Le p enclitique : les groupes sp et rp
Nous terminerons ces remarques sur la graphique de notre codex en signalant deux groupes assez curieux, et par leur forme, et par leur envergure : il s'agit des deux groupes constitués par la lettre p précédée de l'une des deux lettres s et r. Dans ces deux cas, en effet, la lettre p est enclitique, c'est-à-dire qu'elle s'appuie sur la lettre précédente en la
LA TRADITION BENEVENTAINE.
modifiant, mais qu'elle perd par le fait même sa forme propre. La manière de tracer ces deux groupes sp et rp est identique : au début, les deux lettres s et r sont normales (pour IV, il s'agit, bien entendu, de IV longue); mais, au lieu de se terminer comme d'habitude, elles prennent un développement tout à fait inattendu, s'amplifiant en une large demi-boucle dont la partie inférieure se rapproche de l'axe vertical de la lettre, à hauteur de la partie supérieure de la ligne; arrivée à une certaine distance de cet axe, la boucle s'arrête et se termine brusquement par un coup de plume vertical, qui s'achève vers la gauche : le tout est écrit d'un seul trait.
Le groupe sp est d'un emploi très fréquent : il suffit de penser aux mots : aspice, respice, speravi, si fréquents dans l'Ecriture et spécialement dans les Psaumes. Le groupe rp est d'un emploi beaucoup plus restreint : on le trouvera cependant de temps en temps : il figure, par exemple, deux fois au début de la page 58, y et 5e lignes, dans les mots : corpus, cor po ri s.
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Fig. 17
Nous donnons ces deux groupes au bas du tableau ci-dessus, où nous avons résumé l'ensemble des remarques qui précédent, en y faisant figurer les lettres ou les groupes dont la lecture présente le plus de difficulté et sur lesquels il y avait lieu d'attirer l'attention.
A ces observations il convient d'en ajouter une autre qui, bien qu'apparemment de faible importance, est cependant caractéristique de l'écriture bénéventaine.
On sait que, dans la plupart des écritures, il n'y a aucune distinction entre les lettres i et j : toutes les deux sont habituellement figurées par un seul et même signe invariable. L'écriture bénéventaine, au contraire, présente pour la lettre /', deux formes différentes : l'une brève, l'autre longue, dont l'emploi, bien entendu, n'est pas arbitraire.
Accrrifaucr eff^i tnofne j
et^c \m!npferror>u
pif Vuoccruinr ttïm ,
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non licet interficere que;;/qua«« • ut sermo ih«u impleretur que;;/ dixit / Significans qua esset morte moriturus •; Introiuit ergo [iterujm in pretoriuw pil[atus] & uocavit \hesura & dixit ei J Tu es rex iu-
Ecriture Bénéventaine type Bari (xie s.)
Zurich,
Archives de l'Etat,
Collection F. Keller,
deoru;« '. Et respondit ih<?j-//s ./ A temetipso hoc dicis / An alii tibi dixen/;/t de me •; Respondit pilatus / Numquid ego iudeus sum • gens tua • & pontifices tradiderunt
LA TRADITION BENEVENTAINE.
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ottnrtutuciVHUiOf ^nf|pSc.
hostiarum • ut paschalibaj initiata mysterii.s / ad etemitatis nobis medelam / te opérante proficiant • per • Prephatio • VD Equum &: salutare •; Te quideni domine om«i tempore / sed in hac potissimum nocte gWvbsius predicare / cum pascha nw/r«m immolatus est
F/g. iç
Ecriture bénéventaine
type cassinien
Mont-Cassin 339,
xps •; Ipse enim uerus est agnus.
qui abstulit peccata mundi •; Qui inortem nw/ram moriendo destruxit ./ & uitam resurgendo reparauit •; Et ideo cum.
Communicantes Infrac.
& noctem sacratissimam célébrantes / resurrectionis domin'i uostïi ïhesu xpi secundum carnem
a) A l'intérieur d'un mot, la lettre i a généralement la forme brève : dans quia, s\mul, ri obis, par exemple.
b) Au début d'un mot, cette lettre affecte une forme allongée, dépassant nettement la lio-ne vers le haut : ainsi dans les mots \/i, \ta; il vaut mieux ne pas donner à cette forme allongée de la lettre i le nom d'/ majuscule, ce qui pourrait prêter à confusion, puisque l'écriture dont nous parlons est entièrement minuscule; nous rappellerons donc i long, par opposition à IV habituel, qui sera 17 bref; dans les mots I//i///i<://s, \n\qii\tas on trouve donc une fois 17 long et deux fois 17' bref (i).
c) Dans beaucoup d'écritures, la lettre j ne diffère pas de 17 ; dans l'écriture bénéventaine, au contraire, le j est traduit par un /long; et cela, même à l'intérieur des mots. On ne pourrait s'en rendre compte sur un mot comme liistus, qui comporterait de toutes façons 1' I initial long; mais cette règle apparaît très nette dans la manière d'écrire les mots \n\uste, ciihis, adXutorium (2).
(1) Bien que la règle qui vient d'être énoncée ressorte très nettement de l'étude de l'ensemble des manuscrits, il ne faut pas s'étonner de trouver de temps en temps quelque * bref là où la règle le prévoit long; la confusion est très facile, elle est cependant rare.
(2) Nous ne pouvons aborder ici, même rapidement, ni la question des abréviations, ni celle de la ponctuation dans l'écriture bénéventaine ; il nous suffira de renvoyer au travail de M. E. A. Loew qui les a étudiées avec toute la conscience et la précision désirables dans un ouvrage qui fait désormais autorité et auquel nous aurons plus d'une fois l'occasion de renvoyer : The Beneventan Script. History of the south italian mimiscule, Oxford, Clarendon Press, 19 14. In-8°, xx-384 pp. Il est cependant un détail de la graphique bénéventaine que nous ne saurions passer sous silence.
On sait que la ponctuation était avant tout destinée à aider, dans la lecture publique, la distinction des phrases et des membres de phrases; cette distinction était évidemment accompagnée des inflexions de voix naturelles qu'impliquait une lecture intelligente du texte. Les phrases interrogatives en particulier ont toujours été marquées d'une inflexion de voix très caractéristique ; dans les manuscrits ponctués, le lecteur en est averti par un signe particulier, le point d'interrogation, qui termine la phrase. La graphique bénéventaine utilise bien, elle aussi, ce point d'interrogation final, mais elle ne s'en contente pas. Comme on pourra le remarquer (fig. 18), les scribes bénéventains croyaient bon de prévenir le lecteur dès qu'ils abordaient une phrase de cette nature. La même particularité se retrouve dans quelques manuscrits wisigothiques, d'où elle est passée dans la tradition espagnole qui l'a maintenue jusqu'à nos jours. Mais au lieu d'affecter, comme dans les livres modernes de l'Espagne, la forme d'un point d'interrogation renversé précédant la phrase interrogative, cette indication supplémentaire surmonte, dans les manuscrits bénéventains, les mots, ou mieux les syllabes qui correspondent à l'accentuation interrogative et doivent par conséquent se prononcer sur un ton plus élevé. La forme de ce signe d'élévation mélodique rappelle un peu celle d'un 2 dont le dernier élément rectiligne inférieur, au lieu d'être horizontal, remonterait légèrement vers la droite.
Mais ce signe surnuméraire d'inflexion soulevait un problème assez délicat, car il ne figure dans les manuscrits que d'une façon assez intermittente : il manque dans beaucoup de phrases interrogatives. M. Loew a eu l'idée de rechercher si ces irrégularités ne pouvaient pas s'expliquer en recourant à l'ancienne distinction entre les deux types de phrases interrogatives : la percunctatio et Yinterrogatio. « Inter percontationem autem et interrogationem, » dit S. Augustin dans le De doctrina christiana (P. L. XXXIV, col. 67), « hoc veteres interesse dixerunt, quod ad percontationem multa responderi possunt ; ad interrogationem vero, aut Non, aut Etiam. » La question : « Pourquoi as-tu fait cela? » est donc une percunctatio^ tandis que la question : « Est-ce toi qui as fait cela? » est une interrogatio au sens strict.
M. Loew a reconnu que les divergences observées dans la tradition manuscrite bénéventaine reposaient en effet sur cette distinction logique entre ces deux formes d'interrogation : dans la percunctatio, les scribes bénéventains usent régulièrement du signe d'inflexion qu'ils placent au début de la phrase, sur la syllabe accentuée ; dans Yinterrogatio, au contraire, ils n'emploient pas ce signe.
La distinction, il convient de le noter, n'est pas seulement graphique parce qu'elle est logique : elle est graphique parce qu'elle est phonétique. Dans la percunctatio, l'inflexion interrogative de la voix se place au début
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Au cours des remarques qui précèdent, nous avons analysé l'écriture bénéventaine en relevant ceux de ses traits les plus caractéristiques qui sont d'ailleurs autant d'éléments essentiels de la minuscule de l'Italie Méridionale. Mais il est à peine besoin de faire remarquer que, vu l'étendue relativement considérable de la région où cette écriture a été utilisée, quelques nuances d'emploi n'ont pu manquer de naître et de se fixer petit à petit dans des scriptoria dont certains étaient distants de plusieurs centaines de kilomètres. Les figures 1 8 et 19 montrent la différence d'aspect que pouvait présenter cette même minuscule, sensiblement à la même époque, dans le Nord et dans le Sud de la zone bénéventaine : le Mont-Cassin opposant la beauté vraiment impeccable d'une calligraphie déjà très stylisée aux formes plus souples, plus naturelles de Bari dont le style arrondi laisse une impression d'archaïsme plus grand.
Outre cet aspect d'ensemble de l'écriture qui, dans certains cas peut permettre d'identifier sans hésitation le scriptorium d'origine d'un manuscrit, il est certains détails, parfois minimes, qui suffisent à caractériser un sous-type de cette même minuscule bénéventaine. L'exemple le plus remarquable en est précisément fourni par l'écriture type Bari qu'on peut reconnaître à cette particularité que les s s'arrêtent toujours exactement au niveau de la ligne, alors que partout ailleurs ils la dépassent franchement vers le bas. On pourra vérifier (fig. 18 et 19) que, sur ce point, chacun des manuscrits est toujours conséquent avec lui-même et toujours en désaccord avec l'autre.
Il existe d'ailleurs parfois, entre manuscrits d'un même type, de légères différences : on n'en retrouve pas moins, sous une certaine variété de style, les caractéristiques du groupe. C'est ainsi que l'écriture de l'évangéliaire Vat. Ottob. 2ç6 (fig. 21) offre certainement un aspect plus maniéré que celle du fragment de Zurich (fig. 18) : il suffit cependant de considérer les s pour voir que l'une et l'autre appartiennent au même type Bari. On remarquera, dans le second de ces exemples (fig. 21) la quantité des c qui affectent la forme d'un s : c'est là encore une des caractéristiques de ce groupe : si la forme ordinaire du c s'y rencontre parfois, c'est la forme s qui domine.
Il suffit de parcourir quelques lignes du codex Vat. lot. 10673 Pour se rendre compte que cette dernière y est presque exclusivement employée; par ailleurs, les s y dépassent à peine la ligne ; ces indices concourent à prouver que ce codex a été écrit dans le Sud-Est de la zone bénéventaine, c'est-à-dire en Apulie, sans qu'il soit d'ailleurs possible de préciser davantage.
de la phrase : «Cur fecisti hoc?» Dans Yinterrogafio, au contraire, c'est vers la fin de la phrase que la voix s'élève : « Num fecisti hoc? » Il est intéressant de noter que, au XIe et au XIIe siècles, les scribes bénéventains connaissaient cette règle élémentaire de phonétique : leur système d'accentuation en fait foi.
Ce qui vient d'être dit concerne uniquement l'accentuation principale de la phrase ; mais celle-ci comporte parfois d'autres accents : ils sont indiqués de la même manière. Il faut d'ailleurs reconnaître qu'une distinction aussi subtile a pu ne pas être toujours comprise de tous les scribes; aussi les exceptions que l'on pourrait observer n'altèrent-elles en rien la correspondance très certaine qui existe entre les règles graphique et phonétique.
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uult saluos fieri / et ad agnitionem ueritatis uenire ipsi gloria. in s«:?ela secu\orum • Lectio sanct'i euangelii /secunàum Ioha;/new •
In illo tempore dommi/s nosfer ihesu-s xps / batur discipulis suis dicens . [loque-
Petite & accipietis • querite & inuenietis / pulsate & aperietur uobis • Omnis enim qui petit accipit • & qui querit invenit / & pulsanti aperietur • Laudes . Alléluia • O domine salbum fac
Fig. 20
Ecriture
wisigothique
(XIe s.)
Madrid, Acad. Roy.
d'Hist. 56,
regem o domine bona prospéra ■ a//e/u/a. Sacriiiaum • Vota tua domino redde & resti- [tuet tibi conuersationem iustitie alléluia.
II. Ecce homo iustus sine querella uerus dei cultor abstinet se ab omni malo & perseberat in innocentia et res[tituet]
III. Erit omnipotens adiutor tuus contra inimicos tuos & habebis fiduciam coram do-
et respiciens [mino
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