QUI DEVRAIT TRIOMPHER
Le ConsUtutionnd triomphe en étalant dans ses colonnes les preuves que le gouvernement qu'on blâme d'intervenir dans les élections non-seulement par la désignation de ses candidats recommandés, mais encore par d'ardentes proclamatiiîns affichées, par des distributions gratuites de journaux tirés à grand nombre, par des faveurs trop trans-
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parentes, ne fait qu'imiter ce qui a été fait par les gouvernenientâ qui Font précédé.
Parce que le gouvernement provisoire a eu tort de supprimer le conseil général de la Seine et le conseil municipal de Paris (1) qui avaient été élus; parce qu'il a eu tort de ne pas laisser les électeurs entièrement libres de voter en avril 1848 pour qui leur convenait; parce que le pouvoir exécutif dont le général Cavaignac était le chef a eu tort d'abuser de tous les moyens qui étaient en sa possession pour imposer à la France électorale une candidature qu'elle a reponssée, etc., etc., cela suffit-il pour qu'on ait raison de faire ce qu'on les blâme si sévèrement d'avoir fait î
Fort et inébranlable comme il l'est, nous eussions compris que le gouvernement impérial tint à honneur de ne rien faire qui rappelât ce que les gouvernements qui Ta valent procédé voudraient bien aujourd'hui eflacer de leur histoire, rien qui fût blâmable , rien qui fit ombre , rien qui ressemblât à une tache.
Voici comment nous eussions compris qu'un gouvernement fort prouvât sa force, c'eût été en disant à la France :
« Votez avec une liberté entière, votez avec une liberté que vous n'avez jamais eue, même sous la République, au lendemain d'une révolution faite au nom de la liberté; volez enfin avec une liberté égale à ma confiance en vous! >
C'eût été en ajoutant :
« En d'autres temps, on a voulu vous corrompre; — il ne vous sera fait aucune promesse.
(I) I Le eouvernement provisoire,
« Vii les d<$creU des 27 février et 12 mars coamot, qui ont prononcé la dissolu lion du conseil, p^énëral de la Seine et du conieU municipal de Paris,
■ Arréie :
■ Le membre du gouvernement provisoire, maire de Paris, réglera définitive* meni le budget municipal en recettes et en dépenses,
• Paris, le 16 mars 1848. •
(Suivent les signatures des membres du gouvernement provisoire.)
Omstituthnnel, 81 mai 1863.
» En d'autres temps, on a voulu vous intimider; ^ il ne TOUS sera fait aucune menace.
> En d'autres temps, on a voulu vous influencer ; — il ne vous sera distribué aucun imprimé sous aucune forme.
y Le gouvernement restera neutre , absolument neutre entre tous les candidats, ne redoutant Téleclion d'aucun. »
Tel que nous le comprenons, un gouvernement, fort de la droiture de ses intentions, ne devrait jamais donner d'ordres, signer de proclamations, prendre d'arrêtés, promulguer de décrets, qu'après les avoir fait préalablement inscrire sur un grand livre portant en grandes lettres ce titre : l'histoike.
C'est qu'en effet, pour se bien rendre compte de ses actes, un gouvernement devrait toujours se placer par la pensée à vingt ans plus loin dans l'avenir, et s'adresser cette question : Comment mes actes seront-ils jugés quand la conscience publique ne sera plus troublée par les circonstances, par les luttes, les rivalités, les haines, les frayeurs, les passions qui auront fait place à d'autres passions, à d'autres frayeurs, à d'autres haines, à d'autres rivalités, à d'autres luttes, à d'autres circonstances?
Le Canstilutionnel triomphe on faisant revivre dans ses colonnes des citations contre M. Thiers empruntées à la PresK, et des opinions de M. Thiers qui donnent raison aux citations de la Presse,
Qui devrait triompher? Est-ce le ConstUuiionnel? N'est-ce pas la Presse?
N'est-ce pas la Presse qui, sous la monarchie de 1830, et sous la république de 1848 aussi bien que sous l'empire de 1852, n'a jamais donné son approbation à une seule proscription contre qui que ce soit, à une seule restriction contre quelque liberté que ce fût ? .
Contre la France , la Presse a pris la défense de la Suisse abritant le prince Napoléon-Louis.
Contre M. Guizotqui les a flétris, la Presse a pris la défense des pèlerins de Belgrave square.
Contre M. Thiers, imposant, en 1846, sa loi à H. Gaizot, la Presse a pris la défense des jésuites.
Contre M. Hébert, garde des sœaux en 1847, combattant une demande du prince Jérôme, la Presse a pris la défense des princes de la famille Bonaparte.
Contre l'Assemblée constituante, qui a voulu proscrire le prince Napoléon-Louis, et qui a proscrit, le 26 mai 1848, les princes de la famille d'Orléans, la Presse a pris également la défense des deux familles : de la famille exilée en 1815 et de la famille déchue en 1848.
Contre TAssemblée législative, contre M. Baroche, contre M. Thiers, contre M. Berryer, contre le CoMtUutkmnel, la Presse a pris la défense du droit de quatre millions d'électeurs rayés de la liste électorale par la loi du 31 nrai 1850.
Contre la même Assemblée, la Presse a pris la défense de la liberté de réunion et de la liberté de la presse, restreintes par les lois des 22 juin 1849, 12 juin 1850, 22 juin 1851, et des 27 juillet 1849 et 16 juillet 1850.
Contre la même Assemblée, contre M. Odilon Barrot, contre M. Drouyn de Lhuys, contre M. Thiers, la Presse a pris la défense du droit des Romains de conserver la forme de gouvernement qu'ils s'étaient donnée.
Contre les républicains jetant à pleines mains le soupçon et l'injure sur l'urne électorale, après les voles du 10 décembre 1848, du 20 décembre 1851, du 21 novembre 1852, la Presse a pris la défense du suffrage universel, qu'ils reniaient et qu'ils injuriaient parce qu'il s'était prononcé contre eux.
Contre les abstentionistes, la Presse vient de prendre la défense de la virilité électorale.
Enfin, contre M. de Persigny, ministre de l'intérieur, la Presse, oubliant cette fois conime toujours tous ses dissentiments passés, vient de prendre la défense de MM. Barrot, Berryer, Dufaure, Thiers, en conséquence de l'esprit de tolérance, de pacification et de liberté dont elle ne s'est jamais départie entre nos mains.
LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 4 863 f55
Lorsqne tant de faits rapidement, soontnairement, incomplètement rappelés ici ont manifestement donné tort aa ConslUvOùnnet et manifestement donné raison à la Preue^ qoi devrait triompher ?
2 juin IM3.
l'union gouvernementale — L*UNION LIBÉRALE
Le bat que nons poursuivons, c'est la restitution à la France des libertés qu'elle a possédées et qu'elle a perdues.
Nous continuons en jain 1863 ce que nons avons commencé en juin 1850, lorsque, au péril de l'existence de la Presn^ gravement menacée par M. Baroche, alors ministre de l'intérieur, nous prenions parti pour le suffrage universel contre le suffrage restreint, pour le président contre son ministre , pour quatre millions de mandants privés de leur droit... par qui ?... par leurs mandataires!
La France a possédé la liberté de la presse ; nous revendiquons la liberté de la presse en droit et en fajt.
La France a possédé la liberté de réunion ; nous revendiquons la liberté de réunion en fait et en droit.
La France a été l'égale en liberté de rAngleterre, de la Belgique et de la Suisse; nous demandons que la France redevienne l'égale de la Suisse, de la Belgique et de l'Angleterre.
La liberté qui nous a été prise est moralement notre rive du Rhin, notre frontière immatérielle ; jusqu'à ce que nous l'ayons pleinement reconquise nous nous sentirons humiliés.
Gomment ne le serions-nous pas. Français, d'étie moins libres, aux yeux de l'Europe, aux yeux des Deux-Mondes, que nos voisins contigus les Belges !
C'est ce sentiment de juste orgueil national douloureusement blessé qui vient de se faire jour dans les élections unanimes de Paiis, et qui se fût également fait jour dans
les élections de la France tout entière, si runion.libérale eût lutté à égalité de moyens contre l'union gouvernementale.
Le gouvernement, qui sait tous les moyens dont il dispose, tous les avantages qu'il possède dans les départements sur une opposition combattant sans armes, les pieds et les mains liés; le gouvernement, s'il pouvait encore se faire des illusions hier, ne peut plus s'eji faire aujourd'hui.
Où elle était libre de s'exprimer, l'opinion publique a parlé.
Sa souveraineté reconnue ne sera pas méconnue.
Celui qui, heureusement inspiré, déclara qu'il ne voulait pas être plus longtemps la branche cadette du suffrage universel (1), non moins heureusement inspiré, ne voudra pas être plus longtemps la branche cadette de la liberté.
La France, nous le pressentons, ne tardera pas à être aussi grande au dedans qu'elle l'est au dehors ; la France , nous le pressentons, ne tardera pas à n'avoir plus rien à envier à la liberté de l'Angleterre, à la liberté de la Belgique, à la liberté de l'Italie, à la liberté de la Suisse, à la liberté enfin d'aucune nation du monde:
Et l'ordre incomparable dont dix millions d'électeurs viennent de donner l'exemple à l'Europe ne cessera pas de régner sous le nom de Napoléon III.
La France tiendra à honneur de prouver qu'elle est aussi
(1) « Je mesnii demandé s'il fallait, eu présence du dclire dos passions, de la confusion des doctrines , de le division des partis , alors que tout se ilçue pour enlever à la morale, à la justice, à l'autorilé, leur dernier prestige; s'il fdUait, dis-je , laisser ébranler incomplet le seul principe qa'au milieu du ihaos général la Providence ait maintenu debout pour nous rallier. Qaaud le suffrage universel a relevd l'édilice social, par cela même qu'il subsiicuait un droit k un fait révolutionnaire, est-il sage d'en restreindre plus longtemps la base? Enfin, je me suis demandé si , lorsque des pouvoirs nouveaux viendront présider aus destinées du pays, ce n'était pas d'avance compromettre leur stabilité que de laisser un prétexte de discuter leur origine et de discuter leur légitimité? Rétablir k suFCiragc universel, c'est enlever à la guerre civile son drapeau, à Topposiiion son dernier argument ; ce sera fournir à la France la pouibitité de se donner des imstituUons qui assurent son refws; ce sera rendre aux pouvoirs à venir celte force morale qui n'existe qu'autaut quVIle repose sur un principe consacré et sur une autorité incontestable. • {MessageY da A novembre 1851.)
mûre pour Li llberlé de discuter que pour la liberté de voter. Ayant la même liberté que la Belgique et l'Angleterre, la France aura le même calme.
N'ayant plus rien à envier, elle n'aura plus qu'une pensée : Conserver !
Conserver l'empire, qui lui aura rendu la liberté par Tordre ; conserver l'empire, qui lui aura rendu dans le firmament politique sa place et son nom de natùm^ioleU!
Aussi disons-nous, en toute sincérité, que ce ne sera pas l'opposition qui aura triomphé à Paris. Ce sera l'empire , si l'union gouvernementale devient l'union libérale.
Le Moniteur distingue entre :
i"" CandUai du gouvernement; 2° Candidat agréé du gouvernement; 3* Candidats non officieli ; 4* Candidats de Foppoiition, Entre candidats agréés du gouvernement et candidats non officiels, quelle est la nuance ?
Entre candidats non officiels et catididats de PoppositUm, quelle est la difTérenc e?
Les candidats non officiels sont-ils ou ne sont-ils pas des candidats douteux ?
Ces distinctions prouvent que, si l'union libérale se compose de plusieurs nuances, il en est pareillement de l'union gouvernementale; et que l'opposition, pour distinguer la candidature de M. Thiers, aurait pu se servir de l'expression de candidat agréé de Vopposition^ au même titre que le gouvernement, pour distinguer la candidature de M. Kolb- Bernard, se sert de cette qualification inventée par le journal officiel : candidat agréé du gouvernement.
8 juin 1863.