[Palai]
Mais n’etes-vous pas Corine deTanagra, Dont le nom, comme un souffle frais, Sonne en gaîté sur toute route,
De ville en ville?
Celle de qui, là-bas, vers les Cynocéphales, Mon père redisait la chanson sur sa flûte, Menant ma voix d'enfant rieuse de ce rire Que vous voulûtes ?
CORINE DE TANAGRA
N’êtes-vous Corine, sans une égale,
Aux doigts dociles,
A la rieuse lyre,
Corine la gaîté ?
Voilà pourquoi, vous voyant attristée,
Je vous fixai des yeux,
Je vous ai dit : Corine ! — audacieux ;
Je suis Pindare, fils du Coryphée.
Corine.
On m’avait dit ton nom où court l’Alphée ;
Et, parlant des agones de ce soir.
On te nommait, tantôt, l’un d’entre nos éphèbes. N’es-tu pas de ceux-là qu’un espoir de gloire Nous mène, en foule, vers Thèbes?
On t’a dit Amphion à la lyre dorée Dont le nom dressa nos murailles?
Ta tête est pleine des fables qu’on répète, N’est-ce pas?
7raAat
Crois moi — ce temps est loin, si tu le guettes : Nos vieux remparts las des batailles Réclament des maçons, non des poètes.
Comprendsles mythes :
Le prince harmonieux, que Pho'ibos meme A tué dans ses fils, chantant leur thrène,
S’est tué de son plectre — la lyre est lourde :
Le laurier verdoie chaque printemps,
Fleurit et ne couronne qu’une fois,
Se fane, se fait de bronze Et n’est seyant qu’aux effigies :
Plutôt, vois bien ce que tu quittes Et vers quelle mort du cœur tu vas portant La lyre qui lasse vite Toute énergie.
La Muse, aux prières sourde,
Elit son amant entre dix milliers,
La bandelette,- que l’on rêve ceindre,
Est pour un seul — les destins sont liés :
La Muse choisit en pleurant qui doit l’étreindre.
CORINE DE TANAGRA
Quel vent de folie a soufflé du Pinde ;
Aviez-vous cru,
Jeunes chanteurs marchant par bandes Comme un torrent sans cesse accrû,
Que son laurier est pour qui le demande
Et sa victoire à quiconque y prétend ? *
Qu’elle se donne, ainsi, à tout venant?
Avec tes grands yeux clairs de jeune espoir,
Qui t’a fait espérer la belle gloire ?
Qui fut ton guide ?
PlNDARE.
Lassos, un soir de festin à Larissa,
Chez Aleuas qui fêtait Simonide :
Mon père menait le choeur des tibicines;
Moi, j’étais là comme un enfant, assis,
Et qui regarde, écoute et, ne sachant, devine ;
Et quand celui de Céos eut chanté,
Lassos — qui me voyait à son côté