‹ Pajol, général en chef;Chapitre 9 sur 19 · GARDE NATIONALE DE PARIS · texte numérisé non relu

GARDE NATIONALE DE PARIS

oHdielde ville, 3aoat<8nO.

» Le général commandant en chef ai* général Pajol. u Mon cher général ,

H J'ai mis en marche, d'après la demande qui m'a été faite, H un nombre de troupes au moins égal à celui qui m'était de- H mandé; ainia les renseignements qui nous étaient donnés se « trouvent contredits par un témoignage imposant , celui du B général des Essarts. Il habite Rambouillet; il en arrive; il a « suivi les revues de Charles X; il est bon appréciateur de la " force des troupes. Voici ce qu'il a vu :

n Les troupes royales sont encore fortes de dis à douze mille « hommes; elles sont disposées t se battre. Vous connaissez « encore mieux que moi nos forces et la nature des armes de " la plupart d'entre elles; le terrain autour de Rambouillet est 'I autre chose que les rues de Paris. J'envoie cette comraunicalion au général Gérard et à M. le duc d'Orléans.

" Si vousvouUez des renforts de la même nature que le corps n commandé par vous, je vous en enverrais; mais, avant tout, j'ai « voulu vous faire part de l'opinion d'un militaire tel que le > général des Essarts, qui a quitté Rambouillet à sept heures et k demie du matin, et qui a tout vu de ses propres yeux. Noire « afiaire est trop belle pour courir de nouveaux risques avant « d'Être bien sûr de son fait.

n Recevez toutes mes amitiés. »

Signé : H Lafayette. w

Ainsi, d'une part, il était avéré que le roi Charles X avait fait venir à Rambouillet un régiment suisse en garnison à Orléans ; avec ce renfort, il disposait de dix à douze mille hommes; it avait sous la main deux ou trois mille cavaliers et trente-six pièces de campagne. Ces troupes paraissaient devoir resteilidèles, et il était permis de les croire dominées par le désir de

venger l'affront sanglant que leurs armes venaient d'essuyer dans les rues de Paris. Qu'allaït-il arriver si cette petite armée solide et fière prenait le parti de s'éloigner de Paris, d'opérer une retraite en bon ordre, de rallier sur sa route tous les partisans de la monarchie, d'appeler h. elle tous les fusils de la Vendée?

D'autre part, quelles ressources possédait-on pour courir aa devant de tels hasards ? Des bandes de gardes nationaux dépourvues de matériel, d'argent, de cavalerie, d'artillerie, de munitions, de vivres, et sans esprit de corps, sans organisation^ sans instruction, sans discipline. Des masses ainsi désordonnées et décousues étaient bien capables de se laisser aller à de fâcheux excès. On avait tout à redouter d'elles et pour elles. Il semblait évident pour les meilleurs esprits qu'elles allaient se faire mettre en pièces, et qu'une telle expédition ne pouvait aboutir qu'^ uu désastre {').

lie général Pajol savait, aussi bien que personne, tous les dangers auxquels il s'exposait; il se disait, de plus, que les troupes royales occupaient à Rambouîllel d'excellentes positions ; que, maîtresses de la ville et du château, cllesbordaient la lisière d'une forêt coupée de larges avenues rectilignes; que, par conséquent, elles avaient un immense avantage sur les Parisiens, arrivant par une route tracée en plaine, par un pays où ne se trouve pas une haie, pas un fossé qui puisse permettre â des gens sans expérience de se défendre longtemps ou même de se former en tirailleui-s.

Le général savwt aussi qu'on ne professe en France que le culte du succès; que tes généraux vaincus sont toujours des coupables; que, sans examiner s'ils avaient les moyens de réussir, l'opinion publique les condamne à jamais, dès qu'ils ont essuyé des désastres ; que leur mémoire est souvent flétrie, alors même qu'ils se sont fait tuer. A ce compte, il ne l'ignorait pas, Pajol pouvait compromettre d'un coup toute sa vieille gloire militïûre. Mais il n'ejtposftit que sa personne, et il avait le droit de le faire

(') Le gcnérti GfrarJ, auquel on aviit d'abord oirert le commuidemenl del'r^pvditioD, avait ri-|U)ndu qu'il ne lenlerail pas l'aveulure sani dix mille panlalunt !;arBnre«.

pour servir son pays. Sans hésitation, sans rorfanterie, on le vit s'apprêter ii tenter l'aventure.

Il procéda en toute tiÂte & la formation d'un état-major (') et fît réunir seize cents voitures, omnibus, gondoles, fiacres et cabriolets, véhicules de toutes espèces, dans lesquels on embarqua pêle-mêle environ 12,000 bommes. Cette longue file de ti-ansports étranges quitta Paris le 3 août, à trois heures de l'après-midi. Une fois en route, la colonne alla toujours en grossissant, si bien qu'elle était forte de 15,000 bommes lorsque, vers neui heures du soir, elle fit halte au village de Cogniëres, situé à trois kilomètres de Rambouillet ('). En passant par Saint-Gyr, elle y avait enlevé huit pièces de 4, qui constituèrent, à elles seules, tout le matériel d'artillerie du corps expéditionnaire.

Une fois à Cognières, le général Pajol comprit que le succès lie pouvait s'obtenir qu'au prix d'un coup d'audace. Il résolut.

(')L'éut-mijoriin|>rovîié|urtegéaérathjot compreuail: un chef d'élat-mijor; liriK aideide ramp, DM. George Laflilte et Dégoûtée; cinq ofliciers d'ontoDiuince: HM. Laperclie, Dulioiizel, Higoiinrr, Floriou et Delacoiir. En parlanl <Ie Paris, le gy- Biiïl Mcepla, de pliis, les wrviccs d'un i\ê\e de l'École pal;r<eclmique, Cbirras, dont le nom detait aiaii plut ttird cerlaiD releDlissemenl. J'ai conservé de Chirrai le meilleur louTenir, et ce m'eit une gnnde utitfoclion de pouvoir conwrrer quelque!

Oiams (J.-B.-Adolpbr), né le 7 janvier 1810, à Phalibui; (Heurihe); élève & rficole polytechnique, le I" novembre I8!8; août- lieu tenant d'artillerie à l'école d'application de Helz, le G aoAl IS30; lieutenant au I" d'artillerie, le 12 février IÏ33; capitaine au 7* d'artillerie, le. 7 mai 163S; chef de bataillon au I" réfimenl de la légion élrangère, le 3 décembre tS4t; lieuleiuot-colonel au 2T de ligne, le SOman ISiS; sont- secrétaire d'Étal au miniilère de la guerre et représentant à l'Auemblée l^tslalive; fut souvent mis, pour sa braroure, à l'ordre de l'armer d'Afrique. Esprit entreprenant, nourri d'idées libérales, sa vie ne fut qu'une longue lutte. tUyé des contrôles de l'armée à la suite du coupd'Élnl du 3 décembre ISïl, il noumleii exil en 1860. Il a écrit deux ouvrages l'emarquablei sur les campagnes de 1813 et de 18IS.

(') Lafayelle avait si peu conFiance dans l'issue de l'expéditiou, qu'il avait donné, «I toute bile, à une colonne de 9,000 gardes nationaux rouenuait qui se dirigeaient MT Paria, l'ordre de rejoindre PajoL H. Lapercbe, officier d'ordonnance du général, partit en conséquence à toute bride', fit cinq lieues en une bcure et rencontra les Rtuennais h Saint-Germain. Il les fit auititAt changer d'itinéraire et marcher dans ta direction voulue, A din lieures du soir, ces brai-es gens étaient à Trappes, en arrière de) Parisiens, dont ils formèrent la réserve, sous le commandement du génér.il Eielnuns, le seul officier 'général qiiifitt venu offrir ses services t'i Pajol.

SI fi PAIOL.

en conséquence de brusquer le mouvement, sans attendre que le jour vînt révéler à l'armée royale ta faiblesse et le désordre des bandes, au moins singulières, qui venaient de descendre d'un train d'équipages, il faut le dire, presque ridicule. L'obscurité lui permettait, d'ailleurs, de faire croire aux défenseurs de Kvnbouillet qu'ils avaient sur les bras toute la population parisienne.

Sans laisser une minute de repos aux gens enthousiastes qui l'avaient suivi, le général leur ordonna la fonnation immédiate d'un camp h la romaine, c'est-à-dire qu'il les mit à couvert derrière les voitures. Cela fait, il s'empressa de porter à midistance de Rambouillet une avant-garde de 600 hommes, commandée par le colonel Oufay. Bien que fatigués et presque mourants de faim ('), ces hommes ue demandaient qu'à se

(') A Co^ièrei, l'amice piriûeiine n'attil trouvé que tort peu de retiources.

Le géDéral Pajol irait bien commindé da viTres à VerHiltet, OMt, oe foyant rùo Vïoir, il envoya Chirru à It découverte. Cbamt galopt juaqu'k Yemillei, où il n'arriva qa'à une heure du matin. Il m rendit aussitât li la pTéfecttire, où il ne put pénétrer qii'aprèi loule lorte d« Gua de non-reccvoir. H. Aiiberaoa, le préfet, TCiuit de se coucher après avoir écrit:

• VeriaiUes, k aodt tSlO, t mlnuh viagl nilnuto. s ^ moniitur le géuéral eomtt Pajol, à CognitFtt ou Bemboaillit.

p. Monsieur le général, noui avons mil en mouvement toutes nos ressources ; mail a la masse de ta colonne est devenue si forte qu'elle dépasse nos rosources locales et s nos prévisions. Le maire a la promesse des boulangers de la ville de 4,000 livres

• de paiuMnfci Ui iro'u heurt4; l'Intendance mililaire a demandé à Paris 1 0,000 ra-

• (ions, qui devaient arriver.^ minuit; j'ai envoyé, mol-mèac, une estafctle au n ministre de l'inlérieur pour qu'on uous envoie demain, de Paris, SD,000 ratiani, n dam la matinée. Nous ferons filer vert vous tout ce que nous pourrons créer ou - obtenir. Mais vous nous aviez annoncé 7,DO0 hommes, et le mouvement est cer- ■ tainement d'au moins 40,000, et les derniers venus enlèvent peul-éire ce qu'on » envoie aux plus éloignés, («mptei que nous feroD) tout ce qu'il dépendra de nous ■t de taire pour votre succès.

■I Le général Delart.quia reçu votre lettre.a fait partir votre dépèche. " J'ai l'IioDDeur d'être votre tout dévoué, n

Signé : • E. Adbiibkon. ■

Cbarras réveilla durement ce préfet si placide. Il lui communiqua les ordres péremptoires du général commandant l'expédition; il lui en exposa ta portée; il fit ri'ssorlir, en son commentaire, le* conséquences d'un défaut d'e\ècu1ion rapide, cl son moiivemeot oratoire fui empreint de tautd'énei^ie, que H. Auberiion, s'exciisant . du relard, se leva pour aller présider lui-même au départ du convoi de vivres, qui n'avait pas encore quitté Versailles. Alors seulement, Cliarras reprit le rhcminde Cognières.

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battre, et l'on entendit bientôt leurs premiers coups de feu. Ces détonations, frappant les échos de la nuit, troublèrent profondément les avant-postes de l'armée royale, qui se replièrent sans riposter, jetant l'alarme parmi les serviteurs du château. Alors tout fut fini pour la monarchie expirante : Charles X consenlJt à quitter la France.

La veille, avant d'arriver k Cognières, la colonne expéditionnaire avait été rejointe et dépassée par une voiture lancée à toute vitesse, qui conduisait à'Rambouillet le maréchal Maison, accompagné de MM. Odilon Barrot et de Schonen. Ces trois personnages, envoyés par le nouveau gouvernement, devaient, par tous les moyens possibles, amener le roi et ses adhérents à , s'éloigner de l'asile qu'ils avaient choisi. Le lieulenant général du royaume désirait obtenir pacifiquement, plutôt que par la force, un exil qui semblait d'une absolue nécessité. L'événement lui donna raison, car, aux premiei'S coups de fusil tirés par la garde nationale, Charles X ne résista plus aux instances des trois commissaires.

Déjà, vers dix heures du soii', le roi avait opéré entre leurs , niùns la remise des diamants de la couronne, et le général Pajol avait été instruit de ce résultat important par cette dé< pèche :

" .4 monsieur le lieutenant yénéral P/ijoi, commandant en chef l'armée expéditionnaire.

•I Le 3 août 1830, dii heures et demie du soir.

n Général, nous avons l'honneur de vous avertir que les « diamants de la couronne nous ont été remis, et que nous les « avons confiés à M. Neveu, architecte du château, qui se « chargera de vous indiquer le lieu où ils sont, afin que vous n preniez les précautions nécessaires pour la conservation d'une " propriété si précieuse.

« Recevez l'assurance de nos sentiments tout dévoués. »

Signé : n Le maréchal marquis Maison, « Odilon Barrot, « De Schonen. «

■il s PAJOL.

La remise du caisson coiUenaut ces valeurs mobilières, évaluées à 80 millions, fut constatée par ce procès-verbal, que doit enregistrer l'histoire :

<c L'an 1830, le mercredi 4 août, à huit heures du matin, « dans l'une des salles de l'hôtel de ville de Rambouillet, se « sont réunis : M. Degousée , ingénieur dvil , colonel de la " gai'de nationale de Paris, aide de camp de M. le lieutenant » général Pajol, commandant en chef l'armée expéditionnaire; " muni de pouvoirs en date de Cognières, d'aujourd'hui 4 aoùtj « lesquels sont demeurés joints aux originaux des présentes, '< après avoir été revêtus, comme acceptation, des signatures " de M. le colonel Degousée et de MM, les officiers qui l'ac- " compagnaient, qui seront ci-après nommés ;

'1 Et M. Auguste, receveur-payeur du trésor de la liste civile <i à Rambouillet ;

H Lesquels ont dit

'< Que, suivant un pouvoir d'hier soir, 3 août, M. de la Bouiln lerie, intendant général de la liste civile, a chargé M. Cham- » bellan de faire à qui de droit la remise du fourgon qu'il a dit ri contenir les diamants de la couronne.

V Ce fourgon a été remis à M. le maire de Rambouillet, qui H en a donné décharge, et qui, iumiédiatement, a remis les « clefs b. M. le maréchal Maison.

B MM. les membres de la commission déléguée par Son Al- II tesse Royale le lieutenant général du royaume ont laissé ce « cmsson dans une cour des communs du cbâtcau de Ramn bouillet, api'ès y avoir fait, sous leurs yeux, apposer les " scellés. Ces faits sont constatés par procès-verbal dudil jour fl 3 août, lequel constate aussi la remise des clefs faite par (1 M. lemaireàM. le maréchal Maison.

H 11 est observé qu'il a été dit à tort, dans ce procès-verbal, « que le caisson scellé avait été laissé sous la garde de M. Ne- " veu, architecte du château, cette garde ayant toujours été Il conllée & M. Chambellan seul, qui le reconnaît.

a En conséquence, M. Chambellan, dépositaire, et M. le c(tn lonel Degousée, autorisé par les pouvoirs ci-dessus énoncés, fl et accompî^né de M. Lion, capitaine d'état-major^ faisant fl fonctions d'aide de camp de Son Altesse Royale le (lue

'< d'Orléans; iM. Antoine Servière , ancieu soub- lieutenant; ' MM. Thoyot et Liéiiard, élèves de l'École polytechnique, of- « ficiers accompagnant M. le colonel Degousée, et chargés de « recevoir, concurremment avec lui, la remise dont ii s'agit, n excepté M. Dumas, chargé seulement d'assister à cette re- , " mise;

« Reconnaissent s'être transportés dans la cour des communs 'I où avait été déposé le caisson dont il vient d'être parlé.

« M. Degousée et les officiers qui l'accompagnent Ont d'a- « bord reconnu que les scellés apprâés sur ce caisson se trou- "■ vent intacts, et ensuite ils ont reconnu aussi que M. Ghani* <■ bellan leur a fait la remise de deux crûsses, dont ils le " déchargent, pour s'en charger personnellement, en déchar- " géant aussi M. le maire de Rambouillet et M. l'ftrchitecte du 'I ch&teau, en tant qu'il pourrait résulter des pièces établissant ' successivement le dépdt que ces messieurs en auraient été " chargés.

« Cette vérification et cette remise ont eu lieu en présence K de M- Frayssinous, sous-préfet de l'arrondissement de " Rambouillet ; de M. Delorme, maire de la ville de Rambouii- " let, auquel un des originaux du présent sera remis; de " M. Becquet, procureur du roi près le tribunal civil de Ram- " bouillet ; de M. Neveu, architecte du château ; de M. Bourdon, " conservateur des forêts et chasses du domaine de RambouiU ■ let, lesquels ont attesté, en ce qui les concerne, l'exactitude " des faits.

« M. le mEÛre a de suite obtempéré à apposer une bandelette « de toile fixée par deux nouveaux scellés sur le csiisson à eux " confié.

.« F^t triple à Rambouillet, lesdits jour, mois et an que ci<des- " sus, MM. Degousée et Chambellan ayant signé le présent pro- « cès-verbal , avec MM. les officiers assistant M. Degousée, et • MM. les roBCtionnaires dénommés ci-dessus,

« Ont signé : Degousée* Chambellan, Liénard, Thuyot, Gec- " qiiet. Bourdon, Servière, Delorme, Bernard, Dumas, Frayssï- " nous, Neveu. »

Ce précieux caisson, dont chacun connaissait la valeur, fut aussitôt expédié à Paris, où il arriva le soir même, absolument

intact. Le lieutenant général, auquel il était adressé, s'empressa [le le diriger sur le trésor public.

Au trésor, on délivra le récépissé suivant :

N Hinislère des finances ; « Caisse du trésor royal.

» Le caissier du trésor royal déclare et certifie, en suite des " ordres de M. le commissaire du Gouvernement près le dé- " paitement des finances, que M. Degousée, colonel de la garde « nationale, premier aide de camp de M. le général Pajol, a " remis au trésor royal un fourgon scellé du sceau de la <c mairie de Rambouillet, et dont les clefs sont restées entre les Il uiains de M. le maréchal Maison.

<i M. Degousée a déclaré que ce fourgon renfermait les diu- <i niaiils de la couronne, et qu'il avait été chargé par son 'c général de l'aller chercher à Ftambouillet et de le ramener au « trésor royal.

« Fait et délivré à Paris, le 4 août 1830, à sept heures el r< ileinie du soir. »

tiigné : n Kesnëk. »

Le but de l'expédition était atteint, mais le général Pajot avait encore des devoirs à remplir : il dev^t, avant tout, régler le sort des troupes de l'armée royale {'). Ces braves soldats, qu'on abaûdonnaJt presque sans un mot d'adieu , se Imssaîent aller k un violent désespoir. Heureusement, ils devient retrouver en celui qui leur demandait de se soumettre aux volontés du pays un frère d'armes qui , séparé d'eux depuis 1815, leur ouvrait afiectueusenient les bras. Quelques pelotons, jetant leurs fusils, se rendirent au quartier général ; certains détachements y envoyèrent des parlementiiires; d'autres reçurent amicalement ceux que leur avait dépêchés le général Pajul.Tous adhérèrent à une capitulation forcée, qui n'entachait en rien leur honneur militaire. À cinq heures du matin, tout était terminé.

Restait un point délicat dans la tâche du général en chef:

c'était de faire connaître à ses héroâ de la garde nationale les causes de leur inaction durant la nuit qui venait de s'écouler. Pajol le fît avec toutes les précautions oratoires usitées en pardi moment. Les ménagements qu'il s'imposa ne parvinrent pas h. calmer les plus turbulents. En apprenant le départ du roi , quelques exaltés s'élancèrent au pas de course jusque dans Rambouillet. Le général les y suivit pour assurer le bon ordre. Le calme se rétablit, et la retraite put commencer. On paya sur-iechamp toutes les réquisitions frappées à Gogniëres; les Parisiens remontèr-ent dans les voitures qui les avaient amenés ; les volontaires recrutés le long du chemin s'installèrent sans façon dans les voitures de la cour, et ce convoi quasi burlesque reprit triomphalement la route de Paris- Paris était sérieux cependant. Il comprit le service immense que le dévouement de ces troupes improvisées avait rendu à la cause qu'il défendait. Il accueillit le retour de la garde nationale avec le plus vif enthousiasme, et fit retentir les échos de ses rues d'unanimes acclamations en faveur du chef de l'expédition. Pajol avait bien mérité cette récompense, que lui décernait spontanément la population parisienne, car il venait d'obtenir, sans effusion de sang, un des plus beaux triomphes de sa longue carrière. Ainsi que le faisait jadis le grand Condé, il avait d'un coup d'oeil jugé la situation ; il avait pris une résolution hardie; et la mise k exécution avait suivi le projet fermement arrêté. C'était, en effet, Condé surprenant le maréchal d'Hocjr(uiucourt, l'appui du cardinal Mazarin. n On se croyait perdu , « dit Voltaire, lorsque Condé se dévoua. Sa présence faisait n beaucoup ; et son arrivée imprévue, encore bien davantage ; il n iiavait que tout ce qui est soudain et inespéré transporte les 1 hommes. Il profita à l'instant de la confiance et de l'audace 1 qu'il venùt d'inspirer, «

Malgré les précieux résultats d'une révolution accomplie en trois jours, la situation générale du pays était de nature à préoccuper sérieusement les esprits les moins prévenus. L'horizon était même assez sombre.

La nouvelle des événements de juillet fit courir un fi-éuussement étrange dans toute l'Europe, et l'on vit tressaillir les nations dont les traités de 1815 avaient prononcé l'asservissement.

La réapparition tlu diapeau tricolore réveillait leurs espérances; tandis que d'autres puissances, sosies d'étonnemeot, tremblaient de voir ia France reprendre ses anciennes conquêtes. Qu'allait-il advenir du choc de tant de sentiments contraires?

A l'Intérieur, l'agitation était extrême, et rien n'annonçait le retotir du calme. Aux transports légitimes d'uu libéralisme victorieuses' étaient mêlés des désordres de tout genre. Les classes moyennes s'alarmaient de voir leurs intérêts compromis par un marasme persistant de toutes les transactions commerciales. La boui^oisie avait peur; elle redoutait la guerre étrangère; des menaces de guerre dvile augmentaient d'autre part ses terreurs. Les ouvriers parisiens, alors enrôlés dans les milices, se démenaient tumultueusement, sans plus songer à reprendre leurs travaux; leurs cris désordonnés semblaient déjà rencontrer de l'écho dans les dépai-tements limitrophes, de l'Aisne, de Seineet-Marne, de Seine-et-Oise. Le spectre de la République apparaissait sanglant, et menaçait d'étreindre dans ses bras la France à peine remise d'une convulsion politique.

C'est dans ces circonstances diDGciles que le général Pajol fut appelé à rendre à son pays de nouveaux services. Il fut nommé gouverneur de Paris et commandant de la 1" division militaire (']. Cette nomination porte la date du 3 septembre 1830. Jusque-là Pajol n'était que major général de la garde nationale. C'est en cette dernière qualité qu'il avait officiellement reçu, pendant tout le mois d'août, les rapports des chefs de légions. C'est à ce titi'e que, le 29 de ce même mois, il avait, avec I<afayette, présenté au duc d'Orléans, devenu roi des Français, cent mille gardes nationaux assemblés au Champ- de-Mars. Huit jours avant celte grande revue, c'est-à-dire le 21 août, le général Pajol avait été promu grand-croix de la Légion d'honneur.

Le nouveau gouverneur de Paris s'empressa d'agir vigoureusement, de prendre des mesures énergiques, de sévir de toutes parts contre le désordre naissant. Il sut pourvoir à tous les besoins, et te pays vit avec une satisfaction sans égale l'apaisement qui suivit son entrée en fonctions. Frappé de l'étal de décadence dont était menacée la pl-ospérité de la ville de Vereaill&s, Pajol

{') Voir Pueeijaai/ifaihei, n" IH.

signalait au ministre de la guerre (24 septembre) les moyens de remédier h cette triste situation (').

Malheureusement, le procès des ministres ne tarda pas>à susciter des fermentations nouvelles au milieu de ce Paris encore profondément troublé. Les ministres de Charles X avaient été arrêtés et écroués au donjon de Vincennes, où trois membres de la Chambre des députés procédaient à l'instruction de ce procès célèbre. C'est alors que se réveilla, plus violente que jamais, rirritation du peuple contre le régime déchu : chaque jour ame- D»t des manifestations hostiles; on n'entendait plus que des menaces furieuses, ponctuées de cris de mort contre les hommes coupables seulement d'avoir apposé leurs signatures aux ordonnances. Cette agitation tumultueuse affectait, il faut le dire, tous les caractères d'un prélude d'émeute, et le Gouvernement ne pouvait se défendre d'une inquiétude profonde. Grâce à l'énei^îque attitude de Pajol, bien soutenu par la garde nationale, tous les périls furent encore une fois conjurés: on fit avorter à temps toutes les tentatives de mouvements insurrectionnels.

L'orage n'était pas dissipé ; des grondements sinistres allaient encore Trapper les échos de la rue.

L'instruction du procès étantachevée, la Chambre des députés' prononça la mise en accusation des ministres, et la Chambre des pairs fut investie, à cet effet, des prérogatives d'une haute juridiction. Le 10 décembre, les ministres sortirent du donjon de Vincennes pour être transférés au Petit-Luxembourg; le 18^ tes débats s'ouvnrent avec un appareil solennel. Cet événement prévu ne fit que porter h ses dernières limites l'étrange elTerïescence des esprits. Déjà, durant le tiajet de Vincennes à Paris, le général Pajol avait eu grand'peine à protéger les per- Bonnageâ politiques qu'on avait confiés à sa garde. Dés qu'ils furent au Luxembourg, Pajol comprit combien il serait difficile de mettre un frein aux fureurs populaires. Tant que durèrent les débats, tes quartiers voisins du lieu où les pairs tenaient leurs séances furent te théâtre de scènes déplorables. 11 s'y formait) H chaque pas, des rassemblements tumultueux ; des hommes à

(') \ait Piicei fuilijlealirei, a" il5.

figure sinistre excitaient les passants au désotitre ; on faisait appel aux passions les plus criminelles ; on criait : Aua: armes! et jusque sous les fenêtres du palais du Luxembourg, les cris affreux Morl aux ministres l ne cessaient de se fâre entendre.

L'énergie de Pajol maintint heureusement la tranquillité, et fit prévaloir partout le principe du respect des lois. Le 21 décembre, jour où devait être rendue la sentence, on le vit redoubler de prudence, de calme et de fermeté. Il se rendit de sa personne au Luxembourg , et de là fit garnir de troupes de ligne et de garde nationale les rues de Tournon, de Seine et des Fossés-Monsieur-le-Prince. Six cents hommes de ta banlieue et deux escadrons de lanciers occupèrent la porte du Luxembourg donnant sur l'Observatoire. Deux bataillons de ligne furent massés dans la grande avenue; le reste du jardin fut occupé par des détachements de la garde nationale. Il y avait ainsi près de 30,000 hommes répartis autour du palais, interdit à la foule.

■ Dès la clôlure des débats, le 'général Pajol s'empi-essa d'adresser ces lignes au maréchal Soult, ministre de la guerre :

n Monsieur le maréchal, je m'empresse de vous prévenir que « les débats de la Chambre des pairs sont clos à l'instant. Après n avoir entendu les avocats des accusés et le commissaire de la H Chambre des députés, les pairs se sont retirés dans la salle de (1 leurs conférences pour y délibérer et déterminer l'ordi-e qu'ils (c doivent suivre dans cette affaire.

« 11 n'y a pas plus de 12 i\. 15,000 personnes autour de la i< Chambre des purs. Je réponds de tout.

n Respects. «

Signé : « Pajol. »

" P. S. J'apprends à l'instant que quelques rassemblements n se forment en avant du pont Neuf et au carrefour de Bussy; n que les boutiques sont fermées. La garde nation.ile continuée K faire son service et bonne contenance, h

11 ne se produisit effectivement aucun trouble sérieux, malgré l'irritation de la multitude à la nouvelle du retour des ministres

à Vmcennes ('). Ses victimes venaient de traverser Puris sans encombre, et sa fureur se ranimait comme celle des )^(es fauves qni voient échapper leur proie.

La journée du lendemain 22 décembre fut témoia de mouvements hostiles inspirés par une eitrême agitation. Heureusement, la jeunesse des écoles avait le sentiment du devoir; elle fit en faveur de l'ordre une imposante manifestation. A deux heures après midi, Pajol, complètement rassuré, adressait ce rapport au ministre :

n Tout le quartier du Luxembourg est dans le plus grand « ordre. La 11' légion et les dnq bataillons de ligne qui s'y « trouvent sont plus que suflisants, sur ce point, pour les ras-

semblements.

« Environ mille jeunes gens des Écoles de droit, de méde- " cine et de l'École polytechnique viennent de traverser les a rues en criant : Vive le roi! Vive l'ordre! Vive la garde « nationale! On présume qu'ils se dirigent vers le Paiais- > Royal, pour y présenter une pétition et leurs assurances de « dévouement au roi.

■ D'autres groupes se dirigent aussi vers la rue Saint-Honoré. a La 11* légion est bien disposée. N'ayant plus de troupes dis-

1 pénibles, je suis forcé d'envoyer un des bataillons qui sont « sur la place Saint-Sulpice à la Chambre des députés.

1 P. S. Je donne l'ordre au S* cuirassiers de se rendre aux B Champs-Elysées, et au régiment de hussards de Chai-tres « d'aller à la Chambre des députés. Les rassemblements n'ont « rien d'inquiétant. »

Peu k peu, Paris recouvrait son calme. Un vote des députés vint subitement changer la face de la situation politique. La Chambre abolit le titre de commandant général des gardes nationales du royaume, dont Lafayette avmt été investi. Lafayette se sentit blessé; il accusa d'ingratitude ceux qui venaient de* mettre 'son dévouement à l'épreuve et voulut céder sa place au général Lobau.

I') Aiutil6t iprèi la clAliire dea débats, les minùlrci fureot emmenéi hon ilu LDicmliourg. Oa Mu't quelle fut alon t* lentence rendue par la Chambre dît pair*.

La démission de Lafayette entraînait, entre autres censéquJences, Ja retraite de l'élémeot républicain qui figurùt dans le Gouvernement. La finance et la bourgeoisie étaient désormais seules conviées à la direction des affaires publiques, et c'est sur ces deux forces que le roi Louis-Philippe allait principalement s'appuyer pour gouverner la France.

ilizedbïGoOC^Ic

PhysioDomie dMvvéïicmettUturvciiui durant Im iiiiives IS3I et 1831. — Agilalions ■atéri«ure>. — Sac Je l'arclievècbé (IS février ISSi). — Ëmaiite à propos de la . Poh^e. — Troubles de Rosnj. — Oloèque! du général Lamarquc. — Di^O' sillons prises par le général Pajo!.— Insuri'eclion des S cl C jiiiii 183!. — Arrestation de la duchesse de Berry (5 DOVembre). — Gonp de pislolct tiré sur le roi (10 novembre). — AfTaires élrangère«. — Ctmle du luiaulèrc LafTitte, — Uiiiiitère Casimir Périei'. — Affaire du Portugal. — FonnatioD d'un royaume de Belgique. ~ Siège d'Anver». — Oecupation d'Aucdne. — Vie de Pajol durant cei deux années. — Il re^il la croix de Juillet (mai 1831). — Il est uommé pair de France (!0 novembre 1831). — Jmporlance de ses éludes spéciales. —Son projcl de mobilisation de l'anmée. — Invasion du rlioléra (3G niare 1832). — Mort de la eomlesM Pajol (18 avril). ~ Auuée 1833. Calme relatif. — Mise en liberté de la durlicssc de Bcrry. — Propagande républicaine dan» l'armée. — Le général Pajol en wgnale les dangers. — Revue des troupes de Pajol, passée le 5 novembre.

— Année 183 t. Émeutes à Paris et à Lyon.— Mort de Lafayetle. — AunéGlS35. Attentat de Fiesclii. — I.oiide septembre. — Année 183G. Coupt de pistolet tirés sur le roi le 35 juin et le 27 décembre, — ËcbaurFourée de Strasbourg. — Mort de Chartes X. — Année 1B37. Uariage du duc d'Orléans. — Prise de Constantine.

— Paris est tranquille. — Année 1S38. Naissance dn comte de Paris. — Aflairede Saint-] ean-d'UUoa. — Le calme se maintient — Aiiuée IH39. Cliule dn miDisIère Uoté. — Emeute du 12 mai. — Ministère Soull. — Question d'Orient. — Année 1140. Armements de la Fiance. — FortiGcalions de Paru. — Translation des cendres de Napoléon I" aux Invalides. — Années I8tl et 1843. Hort du duc d'Orléans. — Le général Pajol est relevé de ses fonclioiii de gouverneur de Paris et de commandant de la l" division militaire. — Son ordre du jour â ses troupes.

— Mort de Pajol (30 mars tSW.

Les deu.x années du règne de Louis-Philippe qui furent les plus semées d'obstacles et d'écueils sont assurément 1831 et 1832. Ce n'est pas sans efforts, sans sagesse, sans une constance à toute épreuve, que le nouveau gouvernement parvint à traverser celte période diflîciie. Dans prestjue tous les épisodes des événements de ce temps tourmenté, le généi\i1 Pajol a été appelé à tenir un grand râle. Toutes les actions de vigueur qui

furent alors nécessaires portent unifomiéraent l'empreinte de son caractère énergique, respirent sa (irofonde sagesse, donnent la mesure exacte du poids de son épée.

On se rappelle les premiers troubles qui rendirent si pénible l'établissement de la monarchie de Juillet.

L'effervescence, un moment tombée, prit bientôt les proportions d'une tempête violente, à l'occasion de l'anniversaire de la mort du duc de BetTy. Le 14 février 1831, le clergé célébrait à Saint-Germain-l'Auxerrois un service commémoratif. L'annonce de ce fiùt avait attiré, au pourtour de l'église, une foule considérable, dont l'attitude était peu rassurante. Une imprudence aggrava le caractère provocateur de cette cérémonie. En apprenant que tes parUsans de la monarchie déchue donnaient un libre cours à l'expression de leurs regrets, la multitude ardente ne sut plus se contenir. Elle envahit brusquement l'église ainsi que le presbytère. Mise en goût par cet exploit, entraînée, affolée, on la vit, le lendemain, se ruer sur l'archevêché, qu'elle mit à sac. I^es gardes nationaux envoyés sur les lieux ne sauvèrent rien de l'édifice; ils ne firent qu'opposer une digue au torrent populaire qui allait dévaster Notre-Dame. Du reste, ils intervinrent mollement, comme ils l'avfuent fait la veille à Saint-Germain-l'Auxerrois. La troupe de ligne ne parut nulle part, et le général Pajol n'eut à prendre, pour le rétablissement de l'ordre, aucune mesure de rigueur. La politique du Gouvernement était ouvertement opposée au principe d'une énergique et prompte répression.

Sept mois après, surgirent de nouvelles causes de troubles. Le 15 septembre. Pans apprit l'anéantissement des armées polonaises. A cette nouvelle, il se forma sur divers points des attroupements nombreux. Le Palais-Royal fut envahi par des bandes de jeunes gens portant le crfipe au bras et criant ; « Vive la Pologne!.., A bas le ministère! » La populace pilla, comme toujours, quelques boutiques d'armuriers, éleva çà. ou là des barricades. Mais le général Pajot veillait. S^ sages dispositions firent avorter l'émeute.

A quelques mois de là, le 1°' et le 2 janvier ]832, Paris et les environs furent encore le ihé&tre de quelques scènes de désordre, heureusement sans gravité. A Rosny, il y eut quelque

agitation par suite de la mésinteUigence survenue entre les soldats du génie et quelques mauvais sujets de la localité. Pajol fit arrêter les plus mutins d'entre eux, et le calme fut encore une fois rétabli .

Les obsèques du général Lamarque furent l'occasion et le signal de troubles beaucoup plus sérieux. Les funérailles, qui eurent lieu le 5 juin, furent suivies par tous les libéraux de Paris et par une foule de gardes nationaux armés de leurs »tbres. Cet immense concours présageait et préparait une insurrection formidable.

Le Gouvernement était sur ses gardes. Le préfet de police reçut l'ordre d'observer avec soin les allures des gens qui formaient le cortège. Pajol avait pris d'urgence d'excellentes précautions; les, troupes dont il disposait se trouvaient ainsi réparties: un batîûllon du 14' léger aux Champs-Elysées; un bataillon du 3* léger devant laChambre des députés; un bataillon du 16' de ligne sur le Carrousel ; un bataillon du 25° de ligne au Luxembourg; un bataillon du 2* léger place Saint-Antoine. Les 2* et 6* dragons se tenaient prêts à monter à cheval ; les postes des ministères avaient été renforcés. Les 800 hommes qai escortaient le convoi du général Lamarque avment pour instruction de ne répondre à aucune attaque, mais d'observer seulement les masses qui reviendraient du cortège et de se rendre ensuite rue de Ulle, à l'état-major du gouverneur de Paris. Dans le cas'oà ces troupes se trouveraient dans la nécessité de se défendre, les commissaires depolice qui les accompagnaient étaient chargés de faire préalablement les sommations légales. Enfin tes autres corps de la garnison, consignés dans leurs casernes, devaientse tenir prêts à prendre les armes. D'un autre cAtè, le â* régiment de carabiniers et le 43° de ligne étaient dirigés sur Saint-Cloud, et les 1", 9* et 10* de cuirassiers ainsi que le 3' de chasseurs recevaient l'ordre de partir immédiatement de Stùnt-Germain , Melun et Font^nebleau, pour se rendre à Paris, Le convoi funèbre s'était mis en marche, et chacun pressentait de graves événements.

Depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à la Bastille, tout se passa dans le plus graud calme, à part quelques cas isolés de rébellion à l'autorité; mais bientôt il se produisit un violent changement

330 PAIOL.

tle scène. Arrivés sur la place d'Auslerlitz, LafavGlle, le maréchal Clauzel etM.Mauguin se laissèrent aller à quelques mouvements oratoires, et leurs discours forent pour ainsi dire l'ouverture des allocutions les plus incendiaires. En un instant la foule s'exalta, le désordre devint extrême. 11 fallut faire disperser par ie 6" dragons les masses surexcitées et tumultueuses. C'en élail fait, la lutte était engagée ; l'insurrection allait gagner tous les quartiers de Paris,

Dans cette situation douloureuse, le Gouvernement concentra tous les pouvoirs militaires entre les mains du général Lobau, qui put, dès lors, faire mouvoir simultanément la garde nationale et l'armée. Les généraux Tiburce, Sébastiani, Cavaigbac, Scbramm et Saint-Simon furent, en même temps, investis de commandements spéciaux, dont l'action leur permit de concourir eflicacemeoE à l'accomplissement de l'œuvre de répression.

L'émeute, qui avait débuté par le désarmement de quelques postes, s'était audacieusement et rapidement propagée. Elle fut attaquée tout de suite avec une extrême vigueur. La lutte dura toute la nuit du 5 au 6 juin et la matinée du 6, Ënfm les insurgés cédèrent, après une vive résistance ('), qui coûta au pai-ti de l'ordre trop de sang généreux (').

A la suite de cette commotion, Paris dut être mis en état de siège. L'École polytechnique, l'École d'Alfort, l'artillerie de la garde nationale, furent licenciées. Les tribunaux furent saisis et instruisirent immédiatement contre les fauteurs de tant de troubles. Dès le 7 juin, cependant, le général Pajnl était assez maître de la situation pour ordonner le départ des troupes venues du dehors {'), et se borner à doubler le service ordinaire ainsi que les réserves (').

{■) Nolammenl an cloître Saiul-Merrj.

(') La garJenatioDBle de Piriieul 3 ofCcien tiiéict 12 lilessùii, lï liommïi tiié cl G! tilesM*. La ganle nationalG de la banlieue, un oITicier tué, un liommi' tué ci :I0 bleues, [.es troupes de ligne comblèrent 3 oHlciers lues cl ISMcssm; S21iominrs lues et 22! blessés. Total: 417 lues et lileués.

(') A l'exception des 0* et 10° cuirassicn ctdn 3° chassenn, qui resièrent à Parit.

(') Ces forces, massées sur la place de la Concorde et sur la place Vendôme, étaieni Tormées de* 3*, 12* et H' régimeuls d'iuranlene légère; des l". G'. 2S* el 38' Je lignc;dn 3' chasseurs; des 2' et O*dr>-ons; des 0" cl lO' cuirassiers; enfin, Jet |cr et 3' carabiniers.

L'Ouest et le Midi avaient aussi traversé une crise assez dangereuse. La duchesse de Berry y était subitement apparue pour tenter de soulever en faveur de son fils ces régions aux instincts monarchiques. Elle n'y réussit point, et fut arrêtée, la novembre, par ordre du nouveau ministère {').

Les troubles intérieurs ne cessaient de créer au Gouvernement de irès^randes difficultés. Il avait à lutter contre la violence des partis et le fanatisme des agents de plus d'une société secrète. Le 19 novembre 1832, jour de l'ouverture des Chambres, un coup de pistolet fut tiré sur le roi, au moment où il traversait le pont Royal pour se rendre au Palais-Bourbon. Il n'y eut aucun malheur à déplorei'. L'émotion fut grande au milieu du public. Le général Pajol, qui était, en ce moment, auprès du roi, conserva son sang-iroid et sa présence d'esprit. Il s'éclaira sur-le-champ, donna des ordres précis, rassura tout le monde, et le cortège ofiiciel, un instant arrêté, put bientôt repiendro sa marche. L'auteur de l'attentat ne fut jamais découvert.

Tels sont les événements intérieurs qui agitèrent le pays pendant les années 1831 et 1832. La politique extérieure avait aussi sa période laborieuse.

Le ministère Laffitte s'était, dès l'origine, compromis par son altitude indécise. La Belgique, dont une heureuse révolution venait de consacrer l'indépendance, semblait ne lui inspirer aucun intérêt. Ne sachant se résoudre ni à accepter l'annexion, ni à laire couronner l'un des fils de Louis-Philippe, il y laissait paralyser l'influence française. En Pologne, il n'intervenait d'aucune façon et, par suite, permettait d'écraser une nation valeureuse qui nous tendait .les bras. En Italie , il omettait de seconder les aspirations des peuples, qui cherchaient à secouer le joug de l'étranger. Partout, il oubliait de faire sentir le poids de l'épée de la France. A Londres, à Pétersbourg, h Vienne, notre paya se discréditait.

Ces inexplicables faiblesses eurent pour conséquence de faire iiaiu?e, au sein du cabinet, des dissentiments qui l'ébranlèreut et eu accélérèrent la chute. On lui substitua, le 13 mars, le ministère Casimir Périer. Fermement résolu à étouifer en germe toutes

(') Ce mÏDistère csl cetiil qui fut dit du onze ocloire. M ili'il composi- ilc IIJI. de BrDgUc, Guizot, Thiei's, rlr

332 PAIOL.

les complications qui eussent eu pour effet de nous entraîner à la guerre, le ministère eut néanmoins assez de fermeté pour maintenir intact l'honneur de notre pavillon. Le gouvernement du Portugal ayant laissé maltrîûter quelques-uns de nos nationaux, l'amiral Ruussin reçut immédiatement l'ordie d'aller requérir et, au besoin, imposer une réparation légitime. L'escadre française opéra avec assez d'audace pour forcer l'emboucbore du Tage et, le ii juillet, l'amiral obtenait à Lisbonne la satîsfac- ■ tion qu'il était en droit d'exiger.

Cette affaire du Portugal éttùt&peineterminée, que d'autres événements réclamaient sur un autre point la présence du drapeau français. La Belgique venait de recevoir un roi de la main de l'Angleterre ('}. La Hollande avait aussitôt pris les armes ; et les Belges, menacés, avaient réclamé de nous une assistance qui ne leur fut point refusée : le général Gérard reçut, dans le courant du mois d'août, le commandement d'une armée qui se porta rapidement sur l'Escaut. 11 intervint, à quelque temps de là, entre les grandes puissances, un traité qui consacrait l'existence d'un royaume de Belgique, indépendant et neutre ('). Tout n'était pas fmi. L'armée francise dut une seconde fois, à la dale du 17 novembre, pénétrer en Belgique pour forcer les HoUandais dans les places qu'ils ne voulaient pas évacuer. La citadelle d'Anvers, vigoureusement assiégée, capitula le 23 décembre. Dès lors, le nouveau royaume eut son existence politique assurée, conformément aux stipulations du traité de Londres.

On voit par ces divers exemples que le cabinet savait, au besoin, faire acte de fermeté. II avait encore trouvé, sur un autre point de l'Europe, l'occasion de manifester son énei^ie. L'Autricbe ayant, malgré nos représentations diplomatiques, envahi

(') C'était le prince Léopold de Saie-Cobourg.

(') L'annexion ilu lerrilotre belge i h Pnuire aiinit eu uns donte pour coniéqnenceiiiie écltiinte niplurescec l'Angleterre. Hais était-ce bien nécetsaireiuent le signal d'um eoilition conlre nous? Il est permis d'en douter. Ce qu'il j a de certain, e'est qae la rormation de cet État neutre n'a jamiii talu le prix que d'excellents esprits y attachaieut. Malgré set aFfinîtés de race, d'idiome et de rroyaoces religieuse, la Belgique n'est enlraînée vers nous par aucune ajmpalhte politique. Quant à sa neu- Iralilû, elle esl purement illusoire ; on ne saurait se le dissimuler. La nature * fait de cette régioa un véritable cbamp clos, oii se litreront toujours des batailles, où se dénoueront toujmin les grandi drames militaires de l'Occident.

l'Italie et occupé Bologne, Casimir Périer u'hésita pas à faire occuper Ancône par le 66° de ligne. Ce régiment opéra son débarquement le 23 février, et l'Europe, étonnée, n'osa point formuler de protestations. Elle comprit que la France entendait iDEÙntenir son droit d'affirmer une opinion dans le règlement (les affaires (lu continent européen.

Le général Pajol ne demeura point étranger à. la politique eitérieure à laquelle notre pays fut appelé h prendre part en 1831-1832, et sa voix fut souvent écoutée dans les conseils.

En mai 1831, Pajol reçut la décoration instituée en vue de perpétuer le souvenir des journées de Juillet (')■ Le 20 novembre suivant, le roi le nommait pair de France {'), et réparait ainsi l'aveugle injustice de bien des circonstances néfastes. Dèa 1815, en effet, Pajol avait été investi de cette dignité par l'empereur Napoléon. Ces distinctions n'étaient point destinées seulement à récompenser d'anciens et loyaux services, mais encore à reconnaître un dévouement sans bornes aux intérêts bien entendus de l'armée. A cette époque, le général Pajol, qui étudiait avec ardeur la question de la mobilisation, ne cessait de préconiser la méthode de l'embrigadement. Espérant convertir à ses idées le jeune duc d'Orléans, il soumit, h plusieurs reprises, à ce prince des mémoires relatifs & l'organisation des camps établis, sous l'Empire, à Soint-Omer, Boulogne, Ostende, Bruges, Utrecbt, Étaples, Compiègne et Bayonne. II y démontrait d'une manière irréfutable tous les avantages que Napoléon tirait de la permanence de ces camps, et faisait clairement envisager les fruits que cet excellent système nous promettait dans l'avenir. Distingué par ces travaux spéciaux, Pajol était nécessairement indiqué pour faire partie de la cornmiision de réoi-ganisation militaire. Il en fut nommé membre lelS janvier 1832; mais la fortune ne lui réservait pas la chance

(') La ci'uii lie Juillet, iutiluée par la loi du 13 décembre 1830, Tul diitrilui'c, en mai et juin, aux combattanli qui s'élaieut le phix disliogués. Ku mfme Iriops qu'à P()ol, elle (ul remise k divers penoonagei émineuti ou de«tipéi à le devenir, Itli que MM. Bosquet et LeiHeiiF, auxquels l'avenir rûsensil le liiLton de martchil ik FnDCc; Angfr, futur gcDéral d'artillerie, Charras, etc.

(}) La CbamUre des i>airs ouTril, en même lempi, sa iwrtea ï d'autres géuOraux de l'Empire, parmi le^iqueU nous citeroos Bonnet, Drouol, d'Erloii, Eicloiaus, de Klubaul, Gazan, Roguel, etc.

(l'y faircprùvaloir ses principes. Celte conimission eut le sort (le presque toutes les commissions françaises : on y parla longtoinps, on y discuta beaucoup, sans aboutir au moindre résultat.

Les séances, du reste, furent bientôt suspendues par le fait d'un événement sinistre. Le 26 mars, le choléra fondit tout d'un coup sûr Paris, où, pendant 199 jours, il fit d'épouvantables i-avages. L'épidémie sema la mort dans tous les rangs de la population ('). Elle ne devait pas épargner le foyer de Pajol, et ce fut ma première et profonde douleur.

Esclave du devoir, la comtesse Pajol n'avmt pu se résoudre à s'éloigner de Paris, à se séparer de son mari, de ses enfants (') ; elle avait sacrifié à ces besoins du cœur l'intérêt de sa sécurité personnelle. Victime de son dévouement, elle succomba, le 18 avril, aux atteintes de l'impitoyable fléau. Femme du plus grand mérite et du plus grand esprit naturel, Marie-Louise Oudiuot, comtesse Pajol, a laissé de grands souienii-sau cœur de ceux qui l'ont connue et qui l'ont aimée. Esprit gracieux et distingué, âme de trempe à la fois solide et délicate, c'était une mère accomplie, pénétrée de toutes les tendresses. Pleine d'une touchante abnégation, prête à. tous les sacrifices, animée d'une foi vive, acceptant avec une égale sérénité d'&me la bonne ou la mauvaise fortune, douée d'une singulière énergie morale, la comtesse Pajol, cet ange du foyer, qui nous avait soutenus dans les jours difficiles, venait pour jamais de nous dii-e adieu. La perte que nous faisions était irréparable.

L'année 1833 s'écoula dans un calme t'elatif. Pajol n'eut aucun trouble à réprimer dans Paris, où fermentaient toujours tes passions révolutionnant. Tout sei-vait de prétexte à des éclats regrettables. C'est ainsi que le fait de la détention à Blaye de la duchesse de Berry allmnait de violents débats entre les républicains et les royalistes. On agitait avec une ardeur extrême la question de savoir si un jugement devait ou non intervenir. Dans

(<) Casimir Périer mourul, le IG mai, du rhoivra et d'une maladie qui le mlhait dtpui» loDglemps, et dout les ratigucsios6|>arsblet ilu pouvoir avaicDt siugulicreniciil accùléi'é la marcbb.

[') J'élaii alors L-IÈvc a l'vcolc tuililairc de Saiiir-Cjr; cl mon frère, encore au eolltee.

uD but tV apaisement, le cabinet ordonna, le 6 juin, la mise en liberté de cette princesse malheureuse, dont on doit honorer le courage.

Quelques jours auparavant, l'atmosphère parisienne était comme imprégnée de ces miasmes démagogiques qui présagent l' émeute, et le gouverneur de Paris adressait, le 4 juin.'au ministre de la guerre la dépêche suivante :

• Monsieur le maréchal, je vois avec peine l'espèce de stun peur qui semble se répandre parmi les serviteurs du château, « et qui produit un effet déplorable.

n Je me crois assez fort pour comprimer les factieux, et n'estn ce pas leur donner de l'audace que d'avoir l'air dé lescrain- » dreî Que chacun fasse franchement et bravement son devoir, " et je vous réponds de la tranquillité.

v On m'apprend que le roi et ceux qui l'entourent ont des 'i craintes; rassurez-les en mon nom; personne ne peut être '■ mieux instruit que moi, et je pense que Sa Majestée est " trompée.

« Avec la garde ordinaire des Tuileries et quelques centaines « de soldats de plus, on résistera à toute attaque. Du reste, j'y X serai, et je répondrai de tout sur ma tête. »

Ces assurances de tranquillité publique, données par le général Pajol, étaient des plus sérieusesj l'événement se chargea de , les justifier. Jusqu'à la fin de l'année, en effet, il ne se produisit aucun trouble, hormis certaine émotion populmre qu'on eut àxalmer en octobre. Ce semblant d'orage n'était qu'un écho de quelques grèves d'ouvriers, et l'inévitable conséquence des mesures de rigueur prises contre les crieurs publics. 11 y avait cependant à l'horizon un point noir, que le gouverneur de Paris signala dès le mois de juin : c'était le progrès que faisait dans l'ai-mée un vaste système de propagande républicaine; Le rapport tlu général était ainsi conçu :

f Le système d'associations patriotiques dans les cOrps , loin « d'être abandonné ^ s'étend chaque jour davantage. Des 6o- '■ mices sont organisés daris les régiments; ils correspondent * directement avec la Commission centrale de Paris.

1 C'est au movL'n de cette correspondance que les journaux

« de l'opposilion républicaine sont exactement informés de ce

" qui se passe dans les corps. Des détails sont fournis sur les

'I ofTiciers, leui'S antécédents et leurs services, de manière à

« connî^lre ceux sur lesquels on pourrait compter, au besoin.

n Ainsi , il vient d'être envoyé au journal la Tribune une note

•c sur M. le colonel Lebeau, du S7* de ligne, à propos d'une

" provocation en duel qui lui avait été adressée à Paris, par un

» sieur Gallois, au sujet de la lettre qui a été publiée par quel-

" ques journaux.

« On peut parvenir à connaître les corps où les associations

n existent, au moyen de la correspondance qui est enlreteuuc

« avec la commission centrale de Paris , correspondance que la

« police peut surveiller.

« C'est principalement pendant leur séjour dans la capitale

" que l'on cherche à former les associations dans les régiments.

<c On s'adresse d'abord aux ofllciers et aux sous-offîciers cou-

11 nus pour être mécontenta ou pour avoir des dettes; on leur

(1 iail des promesses pour l'avenir, ït on les met en rapport

« avec le comité, qui correspond ensuite avec la société mèrede

<i Paris.

i< Il ne saurait être apporté trop de soin àai'rêter le mal dans

<c son origine. Il me semble que les régiments restent trop

n longtemps à Paris ou h proximité. Je ne voudrais pas voir (ce

« que l'on désigne déjà, dans l'armée sous le nom de Petite

« Garde) des régiments à poste fixe dans la capitale et dans les

fl environs, et qui se trouvent ainsi constamment sous l'influence

" des opinions avancées.

« Cette observation s'est confirmée, dans on moment où les

n légitimistes faisaient de grands efTorls d'intrigues et d'argent

-<' pour renverser le Gouvernement. Des enrôlements clandes-

« tins ont été faits dans deux régiments à Paris, et un prêt était

« fait tous les cinq joui-s, au nom de Henri V, aux officiers,

« sous-otficiers et soldats engagés pour sa cause, et dont le uom-

« bre était ti-ès-considérable. »

Ce rapport révélait les proportions du péril ijuminent et s'attachait à prôner l'efficacité des remèdes préventifs. On n'eut pas h regretter d'avoii' prêté l'oreille aux sages conseils du géuéiai,

car la vigilance des autorités put, en les suivant, couper le mal dans sa racine. Le Gouvernement essayait d'mlleurs de se concilier l'armée, et il prenait, dans ce but, toutes les mesures propres à flatter l'esprit militaire, à ranimer de justes sentiments de fierté nationale. Ainsi, le 29 juillet, le bronze de Napoléon reprit solennellement sa place sur le chapiteau de la colonne Vendôme, et, le 5 novembre suivant, le roi Louis-Philippe passa au Champ-de-Mars une grande revue des troupes stationnées dans la 1" division militaire. Ces troupes comprenaient deux divisions d'infanterie, deux divisions de cavalerie et une brigade d'artillerie, sous les ordres du général Pajol ('). Elles étùent formées sur deux lignes parallèles et en regard ; l'anillerie se trouvait près du pont, face k l'École militaire. La revue se teroiina par uu brillant défilé en colonne serrée, par baiiùUons et par escadrons. L'esprit des Parisiens fut vivement ■ impressionné de cette solennité, et il en garda longtemps le souvenir.

L'année 1 834 fut témoin de nouveaux excès, auxquels préludèrent des manifestations hostiles, organisées parles républicîûns,

l"divuiou d'iiibnleric (général Dariclk) '.

i' diibion d'intanlerie (général Scbiamn) :

1" diTuion de nialerie '' GmiiASAiNT-ALPHonsii) :

!• diiition de csTilerré (général Cataighac) :

I ■• brigute

(géDéral RDMicny) :

S' brigade (général Faitibi) :

(géiiéi'al CABBonnEL):

2' brigade

(général Bebnbb) :

1" brigade

(général BLAngciiFOBT) :

3* brigade

(général Waiuibb) :

(général DB FAUnOAti) :

(génértl Habbot) :

Bripde délachée, de S. A. R. HE' le duc de Nenoun..

Artillerie (général tioCBeAUD). .

Il» légei.

8' de ligne,

3!" iJ.

Î0« léger.

30> de ligne.

SB» y.

\ 1" lanriers.

( 4* buutrdi.

j ll'ré£imn.l.

à l'occasion de l'cnterreuient du député Dulong ('). Pajol sul, comme toujours, m^ntenir énergiquement la tranquillité; miûs le trouble était à peine dissipé qu'on le^ntiût sur le point de renaître. La haine que les libéraux avîùent conçue contre le Gouvernement, l'acharnement des partis avancés contre l'ordre établi, [es menées incessantes de la démagogie, inspiraient des craintes sérieuses. La Chambre s'empressa de voter quelques mesures répressives des associations, La promulgation de ces lois fut comme une étincelle enflammant un amas de broussailles sèches. Lyon s'insurgea ; le sang y coula dans les journées des 9, 10, H et 12 avril. Le bruit de la fusillade retentit aussitôt jusqu'à Paris, et y trouva malheureusement trop d'écho. Des barricades surgirent dans les mes Beaubourg, Geoffroy-Langevin, Aubry-le-Boucher, aux Ours, Maubuée, Transnonùn et du Grenier-SaintLazare. Ces obstacles furent rapidement enlevés, mais non sans de grands efforts, car les insui^s les avment défendus avec énergie.

Enfin, on vit Paris renaître au calme. Cette paix de la rue ne se démentit point, lorsque, le 20 mai suivant, eurent lieu les funérailles de Lafayette. M^gré le concours d'assistants attirés par la pompe inusitée de cette cérémonie, il ne survint aucun incident de nature à troubler la tranquillité publique.

Durant l'année 1835, les luttes- politiques continuèrent; elles revêtirent un caractère d'âpreté qui eut pour effet de paralyser le mouvement des alTaires commerciales. Le procès des accusés de 1634 souleva à la Chauibre des pairs une tempête. Ces excès oratoires démontrèrent surabondamment & quel degré de violence le parti révolutionnaire était capable de se laisser entraîner. Le général Pajol interrogeEÙt sans cesse l'horizon menaçant ; il veillait. Sa main ferme et résolue conjura tons les troubles, mais elle fut impuissante, on le comprend, à prévenir un odieux attentat.

Le 28 juillet, le roi Louis-Philippe, escorté de ses fils, passait en revue les régiments de la garnison de Paris et les légions de la garde nationalej qui occupaient tes deux cAtés des boulevards^

('} A la Utile de [urolei imèret écliingéeaà la Cliambre, il y aViil di dud mut le général Cugcaiid et M. DiiloDg, loin deux dépiilés, «t M. Dulong avait éictuidaat

dans toute leur longueur, depuis la place de la Madeleine jusqu'à la Bastille. Le roi se trouvait devant le front de la 8° légion, lorsqu'une forte détonation retentit comme un feu de peloton mal exécuté. A l'instant, un grand vide se fit autour de Sa Majesté, et le pavé fut couvert de sang. On releva morts ou mourants le maréchat duc de Trévise, six généraux, deux co* lonels, neuf ofiHciers ou grenadiers de la garde nationale, ainsi qu'un grand nombre de spectateurs. Le roi eut le front effleuré ])ar une balle, et le général Pajol, qui tenait sa droite en lui présentant les troupes, eut son cheval touché. Après une courte halte, la revue continua.

Cette tentative criminelle était celle d'un Corse nommé Fieschi ('], qui fut arrêté avec plusieurs de ses complices, agents de sociétés secrètes, et paya de sa vie son lâche assassinat. Ce crime traçait une nouvelle ligne de conduite au ministère, qui obtint des Chambres les lois, dites de septembre, destinées à r^r les cours d'assises, le jury et la presse.

En 1836, le gouverneur de Paris ne rencontra, dans l'accomplissement de ses devoirs, aucune difficulté sérieuse. Le service urdinaii-e étcût réglé d'une manière sûre, et tous les rouages de ce mécanisme compliqué fonctionnùent avec une grande précision. Quant aux mesures extraordinaires nécessitées par la gravité des événements, elles furent si judicieusement prises par le général Pajol, que l'ordre ne fut pas une seule fois troublé. Certains épisodes, tels que le procès de Fieschi('), l'attentat d'AIibaud {'), la mort d'Armand Carrel ('), le crime de Meunier C") , étaient, on le comprend, gros d'orages; mais, grâce à la sûreté de main de Pajol, ces grains passèrent sur Paris sans y soulever de tempêtes.

C) FicMbi avait mil le feu à nue mnchiiic iateroBle île son invention, compo^ d'une nogce de canons de (usils. Les communeux Je IB7I ont bit usage de machine» de ce modèle, qu'on apuvoir exposèessurla [ilace d'armes de Veraaillei.

O Le procèi de Fieschi s'ouvrit le 30 janvier.

(') l.e IS juin, à six heures et demie du soir, Alibaud tira sur le roi, qui sortait des Tuileria pour m rendre à Neuillj.

(•) Armand Carrel fut mortellement bleue par H. Emile de Gii'aidin, en un duel qui eut lieu le 2! juillet

(^J Le 37 déeemhre IB3G, le roi Louis-Philippe le rtudaitaii falais-Buurbou (wur l'ouverture des Chambre* quand uu uommé Heunier lira sur lui pi'esque à boul

H était heureux assuréiueiit que Paris pût alors jouir d'un eeitain calme, car il existait au dehors assez de causes de troubles et d'agitations. Au milieu de ses préoccupations diplomatiques ('), le Gouvernement venait d'être vivement inquiété par les événements qu'avaient fait naître, à Strasbourg, les idées ambitieuses du prince Louis Bonaparte ('). Sa folle tentative échoua, sans compromettre en rien la stabilité du trône de Juillet. A quelques jours de là, la nouvelle monarchie vit s'évanouir encore un de ses soucis les plus légitimes : on apprit que Charles X était mort (').

L'année 1837 fut témoin de deux faits importants : te mariage du duc d'Orléans, héritier présomptif de la couronne ('), et la prise de Constantine ('). A Paris, l'esprit de tranquillité ne se démentit point, et il fut impossible d'y méconnaître ud heureux ap^sement des passions, ayant pour conséquence une vive reprise des affaires industrielles et commerciales. A la faveur du maintien de l'ordre, garanti par la sage fermeté de Pajol, la population ne se laissa pas un instant distraire de ses travaux.

Deux événements signalèrent à l'attention publique l'année 1638 : la naissance du comte de Paris, gage de sécurité pour l'avenir ('], et le brillant fait d'armes de Sajnt-Jean-d'UHoai qui jetait un nouvel éclat sur tes princes de la famille royale (').

Dès les premiers jours de 1839, la situation intérieure s'annonça menaçante. Les élections avaient été défavorables au ministère Mole, qui ne pouvait plus^se maintenir. Une émeute eu amena le renversement.

( ) Ls France était «Ion eogigce avec lis graudei puimnces en «litera coiiDili, «incité* par le> alliim de la Polognt, de la SuisK et de l'Eipogne.

(*) Le 30 octobre, le prince Louis Bonaparte apparut à Slrubourg, diDi l'Itileutian d'y réveiller les grands souvenir* de l'Empire et d'alBriner k* droits lu tr«ue de France. Conduit à Parii, le [iriuce fui, le 31 novemlire suivant, dirige sur l'Amériqur où, suivant sa promesse, il devait demeurer dix ans.

(>) CbarUs X mourut à Goritz (Autriche) le G novembre UiS.

(') Monseigneur le duc d'Orièan» épousa, le 30 mai, la priucesse Hélène de Mecklemboui^.

(^) La prise de Couslanliue est du 13 oclobiv, où je Tus nommé capHainc.

1,'^} Le comie de Paris est né le 2\ août IS38.

Ç) Le bombardement de Saiot-Jeau'd'Ulloa, «urvenu le 37 Dovembre, fil le pli» grand honneur au jeune prince de Joioville. De ce fait, la FniDcc obtint liu Hniqu<^ lootcs les réparation* qu'elle était en droit d'en attendre.

II y avait alors à Paris une société secrète qui avait pris le nom de Société des Familles, puis celui de Société des Saisons. Barbes était l'un des principaux meneurs. Ce personnage exalté n'hésita pas à descendre dans la rue, entraînant à sa suite quelques bandes en armes. On était alors au 12 mai.

II était difficile de prendre en défaut la vigilance du gouverneur : les insurgés ne tardèrent point à le reconnaître. Obéissant à une prudente mais énergique impulsion, les troupes s'acquittèrent de leur devoir k la satisfaction de leur chef, et dès le lendemain 13 mai, l'émeute ne tenait plus que dans la Cité et les quartiers voisins de l'Hôtel de ville. Elle fut, dès lors, promptement étouffée {').

Pendant que l'armée procédait ùnsi à une répression vigoureuse, un nouveau cabinet se constituait sous la présidence du maréchal Soult(14 mai 1839). Les ti;aces de désordre intérieur étaient à peine effacées, que ce cabinet vit brusquement s'assombrir t'horizon politique et se sentit aux prises avec les difficultés de la plus grave question dont la monarchie de Juillet ait jamais eu à se préoccuper : c'était la question d'Orient, qui mettait la France en désaccord avec les autres puissances de l'Europe (■).

L'état d'isolement dans lequel nous plaçât la politique suivie par le Gouvernement suscita de violents débats à la Chambre pendant la session législative de 1840, et le cabinet Soult dut céder aux attaques dont il étaitl'objet.

Sous le ministère Thiers, la question d'Orient ne tarda pas à se laisser envisager sous un jour tout nouveau. Bien qu'isolée encore, la France prit une attitude plus digne ; elle commença des ai-mements, décréta les forliûcations de Paris (') et

(') La chrb de m nouTement intumctiaDDel tombèrent cotre les nuina de l'*ulorilé. liC 11 juillet niiviDi, la cour dei pain le* condamai, letuo) k It déporlilioD, Ici ■utrea ii 1i détentloD ou à l'emprùannenent. Barbèi (ut leul couduniié a mort; totU le roixommuaia peine en celle de la dèleotion perpétuelle,

(') Cette question, toujounii brillante, Tenait d'être rallumée par les rivaliléidu tultan Halunoud el du pacha d'Egjpte, Hilièmet-Ali. Lei puiuances oe pouvaient demeurer iadifrérentes an (ait de l'état de guerre inlenenii entre le luienin et son vaiMl. La France prit auei vivement parti pour Uéhémel-Ali, contrairement au lentimenl du reile de l'Europe. De là ion itolemeut.

(']D»>d£esen principe en 1B40, les (ortificalîons de Paris ne Turent entrepriies

;ua PAIOL.

se mit, de tou3 points, en mesure d'opposer, en cas de guerre, une vigoureuse résistance. Dès lors, la scène changea : l'Europe comprit que nos résolutions étaient aussi fermes qu'irrévocables, et l'incident fut terminé pacifiquement.

La satisfaction légitime qu'inspirait à chacun cet heureux dénoûment fut un înslant troublée par une nouvelle et folle entreprise du prince Louis Bonaparte ('). L'inquiétude ne fut pas de longue durée. Cette triste échauffourée de Boulogne n'empêcha même pas le Gouvernement de procéder solennellement à la célébration d'une grande fôte nationale, dont il avait depuis quelque temps ari'êté le programme.

Suivant la touchante inspiration du roi, le prince de Joinville était allé à Sainte-Hélène chercher les restes mortels de l'empereur Napoléon, et il les avait ramenés en France. Le glorieux convoi fit son entrée daiisPaiis le mardi IK décembre.

Toutes les troupes de la 1" division militaire, commandées par le général Pajol, formaient la haie sur le passage du cortège, dont la splendeur avait attiré un immense concours de monde. Malgré l'extrême rigueur du froid, plus d'un million dé personnes

qu'en 1B4I. D'un naturel rsseiiliclleaient frondeur, les Parixiens ne virent qu'avec (léplaitir («niroeiireret pouDiiivre ces ^gante^quetlravaiix. AfrcctPid'nneirréllexion el J'nne crédulité peu communes, on était parvenu a leur démontrer que, parles rnrtiQcaliona qui t'(-leva]eDl,il3 iiouvaieut ifre, au moindre caprire du j>auvo!r, empriionnét ou bomlrardés. De; lors ils ne cessaient de ré|iéler arec d'aimables va. riantes cellK ppigrammc décocliée par leurs pères s l'occasion de l'ércclion d'un

Ils ne savaient pas, les Parisiens, le service que devait leur rendre, trente nni plus tard, cette enceinte de murailles. N'ont-eltes pas, eu effet arrêté [les Prussiens? — M. Thiers, en la icance du Corps législatif du 1 7 août 1870, disait avec raison : ■ Je '> suis eonvaincu que Parispeut opposera l'ennemi une résistance invincible. Je mis Il convaincu que, devant ses hautes murailles liendra s'arrêter une fortune bien puii* Il santé aujourd'hui et bien nouvelle. Quand on les a faites on n'entendait pas oui> trader la France, et ce n'est pas l'outrager que de dire que, si la fortune nous Il traliit encore, il y aura sur ce point un obstacle invincible qui arrêtera l'ennemi. •

X. Thien ne le trompait pas. Les fortîEicatioas, quoiqu'en disent certaines gens, ont fait leur devoir.

(■) Débarqué i Boulogne, le prioce Louis Bonaparte avait de nouveau tenté à'apérrrà son proGt une restauration impériale. Il échoua comme i Strasboiuf, el fiit mis fu état d'arrestation. Au mois d'ortobre I8i0, la cour des pairs dut te con. damner à l'emprisonnement peqiélucl.

s'étaient échelonnées depuis Neuilly jusqu'aux Invalides et attendaient courageusement, immobiles sous un vent glaciaV, le moment de jouir de ce spectacle imposant. Le magnifique char funèbre qui portait les dépouilles de l'Empereur fut accueilli, durant tout son trajet, par d'unanimes acclamations. Aux manifestations d'allégresse nationale se mêlaient des cris de reconnaissance envers le jeune prince de Joinville.

Pour Pajol, il était en proie à la plus vive émotion. Être appelé à l'endre les derniers honneurs au grand homme qui lui avait donné jadis tant de preuves d'estime et d'afTection, c'était pour lui la réalisation inespérée d'un beau rêve!

Les années 4841 et 1842 s'écoulèrent paisiblement. Lasse enfin de tumulte, la population de Paris, comme celle de la France, ne prenait plus qu'un intérêt médiocre aux luttes alors engagées entre le parti conservateur et la gauche dynastique. Calme et reposé, le paya travaillait. II fut tout h coup tiré de ce juste état de quiétude par la nouvelle d'un grand malheur : victime d'un accident, que personne n'eût pu prévoir ni empêcher, le duc d'Orléans venait de mourir {') . Une vérité saisissante apparut à tous; elle n'était que l'écho de ce cri d'une mère : n La France est cruellement frappée! »

Le lendemain de ce jour néfaste, le général Pajol reçut avis d'une distinction honorifique dont il était l'objet : le roi de Suède, Charles XIV, s'était souvenu de son ancien camarade de l'armée de Sarabre-et-Meuse, et lui envoyait le grand cordon de l'ordre de l'Épée de Suède ('). II fut autoriaéà en porter les insignes parune lettre de la grande chancellerie, en date du 10 octobre ( ').

Le 15 août 1839, le ministre de la guerre avait adressé au gouverneur de Paris la lettre suivante :

(') Le 13 juillet 1842, le duc d'Orléans, héritier présomplir de li couronne, te radiiti Neuiily daoi une calèche i la Daumont, Sur le chemin de la Recolle, les (bevaux l'emporlèTent, et le {innce, ayant uulé hors de sa voilure, lumba si matlitureiuemefil lur tepavéqu'oa le releva mouranl. L'amielion fui générale en France. Ih taules paris, des témoignages de sympathie arrivèrent an pied du lr6ae ; maïs ^i1-il poisilite de consoler la ramilleroyalc? Le général Pajol prit pan à celle grande

('] J'ai été é£iileinent horwré de celle dislinclion, et l'on a en depuis la gracieuseté ^ Il coDtérer i mon ÙU.

OVoir Pièces /lulificalhet, n' 110.

:IU l'AJOI..

» Minislère de la guerre. <!i août lA3fl.

Il Général, j'ai l'honneur de voua prévenir que, par ordon- « nance spéciale en date du 13 août 1639, délibérée au conseil « des ministres, le roi, usant de la faculté que lui donne le Il 3* paragraphe de l'article 5 de la loi du 4 du même mois, n vous a maintenu dans te cadre des officiers généraux.

H Vous êtes donc ni&intenu sans limite d'âge dans la 1" sec> (i tion comme ayant commandé en chef devant l'enneioi un « corps d'armée composé de plusieurs divisions de différentes n armes.

fl Je me félicite d'avoir à vous donner avis d'une décision si H honorable, et qui vous permet de consacrer encore au service <i de l'État les fruits de votre longue expérience et les qualités Il qui vous ont fait distinguer pendant tout le cours de votre •( carrière militaire.

H Recevez, général, etc.

■ Le nÙDistre secréuire 4'ËUt de la guerre, » SCHMEmER. u

Le 29 octobre 4 8i2, le général Pajol fut officiellement Informé que le ministre de la guerre le relevait de ses fonctions de gouverneur de Paris et de commandant de la 4" division militaire . Tout autre que Pajol eût protesté contre cette décision, ou, du moins, en eût fait sentir la souverùne injustice. Le général se garda bien de faire entendre aucune parole amëre: il lui répugnait de se pl^ndre.

Voici en quels termes simples et touchants le général fit ses adieux aux troupes qu'il avait si longtemps commandées :

« Par ordonnance en date du 29 de ce mois, je dois être H remplacé dans le commandement de la 4" division mili- « taire.

u Avant de quitter les troupes dont je me vois subitement H séparé, j'ai besoin de leur adresser mes félicitations, de leur « exprimer ma gratitude pour le zèle et la discipline dont elles n n'ont cessé de donner l'exemple sous mes ordres.

•c Depuis douze ans, presque tous les corps de l'armée ont n successivemt^nt fait partie de mon commandement; leur cou-

« rage, mis souvent à de cruelles épreures, n'a jamais été ébranlé M et, dans toutes les circonstances où j'ai dû faire appel k leur (I dévouement, ils ont justifié mon attente.

o Officiers et soldats, nous avons accompli ensemble de rigou- « reus devoirs ; votre attachement me les a rendus moins pé- « nibles.

« Je vous remercie de la confiance que vous n'avez cessé de a me témoigner ; elle m'est d'autant plus précieuse qu'il faut lui n attribuer en partie l'ordre et la tranquillité qui régnent dans « Paris.

Quoi qu'il arrive, une grande satisfaction m'est réservée : « votre estime est un bien qu'on ne peut m' enlever; elle me Il suivra dans la retraite, où je ne cesserai de faire des vœux pour t( mon pays.

« J'emporte l'espérance de conserver une place dans votre « souvenir; ce sera la récompense de mes longs services! »

Ayant une dernière fois serré la main de ses officiers, Pajol se relira. On vint lui offrir une situation brillante, celle d'aide de camp du roi ; on voulut le faire gouverneur du Louvre; on s'ingénia à cliercher les moyens de compenser k ses yeux l'honneur du commandement qu'on lui enlevait (*). A toutes les propositions qui lui furent faites il opposa sans aigreur un refus formel. Assurément, il eût été en droit d'espérer, sur la fin de sa carrière, cette dignité de maréchal de France que Napoléon se proposait de lui conférer en i8i5. Ce dessein* avéré de l'Empereur," on ne voulut pas s'en souvenir.

Pajol ne fit entendre aucun murmure ; il se retira simplement, se contentant de la seule récompense que goûtent les âmes d'élite : la conscience du devoir accompli. H n'avait jamais brigué les faveurs de la fortune, et ne possédait, pai- suite, qu'une modeste aisance. Une fois rentré dans la vie civile, il vécut à Paris sans aucun faste dans un petit appartement.

Le 8 janvier 1844, Pajol écrivait à GuUlot de la Poterie, la lettre suivante, pleine de résignation et de mélancolie :

n J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour faire passer u capitaine votre cher fils. Si je fusse resté en place, il le serait

ilizedbïGoOC^Ic

" depuis longtemps; maïs, aujourd'hui, encore une fuis mis de [I côté, je ne suis plus écouté que par quelques vieux cama- <i rades, ayant encore souvenir de ma belle vie. ■

tt Gomment ne sougerais'je pas à cet enfant, le fils de mon fi vieux camarade de Saintonge, de ce vieux 82', qu'on ne peut i< oublier?

• Malgré des contrariétés, je me porte bien ; malgré mes n soixante et douze ans, je monte encore à cheval. Mes bles- 11 sures, avec un peu de goutte de temps à autre, sont mes A seules souffraDces.

Il Je vous souhaite ma santé, le premier des biens de cette << terre. Cette disgrâce n'a rien pour moi de redoutable; il y a " longtemps que je connais l'adversité. »

Eu février, il alla faire visite au roi. C'était la première fois qu'il paraissait aux Tuileries depuis le jour de sa mise h. la retraite. Il venaii remercier Louis-Philippe d'un avancement donné à mon frère. En descendant l'escalier des Tuileries, il fit une chute. Quelques semaines après (20 mars 1844), il était mort.

La cértmonie des funérailles de l'ancien gouverneur de Paris fut empreinte d'un cachet, jusqu'alors inconnu, de jMeux recueillement et de grandeur. Tout y respirait le deuil public, et cet ensemble spontané d'hommages accompagnant à sa dernière demeure celui qui n'était plus disait combien chacun honorait sa mémoire. Outre l'armée et les Invalides, le cort^e comprenait de nombreuses députations représentant la presse, les chambres de commerce, et d'ouvriers. Une foule immense suivit jusqu'au cimetière du Père-Lachaise.

Le corps du général Pajol était à peine descendu dans le caveau funéraire, que tous les échos de Paris retentirent à la fois de .son pan^rique. Les entretiens particuliers n'avaient plus (l'autre ihènie que sa louange et, pendant que la population parisienne lui tressait ainsi des couronnes, la presse résumait en termes imposants les mérites d'une vie noblement remplie. Il parut presque en même temps un nombre considérable de notes nécrologiques, bien propres à consoler une famille aftligëe, si cette famille avait pu trouver quelque part une source de consolations.

le Pajol, disait le Constitutionnel, ne fut pas seulement un

« illustre soldai, mais encore uo grand citoyen, un honnête n homme... C'est celte fidélité de Pajol aux principes du pra- •• grès, aussi bien que son intrépidité de soldat, qui lui avaient 1 valu ce nombreux cortège... »

Il Cette sympathie universelle, écrivait chaleureusement le « Siècle, a prouvé à l'Europe que, si l'ingratitude des rois est

I une vertu de ceux qui nous gouvernent, la France n'oublie " jamais les glorieux enfants qui se sont sacrifiés pour elle, pour a sa puissance et sa liberté. Adieu à une des gloires les plus

II brillantes et les plus pures de nos temps modernes,

« On devait attendre une autre récompense de celui pour le- II riuel Pajol avait fait l'abandon de sa popularité, qu'il avait u dérendu avec vigueur et au péril de sa vie. II n'était pas de u ceux qui savent faire un pas vers l'ennemi désarmé; aussi plus « d'une conviction sincère, plus d'un retour aux principes de la Il l'iusonet d'une sage liberté, ont été souvent le prix delà bien- II veillance qu'il sav^t témoigner h la jeunesse de Paris.

« Il jouissait de cette vieillesse honorée, dans ce poste con- Il quis par ses services, quand on lui donna un successeur. A " ceux qui s'étonnaient avec raison qu'il ne se pi^essât pas d'ac- [1 cepLer, en échange, un poste lucratif, maisdont tes fonctions Il n'étaient point en rapport avec son passé, il répondait simple- « ment : n Je me suis déjà reposé quinze ans dans le modeste Il réduit où je vais me retirer ; j'y rentrera sans peine, et celte " fois ce sera la dernière, n

I Voilà l'homme simple et modeste que le roi n'a pas fait Il maréchal !

II Le peuple et l'armée en conservent la mémoire^ ils n'ou- II blient pas que les amis sincèies de la liberté sont aussi les <i plus fermes soutiens de l'État. »

L'Illustration faisait lîssortir en ces termes l'aménité de caractère du glorieux défunt :

Il 3i ferme, si indomptable dans les luttes militaires, Pajol, II dans les relations de la vie, était d'une douceur, d'une faci- II lité que , dans une âme moins aimante, on appellerait de h •I faiblesse. 11 ne laisse que son nom et des traditions de gloire « à ses deux fils, qu'il adorait. La douleur publique dont ils

'I ont été ti!'moins aura rendu la leur motus amène, lia ont en-

•i tendu un ancien ministre, de la guerre exprimer, sur la tombe

« de leur père, ie regret que la dignité de maréchal ne iui eût

« point été accordée. C'était à la fois comme un reproche et

n un repentir. »

La Patrie s'attachait à célébrer les talents et les vertus civiques du général :

« ... Nous n'entrerons pas dans tous les détxùls de la vie mi- « litaire de l'illustre général ; elle est trop connue.

« Chez le général Pajol, le citoyen n toujours été eu première (I ligne.

« En juillet, il est la seule illustration mlliture qui se soit i< jetée sans arrière-pensée dans les rangs du peuple, pour le <i diriger et achever la victoire.

« A la tête des troupes de Paris pendant douze ans, il a su u maintenir l'h^monie entre les citoyens et l'armée, au milieu <c de circonstances difliciles; et l'on a pu apprécier sa modéra- '< tion et sa loyauté, lors de l'état de siège. Aimé de la popula- » tion parisienne et des troupes, on a vu avec grande pane « que ce commandement lui était enlevé. Aussi aux élections, la B garde nationale entière protesta, en le demandant, en l'acclan mant pour colonel dans toutes les légions de Paris. »

La Démocratie pacifique rendait iùnsi hommage à la bonté proverbiale du vieux soldat de l'Empire :

H Pajol, dont bien des personnes béniront toujours le nom. Cl inséparableinent lié pour elles au souvenir de certains ser- « vices obscurément rendus, avec cette, simplicité discrète que les <c grands cœui's mettent toujours à faire lebieu,étaitun desder- K nters et des plus glorieux représentants de cette époque mer- » veilleuse, si rapprochée et pourtant déjà si loin de nous, qui H fermt croire aux plus invraisemblables prodiges des âges Il héroïques.

H A qui lui eût demandé compte de ses litres, de ses bonn neurs, il eût pu montrer sur son corps plus de blessures qu'on « ne compte de grades dans la hiérarchie militaire, qu'il avait <• noblement escaladée, en laissant de son sang sur chacun des Il degrés qui la composent. , u

Le Franc-Comtois indépendant jetait à l'enfant du pays ce cri d'adieu courageux et fier:

•I ... 11 ne fut ni courtisan, ni réactionnaire; militaire, il n obéissait; mais jamais on n'obtint de lui ni la persécution, ni « la platitude, et tous ceux qui, comme nous, ont traversé des 11 jours de combat et d'épreuves, pourraient attester tout ce " qu'il lit pour adoucir les rigueurs et tempérer par de sincères M sympathies les ordres sévères que sa position lui commandait « d'exécuter.

u Fajol nviùt prouvé, sous la Restauration, que ses principes <r étaient ceux de la Révolution française...

u Nous pleurons de voir comment venait d'être remplacé notre « compali-iote. Il a supporté cette disgrâce dignement, refusant N toute indigne compensation.

a Pajol, quoique pauvre, résista aux instances qu'on lui n adressa, et rentra dans la modeste demeure où il av^t passé n les quinze ans de la Restauration.

n Qu'il dorme en paix dans son dernier asile! La France rend " honneur à ceux qui ont versé leur sang pour elle, et de l'at- " mospbère où elle étouffe aujourd'hui, son génie s'échappe " pour couronner sur les hauteurs de l'histoire ses premiers et n intrépides enfants, qui ont laissé h notre génération de si " grands exemples et k la patrie une si puissante renommée. »

Le Sational esquissait à grands traits une oraison funèbi-e. « Les obsèques de Pajol, exposait-il, ont eu lieu au milieu de n cette émotion publique que la population de Paris n'accorde n jamais à ceux qui sont indignes d'elle et du pays.. .

li Le peuple aime le courage ; il savait que le nom de Pajol « était synonyme d'intrépidité. Le peuple se souvient des seru vices rendus, il se souvient de la gloire, il honore te dévoue- « ment; il savaitque Pajol mourait pauvre, couvert de blessures, " que c'était un homme simple, bon, généreux, comme ce qui , " est fort; et que cet Hercule du champ de bataille avait, dans " la vie privée, la douceur, le laisser-aller d'un enfant. Aussi la "foule était innombrable, silencieuse et recueillie; on se dé- H couvrait avec respect devant ce char funèbre tout pavoisé de « drapeaux tricolores, dernier orgueil de notre patrie. »

Enfin la Sentinelle de l'armée laissait échapper de sa plume ces quelques lignes touchantes:

n ... Le cruel événement qui vient de trancher cette exis- « lence épargnée par le fer de reonemi devait faire appi-écîer H toute l'étendue des sympathies de la population parisienne n pourlegénéral Pajol.

'< Quelle oraison funèbre aurait pu lutter d'éloquence avec la " vue de ces masses calmes et attristées, qui suivaient son con- '■ voî dans un profond et respectueux silence?

« L'armée s'est intimement associée à la douleur publique; « elle a fait une perte irréparable. »

Tels sont les sentiments d'estime et de sympathie profonde dont l'expiession éclata dans Paris. Tel fut le jugement porté sur le général Pajol par l'élite et!a foule de ses contempoi-ains.

Et moi, son fils, qui, suivant te principe de Montîûgne, n'ai voulu faire ici n qu'mi livre de bonne foy » , je crois être en droit de dire bien haut que la postérité ne manquera point de ratifier l'opinion si sincèrement émise par la France de 1844.

Oui, on a bien dépeint alors les mérites de mon glorieux père; oui, on eut raison de célébrer ainsi ses vertus de soldat, son caractère éminent, son cœur d'or.

Il lui avait Été donné de fournir une longue carrière; au jour de sa mort, en effet, il ne comptait pas moins de cinquantedeux années de services et trente ans de grade de lieutenant général! Durant ce demi-siècle, dont le récit formera toujours l'une des pages les plus émouvantes de notre histoire, pendant ce temps bouleversé par tant de tourmentes, obscurci par tant de nuages de poudre, ni les secousses morales, ni les privations, ni les fatigues de la guerre n'altérèrent jamais un instant la santé du général Pajol. Il avait ce corps de fer dont sont dotés les hçmmes qu'attendent ces destinées héroïques consacrées par le chant des légendes. Ce cot-ps était, de par la volonté divine, associé à une âme de trempe peu commune. Mon père avMt manifesté de bonne heure ces dispositions naturelles, qui sont comme le privilège des grandes figures militaires de l'histoire. L'étude et la méditation ne lardèrent pas à mûrir son esprit^ si bien fait pour saisir le sens de tous les événements qui s'accomplissaient sous ses yeux. Jeune en-

core, il fut homme d'expérience; à la première occasion, son talent se révéla. -

Bientôt on ne put s'empêcher d'admirer chez ce jeune homme une s&reté de coup d'œil, une lucidité, une inteUigence extraordinaires , une énergie, une audace, mie intrépidité qui devaient devenir proverbiales. On observa même que le danger ne faisait qu'accroître son calme et lui assurer la plénitude de sa présence d'esprit. Habile à franchir en souriant les pas difliclles et les plus hérissés de périlleux obstacles, il manquait rai'eoient le but des missions d'avant-garde qu'il avait à remplir. Il opérait vivement ses reconnùssances, et ses coups de main étaient toujours vigoureusement enlevés. Avait-il à combattre en ligne : on le voyait marcher en silence et dans le plus grand ordre, prendre une allure souvent rapide mais toujours mesurée, se mouvoir, en un mot, comme sur un champ de manœuvres ; et il étùt sur un champ de batiùlle que labouraient les balles et les obus! Impassible, il attendait le moment opportun. Dès (|ue ce moment était venu, Pajol frappait le coup décisif; il entraînait son monde , officiers et soldats, en se jetant le piemier eo avant, éclairant tout, dominant tout, sans jamais cesser d'être maître de lui-même.

Ces qualités brillantes devaient poi'ter leurs fruits : aussi mon pËre fut-il l'idole des soldats. Tous ceux qui servaient sous ses ordres appréciaient à sa valeur ce ferme caractère empreint de tant de douceur, de franchise et de loyauté. Entourés de soins véritablement paternels, ils acceptaient volontiers les rigueurs d'une discipline tempérée d'aménité; ils ne refusaient jamais de se soumettre à. la voix d'un commandement dont l'inflexibilité se trouvîdt constamment mitigée par la bienveillance. Pajo! eut, eu un mot * la gloire d'avoir toujours ses troupes dans la main, prêtes à tous les sacrifices et bien faites, par conséquent, pour accomplir avec lui des prodiges.

Mon père n'était pas seulement un preux de taille antique» mais encore et surtout un homme que distinguaient ses mérites privés. L'austérité de ses mœurs, sa modestie, son intégrité, la simplicité de sa vie le désignûent à tous comme une âme d'élite. Il avût l'amour du bien ; à tous égards, ses idées étaient nettes^ et ses prindpes, fermement arrêtés. Il avait, sans faiblesse

comme sans ostentation, repris le vieux chemin tracé par lu Tui des aDcêlres; il était revenu à Dieu simplement.

Ces sentiments n'empêchaient point le général Pajol de remplir en galant homme tous les devoirs que le monde impose. Avec lui les relations étaient singulièrement faciles. Plein d'affaliiiité, toujours prêt à rendre service, il séduisait, à première vue, tous ceux qui l'approchaient. Élégant cavalier, beau causeur, il tenait brillamment sa place dans un salon, et les assistants, tes dames surtout, goûtaient le charme original de ses entretiens, régulièrement semés d'épisodes saisissants ou de [tU quanta détails. Il esquissait parfois le récit d'une campagne, mais, chose étrange I cet homme de guerre professsùt, en pi-incipe, b haine de la guerre, qui « n'est pour les peuples, disait-il, qu'une Il source de misëi'es et de deuils. »

Pour moi, je veux remercier Dieu d'avoir rappelé à lui mon glorieux père avant l'heure de nos plus grands désastres. It a laissé la France indépendante et Hère ; ses yeux se sont fermés avant qu'elle fût sur le bord de l'abîme.

Le corps de mon père est au Père-Lachaise. Il y doit demeurer jusqu'au jour où j'aurai réalisé les projets que m'inspire la piété filiale : rapporter k Noseroy ses restes vénérés.

Là s'élèvera un tombeau de famille, à t'ombre des cyprès du vieux cimetière de Saint- Antoine, dans nos montagnes du Jura; là nous reposerons en paix.

Je travaille à ce monumeni, grand de simplicité et rappelait par son style celui de Scipion à Rome. Il sera protégé par un vieux housard endormi roulé dans tes plis de son manteau. Il portera pour épitaphe ce seul nom : PAJOL.

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