaUUs sont ifMuaruUes, de quel droit, 6 fossoyeur, enterrez-vous vivants, moins le Palatinat que vous avez la bonté d'épargner, le royaume de Bavière dans l'empire d'Autriche, le royaume de Wurtemberg^ dans le grand-duché de Bade, tous les petits Ëtats de la Confédération jusqu'au Rhin, le royaume de Hanovre, l'Oldenboui^ et le Mecklembourg dans le royaume de Prusse ?

Telle est votre inconséquence, que vous entassez contradictions sur contradictions sans même vous en apercevoir.

Feuille anticléricale, vous arborez le drapeau de la foi et vous revendiquez pour la France la suprématie religieuse!

Journal des nationalités, vous les traitez comme traitait les voyageurs ce brigand de l'Attique resté à jamais célèbre sons le nom de Procuste !

Moniteur de la guerre, vous déclarez que vous la détestez et que vous appelez de tous vos vœux le fédéralisme untoersel, le jour oà les peuples rendus à euû>tnémes murant fondé, de l'Océan au Dnieper, les états-unis d'europe.

Vous ne savez ni ce que vous voulez, ni ce que vous dites!

7 novembre 1863.

La coalition européenne ne fait aucune peur à M. Guéroult; voici en quels termes il déclare qu'il s'en moque:

ff Que la France, qui a déjà proclamé la déchéance des traités de

1815» proclame son principe intérieur de droit public, le suffrage universel, comme base du droit international, et nous nous moquoks parfaitement de la coédition eurcpéenme. »

Assisté de M. Sarrans jeune, M. Havin ne s'en moque pas moins. Il convient d'ajouter que MM. Guéroult, Havin et Sarrans jeune ont dépassé Tâge où, à aucun titre, ils ne seraient atteints par la loi de recrutement. Donc, une coalition européenne mutilàt-elIe, moissonnât-elle ciilq cent mille Français, que MM. Sarrans jeune, Havin et Guéroult ne seraient ni dn nombre des mutilés, ni du nombre des tués. Ceci soit dit pour rassurer leurs familles et leurs amis.

A l'exception de la Preste, feuille sans courage, tous les journaux étant ou ayant été plus ou moins pour la guerre, si le journalisme est, en eflet, une puissance, on doit s'attendre de la part de la majorité législative à un vote martial presque unanime, vote triomphal pour MM. Havin et Guéroult, vote accablant pour MM. Thiers et OUivier, car MM. Thiers et OUivier n'ont pas de journaux. Et quels journaux d'ailleurs seraient assez forts pour lutter contre le Siècle et contre YOpinian nationale, ces deux fidèles interprètes du sentiment français ! Lisez ce qu'ils écrivent : La Russie est à bout d'hommes et de ressources ; TAutnche, abandonnée des Croates, est prise entre l'Italie d'une part et la Hongrie de l'autre; la Prusse, menacée par le Danemark et la Suède, ne peut faire un mouvement, l'Angleterre octogénaire a la goutte dans les genoux de Palmerston; et, d'ailleurs, elle. a bien assez à faire de garder ses possessions des Indes, où la révolte ne s'éteint à grand'peine sur un point que pour se rallumer plus redoutable sur un autre. Quelle occasion plus propice la France aura-t-elle jamais de raser Pétersbourg, Vienne, Berlin et Londres?... Comment résister à une tentation présentée sous des couleurs si attrayantes? Comment hésiter en présence d'un risque si faible comparé à des avantages si grands ? La guerre est donc certaine , car mise aux voix par MM. Havin et Guéroult, le Corps législatif la votera par acclamation.

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