‹ Paléographie des classiques latins d'après les plus beaux manuscrits de la Bibliothèque royale de Paris; recueil de fac-similé fidèlement exécutés sur les originaux et accompagnés de notices historiques et descriptivesChapitre 9 sur 24 · TÉRENCE · texte numérisé non relu

TÉRENCE

J. ÉRENCE (Publius Terentius Afer), né probablement à Cartilage, vers l'an de Rome 562 (192 ans avant Jésus-Christ), mourut en 5g5, à l'âge de trente-ueut" ans. Amené à Rome, comme esclave, il fut acheté par un sénateur de la famille Terentia ; son surnom, Afer, indiquait sa patrie primitive, l'Afrique, d'où il avait été arraché à sa famille par des pirates.

Ses comédies, au nombre de six, l'ont élevé au premier rang parmi les auteurs comiques. La pureté toujours élégante de son style, et la perfection inimitable de sa diction, produisirent une révolution dans la langue latine. La simplicité j)ittoresque de ses récits, l'intérêt des situations qu'il invente, ou qu'il imite eu les perfectionnant, le rendent lun des auteurs les plus agréables à lire.

Ce fut l'an de Rome 588, qu'il fit représenter la comédie de VAiidrieiuie; puis celle de VHeautontimorumenos, en 591; le Phormion, l'année suivante, et l'Eunuque, l'an 593. Le succès de cette dernière comédie fut immense, et on la joua à Rome jusqu'à deux fois par jour. Térence mit au théâtre VRécyre l'an 594; il donna également les Adelphes cette même année, et ce fut son dernier ouvrage. Une année après, l'an SgS, Térence avait cessé de vivre.

Des ouvrages d'un tel mérite ne pouvaient être ignorés des écrivains romains qui succédèrent à Térence dans la carrière des lettres, soit comme littérateurs, soit comme historiens, et le succès qu'obtinrent ses compositions dramalicpics en

durent rendre les copies très-communes. Les auteurs les plus marquans de l'ancienne latinité ont parlé des ouvrages de Térence; ses drames occupèrent donc une place distinguée non -seulement dans les bibliothèques publiques, mais encore dans les collections particulières des illustres et riches Romains : aussi ces comédies n'ont-elles jamais été perdues.

Pendant les deux siècles qui suivirent sa mort, Varron, Cicéron, J. César et Horace lurent ses pièces et leur consacrèrent publiquement des éloges; le premier, en le comparant à Cécilius et à Plante, le déclare le meilleur moraliste des trois et le plus habile à conserver les caractères des personnages; le second loue sa philosophie profonde presque autant que l'élégance de sa diction. César jugeait Térence plus sévèrement : il ne voyait en lui qu'un demi-Ménandre , qui n'excellait que par la grâce du style; enfin, Horace lui attribue, sinon plus de génie, du moins plus d'art qu'à Cécilius.

Vers le commencement de l'ère vulgaire et pendant son premier siècle, Ovide, Velleius Paterculus, Quintilien et Pline le Jeune s'occupèrent également de Térence et reconnurent le mérite de ses ouvrages. Aulu-Gelle, grammairien du deuxième siècle, Eusèbe, chroniqueur de la fin du troisième, et Ausone, célèbre poète du quatrième , en parlent avec de justes éloges. Les comédies de Térence furent donc reproduites par les copistes et les calligraphes sans interruption. Aussi fait-on remonter au quatrième siècle l'antiquité d'un célèbre manuscrit de Térence, conservé à la bibliothèque du Vatican, et dont le fac-similé se trouve dans la diplomatique de D. Mabillon, et dans celle des bénédictins. Nous savons par saint Augustin qu'il existait aussi un autre manuscrit de Térence, à cette même époque, dans la bibliothèque d'Hippone; et les citations de ses comédies dans les écrits de Cassiodore donnent à penser que ce polygraphe, du sixième siècle, en avait aussi une copie dans sa collection. Enfin, au septième, Isidore de Séville indique assez, par l'usage qu'il en fait, l'existence des comédies de Térence dans les bibliothèques d'Espagne. A partir de cette époque, les manuscrits deviennent moins rares, et sont même nombreux eu égard au petit nombre de volumes que possédaient alors les bibliothèques des monastères. Les soins que prit l'abbé de Ferrière, vers l'an 85o, de demander aux papes, aux évêques d'Angleterre et d'Irlande, de confier à des religieux, qu'il faisait voyager à cet effet, les manuscrits des auteurs anciens qu'ils possédaient, pour en faire faire des copies, dut aussi les multiplier, puisque cet usage s'établit dans toutes les abbayes de la chrétienté : les règles des divers ordres religieux prescrivaient, en effet, comme une œuvre agréable à Dieu, la transcription des manuscrits, et, aux moines qui ne savaient pas écrire, d'apprendre à les relier,

La bibliothèque du Vatican possède un autre manuscrit de Térence, estimé.

MANUSCRIT DE TEKENCE. 33

du huitième ou du neuvième siècle; les feuillets sont ornés de nombreuses peintures représentant toutes les scènes des comédies, ainsi que les masques scéniques des personnages. Ces sujets sont gravés dans l'édition de Térence publiée à Urbino, en 1736; et le style de ces peintures rappelle tout-à-fait celles du manuscrit de la Bibliothèque royale qui fournit le sujet de notre planche IV, et qui ne le cède ni en beauté, ni en conservation, ni même peut-être pour l'ancienneté au célèbre volume du Vatican; ce qui nous porterait à regarder le manuscrit de Rome comme une production du neuvième siècle.

On compte quarante-deux manuscrits de Térence à la Bibliothèque royale : deux sont du neuvième siècle; l'un avec figures, dont nous parlerons plus bas, et l'autre ne contenant qu'une seule comédie. Quatre autres manuscrits sont du dixième siècle, six du onzième, un du douzième, six du treizième et trois du quatorzième. Un de ces derniers est orné de très-gracieuses peintures où les personnages romains sont travestis sous des costumes du moyen âge, ainsi que cela se remarque dans toutes les productions de cette époque; les autres volumes de Térence sont du quinzième siècle.

Le manuscrit du neuvième siècle, qui a fourni \e fac-similé que nous donnons planche IV, est de format in-quarto, sur vélin, d'une très-belle écriture. Il porte le numéro 7899 du fonds latin ancien, et il n'a jamais fait partie de la bibliothèque des papes, comme l'annonce par erreur feu M. Schœll, dans son Histoire de la littérature romaine. Ce dernier écrivain n'a pas été plus exact en indiquant comme étant du dixième siècle, le manuscrit du Vatican avec figures, et en annonçant que ce manuscrit avait passé de cette bibliothèque dans celle du Roi à Paris. Le manuscrit de Rome avec figures date, au plus tard, du neuvième siècle; il n'est jamais venu à la Bibliothèque royale de Paris , et Schœll l'a confondu avec celui dont nous nous occupons.

Le manuscrit de Paris se compose de 176 feuillets, ornés de 149 dessins; les sommaires sont alternativement en lettres rouges et noires. En tête du volume se trouve un portrait de Térence, et les pièces y sont rangées dans cet ordre : x" Andria; 1° Eunuchus ; Z" Heautontimoriimenos ; ^° Adelphi ; ^°Hecfra; & Phormio. ha fac-similé est tiré de la troisième scène du deuxième acte de l'Eunuque; nous y avons conservé l'orthographe originale. C'est le moment où Gnathon fait sa profession de foi, et que Térence a si habilement choisi pour faire une fine satire de son siècle, en mettant en scène ce parasite qui traite de sot celui qui est plein de modestie, et qui appelle homme sage, homme d'esprit, le coquin qui, pour aller à son but, commet toutes sortes de bassesses. Vingt-six ans plus tard, dans sa satire de Tirésias, TTorace faisait à peu près le même portrait des Homains de son temps.

34 MANUSCRIT DE TÉRENGE.

La savante madame Dacier, dans sa traduction de Térence (Amsterdam, 1724, 3 volumes in-douze) eut l'heureuse idée de se servir des dessins de notre manuscrit pour orner son édition , et le célèbre Bernart Picart en grava les estampes; mais il })laça les personnages dans des édifices d'architecture moderne. Il manquait donc un hon fac-similé de ce précieux monument du neuvième siècle : nous le donnons aujourd'hui pour la première fois et dans toute sa naïveté.

Malgré la supériorité de ses ouvrages, et le goût du moyen âge pour les représentations scéniques, le païen Térence n'a été traduit en français que fort tard. L'imprimerie, au contraire, s'en empara dès son origine.

L'on a cru long-temps que la première édition était sortie des presses àîAnlonius Zarotiis en 1470 7 et Guill. de Bure, par cette indication dans sa Bibliographie, contribua à propager cette erreur; mais il a été reconnu depuis, que cette édition de Térence, qui portait manuscrite la date de 147O5 ^^ fut imprimée que postérieurement à cette année. On considère donc comme la véritable édition Princeps du poète dramatique latin, celle de 147I5 donnée à Venise, par Jean de Cologne. Elle est très-rare, et fort recherchée des curieux : notre Bibliothèque en possède aujourd'hui un bel exemplaire.

L'influence de la littérature grecque sur la langue latine se remarque surtout dans les ouvrages de Térence. Les prédécesseurs de notre poète comique s'étaient appliqués seulement à faire passer dans la langue latine ce qu'on admirait le plus dans le grec; mais ces productions, toutes belles qu'elles étaient, assujettissaient toujours l'esprit du poète au génie et aux pensées de l'original, et tout leur mérite consistait à enrichir la langue latine et à donner les premières idées de la vraie poésie. Térence, le premier, tira la littérature latine de ces bornes étroites; il comprit aussi qu'une langue qui n'avait ni la douceur ni la pureté du grec, ne pouvait ni rendre ni supporter la simplicité que Ton remarquait dans les comédies grecques : le premier donc il se détermina à fondre deux comédies ensemble, pour en composer une qui ait plus de vie et plus d'action. Cette singularité se remarque dans V Andrienne , pièce imitée de deux comédies de Ménandre {Andria et Perinthia). Les Flatteurs de Ménandre fournirent encore à notre poète latin le caractère de deux personnages àç, V Eunuque^ Gnathon et Thrason. Cette comédie de Térence est cependant regardée comme originale et elle rapporta à son auteur 8000 sesterces (environ i5oo francs), que l'on regardait comme un prix si extraordinaire, que l'on en fit mention dans le titre de la pièce. Enfin Ménandre et Apollodore ont également servi à Térence pour ses comédies.

L'influence, que nous venons de faire remarquer, de la littérature grecque sur celle de Rome, se retrouve aussi pour la littérature latine sur les écrivains

français, et il v a en France des imitateurs de Térence comme on trouvait a Rome des imitateurs du théâtre grec. Parmi nos écrivains comiques, Molière luimême suit Térence dans l'Ecole des pères , qui est tirée des Adelphi, et dans les Fourberies de Se api a , imitées du Phormio ; enfin, l'on cite encore parmi les autres imitateurs de Térence, dans la littérature française, Baron, La Fontaine et Bruéys. Il n'y a, du reste, pour la Grèce et pour Rome, que le privilège de la priorité de civilisation, et c'est là, en toute vérité, le plus légitime des privilèges.

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hinc atq : ordinis lloiniiiem- haut inpuruni- itide patria : qui" abli

gurrierat bona Video sentunr squalidum" aegi'uni. pannis annisq; obsiturn Quid istut inquam ornati est" quoniam miser <|uod

habui perddi.

Ti:xTi: r.MiN.

TRADUCTIOIN.

EUNUCHIIS.

ONATHO , pamsitus.

l'ARMENO, seiviis.

(•>A. Dii immortales! homini hoiuo quid prxstat! stulto intell/gen.s Quid interest! Hoc adeo ex hac re venit in nieiitem mihi. Conveni hodie advcnicns quc/Hdam mcl loci hinc , at(|ne ordini.s , llominciii liau(/ iwpurum, itidein patria qui abli^iiiicnil l)ona : Video scntum, squaliduin, xgrum, pannis annisqiic olisitum. Quid istur, inquam, ornati est? «Quoniam mi.ser,quod halniiperdidi.<

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