ET ABBATISSA HELOISSA
OUH STDDIIS, IRGEdIO, AHOBG, INrAUffTlS HUPTIIS
ET PŒRITENTIA,
HONG £TEBNA, QUOt> SFEBAHUS, FEUCITATB
COHJUNGTl.
PETBDS ABELABDUS OBUT XX FRIHO APBIUS
ANNO MGXLII,
Heloissa xvn haii MCLXIll.
CuRis Cahoue de RoDcr PARACtrri abbatiss£
MDGCLXXIX.
Les travaux historiques étant terminés dans sa propriété, vers ta fin de 1823, le général Pajol s'occupa plus particu* lièrement de l'exploitation agricole et du petit moulin de l'abbaye. Ce moulin, qui se trouvait sur ta rivière d'Ardusson, dans le parc, rapportait de 1 ,000 à. i ,200 francs par an. L'idée vint alors au général de lé remplacer par un établissement industriel où la force motrice de l'eau se trouverait employée. Rentré dans cette voie, qui lui avait si peu réussi, le général Pajol entreprit une fois encore de la nouveauté : ta fabrication de limes anglaises et d'ouvrages en acier. Il fît exécuter des constructions gigantesques, appela des étrangers; et, en 1825, l'usine eniploymt plus de trois cents ouvriers. Celait un
^dbyCoOC^IC
avantage considérable pour le pays, mais qui entraînait de grandes dépense.^.
Dans cet intervalle, des événements politiques importants s'étaient accomplis. Louis XVIII était mort en 1824; le comte d'Artois lui avait succédé le 6 septembre, sous le nftm de Charles X, et l'année suivante (mai 1825), il avait été sacré roi de France. Le nouveau règne s'était annoncé comme très-favorable à la liberté et au régime constitutionnel. Les actes ne répondirent ni aux assurances verbales du roi, ni aux déclarations ministérielles. D'abord parut une ordonnance prescrivant la mise à la retraite de tous les officiers généraux non employés depuis le 1" janvier 1816; puis, eu septembre 1823, des poursuites nombreuses furent exercées contre la presse qui affichait des tendances antireligieuses.
L'opposition devint alors plus violente, plus générale, et les funérailles du général Foy furent, à Paris, l'occasion d'une manifestation contre la ligne de conduite suivie par le gouvernement.
I^ général Pajol, qui venait ordinairement passer une partie de l'hiver à Paris, dans un petit pied-à-terre, rue Godot-de- Mauroy, n° 25, fiit vivement sollicité de prendre part aux manœuvres de l'opposition. Poussé par ses instincts libéraux et par sa nature ardente, il aurait cédé si son usioe du Paraclet n'avait réclamé tous ses soins. En effet, il fut obligé de faire, en 1826, an voyage en Angleterre, dans l'inti^rêt de la fabrication de ses limes et de ses aciers, qui n'avaient pas la même valeur que les produits similiures anglais.
Il avait connu dans les salons de Paris deux Irlandais, anciens officiers de l'armée britannique, M. Charles William Scott Dalkeil Holmes et M. Macnamara ; il partit avec eux en mai 1 826. Son voyage à travers l'Angleterre industrielle fut des plus agréables et surtout fort instructif. A Londres, le général Pnjol fut reçu plusieurs fois par le roi George IV, qui le combla di; gracieusetés et de politesses.
Sa tournée terminée dans les centres manufacturiers, Pajol v'iMla l'Irlande, qui l'intéressa h un haut degré, et où se formait alors cette grande association catholique que dirigea plus fard O'Connel. Il revint ensuite au Paraclet, où il fit introduire dans
les procédés de fabrication des aciers les améliorations qu'il anit étudiées en Angleterre.
Ainsi lancé dans les affaires, le général Pajol ne se borna pas à son usine : il entreprit encore à Paris, en entrant dans la société Vraa-Theln et G'*, la construction du passage VendAme et l'exploitation des terrains de l'ancien jardin de llvoli. L'industrie l'entraînait, mais ne l'enrichiss^t pas.
En politique, les affaires prenaient une assez maavùse tournure. Le ministère de ViUële ('} voyait la désaffecticm grandir autour de lui ; et le roi, si sensible aux acclamations, ne recevait plus du peuple qu'un froid accueil. Charles X en souffrait. Pour réveillerl'enthousiasme des Parisiens, ilrésolut dépasser, le 12 avril 1827, 13° anniversaire de la rentrée des Bourbons i Paris, une grande revue de la garde nationale au Cbamp-de- Mars. Beaucoup de légions accueillirent te roi aux cris de : A bas les ministres! Ces actes d'hostilité entraînèrent la dissolution immédiate de la garde nationale de Paris, qui était l'œuvre de ia Restauration et qui avùt rendu de réels services.
Le ministère de Villèle n'en fut point consolidé. Le ministère Martignac, qui le remplaça, eut à résoudre des difficultés se-
(')H. de Vitlèle. néa Toulouse le 13 tTril 1773, j tsl mort le 13 mut MM. Embtrqué comme upirant *ar le itiMetu commandé pu- l'iiUTtl de Suat-Ftiii, il ■e trouv*it dint Umerda Indei en 1193, doiuM m démistion et « rétugii à l'Ile Bourbon, accueilli ptr on de >e* compatriotes, M. Hartin-Daperrier.
Il y Til U conDBiuance de H. le Prince, deienu notre couiin pu- son mariige itcc Cécile, l'aînée des demoiselles Pajot. H, le Prince maria H. de VlIléle avec Hétanie Panon Deibasiayni. Elle bésila longtemps, à canse de la laideur de son futur. H. le Prince, pronostiquant son frind avenir, lui disait; ■ Crois-mois, Hélanie, accepte n sa main-, la figure s'en va , l'espHl reste toujours. » Des unions sucreanves se ToT' mèreni entre les familles Pajot (la branche des colonies du général Pajol) et les Dt»bassayns. H. de Villèle se trouvait encore parent de ma femme, par H"* Dnval, mariée au frère du général de division comte Baillj de Monthion, major général de l'armée en I8IÎ, mon beau-pire, né aussi i nie Bourbon. H. de Villèle m trouva ainsi mêlé aux alTaires de la colonie, qu'il contribua i lauTer, en la disputant à l'Angleterre et en la préservant des atteintes de la Révolndon. Il ne revint en France qu'en 1S0I, fut député de Karvi Ile (Haute-Garonne), et plus tard, ministre des finances, président du conseil des ministres tous Liouis XVIU et Chariea X, qui le fit comte.
1^ général Pajol avait donc encore nne puissante protection pour reprendre dn sen'ice sous la Restaurarion. Fidèle a se* principes, il préféra l'obscurité de la retraite 1 l'éclat d'une haute position.
rieuses: lois sur les listes électorales, sur la presse, projet demise en accosatiOD de l'ancien ministère, etc. Peu favorisé ds la coDr, qnl le subissait, saos influence dans les Chambres, dont il n'était pas la véritable expression, ce ministère Martignac perdit bientôt toute force.
Le général Pajol, laissant alofs de cOté son usine' d'aciers et ses entreprises d'édilité b Paris, rentra dans les débats politiques, et fît an gouvernement royal une violente opposition. Le 13 juillet, il écrivait au Constitutionnel:
a Monsieur, vous dites très-bien, dans votre numéro du 11 Il de ce mois, que, si l'on veut prouver à la France que la res- » ponsabilité ministérielle a cessé d'être une ficti<Ht, il faut at- « taquer largement; qu'au lieu de faire dépendre le sort de Il l'accusation de ce qui se peut répondre sur telle ou telle pré- * varicatioD de détail, il faut la fûre sortir de ta commune inu tention, de tant d'actes, dont pas un seul peut-êlre n'empor- " terait condamnation, s'il était pris à part. C'est ainsi, nous " devons l'espérer, que laChambre baute envisagera la question '< de la culpabilité des ministres; car on peut déjà considérer 1 la mise en accusation comme presque certune. La Gbambre 1 des députés ne saurait bésiter ici sans se mettre en contradic- « tion avec l'une de ses plus mémorables dédsions. En disant <' système déplorable, elle a dit système punissable. La France,
qui n'en est plus au régime des doléances, mais qui a conquis ,« celui des garanties, ne peut l'entendre autrement.
<[ Puisque c'est d'un acte de dignité nationale qu'il s'agit ■ dans le grand procès qui va s'instruire, o'a-t-on pas, jusqu'ici,
1 trop peu insisté sur un fait encore présent à tous les esprits, u et qui suffirait seul à la mise en accusation de l'ancien mtnis- <i tère : un fait qu'il importe à notre considération extérieure de " voir éclaircir, et sur lequel cependant le silence est devenu » cbose convenue, cooune si l'atTaire était honteuse pour le " pays? Vous devinez qu'il est question de l'enlèvement du vil- " lage de Merten par les Prussiens, de cette insulte faite à notre 1 territoire, en pleine paix, et par des gens dont le si proche tt voisinage était déjà pour nous quelque cbose d'assez triste.
B On se souvient des explications données dans le temps par « les ministres. A les entendre, il semblait que ce fût encore aux
« vaincus de 'Waterloo que l'outrage s'adressait ; que les Prnsu siens, en s'emparant d'un territoire en litige, en enchaînant <c une population française, n'eussent fait que céder un peutrop « protnptemeat & des habitudes de puissance et de commande- II ment, que la fortune des armes leur avait permis de prendre <i deux foi? chez nous. Mais tel n'est pas le caractère de la vio- II lence commise par les Prussiens, Ce ne sont pas eux qui font « lafautedeprendrelaFraDcedel827pourcellede 1815. Nous '< avons perdu contre eux et leurs alliés de grandes batailles ; u nous les avons habillés, nourris, soldés pendant trois années ■ d'occupation; nous leur avons donné un milliard pour les renu voyer ; mms ils savent que, quelques pertes que nous ayons n faites, nous avons aujourd'hui autant d'hommes et plus d'arn gent que quand nous leur disputions l'Elbe et la Sprée. Ils I. nous ont vus chaque anuée payer, sans en souffrir, un budget « d'un milliard, et ce n'est pas de nous qu'ils peuvent avoir » mince opinion. Mais ils ont vu aussi avec quelle ignorance, « quel désordre, quelle absence de patriotisme, ce milliard a << été administré jusqu'ici, et c'est pour cela que, sous le dernier u ministère, ils ont cru pouvoir offenser impunément la première « nation de l'Europe.
« Vous saurez, en effet, que, avant de se hasarder à prendre M possessÎMi du territoire de Merleo, les Prussiens s'étaient soi- <■ gueusement enquis de la situation militaire des départements u français qui confmentàleurspossessions d'entre Rhin et Mo- <■ selle. Des commissions d'ofliciers sont venues plusieurs fois, <c sanstntentiou apparente, visiter Metz et lesplacesdecettedirec- 'I tion. On les avait admis dans nos établissements sur des passes <i ministérielles : arsenaux, remparts, dépôts d'artillerie, ateliers, a magasins, etc. ; ils avaient vu le dénûment de tout. Sachant « au juste quelle résistance un coup demain pouvait rencontrer « de la part de nos commandants militaires, si braves qu'ils •i fussent, quand les moyens matériels manquent, ils avaient pu N faire à coup sûr leurs dispositions. Lorsque, un beau matin, Il le bruit se répandit dans Meiz que las Prussiens avaient fait Il irruption sur le territoire, la ville et la garnison ne montrèrent H nulle peur, mais bien l'envie que cette attaque fût sérieuse. Le « général Villate fit sortir de Metz un bataillon d'infanterie, et
Il de Thionviile un escadron de hussards. Ce n'était pas en tout '< SOO hommes, tant nos corps aujourd'hui sont faibles, malgré < les 200 miUîoDs donnés annuellement à la guerre. Les Prus- I siens avaient bien trois fois ce nombre, infanterie, cavalerie, ' artillerie déjà rangés en avant de Merten, quand notre recon- 1 naissance les aperçut. Malgré leur infériorité, nos soldats ri voulûent en venir aux mains, et l'on eut grand'peine à le» » runener vers Metz et Thionviile. Merten resta occupé. Le « gouverneur de la division, sachant bien que les Prussiens " avïûent tout près de là, dans Sarrelouis, une artillerie formi- K dable, tandis qu'il lui était impossible à lui de faire sortir de u Metz seulement deux batteries attelées, prit le parti d'attendre <• des ordres; il les attend encore. Si le général, avec le zèle r' qu'il a montré, eût été en force, comme il devait l'être ; si
I Metz eût été dans l'état où tout le monde en France croit cette
II place, les Prussiens n'eussent rien tenté, ou bien, la consigne ( militaire, livrée à elle-même et exécutée dans toute son éten- •• due, comme à Navarin, eût obligé les ministres, une fois de u plus, & accepter, bon gré mal gré, une victoire française.
a Qui donc sera coupable de cet affront attiré à la couronne, 1 sinon les mauvais serviteurs sur qui reposait le soin de rendre " nos frontières respectables? Douze millions leur étident al- « loués par an à cet effet. Depuis six ans, que voit-oa figurer K dans les budgets, au tableau des dépenses, pour couvrir cette <• somme énorme? Des réparations, des entretiens, des préten- 1 dues créations, qui ne se rencontrent nulle part. C'est un hon- " teux remplissage de colonnes qui a satisfait la complaisance ou « la précipitation de la dernière Chambre, m^s qui,- en réalité, " ne répondrait à rien. Aujourd'hui, il est bon qu'on le sache, u l'état de la division militaire insultée par les Prussiens est en- « core ce qu'il était lors dé l'événement. Il y a'dans cette situa- « lion des particularités qui passent toute croyance, et qui sont " autant de charges contre l'ancien ministère. Le moment est " choisi pour tes f^re connaître; car, outre l'accusation qui se ■ prépare, voici venir la discussion sur les fonds de la guerre, « et il est à craindre que, malgré les attaques fort graves dont « elle a été l'objet, surtout de la part d'un illustre général, « cette partie du budget ne soit encore votée trop lestement.
a Verdun, Tfaionville, Longwy, Bitche, Tout, Marsalsoot des places dépendantes de la" division de Metz, et c'est de cette dernière ville qu'elles doiTent drer la plus grande partie de leurs approvisionnements ; conséquemment, il faut que Meti renferme leurs moyens de défense en même temps que les àens. Or voici de combien il s'en faut que son armement soit complet :
« 120 canons de siège de divers calibres lui sont nécessaires : il en existe seulement 27. Il lui faut 72 mortiers, obusiers et pierriers : elle n'a que 37 bouches à feu de ces diverses espèces. Au total, pour 192 bouches à feu ayant chacune leur place marquée dans le développement des fortifications, comme savent tous ceux qui ont vu des villes de guerre, elle n'en a que 64. Gomme il n'existe pas de fonderie à Metz, et qu'il faudrait tirer de Strasbourg les bouches à feu indispensables pour la déibnse, ce qui nécessiterait un délai de 15 jours au moins, Metz et les villes qui en dépendent sont réellement à la merd de la puissance qui occupe Sarrdouis. Il n'y a pas d'exagération à dire que, en i8 heures, les Prussiens, sortant de cette place et du Luxemboui^, pourrûoit couronner les chemins couverts de Metz et n'auraient d'autres obstacles directs à franchir que les fossés et les murailles. Quelque effort et quelque diligence que l'on fit, on ne parviendrait pas à armer un seul front de la place. Pour les 192 bouches à feu qui devraient armer les remparts de Metz, il faudrait 340 alTûts, nombre ainsi fixé à cause des rechanges nécessaires pour remplacer les affûts brisés par l'ennemi. 11 n'y en a que 213. On peut montrer, k la vérité, dans iine des cours de l'arsenal, 392 pures de flasques en fonte, qui représentent pareil nombre d'affûts, de mortiers; mus voici l'histoire de ce 'singulier approvisionnement. « En 1820, M. de W.., député de la Moselle, qui votait pour le ministère, eut besoin d' aident pour soutenir son établissement. Le ministre lui fit sur-le-champ la commande de ces 392 alfûts, qui sont de mauvaise qualité, et dont le nombre est tellement au-delà des besoins, que dix sièges de suite ne les consommerfûeot pas. M. de W... fut payé avant même de livrer ses flasques. A la même époque, on voulut obliger
isin-i8S9. m
n une commiaaion d'officiers d'artillerie de recevoir des fers « d'une qualité détestable, offerts par la même maison ; mais » la commission n'eut pas tant cle compliùsance pour l'ami du V ministère.
« 11 fatat & la ville de Metz 70 pièces de campagne de divers « calibres-, il y a seulement 33 boucbes à feu de cette classe; « mais de 33, il n*y en a pas 12 qu'on puisse faire sortir de la « place, & cause des changements innombrables qu'ont reçus 'I depuis plusieurs années les diverses parties du service. On a i< des affûts de 8 pour des pièces de 4 ou réciproguemeat, et n nombre de pièces de 6 qui n'ont point d'affûts, ou pour les- " quelles il n'y a point de boulets. De tout cela le gouverneur 'I de Metz était dans l'impossibilité de former seulement deux n batteries de 6 pièces chacune, loraque les Prussiens arrivèn rentàMerten.
« Qui croirait à un tel délabrement du matériel de l'artillerie, H quand le personnel est si important par le nombre? Dans la <i seule ville de Metz, il y a trois beaux régiments d'artillerie, ti deux k pied, un à cheval. Avec toute l'artillerie disponible " dans la place, il n'y a pas de quoi armer la dixième partie « de cfi monde ; aucun des trois régiments ne pourrut être « passé en revue ou mis en mouvement avec un nombre de <■ pièces qui correspondit seulement au quart de son efTectif. » Aussi, faute de canons, les artilleurs sont appliqués aux ma- '< nœuvres de la cavalerie et de l'infanterie, autant ou plus qu'à " celles de leur arme, au détriment de l'instruction spéciale « queréclame leur service.
1 On peut juger de l'état des villes de la direction par celui » du chef-lieu, Verdun, dont on veut faire une place imposante, " parce que le traité de Paris l'a fait reparaître en première " ligne. Verdun a 30 bouches à feu pour 123 qu'elle devrait Il avoir. Mais elle est censée pouvoir tirer de Metz. Longwy a Il 26 bouches à feu ; Bitche en a 36 ; Thionville, 27 ; Toul en Il a 3 ; Marsal n'en a point. En général, les plus favorisées ont Il àpeu près le sixième ou le septième du nécessaire, et le chef- « lieu de la direction, qui devrfùt suppléer à tout, est à peu « près réduit au cinquième pour lui-même.
« L'état des fortifications dans ces différentes villes pourrait
30n PAJOI..
n être l'objet d'observationa qai ne frapperaient pas moins i< d'étonnement ; mais j'en ai dît aase« peut-être pour faire « sentir combien il serait nécessaire qu'une enquête eo apprit •( davantage, t<int pour les motifs k donner à l'accwiation contre « l'ancien minislère que pour les mesures à prendre sous l'ad- <c minîslration actuelle, s'il est reconnu qu'un tel désordre n existe.
n Tout le inonde convient que notre frontière doit êti'e, en n tout temps, préparée à tout événement; personne n'ose dire u que les 12 millions annuellement votés pour le matériel de 'I la guerre ne soient une allocation suffisante. Reste à voir com- « ment, avec ces 13 millions, est fait l'un des services qui im- (I portent le plus à l'État et l'un de ceu:t aussi dont il fait le « plus lai^ment les fonds. «
Le général Pajol venait de soulever une des questions les plus brûlantes du moment, et qui touchait à notre honneur national, dont la Prusse avait fait bon marché, en occupant inopinément un territoire en litige, que d'ailleurs on ne paraissait pas songer à revendiquer. Notre situation militaire et l'état de nos places, si bien indiqués par le général, interdisaient, en effet, toute espèce de réclamation sérieuse, et nous devions nous incliner ^devant celte triste et navrante nécessité.
L'article dq Constitutionnel provoqua une note du Moniteur, dans laquelle le Gouvernement se défendit mal, en insinuant que le général Pajol s'était trompé dans ses évaluations des approvisionnements des places de la frontière nord-est. Pajol répondit, le 4 août, pai' une nouvelle lettre au Constitutionnel.
n Monsieur, je me hâte, à peine arrivant, de remplir l'enga- '< gement que vous avez pris en mon nom. II ne me resterait » rien & ajouter à votre examen de la réponse fMte par le Moni- « leur à ma lettre du 14 juillet, si voua n'aviez donné l'article I. qui réduisait cette réponse à sa juste valeur pour une simple <c réplique provisoire, et si vousn'aviez promisen mon nom une n plus complète réfutation.
« Tout ce que vous avez soutenu dans votre article comme « vraisemblable, moi, au mépris de toute dénégation, je l'af- 11 firme de nouveau comme certain, et cela, d'après des don- « nées qui ne me-laissaient aucun doute avant la faible réponse
n du Moniteur. Ce doute de ia vérité de mes propres assCr- « tions, le Moniteur a toutefois prétendu le découvrir dans une 1 phrase de ma lettre qu'il cite, en s'écriant : Peut-on dénon- « cer de pareils faits quand on ne les regarde pas comme prou~ « vés? Oui, j'ai dit quelque part : 6"i7 est reconnu qu'un tel ■1 désordre existe. C'est qu'en effet, sij'ai laconliaDce que mes « asserticms puissent être de quelque poids auprès de beaucoup n de gens, je n'^ pas la prétention de croire qu'elles paissent n équivaloir à une démonstration judiciaire. J'ai dénoncé le c désonkeetj'y.croyais feimement; ioîûs le constater, c'est le " fait d'une enquête, et mon seul désir était d'en provoquer une. 1 Vous avez fait bonne justice de cette singulière argumena tation, qui s'appuie sur l'existant en cuirasses, sabres, fusils, • pistolets, pour réfuter ce que j'avance sur le dénûment en ' bouches à feu, et aussi de ce nouveau système de com- « pensation qui consisterjut à avoir en plus à Toulouse, à «I fiayonne ou à Perpignan, les canons qui sont en moins à
Metz, Verdun et "niionville. Je vais plus loin, je nie qu'il y ■ ait assez de fiisils à Metz pour armer les gardes nationales, « qui pourraient être appelées par les drconstances à suppléer
1 les troupes de ligne, et pour remplacer la quantité considé- " rabJe d'armes qui seraient écartées, comme hors de service, « s'il fallidt entrer en campagne; j'ajouterai encore que, bien 1 que je n'ûe parlé que de la direction de Metz, je mets les par- « tlsans de l'ancien ministère au défi de prouver que l'état des « autres directions est meilleur.
n Si j'en crois des lettres qui me sont adressées depuis peu « de Metz, ce détail d'armement,, que le journal ministériel a « cru appeler spirituellement une longue nomenclaUife, n'a " paru ni fastidieux ni long à ceux qui ont sous les yeux les " vérités signalées à toute la France par ma lettre du ih. La « sensation a même été très-vive au milieu de cette coura> " geuse population, qui n'oubliera jamais sous quel ministère « 2,000 Prussiens ont fait impunément irruption sur notre tern ritoire.
H Vos chiffres, me dit-on, sont justes à une unité près. Vous « avez dit qu'on ne pourrait faire sortir de la ville deux batte- " ries attelées; on est aujourd'hui dans l'impossibilité d'en
« fournir aux divisions de cavalerie réunies au camp de Lunévitle; une seule pourra être expédiée dans le couract du mois d'août, encore ne serait-elle pas complètement munie de tout ce qui est nécessaire, s'il fallait qu'elle entrât immédiatement
« A entendre le Moniteur, nous avons tout le matériel correspondant au montant des sommes allouées à ce chapitre depuis quatorze ans par chaque budget, et il ne s'agit plus que d'un trav^l de répartition enti-e les diverses places, II en est de la commission chargée de ce travail comme de toutes celles dont mon honorable ami, le général Gérard, a si bien fait sentir l'iDutilité, le ridicule et surtout la dépense: elle se hâte lentement. Dès l'année 1824, des offiàers d'artillerie étaient chargés de fùre pour elle jusqu'à trois expéditions de nos places frontières. Quatre années se sont écoulées, pendant que nos voisins ont hérissé Luxembourg, Mayonce et Sarrelouis. Nous attendons encore, et chaque année nous avons payé, pour qu'elle délibère, une commisûon qui ne s'est K peut-être pas réunie dix fois.
« C'est là-dessus que je n'ai point assez insisté, sur l'inutilité M des sacrifices arrachés depuis quatorze ans à la France, au « nom de la défense de ses frontières -et de la recomposition de " son matériel de campagne et de siège. Si la Chambre eût re- « fusé les allocations, le dernier ministère serait coupable en- <i core de ne lui avoir point ouvert les yeux sur le danger; car n M. de Clermont-Tonnerre en a été plusieurs fois averti et par « qui de droit. Mais la Chambre a toujours accordé le néces- <i saire, et toujours on l'a trompée sur l'état des choses. L'au- '< teur <te la réponse officielle ose dire que nos désastres de '< 1814 et de ISIS n'ont pu jusqu'ici être mieux réparés. Mais <( nous vivons encore sur nos débris de ce temps-là, malgré <c plus de 120 millions dépensés depuis. Affûts, caissons, bouches « h feu, voitures, foires* attelages, sont les restes mal assortis « de cette admirable artillerie que nous promenions par le « monde. C'est un mélange confus de tons les systèmes aban- « donnés ou repris pendant nos longues guerres.
« Je m'attendais à voir le Moniteur arguer des nécessités de n grandes réformes que le personnel et le matériel de l'artil-
n lerie paraissent destinés à subir trës-prochaîneiuetit. Je ne R veux paâ discuter id l'opportunité ni Je mérite intrinsèque de " cette réforme, Plas d'un million a déjà été dépensé en essûs ; " je doute fort que ces essais aient appris ce que trente années n de guerres expérimentales; sous un si grand maître, n'avaient - pas enseigné. Enfin l'auteur du nouveau système a trouvé des « voix complaisantes ou convaincues. Je fais des vœux pour ■I qu'une expérience plus complète ne se fasse point aux dé- K pens de notre gloire. Mais, eu attendant cette réforme gêné* " raie, cette création d'un nouveau système, un ministère a-t-il R pn, sans trahir le pays, le lùsser complètement sans dé- R fense? A-t-il pu, sans être coupable de dilapidation, si peu ■ faire avec tant d'argent? J'aù vu tout le chapitre de l'artille- « rie et du génie voté cette année avec une inconcevable pré- " dpitation, malgré les observations si pldnes de raison et de " sdence que le général Tirlet, mon ami, a fait entendre à la n tribune. Un tel vote ne serait-il pas une haute imprudence, si • l'argent devait encore cette fois être confié aux créatures de « l'ancienne administration?
« Je ne sais pas. Monsieur, ce que je dois entendre par ces « convenances qui, suivant le Moniteur, auraient dfl m'em-^ '< pécher de vons adresser ma précédente lettre. S'il s'agit de fl simples convenances de position, vous avez répondu pour moi, <i et je suisbienuse de déclarer iû que je n'attends ni ne désire f aucune faveur; s'il s'f^it de considérations d'intérêt ou d'hon- « neur national, je ne crois point les avoir méconnues en révén lant à la France des misères que la dernière administration a "■ plusieurs fois exposées aux regards des officiers saxons, bava- " rois et prussiens, admis dans nos places. Assez heureux pour n avoir combattu l'étranger depuis le premier coup de fusil de « la Révolution jusqu'au dernier, je me crois dispensé de pro< « fession de foi quand il est question de sentiments patriotiques. 4 Toutefois, dans les circonstances présentes, je ne voudrais pas " qu'on pût m'imputer l'intention de gêner le gouvernement, fi en publiant les embarras dont il peut être entouré. Le mal, H fût-il plus grand encore, je n'efTrayerai personne en le révé-
• lant, car on sait assez de quoi la France est capable, s'il l'ul-
* lait qu'elle s'imposftt des ressources comme elle l'a fait tant
n de fois. Ce qui doit paraître à tous les yeux de bonne foi qui « ont lu ma pieiiûëre lettre, ce n'est point accuser la nouvelle « administration, mais poursuivre l'andenne, dont les méfaits (I pèsent aujourd'hui si durement sur la France; ces méfaits, « pom" les réparer, il faut les connaître. »
Celait faire acte de patriotisme que de dévoiler à la France des négligences aussi coupables, et le général Pajol, en accomplissant ce devoir, restait dans son rflle de militaire attentif à l'état de l'armée, à ce moment où l'agression de la Prusse permetlait de prévoir des complications politiques.
Le ministère, tout en prenant, à cette occasion, la défense de l'antienne administration, n'annonçut pas l'intention d'adopter un système diffèrent dans cette question si grave de l'armement de nos places fortes. C'était incontestablement une iaute de sa part. D'autres fautes arrivèrent et, au mois d'août 1829, te ministère Polignac .prenait le pouvoir.
Le chef du nouveau cabinet, très en faveur auprès du roi et à la cour, arrivant d'Angleterre, où il était ambassadeur, avait conscience des grands devoirs que lui imposait sa haute poâtion. Homme droit, sincère, il se jugeait appelé à.reconstituet' l'aristocratie, à refaire le système électoral, à sauver le trOne. Animé des meilleui-s sentiments, d'une religion éclairée et plein de fol, le prince de Polignac n'avait en vue ([ue le bien public, les intérêts de la France et ceux de la royauté. Ses tendances, malheureusement, étaient en contradiction avec les aspirations du pays et le mouvement vers lequel il était entraîné.
La presse libérale et l'opposition parlementaire ne devaient donc pas tarder à se déclarer énergiquement contre te nouveau cabinet, dont les autres membres étaient: MM. delà Bourdonuaye, de Bourmont, de Montbel, de Gourvoisier, d'Haussez et Chabrol.
Le général Pajol, depuis sa véhémente sortie contre le ministère de Villèle, n'avait plus attaqué le gouvememeat du rai; il avait repris ses relations avec ses amis politiques, qui apparteniûent à l'opposition la plus avancée. Tout en suivant avec attention les mouvements de l'opinion, Pajol était allé au Paraclet surveiller son usine, qui ne donnait pas de bien brillants résultats.
,t.„ab,G(X)glc
ArmemcDli opiréi en vue de rexpéJiliou d'Alger.— Ouverture df la session législative.
— DiHolulÏDn de It Chamlire des députés. — Dé|iiirt du corps cipèditloaDaIrc.
— Premiers succèt.— EmbarnsduCiouveiDemeiii. — Ordanuaneeidu 26]uillet. — ËmotioD dei Paritiens. — Imminence d'une révolulion. — Le général Pajolà Paris.
— journées des 20, Î7, 28 etlB juillet. — Projet d'une expédition sur Ramlmuillet.
— Le duc d'Orléans en doiiDe le commandement à Pajot. — Belle conduite du général pendant la crise révolutionnaire. — Dangers d'une opéralioo sur BambouiUet. — DiDieultés de la miwioo du général. — Ses prépamliE). — Départ de Paris. — Arrivée à Cognières. — Attaque de nuit des avant-postes royaux, — Les commissaires du nouveau gouvernement auprès de Charles X. — Départ du roi. — Fin des liostilités. — Retour de lu colonne expéditionnaire. — Rentrée triomphale à Paris, — ; Pajol gouverneur de Paris et commandant de la l" divilion militaire. — Période de troubles, — Procès des ministres, — RrcrudeMenee d'agitation. — Feime attitude du général Pajol. — Il nAintient l'ordre et fait respecter la loi .
Dès les premiers jours de l'anaée 1830, la presse libérale, écho de l'opinion publique, reprit, avec plus àe violence que jamEiis, ses attaques systématiques contre le ministère Polignac ('). Le ministère se voyait mis eu demeure d'affronter l'opposition des Gbambres, dont la convocation n'avait pu être relardée au-delà du mois de mars. Cette perspective l'inquié-
'.'] Le prince Jules de Polignae, né à Paris en 17S0, mort en 1847, était le ibuièffie Gis du comte Jules de Polignac, fait due par Louis XVI et mort en 1817, et de la célèbre duchesse de Polignac, amie de Marie-Antoine Ile. Emmené en Angleterre en 1789, il se trouva mêlé (1804) aux complots de Cadoudal et de Pichegiu. Mus la vie privée, c'était un boiDme pieux, honorable ; il se distinguait par l'élé- S>i>ce de les manières. Appelé au ministère le 8 août 1819, il promulgua les ordotiDaoeei dé juillet. Apr«s la chute de Charles X, il lut enfermé dans le donjon de lUMcuoea, où il ojait déjà expié les haines de la jeunesse contre l'Empire. Tou- ]Win câline et souriant, il semblait regarder tout 'ce qui >e iwssaît comme un rive, * crojaiil à l'abri des conséquences d'une inviolabilité royale, qui n'avait sauvé nCbrIes 1", ni StnH'onl. Amnistié en 1S36, it passa eu Angleterre. Il obtint 'mUix de rentrer en France et put fmir tranquillement M» Jours a Saint -Germa iu- «■Uje.
tait sérieusement; luïùs il se flattait encore de pouvoir opérer une utile diversion; il espérait que l'annonce opportune d'une belle expédition militaire remuerait la fibre nationale, et, par suite, détendrai les espiits et assoupirait, pour un temps, les passions politiques. L'expédition d'Alger fut, en conséquence, . . résolue et, le 7 février, malgré les représentations de l'Angleterre, le Gouvernement du roi donna l'ordre de procéder aux premiers armements.
Le iiiînistëre se trompait : il ne lui fut pas donné de conserver' longtemps ses illusions.
On entend ordinairement les bruits de guerre retentir avec éclat au fond des cœurs français; mais, cette fois, il y eut comme un silence. Les esprits se trouvaient alors tout entiers soumis à l'empire des idées que suscitaient les préoccupations politiques, le désir d'une liberté mal définie et d'étrange? aspirations de réorganisatîoit- sociale. La session législative fut ouverte, le 2 mars, au milieu d'une anxiété générale, et, dés ses premières séances, la Chambre des députés ne put dissimuler au pays la divergence profonde qui se manifestait entre ses vues et celles du Gouvernement.
La fameuse adresse des 221, dessinant nettement la situation, intervint bientôt comme une déclaration d'bostilîtés, à laquelle le ministère répondit, le 16 mai, par une ordonnance de dissolution.
Durant le cours de ces tristes débats, notre armée n'était pas demeurée inactive. Le général de Bourmont s'était embarqué à Toulon, avec 37,600 hommes d'infanterie et 3,800 chevaux. La Hotte, commandée par l'amiral Uuperré, avait été quelque temps retenue aux Baléares par la violence des vents conliaires. A la date du 14 juin, elle opérait son débarquement sur la côte africaine, et, après vingt et un jours de glorieux combats, elle entrait à Alger. A jamais banni de ses États, le Dey payait enfin la peine des préjudices que ses pirateries causaient -depuis si longtemps à notre commerce; il était puni de l'outrage qu'il s'était permis de nous adresser en 1827, en la personne de notre consul.
Hélas! le retentissement de ces éclatants succès fut presque à l'instant étouffé sous le tumulte de nos discordes civiles.
ilizedÈïGoOC^Ic
Qu&nd la nouvelle nous en arriva, la lutte électorale venait de toucher à son terme : les 221 signataires de l'adresse étaient réélus; on allait les voir rentrer à la Chambre, escortés et renforcés de hon nombre de libéraux.
Ému de la gravité des événements, le roi prit la résolution d'invoquer le bénéfice des dispositions de l'article 14 de la Charte, et, le 26 juillet, il revêtit de sa signature les ordonnances qui prononçaient la suspension de la liberté de la presse, la dissolution de la nouvelle Chambre avant sa réunion, le principe d'un nouveau régime électoral , la convocation des collèges électoraux pour les 6 et 13 septembre, enfin la réintégration de quelques andens députés dans leurs fonctions actives au Conseil «l'État.
On sait ce qui advint à la suite de ces néfastes ordonnances : Paris fut frappé de stupeur ; la résistance s'y organisa délibérément, et les esprits sérieuj ne purent s'empêcher d'entrevoir une révolution.
Le général Pajol se trouvait au Paraclet quand il apprît le résultat, facile à prévoir, des mesures récemment prises par Je Gouvernement. Dès le soir du 28, il était à Paris. Là il vit la plupart des députés groupés uitour de M. LafTitte, et, ayant eu l'occasion de parcourir avec le général Vincent les quartiers ail la lutte était la plus vive , il fit comprendre à son vieux camarade que, pour l'autorité royale, la partie était perdue.
Sur le compte rendu que lui fit aussitAt le général Vincent, le roi Charles X avût à prendre une résolution ; mais il refusa de se rendre à l'évidence, espérant encore dominer l'émeute à l'aide d'une douzaine de mille hommes que commandait le maréchal Marmont. Ces espérances durent bientôt s'évanouir, car, le lendemain 29 juillet, l'insurrection, partout victorieuse, refoulait sur le bois de Boulogne, et, de là sur Smnt-Cloud, les troupes qui n'avaient pas fait cause commune avec elle. En même temps Lafayette était conduit triomphalement à l'HOtel de ville, où les députés présents instituaient une commission municipale. Le 30 juillet, Xiafayette était investi du commandement en chef de toutes les forces nationales, pendant que M. Laffitte et ses amis tentaient de placer le duc d'Orléans à la tête d'un gouvernement régulier.
Après quelques hésitations, le prince avait accepté lalieutenance générale du royaume; il vint, le 34 juillet, rendre visite ii Lafayette et demander h la popularité du vieux général la consécration du titce sous lequel il devait maintenir en France l'ordre et'le respect des lois.
Cependant Charles X et sa cour avaient précipitamment quitté Saint-Cloud. Ils s'étaient retirés à Rambouillet avec 6 ou 7,000 hommes de troupes restées fidèles. Cette retraite, exécutée en bon ordre, était un fait de nature à inquiéter sérieusement le gouvernement du lieutenant général. Qu'allmt-il advenir, en effet, si le roi se réfugiait dans l'Ouest, en appelant à son secours les armées de la province et les populations vendéennes? C'était la guerre civile avec toutes ses misères, et la perte des résultats acquis au principe des libertés publiques. D'ailleurs quelle serait l'issue de la lutte, s'il fallait l'engager conti-e des forees régulières et disciplinées avec les masses décousues qui faisaient le soutien du nouveau pouvoir? Hors de Paris, en rase campagne, les gardes nationales, qui venaient de renaître, n'allaient-elles pas se faire battre? Estimant, pour ces raisons, qu'il était absolument indispensable de frapper vivement un coup d'audace, le nouveau gouvernement décida qu'une expédition serait aussilAt dirigée vers Rambouillet, afin d'exercer sur l'esprit de Charles X une pression assez forte pour lui faire prendre la résolution de quitter le territoire français. Une grande rapidité d'exécution pouvait seule assurer le succès, et Pajol était, plus que personne, capable de réussir. C'était l'homme indiqué par la situation ; c'est vers lui que tous les yeux se portèrent, d'autant mieux que sa ferme conduite pendant les trois journées de la Révolution venîdt de témoigner hautement de la dignité de son caractère.
Le 29, en effet, dès cinq heures du matin, le général Pajol rivait reçu la visite de M. l'ingénieur Degousée, qui, à la tète d'une dépulation parisienne, était venu lui offrir le commandement de la garde nationale. Le général se déclara prêt à accepter, mais à la condition expresse que la proposition dont il était l'objet serait ratifiéepar les députés présents à Paris. Puis, voyant que cette consécration, indispensable en soi, suscitait çà ou là d'étranges dinicultés; qup les élans de confiance coûtaient sin-
guiiërement h certains personnages ('); qu'enfin on lui marchanilaiE le pouvoir, il résolut de se laisser faire et tlu prendre part aiixluttes qui venaient des'ouvrir, individuellement, lésolûment, avec cette vigueur qu'il avait tant de fois déjà, mise au servicu lié son pays.
On le vit donc revêtir son vieil uniforme des Cent-jours et accomplir son devoir de simple citoyen. Plein d'ai-deur et de dévouement, il rendit, en ces moments difficiles, de signalés services. C'est ainsi qu'il sut ordonnera temps les dispositions propres à prévenir le retour offensif des troupes royales qui se retiraient en désordre par les Ghamps-Ëtysées. Ainsi il pamnt à sauver les caisses du trésor public, qui contenaient 30 millions de numéraire et 3 millions en papier; il s'y rendit au moment opportun, installa des gardes nationaux dùis les postes qu'avait évacués l'armée, leur donna les consignes ]ç8 plus sévères. Le général Pajol assura de la même manière la sauvegarde de nombre d'établissements publics, menacés d'invasions hostiles ; il ne cessa de donner de sages' conseils, d'arrêter l'effu^on du ■ sang, de protéger des prisonniers injustement voués à une mort certaine, de réprimer partout le désordre et les passions surexcitées.
Telle avEÙt été la conduite de l'homme de guerre tiré de sa retraite et réveillé far les dangers de son pays. La crise apaisée, il s'effaça devant M. de Lafayette, qui, toujours noble et généreux, mais afTaibh par l'âge, avait attiré à lui, pour en Cire secondé, le général Gérard.
Cependant, dès qu'il fut question d'opérer dans la dii'ectioa de Rambouillet, le duc d'Orléans ne put s'empêcher de songer à Pajol. Il résolut de lui confier le commandement d'une colonne expéditionnaire, formée de gardes nationaux et de Parisiens de bonne volonté. Le 3 août, vers midi, il lui adressait la dépêche suivante :
(') CertaÎDi doutés le demaudtienl alort ai te génént Pajot él»ix réellemeut ta- |itble de diriger le mouvement révolution naire et de le miintenir duu la voie de l'ordre alj*olu. D'autres pressentaient ton asceadant sur le peuple. Le* plut timorés le cra^naienl, parce qu'il avait dit, en entrant à l'IiAIel LafCtte : ■ HestieuTS, je vous ■ apporte te chapeau de Waterloo I • Les indécis, les irréioliu, les esprit» taibln analytaient et retournaient en tous sens celte exprcuion , qui n'avait trait qu'à l'espoir d'une revanclte de nos désastres de 1815.
312 PAJOl.
H ueOTENAHCE OÉNÉRALE DD ROYAUME.
« Taris, 3 août 1630.
« Sa Majesté le roi Chartes X ayant abdiqué la couronne, et » Son Altesse Royale Monseigneur le Dauphin ayant également « renoncé à ses droits, il est devenu indispensable qu'ils s'éloi- « gnent immédiatement du territoire français. En conséquence, « le lieutenant général comte Pajol est chargé de prendre toutes (I les mesures nécessaires pour les y déterminer et pour veiller « à la sûreté de leurs personnes.
« H sera mis à sa disposition toutes les forces dont il aura n besoin. »
Signé: « Lodis-Philippe d'Orléans.
■ Le commUsaire [ovvisoire dn département de la guerre. » Signé: <( Comte Gérard. >>
A celte dépêche se trouvait annexée une lettre de Lafayette h Gérard, ain^ conçue :
• Udtel de ville, 3 a.oiit IS30.
B Le général commandant en chef « au lieutenant général Gérard.
H Je vous envoie, mon cher général, mon aide dé camp M. Joubert, pour s'entendre avec vous quant aux mesures à prendre « pour l'organisation des troupes que vous allez commander.
« Je donne ordre, en même temps, aux chefs de légions de (c mettre à votre disposition SOO hommes par légion.
« Veuillez, mon cher général, donner vos ordres à M. Joubert Il quant h l'heure et au lieu de la réunion. »
Signé: « Lafayette. »
" Renvoyée au général comte Pajol, qui, ayant été nommé « par Monseigneur pour exécuter le mouvement, s'entendra avec « M. Joubert.
1 Le comm)39aire provisoire an département de la guerre- " Signé: » Comte Gérard. »
Pajol avait à peine accepté cette mission délicate qu'il put en niesui'er toutes les difficultés. A rmson de 500 hommes par légion (on comptait alors douze légions^, il commandait 6,000
gardes nationaux, et la dépêche suivante de Lafayetle venait de lui faire connaître qu'il pouvait avoir à les engager contre une douzaine de mille hommes: