‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 29 sur 122 · LE VOTE DU 1« JUIN · texte numérisé non relu

LE VOTE DU 1« JUIN

MM. Havin, Thiers, |Émile Olliner, Ernest Picard, Jules FàYre, Alfred Darimon, Iules Simon et Eugène PeUetan ont tous obtenu, au premier tour de scrutin, non-seulement la majorité absolue, mais encore une majorité trëfr-significative. Un seul des neuf candidats de Tanion électorale n*a pas été nommé au premier tour, c'est M. Guéroult, quoiqu'il ait obtenu 11,098 voix et que le candidat du gouvernement n'en ait obtenu que 9,531. Le candidat du Jaurtud des Débats et du Temps, M. Prévost-Paradol, n'a réuni que 2,236 voix. C'était bien la peine d'essayer de semer la division dans les rangs de l'union libérale ! Le Temps a encore été moins heureux dans la première circonscription, où son candidat de prédilection, M. Ferdinand de Lasteyrie, qui devait indubitablement l'emporter par droit de premier occupant, n'a réuni que 1,425 voix.

Dans la deuxième circonscription, H. Thiers — qui n'a été élu ni à Marseille ni à Valenciennes — ne l'a emporté sur M. Devlnck que de 1,268 voix; il n'a eu que 585 voix de plus que la majorité absolue ; sans l'énergique concours que lui ontprètéles trois journaux le Siècle, la Preue et VOpinion nationale^ en l'admettant sur leur liste, évidemment M. Thiers n'eût pas été élu. Nous sommes donc fondé plus que jamais à dire que c'est Fillpstration de l'orateur et de l'histori^i , et non l'opinion de l'ancien ministre du roi Louis-Philippe, qui l'a emporté.

Dans la troisième circonscription, M. Emile Ollivier a eu une écrasante majorité : plus de 18,000 voix, contre M. Yarin 10,000. — Pour la liberté, quelle victoire!

Dans la quatrième circonscription, M. le général Perrot n'a eu que 6,530 voix, contre M. Ernest Picard plus de 17,000. — Pour l'opposition, quel succès!

LES ÉLECTIONS OÊNËRALES DE 4 863 15t

Dans la cinquième circonscription, M. Lévy, quoUfoa maire, n*a pu dépasser le chiffre de 8,092 voix, tandis que M. Joies Favre a dépassé le chiffre de 18,700. — Pour Toppotttion et pour la liberté, quel triomphe !

Dana la sixième, si Ton additionne les 11,098 voix de M. Guéroult avec les 6,696 voix de M. Gocbin, les 2,236 voix de M. Prévost-PiBuradol et les 650 voix de M. de Jouvence)^ on troave 20,670 voix. Le candidat du gouvernement, M. Fouché-Lepelletier, n'en ayant réunique 0,53i, Téleelion de H. Guéroult au scrutin de ballottage est donc assurée à une immense majorité.

Dans la septième circonscription, tous les efforts de H. Constant Say n'ont réussi qu'à lui prQcurer 8,606 ^uf* frages, contre M. Darimon, qui en a eu pins de 18,000. Chose remarquable ! les quatre députés de Paris soumis à la réélection ont eu tous les quatre la même majorité écrasante.

Dans la huitième circonscription, quoique M. Rœnigswarter eût fait au Corps législatif, en plus d'une occasion, preuve d'indépendance et de savoir, et qu'il y eût mérité le titre de spécialUé financière, M. Jules Simon l'a emporté sur lui déplus de 8,000 voix. Nous avons dit que M. Jules Simon serait pour la tribune législative une conquête précieuse , nous ne craignons pas que l'épreuve nous donne tort.

Dans la neuvième circonscription, enfin, M. Eugène Pelletan Ta emporté sur H. Picard, qui avait été préféré à M. Véron, comme ayant des chances certaines.

Les élections de Paris, on le voit, sont claires, évidentes, signiQcalives.

L'élection de M. Thiers , réduite à une seule élection et à une majorité imperceptible, serait moins un triomphe électoral qu'un échec poiitique, s'il s'agissait de M. Thiers ancien ministre, et non de M. Thiers l'éminent orateur.

Il est clair, il est évident, il est manifeste que les électeurs de Paris n'ont pas voulu opposer un gouvernement à un gouvernement, mais seulement la liberté au gouvernement.

Ainsi se trouvent vérifiées les paroles dont nous nous sommes servi le jour où nous n'avons pas permis que la candidature de M. Frévost-Paradol nous fût imposée par le Journal des Débats, comme prix d'un concours qu'il s'est abstenu de nous prêter et dont nous nous sommes très-bien passé sans en souffrir aucunement.

Si nous rappelons ce fait, c'est que, dans l'intérêt de la liberté, dont nous ne voudrions pas que le scrutin du 1" juin 1863 compromit la cause au lieu de la servir, nous attachons une trës^rande importance à ce que l'Europe ne se trompe pas sur le sens des élections de Paris.

Ces élections ne veulent pas dire : Renversement dé l'édifice, pour reconstruire à la place ce qui a été détruit le 24 février 1848 ; non. Elles veulent dire : Couronnement de l'édifice. Rien de plus et surtput rien d'autre.

4 juin 1868.

l'abnégation des ouvriers

Il est incontestable que le nombre des travailleurs est infiniment plus grand que le nombre des désœuvrés, et qu'il y a beaucoup moins de propriétaires et de patrons que de journaliers et d'ouvriers.

A Paris, ce sont donc, en fin de compte, les travailleurs, les journaliers, les ouvriers qui nomment les députés. S'ils l'eussent fermement voulu et s'ils se fussent entendus, ils étaient les maîtres des neuf élections; conséquemment, rien n'eût pu . empêcher qu'ils ne nommassent pour les représenter au Corps législatif neuf d'entre eux.

Au lieu de voter travailleurs contre désœuvrés, journaliers contre propriétaires, ouvriers contre patrons, c basse classe contre haute et moyenne classe », qu'ont-ils fait? — Ils sont restés sourds à tous les appels réitérés que leur a adressés un journal qui passe pour représenter les regrets

et les espérances d'une dynastie tombée parce qu'elle a voulu, contrairement à la maxime de M. Thiers, gouTemer au lieu de se contenter de régner. Dans la première circonscription, ils ont unanimement voté pour M. Hayin, à Fexception de 332 voix données à H. Joseph Blanc, ouvrier typographe très-capable et très-estimé, dit-on; dans la troisième circonscription, ils ont unanimement voté pour M. Emile Ollivier, à l'exception de 11 voix données à M. Goûtant, autre ouvrier typographe, qui avait résolument posé dans sa circulaire électorale la question de la représentation spéciale. Nulle part, ils n'ont voté corporativement et égolstement ; partout ils ont voté politiquement et nationalement. C'est là une abnégation dont il y aurait injustice et ingratitude à ne pas les féliciter publiquement, parce que cette abnégation, qui les honore, montre à quel degré sont éclairés les ouvriers de Paris. Ils ont compris, avec le bon sens et le discernement qui les caractérisent, que la question de grève, que la question de juste rémunération du travail, traitées à la tribune législative, y seraient moins suspectes et conséquemment mieux accueillies dans la bouche de MM. Emile Ollivier, Ernest Picard, Jules Favre, Alfred Darimon, Jules Simon, Eugène Pelletan, que dans la bouche de MM. Joseph Blanc et Coûtant. En votant, sans que rien les en détournât, pour MM. Havin et Guéroult, ils ont tenu le juste compte qu'ils devaient tenir de l'appui sympathique du Siècle et de YOpinion nationale, qui ne leur a jamais fait défaut.

Travailleurs, ce que nous n'aurions pas voulu vous dire avant, nous pouvons vous le dire après la fermeture du scrutin : en faisant passer l'intérêt général avant votre intérêt privé, vous l'avez judicieusement servi! Comptez, comptez qu'il ne sera point négligé par les représentants que vous avez élus et qui savent quelle part décisive vous avez prise et vous avez eue dans leur élection! Comptez qu'ils ne l'oublieront pas! A leurs yeux, vous n'êtes pas seulement des électeurs, vous êtes des clients ! Ils ne se considèrent pas seulement comme vos députés, ils se regardent

encore comme vos ayocats* Faites yotre dossier, réunissez toutes les notes qui peuyent jeter de la lumière sur les questions qui touchent soit à Tainélioration légale, soit à Famé* lioration économique de votre condition, afin qu*ils aient le temps de les bien étudier, de faire la part du vrai et du fiiux, de ce qui est possible, de ce qui ne Test pas encore, de ce qui ne le sera jamais, de ce qui est exagéré et de ce qui ne l'est point. Plus votre abnégation a été grande et vraiment exemplaire, et plus nous tiendrons tous à ce qu'elle ne vous ait rien jcoAté. Plus vous vous êtes oubliés, plus vous avez été désintéressés, et plus ce sera une raison pour que ▼os élus et vos journaux se souviennent de vous et de vos légitimes intérêts.

xxxm

7 juin 1S6S.

L8S CANDIDATCaES OUVaitRES

M. Coûtant nous écrit :

c Monsieur,

» Yéus vous êtes heurensement emparé de rexpfetsion « onnt poruLAiBi »« dont vous aves fait un titre. En effet, c'est le mot de la situation , Je problème posé et offert k Tintelligence du philosophe ou de i'hom me d'Etat qui veut dégager Ta venir, et non le surcharger de |;lK>S8es et redoutables qnestfions.

» Mais le rude labeur de l'œuvre pofMlaire ne oonsMte pas, comme vous paraissez le croire, dans des discours prononcés au Corps législatif, qui n'en sont que la partie facile et agréable. Bien différente et bien plus utile serait la tftche de l'ouvrier député jonis- •a&t des prérogatives atuebées à cette fonction.

» Si vous voulea me le permettre , je vais vous indiquer sommairement le devoir particulier que l'ouvrier-député aurait à remplir.

» L'ouvrier-député se doit à toutes les professions indistinctement, en tout temps ; il est leur point d'appui , il leur Cicilite toute espèce île démarches en vue d'un intérêt général, ou il s'en charge au besoin, s'il est possible; il aide à toutes les tentatives d'organisations ouvrières; il propage les idées de solidarité et les moyens pratiques; il Communique aux uns et aux autres les essais heureux de prévoyance toéMfn certaines calamités, le cbômage, par exemple; il provoqM

des lociëtés de crédit mutuel et gratuit qui sont «ppelëes à transformer récoBomîe sociale en délivrant le peuple de toute espèce d'usure, et en le protégeant contre les fluctuations et le manque de travail ; il guide les ouvriers dans les questions de grève, et s'efforce de les préserver, en attendant mieux, des articles 414, 415 et 416 du Code pénal; il est l'interprète incessant des ouvriers près de toutes les autorités qui conçoivent k leur égard des préventions injustes; il lutte contre des influences contraires et intéressées; il poursuit sans relâche la création des chambres syndicales ouvrières, de prud'homie corporative, d'association dans le travail. En un mot, il se Ikit le serviteur constant de tous les intérêts de la classe ouvrière qui conaposent l'œuvre populaire, et quand nous appelons cela un rude labeur, ce mot n'est pas exagéré pour qui connaît le fond des choses.

» Je soutiens que les démocrates bourgeois réélus n'ont pas l'apti-, tttde de ce rôle, quelle que soit d'ailleurs leur bonne volonté.

» Mais ne croyez pas, monsieur, que je parle pour ma personne; il en est d'autres plus capables que moi que je puis nommer : Parmentier, Gauthier, Tancien président de la S>ociété typographique pari- I

sienne ; Baraguet , qui remplit les mêmes fonctions. Voilà des hommes '

intelligents, comme on en trouve encore dans d'autres professions, I

dont le dévouement obscur est sans limites, et qui feraient plus pour la civilisation qne tous les députés réunis qui recommencent toujours le même travail.

» Aujourd'hui il ne devrait y avoir en France qu'une seule préoccupation, le progrès du peuple, son avancement graduel en civilisation. Tout le commande : la justice, les principes, la loi humaine, c'est-à-dire la logique. Le mouvement est commencé; on peut le ralentir, le suspendre même en lui refusant tout ce qu'on accordée la bourgeoisie émancipée d'hier, souveraine aujourd'hui, mais on ne l'anéantira pas. C'est notre foi à tous dans le peuple. Les jours d'a^négation auront leur fin, croyez-le, parce que si l'expérience se fait lentement dans les masses, elle opère néanmoins. Cest pourquoi nous avons accepté, nous avons voulu. Blanc et moi, tenir quand même , et contre toutes chances , le drapeau des candidatures ouvrières. L'acte s'est produit, et c'est tout ce qu'il fallait; les conséquences viendront, j'en suis convaincu.

> J'accepterais l'offre que vous me £iites d'écrire dans la Pretu^ si l'expérience tentée par moi dans un autre journal quotidien ne m'en avait démontré l'impossibilité. L'élément bourgeois et l'élément ouvrier, politiquement et socialement parlant, sont incompatibles. Victor Hngo disait : Ceci tvera cela, que je traduis en termes plus humains : Ceci absorbera cela. Telle est ma conviction. Comme la bourgeoisie a absorbé la noblesse , de même la classe ouvrière absorbera la bourgeoisie; c'est la loi fatale, et k vouloir concilier, le temps se perd.

» Quiconque veut être utile au peuple doit «e faire soldat du peuple. Il nous faut des apôtres ; non des chefs ou des maîtres. » Veuillez me croire, monsieur, votre très-humble serviteur.

» Coûtant, typographe. »

La réponse qu'on vient de lire est une preuve nouvelle et manireste que ce qu*il y a toujours de mieux à faire , quand une question se pose , c'est d'aller bravement au-devant et au fond.

Dans la lettre de M. Coûtant, qu'y a-t-il, nous le demandons à tous les ouvriers de bonne foi qui la liront , qu'y a*t-il que M. Darimon, député réélu à une immense majorité, et l'un des rédacteurs de la Presse, ne puisse faire fout aussi bien que le feraient M. Coûtant, M. Parmentier, M. Gauthier ou M. Baraguet? Le jour où « une démarche en vue d'un intérêt général » sera nécessaire, est-ce que M. Darimon ne sera pas heureux et empressé de la faire? Si des tentatives € d'organisations ouvrières » sont justes et licites, est-ce qu'elles ne le trouveront pas toujours prêt à leur donner son con*cours? etc., etc. En quoi donc M. Darimon est-il, plus que M. Coûtant, un « démocrate bourgeois ? » Nous l'avouons, entre M. Goûtant et M. Darimon , la seule différence que nous voyons, en y regardant de très-près, c'est que M. Darimon est un démocrate élu et que M. Coûtant est un démocrate non élu.

Où M. Goûtant a raison , c'est quand il met au prenûer rang des préoccupations de notre temps « le progrès du peupie, son avancement graduel en civilisation » ; mais M. Coûtant répèle là ce qu'avait dit et non moins bien dit M. Charles de Rémusat dans un remarquable article intitulé démocratie

Où M. Coûtant a tort, c'est quand il se drape dans les plis du < drapeau des candidatures ouvrières », et qu'il s'écrie en parlant de sa candidature, qui n'a rallié que onze voix : « l'acte s'est produit! »

Quel acte ?

LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 4863 t65

Ouï , c l'acte s*est produit » , mais en sens inverse de ia signification que M. Coulant entendait lui donner.

A Paris, les ouvriers de Paris ont préféré M. Jules Favre, à qui ils ont donné 18,741 voix, à M. Coûtant qui n'a obtenu que 1 1 suffrages; à Marseille, cette fois ce n*est pas, comme en avril 1848, un portefaix que les ouvriers ont élu, mais un por(e-i)arole, ce porte-parole se nommant Berryer, l'éloquent avocat de la grève des charpentiers, le constant adversaire des articles 414, 415 et 416 du Code pénal, de ces articles cités dans la lettre de M. Coûtant et tant de fois combattus par nous avant 1848, après 1848 et récemment encore, en 1863.

10 Juin 1863.

M. Coûtant nous répond :

« Monsieur,

> De tous les journalistes, vous êtes le plus bardi; solidement armé pour les discussions, vous aimes à les provoquer; parfois même vous heurtez jusqu'à la dureté vos adversaires, afin que de ce choc jaillisse la lumière.

» Tout eu reconnaissant mon infériorité en fkce d'un lutteur tel que vous, cependant je réponds à votre nouvelle attaque, convaincu que la vérité est supérieure k tous les talents,

» Mettant en évidence M. Darimon, vous dites qu'il fera tout aussi bien que moi , et qu'il se montrera heureux et empressé d'accomplir une démarche utile à la classe ouvrière.

» Sans me préoccuper particulièrement de M. Darimon, je réponds que les réélus ont tenu, vis-à-vis des ouvriers, pendant six ans, une conduite négative, quoique les occasions nombreuses les eussent sollicités. A part toutes les questions qui sont toujours pendantes, celle des salaires a été vivement débattue dans les ateliers et ailleurs; les professions, chacune à leur tour, ont passé de la préfecture à Mazas : les charpentiers, les mégissiers, les bourreliers, les typographes. £stH:e qu'un seul des Cinq s'est préoccupé de cette situation ? Est-ce qu'un seul est venu offrir un conseil ? Est-ce qu'un seul a fait une démarche? Six années témoignent plus sûrement, monsieur, qu'une promesse faite par procuration.

» Vous m'accusez de répéter ce qui a été dit et non moins bien dit par M. de Hémusat sur la classe ouvrière. Vous commettez là une

injnftice. Depois plus de vingt ans , mes camarades et moi , dans des journaux populaires , dans des brochures , nous discutons ces choses, en même temps que nous participons à l'accomplissement des progrès que veut bien constater M. de Rémusat, ancien ministre de Lottisp-Philippe; progrès dus à Tinitiative du peuple, et qu'un peu de liberté rendrait plus complets.

» A votre question : « Quel acte s'est produit? » je réponds : L'acte des candidatures ouvrières, qui parait assez important, malgré l'insignifiance des voix obtenues , puisque aujourd'hui les jour* «aux leur consacrent des premiers-Paris.

» Vous aves tort de mettre en parallèle GouUnt et M. Favre, l'o»vrier de Marseille et M. Berrjer. 11 n'y a rien de commun entre ces deux célèbres orateurs et les candidats ouvriers. M. Berryer veut dire : Retour aux choses anciennes; M. Favre représente la démocratie limitée et le suffrage restreint; les ouvriers signifient: Révolution complète, progrès continus, civilisation partout.

» Vous vous appesantissez beaucoup sur le peu de voix qui m'ont été données; c'est de bonne guerre. Pourtant il ne faut pas médire des minorités; c'est par là que tout commence : les sciences, les principes, les découvertes, les lois; en un mot, les vérités physiques ou morales sont d'abord exprimées par un, puis contestées par les masses, et finalement adoptées par tout le monde.

» Sous la Restauration , trois hommes composaient toute Topposition : on riait.

» Sous l'Empire actuel , elle était hier de cinq : on riait encore.

* Demain, elle sera de dix : on rira toujours.

M Vous-même, monsieur, n'êtes-vous pas perpétuellement en minorité dans la république des idées , et êtcs-vous bien sûr de compter (mxe adhérents k votre thèse de la liberté illimitée?

» Les chiffres sont de mauvais arguments à opposer à la justice, an droit et à là vérité.

« Les candidatures ouvrières, quel que soit le nombre de voix qu'on leur accorde, sont plus importantes que vous ne voulez en convenir; qu'importe un bourgeois au lieu d*nn autre bouigeois! Mais trois ouvriers seulement entrant à la Chambre actuelle, c'est un quatre-vingt-neuf populaire !

« Par la raison que vous êtes un penseur, un penseur hardi , bien vite fatigué des choses banales sans cesse répétées, vous approuverex demain les candidatures ouvrières que vous combattez aujourd'hui.

» En terminant, je maintiens que l'oeuvre populaire ne sera sérieusement faite que par les ouvriers, et qu'il est juste que la classe ouvrière soit spécialement représentée, non - seulement au Corps législatif, mais partout oh l'on délibère sur la chose publique.

» J'ai l'honneur d'être , monsieur , votre très-humble serviteur.

1» Coûtant, typo^aphê. »

Wt

Nous répondons à M. Goûtant :

La preuve que les candidats-ouvriers, s'ils eussent été élus, n'eussent rien fait de plus que; les candidats nonouvriers qui leur ont été préférés, c'est que le passage des ouvriers , nommés en 1848 et en 1849 représentants du peuple à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative» n'y a pas laissé de traces.

H. Goûtant tombe dans une nouvelle exagération quand il dit que l'élection de trois ouvriers entrant à la Chambre actuelle eût été un quatre-vingt-neuf populaire. Il oublie qu'en 1848, quarante ouvriers environ ont été envoyés à l'Assemblée constituante :

nous.

PEOFESSIOlfS.

DIFARTOfllITS .

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