‹ Paléographie des classiques latins d'après les plus beaux manuscrits de la Bibliothèque royale de Paris; recueil de fac-similé fidèlement exécutés sur les originaux et accompagnés de notices historiques et descriptivesChapitre 1 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il y a dans l'histoire de toute littérature deux faits essentiels qui sont à considérer avant tout autre; savoir, l'origine et la constitution de la langue, l'origine et la théorie systématique des signes au moyen desquels elle est écrite. A l'égard des langues , les modes de recherche sont les mêmes pour toutes ; il n'y a qu'à reconnaître l'ordre de composition et d'arrangement des mots , après avoir exposé la loi de leur formation , ce qui comprend l'étymologie , la grammaire et la syntaxe. Pour l'écriture, au contraire, ces moyens sont variés comme les espèces diverses des signes successivement inventés par l'industrie humaine , et il tombe sous les sens que la théorie d'une écriture idéographique, ou figurative, ne peut avoir les mêmes fondemens que celle de l'écriture phonétique, c'est-à-dire alphabétique. Pour l'objet de notre recueil , nous n'aurons à nous occuper que de l'alphabet de la langue latine : l'Europe n'écrivit pas assez tôt pour avoir une écriture à inventer; l'Asie avait fait pour elle les pénibles épreuves de la civili- .sation progressive ; l'Europe adopta donc un système alphabétique qui, depuis bien des siècles avant ses premiers essais littéraires, était d'iin usage général dans les contrées d'où il lui fut transmis.

Il en fut de même à l'égard des idiomes qui se partagèrent la possession de ce Lie vaste partie de l'ancien monde ; les peuples qui les parlèrent les premiers ne songèrent pas à s'enquérir de leur origine ; l'examen critique des faits ne peut être,

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pour une nation , que l'occupation de 1 âge mûr. La critique philologique , dans son enfance, et long-temps encore après, parce qu'elle n'était pas assez instruite, considéra tous les idiomes de l'Europe comme réciproquement étrangers les uns aux autres : on osa cependant , par des conjectures alors hardies , signaler quelques affinités entre eux. A la faveur de ces rapprochemens, plus ou moins exacts ou spécieux, on s'avança même jusqu'à classer ces idiomes par familles; enfin, au grand étonnement du monde des doctes, on exhuma des antiques livres sacrés de l'Inde une langue dont l'accord singulier, dans tous les points importans, avec ces mêmes idiomes de l'Europe , ouvrit une voie nouvelle à l'histoire des institutions humaines, et nous révéla des origines dont l'authenticité ne fut pas long-temps contestée. Des hommes habiles dans l'art de l'investigation et de l'appréciation des éléments les plus délicats de la certitude historique, s'attachèrent à l'étude de ce phénomène littéraire, et il fut reconnu par l'unanimité de leurs opinions, que le sanskrit, qui est la langue indienne la plus ancienne, a des rapports nombreux, intimes et certains avec les idiomes de l'Europe; que sa grammaire explique les flexions de leurs mots, et que son vocabulaire reproduit leurs racines : origines vénérables , quoique l'histoire écrite ne nous les explique pas ; qui toutefois ne laissent plus rien au hasard dans la détermination de nos formes orales, et qui nous montrent dans la descendance de nos idiomes , dans leur filiation mutuelle , dans leur état perfectionné , leur source commune déjà perfectionnée elle-même environ quinze siècles avant notre ère , et dont une autre série de siècles avait antérieurement marqué les phases diverses, depuis ses propres origines, primitives sans doute, jusqu'à cette perfection qui fut son état secondaire.

C'est donc à cette antique langue sacrée des brahmes, source commune de tous les idiomes du vaste empire de l'Inde , qu'on a heureusement rattaché l'origine des langues anciennes de l'Europe, que le poids du temps n'épargna pas, soumises comme elles le furent à des variations qui ont déterminé leurs fortunes diverses , et ont assigné leur place dans l'arbre généalogique de la famille thrace. germanique ou slave, à laquelle chacune d'elles appartenait.

Les Pélasges, industrieux aventuriers sur terre et sur mer, et dont on a reconnu les vestiges en Thessalie, en Epire, sur le continent et dans les îles de la Grèce, sur les côtes de l'Asie Mineure et sur celles d'Italie , transportèrent dans toutes ces régions les germes thraces des idiomes qui leur furent particuliers, et d'où sont sortis le grec pour la population hellénique , l'étrusque pour les Rhasiens l'osque pour les Ausoniens et toutes les populations latines; hommes de même race dont le rapprochement et la fusion ont produit pour l'Italie le latin, que Rome avait la secrète mission de donner au monde entier en indemnité de ses brutales conquêtes.

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Ainsi se dévoile la cause des analogies originaires entre le grec et le latin; toutefois leurs anomalies n'y trouvent pas une parfaite explication , et pour n'en faire remarquer qu'une seule , mais fondamentale , nous rappellerons que le grec emploie à la fois le secours de l'article et de la désinence dans les noms, et que le latin ne connaît pas l'usage de l'article. On nous dit aussi que le latin est plus indien dans sa substance que ne l'est le grec : que penser sur de telles données ? comment satisfaire un esprit à bon droit exigeant et avide de lumières sur des faits dont les causes demeurent aussi incertaines... ? Pourquoi le grec et le latin, venus également de l'Inde , n'en seraient-ils pas sortis à deux époques et de deux régions différentes? pourquoi, enfin, cette explication serait-elle plus merveilleuse que l'origine même de ces deux riches idiomes ?

La réalité de leurs rapports intimes avec la langue sanskrite est aujourd'hui une doctrine classique en Europe : nous trouvons dans un ouvrage récent , oîi cette réalité est exposée avec une science à la fois modeste et profonde ', une phrase composée en sanskrit et en latin , et dont la simple transcription interlinéaire nous semble ici pouvoir tenir lieu, à l'égard du latin, de toute démonstration plus étendue :

RAJAM RAJNIM YlIVA - RAJAM BHRATARN SVASARÇ-CA TAYATAM

REGem, REGIN«»), JTJVEnew REGIuot, FRATre^, SORORES-çue, TUEAT«r

MAHA-DAIVAS.

MAG/?ttJ-DEUS.

Le rapprochement des syllabes radicales de ces neuf mots suffira pour démontrer leur identité, et cette identité, qui ne saurait être fortuite, puisque le plus grand nombre des mots des deux idiomes ainsi rapprochés donneraient des résultats semblables, démontre à son tour la parenté originaire des deux langues.

Les plus habiles critiques de l'antiquité latine ne portèrent pas au-delà du grec les recherches sur leurs origines , et il était de doctrine reçue parmi eux , que c'était avec le dialecte des Eoliens que la langue latine avait le plus de rapports évidens : assez semblables en ceci aux critiques modernes qui trouvent l'étymologie dun mot français dans l'italien, étymologie qui n'est, au vrai, que la ressemblance inévitable entre deux mots provenant d'une souche commune. Ces anciens critiques, toutefois, généralisaient assez leur doctrine pour ne pas considérer comme étrangers à la langue latine les mots particulièrement usités chez les Toscans, les Sabins et les Prénestins même : oinnia italica, disait Quintiiien , y;/-o romanis habeo ; et en même temps ils distinguèrent avec soin les mots gaulois ,

' Pnralhlr (fr\ langues de VEurnpv rf dr l'indv , par F. G. Eiclihoff; Paris, Imprimerie Rovalc, 1830, in-4*'.

jv INTRODUCTION.

espagnols ou carthaginois qui s'étaient introduits dans leur langue. Mais cette langue ne put échapper au destin de tous les idiomes ses contemporains et de ceux qui en dérivèrent : le temps vint pour elle où il y avait déjà un vieux langage, malheureusement parce qu'il y en avait un nouveau, et ce progrès ne pouvait être que ce qu'il fut , le prélude de sa décadence.

Tel est le sort réservé aux créations des hommes, et les plus malignes influences ne cessèrent pas de menacer la langue latine dès son herceau : non-seulement son orthographe , comme le dit le judicieux critique déjà cité , fut soumise à un usage variable, et changea souvent par conséquent, mais encore il fut un temps reculé , ajoute-t-il , où la langue latine n'était écrite qu'avec un petit nombre de lettres, qui différaient de forme et de valeur d'avec celles de son temps. Comprend-on assez ce que , dans une littérature quelconque , des modifications fondamentales , telles que l'augmentation du nombre des lettres de l'alphabet, la mutation de leur forme, les variations dans l'orthographe, y apportent de perturbation , et par combien de détrimens pour l'intelligence des origines ona chète de tels perfectionnemens ? L'histoire de la langue latine serait, en ce point, celle de tous les idiomes de l'Occident.

Pline et Tacite ' disent que l'ancien alphabet latin était le même que l'ancien alphabet grec. Il fut introduit dans le Latium par les Pélasges , selon Pline et le grammairien Victorinus ^ ; par Evandre , selon l'opinion la plus commune , qui , toutefois, ne tire pas d'un plus grand assentiment une plus grande certitude. L'histoire des origines italiques, telle que des poètes l'ont écrite , est de sa.nature trop dépendante de l'économie et de l'intérêt du poème. On dit aussi qu'Enée , durant sa navigation vagabonde , orna de belles inscriptions les mausolées de ceux de ses compagnons que la mort lui ravit : Enée aurait donc certainement porté en Italie la connaissance de l'écriture, si les beaux vers de Virgile pouvaient être de bons témoignages historiques ; mais Hercule et les Pélasges , Evandre et Enée, malgré leur célébrité, n'ont pas encore obtenu, d'une critique peu sensible à l'éclat des siècles héroïques , l'avantage de descendre à l'humble condition d'hommes et de personnages de l'histoire. Tout ceci se réduit à savoir qu'il n'existe aucune donnée positive sur l'époque de l'introduction de l'écriture alphabétique en Italie.

A ce sujet, on devrait examiner l'antiquité relative des monumens écrits qui nous sont parvenus des diverses nations italiotes , et rechercher quel fut l'état de leur culture intellectuelle avant l'influence grecque, et à diverses époques du période circonscrit entre la chute de Troie et la naissance ou plutôt l'accroissement

' Pi.iMis, lib. MI, c. 58; Tacitcs, .iniial. lib. \i, c. 14 - PuTSCHivs, Cramm. latiiia: .■/iictores antiq., pag. lOM.

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de Rome. Sur ce second point, les conjectures ne manquent pas, mais des conjectures seulement; sur le premier, et d'après l'opinion impartiale et éclairée des critiques modernes qui se sont exercés sur les monumens italiotes de toute origine , il faut croire qu'il n'existe aujourd'hui aucun monument écrit de cette origine, qui soit antérieur à cette époque de Rome.

Les anciens grammairiens nous ont appris unanimement que l'alphabet primitif des Latins fut composé de seize lettres seulement '; on sait avec la même certitude que l'alphabet primitif des Grecs, semblable, nous a-t-on dit, à celui des Latins, avait le même nombre de lettres; les Gaulois et les Germains se servaient aussi des lettres de l'alphabet grec^; les inscriptions les plus anciennes qui nous restent des Étrusques et des autres peuples de la même famille ne donnent que seize lettres primitives, ou à son simple, pour leur alphabet : n'y aurait-il pas à tirer, du rapprochement de ces faits archéologiques, l'idée d'un alphabet de seize signes, qui dut être commun, dès la plus haute antiquité littéraire en Europe, à tous les peuples qui s'y distinguèrent les premiers par la culture de la littérature et des arts ?

La considération de ces mêmes faits nous porte à reconnaître comme signes primitifs de l'alphabet latin, les lettres indicatives des sons : A, B, C, D, E, F, I, L, M, N, O, P, R, S, T, V; et quelle que soit, en ce point, la diversité d'opinion des grammairiens anciens, cette série de signes, considérés comme primitifs, a en sa faveur l'assentiment de plusieurs de ces critiques, et, ce qui est de plus grande autorité encore, celui des monumens.

Dans l'inscription des frères Arvales, l'un des plus anciens monumens latins (découverte, en 1778, en construisant la sacristie de Saint-Pierre de Rome, où elle est conservée), on ne trouve employées, en effet, que ces mêmes seize lettres.

Les fragmens des lois royales attribuées à Servius Tullius, ceux des lois des Douze-Tables, et l'inscription rostralc de Dvillius, dans l'état où ces monumens littéraires nous sont aujourd'hui connus, confirmeraient cette première donnée sur l'état primitif de Talphabet latin, et ne nous montreraient non plus que ces seize premières lettres, sans l'adjonction de G, H, K, Q, X, Y, Z^; mais ces textes précieux ne nous sont parvenus que par des copies plus ou moins altérées, peut-

' Apud PiTSCH.; ViCTOBiN., pag. 3468, et Pnisc, pag. 4G2.

' C/ESAR, fie Rclh gallico, lib. vi, pag. 203, éd. Oberlin; Tacitis, de Mnribus Ccrm., pag. 43C, éd. J.-I,ipsio.

' Verriiis Flacciis suppose que le 'A fui employé dans le texte des vers des prêtres saliens. — Pomponius le jurisconsulte, clans son trailé île Origine juris, attribue à Appius Centiinanus l'invention du R; mais des critiques pensent qu'il s'agit .seulement de la forme de celte lettre qui i-essemblail primitivement au I) : l'on trouve, en effet, sur une médaille i.aiiikui) pour I.AnI^oH»m. C tenait aussi lieu du G, avant queSpurius Carvilius eût fait adopter cette dernière lettre ;jus(|uc-là on écrivait acna pour a<;.\a; on écrivait aussi pacit et pacit pour paxit et faxit; enfin, avant l'usage du Z, il était remplacé par CS, CS, SS, ou bien I) : Medentii's pour >Iezentii'». C et Ç> se trou\ent dans quelques copies anciennes des lois des Douze-Tables, et le -î'dans l'inscription de Dvillius; mais ces copies ne sont encore (pie des copies sans auliienlicité suffisante.

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être même à force d'archaïsmes supposés, et l'identité nécessaire de ces copies avec les originaux ne nous semble pas assez garantie pour que nous puissions en tirer quelque induction authentique et utile à la discussion présente.

Il nous faut donc, dans l'ordre d'ancienneté, descendre sans intermédiaire jusqua'ux temps des Scipions, et consulter, dans leurs rapports avec notre sujet, les diverses parties du tombeau de cette race illustre. Il fut découvert en l'année 1780 : on y trouva un certain nombre d'inscriptions latines, indiquant les noms des personnages déposés, pendant un intervalle de deux siècles, dans cette modeste sépulture; et la diversité des époques où ces inscriptions furent tracées dans ce même tombeau, en fait un véritable musée de paléographie et de critique grammaticale pour l'histoire de la littérature latine.

L'inscription de Scipio Barbatus est considérée comme le plus ancien latin d'une date certaine : ce Scipion fut consul en l'année ^298 avant l'ère chrétienne; les deux premières lignes de notre planche n" I reproduisent la forme des lettres de cette inscription; on y trouve les deux lettres G et Q déjà introduites dans l'écriture romaine.

Lucius Scipio, fils de Barbatus, fut consul en l'année iSg, quarante ans après son père; trois lignes (les n°* 3, 4 et 5), tirées de son inscription funéraire, sont reproduites sur notre même planche F". On y remarque un nouvel accroissement de l'alphabet par l'usage de la lettre H. Le X et le K se montrent dans quelques inscriptions postérieures, et l'on comprend qu'à cette époque mémorable où l'Asie, l'Afrique et l'Europe fournissaient, comme un tribut, de glorieux surnoms à la race des Cornéliens, la langue latine ne pouvait pas demeurer en arrière du progrès de toutes les autres institutions nationales.

Les lignes 6 et 7 de notre planche F" se lisent : Novios Plautios med romai fecid Dindia Macohiiafdea dédit; ces mots sont gravés sur un miroir mystique , considéré comme antérieur à l'an 200 avant l'ère chrétienne.

Ces deux lignes d'écriture, et les cinq qui les précèdent, nous montrent la forme réelle de l'écriture romaine à ces diverses époques, et nous donnent les moyens, soit de la comparer avec l'ancien alphabet grec et les l'alphabets de l'ancienne Italie, soit de mesurer le chemin et le temps que la première écriture romaine eut a parcourir pour parvenir, de ces formes rustiques et sans proportions, à la belle écriture monumentale des siècles d'Auguste et des Antonins; et nous ne pouvons parler que de l'écriture monumentale; car pour ce qui est de l'écriture cursive, usuelle et générale dans l'Europe latine , il ne nous en reste malheureusement aucun exemple de l'époque romaine.

Il n'en est pas de même de l'orthographe de la langue latine; les monumens, l)ar la succession des époques, jettent un puissant intérêt sur l'étude de ses varia-

INTRODUCTION. vij

lions, et cette étude est, sans nul doute, une des plus utiles et des plus fructueuses, quand on veut remonter aux origines véritables de toute littérature.

Les nionumens authentiques sont les meilleurs guides dans cette difficile investigation : consultons ceux qui nous restent de cette langue latine si nécessaire à la connaissance et à la bonne pratique de la nôtre.

Le premier exemple en date est tiré du cantique des frères Arvales, qui invoquaient les divinités pour la conservation des fruits de la terre. Les premiers mots sont une prière aux Lares et à Mars, et chaque ligne ou verset est trois fois répété; voici les deux premiers :

ENOSLASESIVVATE NEVELVERVEMARMAESIINSINCVRREREINPLEORES.

Les philologues qui se sont exercés sur ce texte antique l'ont lu : Enos lases juvate neve luerue Marmar sins incurrere in pleores , équivalant à ces deux phrases latines des temps postérieurs : Nos Lares juvate, neve luerhem (pour luem), Maniars , sines incurrere in flores.

Caton nous a conservé une formule usitée dans les sacrifices rustiques, fort analogue à celle des Arvales : Mars pater, y est-il dit, te precor.... uti tu.... intemperias prohibessis.... heneque evenire sinas. Les frères Arvales terminaient leur cantique par le mot triumpe, pour triumphe, répété neuf fois pendant leur chant et leurs danses.

Nous trouvons, dans un fragment des lois royales, un nouvel exemple d'une orthographe et d'un système grammatical moins étranges; on y lit:

SEI. PARENTE3I. PVER. VERBERIT. , AST. OLOE. PLORASIT. , PVER. DIVEIS.

PAREINTV»!. SACER. ESTO.

Les mots verberit, oloe, plorasit ou plorassit sont remarquables par leurs formes insolites dans la belle latinité; verberit pour verberet, et l'on disait aussi dans ce même temps, edim, edis, edit, au lieu de edam, edes , cdet; oloe qui est devenu ille; plorasit pour ploraverit. C'est la loi qui permettait d'immoler comme une victime l'enfant qui frappait ses parens; mais cette loi ne nous est certainement point parvenue dans sa pureté ou plutôt son irrégularité primitive.

Pour ne pas citer d'autres textes d'une origine également incertaine, et qui ne nous ont été conservés que par plusieurs générations de copies dont la scrupuleuse fidélité ne saurait être garantie, nous revenons aux monumens originaux, et d'abord à l'inscription relative à la victoire navale de Dvillius sur les Carthaginois, vers l'an ci5o avant l'ère chrétienne. On sait que cette inscription

viij INTRODUCTION.

se voit encore au Capitole; mais elle est généralement considérée comme ne remontant pas au-delà du siècle de l'empereur Claude, époque où l'ancien monument, détruit sans doute par le laps de temps, dut être renouvelé. Il est hors de doute que cette circonstance, et tel est l'avis des meilleurs critiques, contribua à corrompre (ou à améliorer, si l'on veut) l'inscription primitive, et y fit introduire une orthographe plus régulière, plus analogique, il est vrai, mais dès-lors inutile à consulter pour l'historien de la langue latine, et trompeuse même pour ceux qui ne seraient pas avertis de cette substitution de texte. On remarquera toutefois, dans celui qui nous est parvenu, l'exclusion de la lettre G, et de l'aspiration des consonnes; que la lettre E s'y trouve employée pour I; O et OV pour le son U; que D est ajouté aux mots terminés par une voyelle, et qu'aucune consonne n'est redoublée.

LECIOÎS XIMOSQVE. MACESTRATOS CASTERIS. EXFOCIVNT. ftlACEL

PVCNANDOD. CEPET. ENQVE. EODEM. MACESTRATOD NAVEBOS. MARID.

CONSOL. PRIMOS — CVM. QVE. EIS. NAVEBOVS. CLASES. POENICAS.

OM COPIAS. CARTAGINIENSIS. PRAESENTED. . . . . DICTATORED. OLORVM.

TS. ALTOD. MARID. PVCN CE — ARCEINTOM. CAPTOM. PRAEDA.

NVJIEI

Dans ce texte un peu fruste, les critiques se sont accordés à lire : Legiones maximusqae magistratus.... castris effugiunt, macellam pugnando cepit, enque eodem magistrato prospère rem navihus mari consul primiis gessit; classesque navales primus ornavit , cumque eis navihus classes punicas omîtes paratissimas copias carthaginienses , prœsente maximo dictatore illorum, in alto mari pugnando vicit , naves cepit, cum sociis , etc.

Mais l'hypogée des Scipions nous fournira des documens d'une autorité plus complète, et leur lecture attentive suffira pour en tirer toutes les conséquences utiles au sujet de cet écrit.

Le sarcophage de Lucius Cornélius Scipio Barbatus, bisaïeul de Scipion l'Asiatique et de Scipion l'Africain, est considéré par l'illustre Visconti comme un des plus anciens monumens écrits d'origine romaine. Ce sarcophage est en marbre blanc et classé parmi les belles productions de la sculpture antique : l'épitaphe, gravée en creux sur sa face antérieure, est ainsi conçue:

CORNELIVS. LVCIVS. SCIPIO. BARBATVS. GNAIVOD. PATRE.

— PROGNATVS. FORTIS. VIR. SAPIENS. QUE. — QVOIVS. FORMA. VIRTUTEI PARISVMA. = FVIT. — CONSOL. CENSOR. AIDILIS. QVEl. FVIT. APVD. VOS. — TAVRASIA. CISAVNA = SAMINIO. CEPIT. — SVRIGIT. OMNE. LOVCAINA. OPSI- DESQVE. ABDOVCIT '.

' I.e double Irait = indique le commeiicemenl des lignes dans l'original.

INTRODUCTION. jx

L'inscription funéraire de Lucius Scipio, fils de Lucius Baibatus, est ainsi

conçue

HOKC. OINO. PL0IRV3IE. COSENTIOM. R

DVOKORO. OPTVMO. FYISE. VTRO.

LVCIOM. SCIPIOPSE. FILIOS. BARBATI.

CO>SOL. CENSOR. AIDILIS. HIC. FVET. A

HEC. CEPIT. CORSICA. ALERIAQVE VRBE.

DEDET. TEMPESTATEBVS. AIDE. 3IERET0.

Selon l'orthographe des auteurs latins imprimés, on a lu ainsi ces six lignes :

Hune unum plurimi consentiunt Romae Bonorum optimum fuisse virum Lucium Sc'ipionem. Filius Barbati

Consul censor aedilis hic luit a

Hic ccjjit Corsicam Aleiiamque urbem Dédit Tempcstatibus œdcm merito.

Un sénatus-consuhe relatif aux Bacchanales, et qui nous est parvenu gravé sur une table de bronze trouvée dans la Calabre et déposée au Musée impérial de Vienne, est postérieur d'environ soixante ans à l'inscription qu'on vient de lire. Ce sénatus-consulte, mentionné par Tite-Live, et qui est de l'an 568 de Rome, cent quatre-vingt-six ans avant l'ère chrétienne, est fort étendu, et il suffira à notre plan d'en rapporter ici les premières lignes :

MARCIVS. L. F. s. POSTVMILS. L. F. COS. SENATVM. QONSOLVERVIS'T.

N. OCTOB. APVD. AEDEM. DVELONAI. SC. ARF. M. CLAVDI. M. F. L. YALERI. P. F. Q. MI>VCI. C. F. DE BACANALIBVS. QYEI. FOIDERATEI. ESENT. ITA. EXDEICEKDVM. CENSVERE. NEIQVIS. EORVM. S[/J]ACAiNAL. HABVISE. VELET. SEI. QVES. ESEM. QVEI. SIBEI. DEICERENT. NECESVS. ESE. BACANAL. HABERE. EEIS. VTEI. AD. PR. VRBANVM. ROJIAM. VENIRENT. DEQVE. EEIS. REBVS. VBEI. EORVM. VTR AlVERDA]. AVDITA. ESENT, etc.

Ce texte est terminé par ces dispositions :

ATQVE. VTEI. HOCE. I>'. TABOLAM. AHENAM. INCEIDERETIS. ITA. SENATVS. AIQVOM. CENSVIT. VTEIQVE. EAM. FIGIER. lOVBEATIS. VBEI. FACILVMED. GNOSCIER. POTISIT. ATQVE. VTEI. EA. BACANALIA. SEI. QVA. SVNT. EXSTRAD.

QVAM. Sf:i. QVID. IBEI. SACRI. EST. ITA. VTEI. SVPRAD. SCRIPTVM. EST

FACIATIS. VTEI. DISMOTA. SIEIST

On lit dans le même texte : oinvorsei. virei, pour unlversi viri; in. dqvoltod.... iif. POPLicoD, pour in occulto.... inpublico; de. senatvos. sententiad, ])Our de senatus sentenda; et des mots écrits et arrangés en composition comme le sont ceux de l'inscription primitive, révèlent suffisamment l'état réel d'une langue et dénoncent

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