‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 117 sur 157 · BÉNÉVENT, VI. 38 (BÉNÉVENT, VI. 39) (BÉNÉVENT, VI · texte numérisé non relu

BÉNÉVENT, VI. 38 (BÉNÉVENT, VI. 39) (BÉNÉVENT, VI

(Rome, Vat. lat. 10673)

Rome, Vat. lat. 6082 (Rome, Vat. Ottob. 576)

Rome, Vat. lat. 4770

In principio

In principio

In principio

In principio

de Noe

de Noe

de Noe

de Noe

de Abraham

de Abraham

de Abraham

de Abraham

Vigilia matutina

Vigilia matutina

Vigilia matutina

Vigilia matutina

Haec est hereditas

Dixit Jeremias : Surgite

Haec est hereditas

Hœc est hereditas

* Audi Israël

Manus Domini

Dixit Jeremias : Surgite

Dixit Jeremias : Surgite

Manus Domini

Apprehenderunt

Manus Domini

Onus quod vidit Habacuc

Apprehenderunt

Mensis iste

Apprehenderunt

Manus Domini

Mensis iste

de Jona

de Jona

Apprehenderunt

* de Jona

Scripsit Moyses

Scripsit Moyses

de Jona

Scripsit Moyses

Angélus Domini

Mensis iste

Scripsit Moyses

Nabuchodonosor

Hœc est hereditas

Nabuchodonosor

Audi Israël Nabuchodonosor

a) Comme on le voit, on passe de la liste-type gélasienne à la liste bénéventaine par le rejet à la fin — après XExsultet — de la leçon Hœc est hereditas, et le remplacement de la leçon de Baruch Audi Israël par un texte de Jérémie, Dixit Jeremias : Surgite.

b) La liste cassinienne comporte également cette dernière substitution, mais elle a bien conservé la leçon Hœc est hereditas à sa place traditionnelle. De plus, la leçon Mensis iste qui figure, à Rome comme à Bénévent, aussitôt avant la leçon de Jonas, a été reportée dans la tradition cassinienne à l'avant-dernière place, aussitôt avant la leçon de Daniel.

c) Quant au Missel de Subiaco, il se rapproche d'assez près, pour l'ordre des lectures, de la tradition cassinienne. La leçon Hœc est hereditas s'y retrouve bien la cinquième — comme partout sauf à Bénévent, — et précède immédiatement la leçon Dixit Jeremias : Surgite, commune au contraire à Bénévent et au Mont-Cassin, mais absente de la liste gélasienne. Ce qu'il importe toutefois d'observer, c'est que, si les deux listes en question donnent cette lecture pour remplacer Audi Israël, l'une et l'autre figurent dans la liste de Subiaco; mais cette dernière se trouve reportée vers la fin de la série, à la place de la leçon Mensis iste(i). Enfin, particularité unique : le Missel de Subiaco donne comme septième leçon une lecture tirée du Livre d'Habacuc, Onus quod vidit Habacuc, et dont il est le seul témoin. On notera d'ailleurs que la liste de Subiaco comprend treize leçons au lieu de douze. La leçon en surnombre provient-elle de la présence simultanée dans la

(i) Il est probable que celle-ci a été supprimée parce qu'elle figurait déjà dans la liturgie du Vendredi-Saint.

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 353

même liste des deux leçons Audi Israël et Dixit Jeremias : Surgite — qui normalement s'excluent, — ou bien de l'addition de cette leçon d'Habacuc, dont le Missel de Subiaco est, parmi nos manuscrits, l'unique témoin? Il est difficile de le dire. Nous nous contenterons de faire observer que, si cette dernière était primitive — elle comprend, on s'en souvient, les deux premiers chapitres du Livre, — elle devrait être suivie du trait Domine audivi, dont le texte est emprunté précisément au Cantique d'Habacuc, qui constitue, lui, le chapitre IIIe et dernier du Livre. Jointe au cantique Domine audivi qu'elle introduit, la leçon d'Habacuc constituerait donc une lectio cum eantieo, toute semblable aux trois autres leçons cum eantieo du Samedi-Saint. Le fait que nous les trouvions ici séparés l'un de l'autre, la leçon étant suivie du trait psalmique Qiii régis, tandis que le trait d'Habacuc fait suite à la première leçon, tirée de la Genèse, porte à croire que c'est la leçon d'Habacuc qu'on doit considérer, en l'espèce, comme la nouvelle venue. En outre, on peut signaler une autre anomalie de cette liste de Subiaco : La leçon Seripsit Moyses, qui introduit normalement le trait Attende, est suivie du cantique Cantemus, qui figure d'ailleurs ici pour la seconde fois dans la même liste, Quant au trait Attende, il est rejeté après la leçon suivante Audi Israël, tirée, non du Deutéronome comme lui, mais de Jérémie. Tout cet ensemble d'indices ne porte pas précisément à accorder grande confiance à la liste de Subiaco, qui apparaît très nettement comme le résultat d'un remaniement fait sans beaucoup de discernement.

Pour conclure, si l'on veut résumer brièvement les résultats acquis, on peut dire que :

i° La présence parmi les lectures du Samedi-Saint de la leçon Dixit Jeremias : Surgite est caractéristique à la fois de l'Italie du Centre et de l'Italie du Sud;

2° L'Italie Méridionale se distingue de l'Italie Centrale par l'absence de la leçon Audi Israël ;

y Parmi les manuscrits de l'Italie du Sud, les documents bénéventains se distinguent des documents cassiniens par le rejet de la leçon Hœe est hereditas à la fin de la série (i).

Ce sont là, entre autres, quelques critères très simples pour distinguer du premier coup des manuscrits assez semblables, soit par leur aspect extérieur, soit par le parallélisme de leurs listes.

Le témoignage des manuscrits à douze leçons étant ainsi éclairé, il ne nous reste plus à étudier que les trois manuscrits qui n'entrent pas dans cette catégorie : le Graduel Paris, B. N. n. a. 1669, et les deux Missels pléniers Rome, Barb. 603 et Bénévent, VI. 33, où l'on trouve respectivement des listes de quatre et de six leçons.

(1) Cette note est la plus caractéristique, mais non la seule. C'est ainsi qu'on peut observer une légère différence dans l'organisation de quelques-unes des dernières leçons. Les manuscrits cassiniens donnent l'ordre : de Jona, Seripsit Moyses, Mensis iste, tandis que les bénéventains demeurent fidèles à l'ordre gélasien : Mensis iste, de Jona, Seripsit Moyses. Les manuscrits bénéventains sont également les seuls à donner ici pour la leçon de Daniel le passage normalement affecté aux Samedis des Quatre-Temps, Angélus Domini; tous les autres la font commencer au début du chapitre III : Nabuchodonosor rex.

Paléographie XIV. 45

Comme nous avons comparé à la série gélasienne les manuscrits à douze leçons, nous confrontons ici le témoignage de nos trois manuscrits avec les listes grégoriennes de YOrdo romanus /, du Sacramentaire d'Hadrien et du Cornes emendatus d'Alcuin.

Ordo romanus I

Hadrien Paris, B. N. n. a. 1669

Rome, Barb. 603

Alcuin

in pnncipio Vigilia matutina Appréhendent Scripsit Moyses

In principio Vigilia matutina Apprehenderunt Haec est hereditas

In principio Vigilia matutina Scripsit Moyses Apprehenderunt Haec est hereditas Audi Israël

In principio Vigilia matutina Apprehenderunt Scripsit Moyses Haec est hereditas Angélus Domini

In principio de Noe

Vigilia matutina Apprehenderunt Angélus Domini Haec est hereditas

Il existe donc, on le voit, deux types différents de manuscrits à quatre leçons : l'un attesté par YOrdo romanus I, l'autre par le Sacramentaire d'Hadrien, et qui sont caractérisés respectivement par leur quatrième et dernière lecture.

Cest très exactement au type représenté par le Sacramentaire d'Hadrien que se rattache le Graduel de Gubbio, Paris, B. N. n. a. 1669.

Le Missel de Caiazzo s'en rapproche d'assez près, lui aussi, encore qu'il y ajoute une cinquième lecture, Audi Israël. C'est là du moins l'organisation primitive, quelque peu modifiée dans la suite par l'adjonction de plusieurs additions marginales : tout d'abord l'incipit Scripsit Moyses, ajouté à hauteur du début de la leçon Apprehenderunt; et puis deux croix — en tête de cette même leçon et de la suivante, — qui semblent bien avoir pour but de décaler d'une unité toute la série des lectures, après insertion de la leçon Scripsit Moyses entre la seconde et la troisième. Sous cette forme revisée, le Missel de Caiazzo se présente donc comme un témoin à six leçons.

Ce sont également six leçons que l'on trouve indiquées dans le Cornes emendatus d'Alcuin : liste assez semblable à celle de Caiazzo, avec cette différence toutefois que la dernière leçon n'est plus Audi Israël, mais Angélus Domini ; en outre, la leçon Scripsit Moyses vient, non pas avant Apprehenderunt, mais après, comme dans toutes les listes à douze leçons (p. 352).

A deux détails près, la liste du Missale Antiquum de Bénévent se rapproche aussi d'assez près de celle d'Alcuin : tout d'abord, les deux dernières leçons, Hœc est hereditas et Angélus Domini s'y trouvent inversées, ce qui n'a rien d'étonnant dans un manuscrit bénéventain, où la leçon Hœc est hereditas qui suit la Bénédiction du Cierge pascal est toujours la dernière; en outre, la leçon Scripsit Moyses, quatrième d'Alcuin, manque dans le Missel de Bénévent, où l'on trouve par contre comme seconde lecture la leçon de Noe, à la place même qui est normalement la sienne dans la liste gélasienne.

En fait, dans toutes ces listes à six leçons, on retrouve donc comme fond commun les quatre leçons du Sacramentaire d'Hadrien; ce qui ne laisse pas, à l'examen, d'être un peu surprenant. A tenir compte, en effet, de l'ensemble des documents anciens, et en particulier des Antiphonaires de la Messe, il apparaît clairement que, des deux listes

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 355

à quatre leçons, celle de VOrdo romanus I et celle du Sacramentaire d'Hadrien, c'est la première qui doit être considérée comme plus traditionnelle. Les deux séries ne diffèrent, c'est vrai, que par leur quatrième leçon; mais c'est précisément cette quatrième leçon qui nous porte à considérer comme plus authentique la liste de VOrdo romanus I. De quoi se compose, en effet, cette liste? Tout d'abord de la leçon In principio, début de la Genèse, et qui devait, comme telle, trouver place en tête de cette série de lectures, résumé succinct de toute la Sainte Ecriture ; ensuite, des trois leçons de l'Exode, d'Isaïe et du Deutéronome, qui introduisent respectivement les trois « cantiques » Canton us, Vinca et Attende (i), que l'on trouve attestés unanimement par toute la tradition manuscrite (2).

(1) Nous ne parlons pas ici du Sicat cervus, qui se présente bien, lui aussi, sous la même forme mélodique d'un trait du VIIIe mode, mais dont le rôle est assez différent : tiré du psaume XLI, il était destiné à accompagner la Procession aux Fonts; il ne se rattache donc directement à aucune des lectures du Samedi-Saint.

Quant aux trois autres traits, il faut bien insister sur ce fait que ce ne sont pas précisément des pièces de chant comme les autres. Mélodiquement, il est vrai, elles ne sont pas autre chose que des traits du VIIIe mode, tout comme le Qui régis, le Laudate, ou bien d'autres. Mais, tandis que ces derniers, tirés du psautier, ne présentent aucun lien nécessaire avec la leçon apostolique qui précède, il n'en est pas de même des trois premiers traits du Samedi-Saint : non seulement ils font suite à une leçon tirée du même Livre, mais encore ils sont annoncés par elle. « Tune cecinit Moyses et filii Israël carmen hoc Domino, et dixerunt : Cantemus... »; telle est la transition qui introduit le premier d'entre eux. Le cantique du Deutéronome est amené d'une manière toute semblable : « Locutus est ergo Moyses, audiente universo cœtu Israël, verba carminis hujus et ad finem usque complevit : Attende... ». Pour le troisième, c'est au début du cantique lui-même que se trouve l'introduction : « Cantabo dilecto meo canticum patruelis mei vinese suae : Vitiea... »; introduction laissée de côté par le compositeur romain, mais conservée, nous le verrons, dans le trait correspondant de la liturgie bénéventaine.

Les deux expressions carmen, canticum, désignent donc ici certains fragments lyriques d'un Livre écrit en prose. Et l'on comprend aisément que la même raison qui leur avait valu un traitement littéraire spécial de la part de l'auteur sacré devait aussi les signaler à l'attention du compositeur liturgique. Mais, on le voit, le titre de cantique qui leur est donné dans les manuscrits n'est pas tant caractéristique de leur forme mélodique que de leur origine littéraire.

Bref, les leçons précédant nos trois premiers traits du Samedi-Saint constituent avec eux un tout dont la première partie, la leçon proprement dite, est chantée sur le récitatif ordinaire, tandis que la seconde, le cantique, a paru mériter un développement mélodique plus ample. Cette différence de traitement n'empêche pas que l'ensemble de ces deux parties ne forme un tout dont F unité est indiscutable. S'il en était besoin on en trouverait une nouvelle preuve dans ce fait que, contrairement à l'usage actuel, c'était le lecteur lui-même qui primitivement devait exécuter toute la leçon : partie récitée et partie chantée (cf. VOrdo romanus I, P. L., t. LXXVIII, col. 955-956); d'où le nom de lectio cum cantico dont ces sortes de récitatifs mixtes sont habituellement désignés dans les plus anciens documents.

(2) Nous entendons bien : par toute la tradition manuscrite ancienne. Il n'est pas inutile de rappeler à ce propos que, ni dans le Sacramentaire d'Hadrien, ni dans les Missels qui en dépendent, on ne voit mentionnée la leçon Scripsit Moyses, non plus que son cantique, le trait Attende. Parmi les livres auxquels nous faisons ici allusion, il faut signaler d'une manière particulière tous ceux des grands ordres religieux dont la tradition liturgique particulière ne remonte pas au-delà du XIIe ou même du XIIIe siècle. C'est ainsi que, ni les Chartreux, ni les Cisterciens, ni les Prémontrés, ni les Dominicains n'ont jamais connu — et ne connaissent encore aujourd'hui — que les quatre leçons d'Hadrien. Leurs Missels, à quelque époque qu'ils appartiennent, ignorent tous la leçon Scripsit Moyses, et par suite aussi le cantique Attende, qu'on ne retrouve pas non plus — c'est logique — dans leurs livres de chant. Mais cette omission dans quelques manuscrits postérieurs ne saurait être invoquée contre l'authenticité du trait Alte?ide, expressément mentionné dans tous les manuscrits anciens, Sacramentaires, Lectionnaires et Antiphonaires. Pour ces derniers, on pourra se reporter en particulier à Y Antiphonale Missarum Sextupkx, Bruxelles, Vromant 1935, n. 79a, pp. 96-97, et à toute la série des Graduels publiés dans la Paléographie Musicale.

Cette remarque sur l'unité qui existe entre les trois traits traditionnels du Samedi-Saint et les leçons qui les introduisent suffit h résoudre le problème en apparence un peu embarrassant que soulève le témoignage des manuscrits bénéventains, où, contrairement à l'usage attesté par l'ensemble de la tradition, chacune des leçons de la Vigile pascale est accompagnée d'un trait. En principe, on le sait, c'est une règle bien connue de la liturgie romaine qu'une lecture réclame toujours après elle une pièce de chant, qu'il s'agisse d'ailleurs de la Messe ou de l'Office. Et c'est bien, en effet, une anomalie que de voir, dans la discipline actuelle, une série de douze leçons dont trois seulement sont complétées, comme il convient, par un trait. Aussi est-on tout naturellement porté à se demander si ces manuscrits bénéventains — qui présentent par ailleurs tant de traces incontestables d'archaïsme, — ne seraient pas ici les témoins les plus authentiques de l'ancienne tradition romaine.

La question sera toute résolue dès qu'on aura examiné un peu attentivement le tableau ci-dessous, où nous avons résumé pour les pièces de chant, comme nous l'avions déjà fait pour les lectures, le témoignage de tous les documents qui nous intéressent ici plus particulièrement : à savoir les manuscrits bénéventains ou ceux qui s'y rattachent directement, et les documents les plus anciens qui nous ont conservé sur ce point un témoignage positif (i).

GÉLASIEN

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