ACTE QUI constitue l'eMPBRBUR OB RUSSIE ROI DE POLOGNE
» Je suis, etc.
» russsll. »
« LES DROITS DE LA POLOGNE SONT INSCRITS DANS LE MÊME ACTE QUI CONSTITUE l'eMPEREUR DE RUSSIE ROI DE POLOGNE... » La TOilà
donc, cette redoutable protestation de l'Angleterre ! Il faut avouer qu'elle dépasse l'attente de ceux-là même qui n'avaient jamais rien attendu du royaume-uni, et qui avaient formulé en ces termes la règle de conduite de la France à l'égard de l'Angleterre : Rien contre eUe, rien m>u elle, tcui sans elU. Ah ! nous comprenons qu'en recevant la dépèche de lord John, où le gouvernement britannique déclare qu'il reçoit AVEC SATISFACTION i'assuranco que l'empereur de Russie continue à être animé d'intentions de bienveillance vis-à-vis de la Pologne, le prince GorlchakofT se soit empressé de déclarer à son tour qu'il avait reçu avec satisfaction la dépêche du gouvernement britannique. Si le prince Gortchakoir n'eût pas été content, il eût été bien difficile. Et l'on voudrait que nous prissions au sérieux la dipl(miatie ! Non.
Si nous insistons comme nous venons de le faire sur la dernière dépêche du gouvernement anglais, dépèche qni le fait tomber au-dessous de l'État de Schauenbourg-Uppe , dont la population se compose de 30,774 habitants, défendus par une armée de 516 hommes, c'est qu'il y a à en tirer une conséquence utile qu'il ne faudrait pas laisser échapper.
Une lettre de l'empereur Napoléon m, la lettre historique du 4 novembre 1863, propose à tous les souverains intéressés de se réunii' en Congrès à Paris, pour y chercher, sans système préconçu, sans ambitiùn exclusive, les moyens pacifiques les plus efficaces de mettre fin à un état maladif et précaire, et <ty substituer une situation stable et régulière, dût-eUe coûter des sacrifices... Il se pourrait qu'après mûres réflexions, qu'après avoir débattu et pesé le pour et le
contre, l'empereur d'Autriche imposât silence à ses ressentiments, à ses défiances, à ses répugnances, et consentit à s'asseoir avec le roi Victor-Emmanuel autour de la même table, ne fût-ce que pour ne pas faire à Paris ce qu'a fait à Francfort son confédéré le roi de Prusse. Cela n'est pas pro* bable, mais cela n'est pas impossible. S'il en était ainsi — voici* la conclusion à laquelle nous voulions arriver et à laquelle nous arrivons — c'est que la France ne devrait pas hésiter k déclarer constitué le Congrès convoqué, alors même que l'Angleterre, sous quelque prétexte que ce fftt, refuserait d'y paraître.
L'Angleterre n'est pas une nation qu'on entratne par des dépèches; on ne l'entraîne que par l'exemple.
En 1854 , an mois de juin , si la France ne l'eût pas prise en croupe, l'Angleterre, assise sur ses bancs, en serait encore à faire des discours sur tintégrité de t empire otUman.
En 1863, au mois de mars, si la France eût débarqué cinquante mille soldats sur les côtes de la Samogitie, ainsi que le proposait avec insistance le prince Napoléon , cette fois encore, comme en 1854, l'Angleterre se fût hâtée de rejoindre la France.
Ne pas confondre se joindre et rejoindre.
Règle générale tirée de Fexpérience : Lorsqu'il s'agit de l'Angleterre, ne rien entreprendre contre ei^^e; ne rien entreprendre avec elle ; agir sans elle. Tout pays où l'on parle est un pays où Ton n'agit pas. Ne compter jamais sur qui compte' toujours.
SB DEFIER de l'Angleterre et se fier à l'Angleterre sont deux fautes égales dont on doit se garder. Ce qu'il importe qu'apprenne la France, c'est à se passer de l'Angleterre.
L'Angleterre n'est pas une puissance; l'Angleterre est une apparence.
Si l'Angleterre hésite à faire partie du Congrès, gardonsnous d'insister... L'Angleterre est une lie; qu'elle s'y renferme et qu'elle y fasse ses afTaires; le continent, pour faire les siennes, n'a pas besoin d'elle.
U Indépendance belge s'exprime ainsi :
« La Presse, devenue très-AiiGLOPHOBS sous U plume de M. de Girardih , par application de sa devise : Rien contre l'Angleterre, rien aœc elle, tout sans elle , veut qu'on passe outre au Congrès en dehors de la participation du cabinet de Londres. » •
Nous ne saurions laisser passer sans quelques mots de rectification les lignes qu'on vient de lire. La Presse serait plutôt anglophile qu'anglophobe, car elle aime trop la liberté pour ne point aimer et admirer ce grand pays où la liberté existe pour tous, nationaux et étrangers; où elle est respectée par tous : par la royauté , par l'aristocratie , par le peuple, même par le magistrat chargé de maintenir la sécurité par la justice. Mais de ce que la Presse est prête à rendre justice aux Anglais en toute circonstance, il ne s'ensuit pas qu'elle doive leur accorder à l'extérieur un poids plus considérable que celui qui leur appartient spécifiquement. ,
L'Angleterre oublie trop vite et trop souvent qu'elle est une tle; .à la condition de ne la menacer ni dans l'inviolabilité de ses côtes ni dans le libre parcours des mers, elle n'a point à intervenir dans les affaires du continent, qui ne la regardent pas.
Nous n'allons pas si loin que l'empereur Napoléon I» lorsqu'il disait: € Avec ma France, au contraire, l'Angleterre » devait naturellement finir par n'eii être plus qu'un appen- » dice. La nature l'avait faite une de nos îles, aussi bien que » celles d'Oléron ou de la Corse. » Non, nous n'allons pas si loin que cela; encore moins allons- nous commercialement jusqu'au blocus continental; mais, après le refus péremptoire de l'Angleterre d'assister à un Congrès, quii selon elle, ne serait que « une occasion de débats oiseux » plutôt qu^un sujet de délibérations ayant un caractère d'utilité » publique », nous nous empresserions de lui donner publiquement acte de ce refus, et, sans hésiter, nous irions politiquement jusqu'au blocus diplomatique.
Il y avait et il y a encore deux Angleterres : l'Angleterre (le Pitt et l'Angleterre de Fox, l'Angleterre de lord Palmerston et l'Angleterre de Richard Cobden , entre lesquelles il faut toujours distinguer, ou plutôt il ne faut pas confondre le peuple anglais avec son gouvernement, l'Anglais du meeting qui est enthousiaste avec l'Anglais du Parlement qui est égoïste, n n'y a plus un grand peuple qui ne soit généreux. Ce qui explique la méprise comniune, c'est que la loi qui devrait servir à juger les nations est renversée. Au lieu de celte loi vraie : Tel peuple, tel gouvernement , la loi en vigueur est celle-ci : Tel gouvernement, tel peuple.
Si Richard Cobden et John Bright étaient ministres à la place de lord Palmerston et de lord Russell , le peuple anglais serait un peuple tout différent , et la face entière du monde serait changée. Ce serait, sur la terre, le règne de la paix par la liberté et de la liberté par la paix.
Mais il ne faut pas désespérer d'un pays où régnent la liberté de la presse et la liberté de réunion. L'Angleterre de 1863 n'est déjà plus l'Angleterre de 1846, l'Angleterre avant les réformes de Robert Peel.
Sous peine de n'avoir à s'en prendre qu'à l'excès de sa propre ingénuité , il ne faut pas demander au menteur d'être véridique, au voleur d'être probe, à la femme infidèle d'être fidèle; de même il ne faut pas demander à l'Angleterre d'être désintéressée. A tout propos et hors de propos, vous la surnommez cGarthage », et vous vous étonnez que sa foi soit la foi punique! Soyez donc conséquents! Ne traitez avec elle que pour lui acheter ce qu'elle a intérêt à vous vendre et que pour lui vendre ce qu'elle a intérêt à vous acheter. Ne comptez sur elle que si elle a besoin de vous et n'ayez
jamais besoin d'elle. Voilà TAngleterre vraie ! Toute antre Angleterre est une Angleterre imaginaire. La rendre responsable d'une politique dont on se plaît à la parer dans des jours d'illusion et qui n'a jamais été la sienne, c'est manquer de mémoire , c'est manquer de justice.
Injustement accusée» nous défendons l'Angleterre.
L'accuser de t fourberie » , c'est frapper au visage non l'Angleterre telle qu'elle existe , mais l'Angleterre telle qu'on la rêve; c'est briser l'idole qu'on a pétrie de ses mains, parce qu'elle n'a pas exaucé les souhaits qu'on lui adressait. Était-ce la fante de l'idole? Accusez l'Angleterre de cynisme, mais ne l'accusez pas de fourberie. L'Angleterre n'est pas fourbe. Voulût-ellePêtre , qu'elle ne le pourrait plus.
L'exiguïté de son territoire insulaire a fait son développement commercial.
Son développement commercial a fait sa politique invariable.
De plus, elle a une forme de gouvernement qui a des nécessités dont il faut aussi tenir compte à ses hommes d'État.
Conclusion :
Médire de l'Angleterre, c'est médire de soi; récriminer contre l'Angleterre, c'est récriminer contre soi.
Écoutez les paroles de l'Angleterre, elles vous tromperont toujours; mais interrogez ses intérêts, ils ne vous tromperont jamais.