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Domw«Cfi in palmis • enangelium ad paltnas.
In illfl tempore Sequentia Saucti eva/ige/iï cum apprapinquasset [Secundum matheuw ihesus ierosolimis / & venisset bethfage • ad montem oliueti / tune misit duos discip«los suos dicens eis •; Ite in castelhim quod contra, uos est / & stati/w invenietis asinam • alligataw .
& pulluw cum ea • solvite • & addit-
if. 21
Ecriture
bénéventaine
type Bari (xie s.)
Rome Vat. Ottob.
lat. 296,
cite m/7/i •; & si q»/s uobis dXxquià. dixerit /
dicite • quia, dominus his opus habet •;
& confestim dimittet eos •; Hoc
awtem factuw est ut adimpleretor
quod dictuw est per prophefam dicentem •;
Dicite filie sion / ecce rex tuus ue-
nit ti^i mansuetw / & sedens sup^r asi-
n&m • et pulluw • filiuw subjugalis •;
Euntes a.utem discip//H / fecera«t sicut pre-
cepit illis ih«#s •; & adduxcr////t asi-
naw & pullum &
Paléographie XIV.
iS
A certains détails, il est donc possible de reconnaître l'origine au moins approximative d'un manuscrit. Malgré ces variantes infimes, il demeure cependant que l'écriture bénéventaine, au cours de son existence cinq fois séculaire, est restée essentiellement la même : si l'on peut constater un perfectionnement dans le système d'abréviations ou de ponctuation, le tracé des lettres, lui, a peu varié, ainsi que la forme des ligatures qui unissent ces lettres. L'évolution consiste surtout dans une stylisation de plus en plus accentuée des lettres dont l'épaississement et le caractère anguleux finissent par donner à l'écriture bénéventaine une physionomie si particulière; encore ne peut-on assigner un type déterminé à une période précise, car chaque scriptorium évolue un peu à sa façon.
On peut malgré tout distinguer dans cette évolution de l'écriture bénéventaine un certain nombre de stades assez caractéristiques; M. Loew les ramène à quatre :
i° une période préparatoire qui va de la fin du VIIIe siècle à la fin du IXe;
2° une période de formation qui embrasse la fin du IXe siècle et tout le Xe;
y une période de maturité : le XIe et le XIIe siècles;
4° enfin la période de déclin : la fin du XIIe siècle et le XIIIe.
C'est au Mont-Cassin que la minuscule de l'Italie Méridionale atteignit vraiment sa perfection, dans la seconde moitié du XIe siècle, sous l'impulsion de l'Abbé Desiderius, le futur pape Victor III, dont on ne sait ce qu'il favorisa le plus, des grandes constructions ou des beaux livres (i).
A la fin du XIIe siècle, la période de déclin commence, pour se continuer au XIIIe; l'écriture bénéventaine n'en a pas moins des racines si profondes dans l'Italie Méridionale que ni l'invasion normande, ni les décrets impériaux qui en interdisent l'usage, n'arrivent à la faire disparaître (2). Les écritures insulaire et wisigothique s'étaient elles-mêmes déjà effacées devant l'écriture carolingienne, l'écriture bénéventaine, elle, demeurait encore vigoureuse, grâce surtout aux centres monastiques : le Mont-Cassin, la Cava et Bénévent.
Un jour cependant elle dut à son tour céder, supplantée par la minuscule ordinaire, qui était familière aux Normands. Le Mont-Cassin lui-même, qui commençait à perdre de son prestige, ne put soutenir la lutte ; et la minuscule française finit par triompher partout, même dans l'Italie Méridionale (3).
(i)Cf. la longue énumération donnée par Léon d'Ostie (P. L. t. clxxiii, col. 800). « En tête d'un volume précieux entre tous (le codex Vat. lat. 1202), Desiderius se fit représenter sur un fond qui figure les nouveaux bâtiments du Mont-Cassin. Le visage rasé, la tête nue encadrée dans un nimbe rectangulaire de couleur rouge, il fait hommage d'un livre à saint Benoît. A terre sont entassés d'autres livres, et l'abbé, debout entre les groupes des édicules bariolés et l'amas des reliures multicolores, dit au saint :
Cum domibus miros plures, pater, accipe libros.
Léon d'Ostie, dans la prose de sa chronique, emploie presque les mêmes termes que l'auteur anonyme de ce vers : « Non solum in aedificiis, verum etiam in libris describendis operam Desiderius dare permaximam studuit » (/oc. cit., col. 799-800). E. Bertaux, op. cit., p. 201.
(2) On peut citer au moins deux décrets de Frédéric II en ce sens : ils portent respectivement les dates de 1220 et de 1231. Cf. Loew, op. cit., p. 45, note 1.
(3) L'usage de l'écriture bénéventaine n'y reste pas moins encore très fréquent au XIIIe siècle; et l'on en trouve même quelques exemples isolés au XIVe siècle.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 115
II peut paraître assez étrange, au premier abord, que cette écriture, utilisée durant cinq siècles dans le Sud de la péninsule et là seulement, ait été désignée pendant très longtemps, et par l'ensemble des auteurs, sous le nom d'écriture lombarde, ou lombardique, ou encore longobardique (i). Nous avons déjà dit que la Paléographie Musicale avait étendu le terme à la notation qui accompagne toujours ce type graphique (2).
L'expression n'est cependant pas nouvelle. Dès le début du XIe siècle, on trouve le terme de scripta longobardisca employé par un notaire de Naples (3). Un autre document, également napolitain, daté de 1072, nous apprend que l'église de Saint Severus, qui appartenait au monastère des saints Serge et Bacchus, possédait un antiphonaire langobardiscum notatum (4). Dès le XIe siècle, le terme de longobardisca est donc usité, et généralement par opposition à celui de francisca.
De cette expression traditionnelle, on pourrait justifier l'emploi au cours des âges (5); mais, alors même qu'on en reconnaîtrait l'usage constant jusqu'à nos jours, cela ne prouverait pas qu'elle soit toujours aussi adéquate actuellement qu'au XIe siècle, et qu'elle ait conservé aujourd'hui le même sens qu'alors.
C'est qu'en effet, le terme de lombarde a ce très grave défaut de s'appliquer à la fois à une réalité historique et à une réalité géographique qui, malheureusement, à travers les siècles, n'ont pas toujours coïncidé.
Nous avons eu l'occasion de rappeler que les Lombards ne se bornèrent pas, au VIe siècle, à s'installer dans la plaine du Pô, mais que, progressivement, c'est tout l'intérieur de la péninsule qui fut occupé par les envahisseurs. Nous avons également rappelé que, après la chute de Pavie, le duché de Bénévent fut seul à conserver quelque chose des traditions d'indépendance que le royaume lombard s'était vu impuissant à défendre.
S'il est donc vrai que, historiquement, l'expression d'écriture lombarde pourrait être maintenue pour désigner la minuscule employée pendant tout le Moyen-Age dans une région qui, au IXe, au Xe et au XIe siècles, comprenait toutes les principautés lombardes indépendantes, il ne demeure pas moins que la partie de l'Italie qui a conservé le nom de Lombardie, c'est, non pas l'Italie Méridionale, mais l'Italie Septentrionale : la plaine du Pô.
(1) Prou, Manuel de Paléographie, 4e édition, Paris Picard 1924, pp. 66-77; Reusens, Eléments de Paléographie, Paris 19 10, pour ne citer que quelques ouvrages généraux écrits en français; chez les spécialistes de l'Italie Méridionale eux-mêmes, le terme de lombarde n'est pas moins en honneur : c'est le seul dont se serve E. Bertaux, qui a tout particulièrement étudié l'école bénédictine, ses calligraphies et ses miniaturistes; et dom A. Latil, dans son travail sur Les miniatures des rouleaux d'Pxultet, n'en emploie pas d'autre.
(2) Le tome II reproduit (planches 19 à 25) un certain nombre de spécimens de manuscrits de cette école, conservés dans les bibliothèques de Rome, du Mont-Cassin et de Naples : c'est toujours de notation lombarde que parlent les notices qui accompagnent ces reproductions.
(3) B. Capasso, Momwietita ad Neapolitani ducatus historiam pertinentia, II, I (1885) 204 : Regesta Neapolitana, n° 333, cité par Loew, The Beneventan Script, p. 22.
(4) Capasso, op. cit., p. 306 : Reg. Neap., n° 511.
(5) Cf. Loew, op. cit., pp. 22-25.
On s'expose donc à bien des erreurs en employant un terme aussi équivoque que celui de lombarde. La Bibliothèque Bodléienne d'Oxford possède un missel plénier qui provient de Raguse, comme cela apparaît d'après l'étude du sanctoral. Or, dans la même notice et à quelques lignes de distance, le catalogue le donne comme « written in a Lombardic hand », et comme « written in the i2th cent, in North Italie » (i). C'est logique : la Lombardie est bien située dans l'Italie du Nord.
Il est évident qu'une expression aussi ambiguë doit être absolument rejetée qui fait penser à l'Italie du Nord lorsqu'elle entend désigner les manuscrits de l'Italie du Sud.
Le fait est que son emploi devait faire naître bien d'autres erreurs. Au lieu d'entendre le terme des seuls Lombards du Sud, on en vint en effet à considérer la minuscule lombarde comme une écriture proprement nationale, et à prétendre qu'elle avait été introduite en Italie par les Lombards eux-mêmes au moment de l'invasion : «Tum sasculo VI Langobardis in Italiam effusis, successit Langobardisca scriptura ad communem usum »(2). L'explication avait acquis un tel crédit qu'aux yeux de Mabillon lui-même, elle ne demandait pas d'autre justification. Sans doute l'auteur du De re diplomatica n'avait pas étudié la question en elle-même; son témoignage n'en est que plus représentatif de l'opinion reçue, qu'il ne songe pas à discuter. C'est ce témoignage qui, longtemps, fera autorité et sera invoqué pour conserver dans l'usage une expression aussi impropre du point de vue historique que du point de vue paléographique (3).
Maffei, le premier, se rendit compte de l'erreur, et la combattit si efficacement (4) que les Mauristes ne tardèrent pas à se ranger à ses arguments et à reconnaître la fausseté de l'opinion couramment admise : « Il n'est pas rare de voir des auteurs appeler lombardiques des écritures antérieures à l'irruption des Lombards. Ces peuples établirent une monarchie en Italie en 568 et y apprirent les arts et les modes des Romains. Comme ils y trouvèrent les écritures majuscules, minuscules et cursives en usage, ils les adoptèrent peu à peu et se les rendirent propres. L'écriture appelée lombarde n'est donc point de l'invention de ces barbares (5). »
Mais le mal ne s'était pas borné là. L'écriture de l'Italie Méridionale n'était pas la seule dont le déchiffrement présentât quelques difficultés. Or, par une confusion assez étonnante, on en était venu à désigner sous ce même nom d'écriture lombarde les types d'écriture les plus variés, entre lesquels on pouvait sans doute relever quelques analogies intéressantes, mais dont le principal caractère commun était certainement la difficulté de lecture et le peu de ressemblance qu'elles avaient toutes avec la minuscule Caroline.
(1) Summary Catalogue of Western Alanuscripts in the Bodkian Library at Oxford, vol. IV, n° 19428 : Now MS. (Canonici) Liturg. 342.
(2) Il serait toutefois injuste de rendre Mabillon responsable de toutes les confusions que des paléographes moins avisés que lui devaient commettre dans la suite.
(3) Mabillon, De re diplomatica, Paris 1681, p. 46.
(4) Maffei, Istoria diplomatica, Mantua 1727, p. 113.
(5) Dom Tassin et Dom Toustain, Nouveau traité de diplomatique, Paris 1757, t. III, p. 272.
LA TRADITION BENEVENTAINE. 117
L'identité de nom ne devait pas tarder à foire croire à l'identité d'origine : « De tous les autres noms, celui de lombardique a été le plus souvent donné aux écritures minuscules et cursives, difficiles à lire et crues barbares par la plupart des littérateurs. Plusieurs d'entre eux étant tombés sur des caractères obscurs et compliqués, leur donnèrent le nom de lombards (i). » Telle est, en effet, la seule explication plausible du fait vraiment étrange qu'on ait pu arriver à confondre sous ce même nom des graphiques aussi différentes que l'écriture wisigothique et l'écriture insulaire, sans parler des types plus particuliers à certains centres, comme Luxeuil, Corbie, S. Gall-Reichenau, sans en excepter même la précaroline du Nord de l'Italie.
En présence d'écritures difficiles à déchiffrer, comportant des ligatures et des lettres cursives, on se croyait autorisé à les appeler lombardiques, c'est-à-dire inventées par les barbares, par opposition aux écritures si lisibles en minuscules ordinaires non combinées; écriture difficile à lire, écriture barbare, écriture lombarde : c'était tout un.
Il est curieux de retrouver, dans l'histoire de la paléographie musicale, une tendance analogue et tout aussi simpliste. Pour Fétis, qui proposa, au siècle dernier, une classification des anciennes notations musicales, celles-ci se divisent en deux types principaux : le type lombard et le type saxon : les signes à forme déliée appartiennent à la notation saxonne, les signes à forme plus ou moins massive à la notation lombarde (2). Classification bien superficielle, basée sur un fait très accessoire qui se retrouve dans tous les genres de neumes, et pour lequel il n'y a pas lieu d'évoquer le souvenir des Lombards ou des Saxons qui n'y sont pour rien.
Toutes ces confusions d'ordre historique ou paléographique font du qualificatif de lombarde un terme à éviter et même à rejeter délibérément lorsqu'on veut parler d'une façon précise et sans ambiguïté de l'écriture et de la notation anciennes de l'Italie Méridionale.
Aussi bien l'épithète de lombarde n'est-elle pas seule à pouvoir revendiquer un caractère traditionnel d'une antiquité incontestable.
Dans une copie faite en 1038, un notaire romain parle d'une bulle de 962 in lictera (ben)euentana {}); un autre document notarial daté de 1046 mentionne également un texte écrit ex littera ueneuientana (4). L'expression écriture bénéventaine (5) peut donc, on le voit, se réclamer d'une antiquité tout à fait comparable à celle d'écriture lombarde.
(1) Lbid., p. 271.
(2) FÉTIS, Histoire générale de la Musique, Paris 1869, t. IV, p. 196.
(3) G. Marini, 1 papiri diplomatici, Rome 1805, pp. 50 et 226b, cité par Loew, loc. cit., p. 37.
(4) G. Marini, op. cit., p. 255.
(5) Certains auteurs emploient la forme « bénéventine. » Cf. par exemple Seroux d'Agincourt, Histoire de Part par les monuments, Paris 1823, t. III (peinture), pp. 76 et 79 et t. V, pi. lxviii; plus récemment le Catalogue of the Additions to the Mss. in the British Muséum, 1882-1887, p. 70; Dom H. Quentin, Les Martyrologes historiques du Moyen-Age, Paris 1908, pp. 34 et 691 ; d'aucuns tel H. Leclercq, dans le Dictionnaire d' Archéologie chrétienne et de Liturgie, t. IX, col. 2284, vont même jusqu'à dire que le mot bénéventaine « n'est d'aucune langue; bénéventine seul est français. » Nous ne pouvons pas souscrire à cette façon de voir : si florentine est français, c'est parce qu'il traduit l'adjectif latin florentina; et si romaine est aussi français, c'est parce qu'il traduit l'adjectif latin romana. Il n'est donc pas douteux que le terme bénéventaine seul est français, puisqu'il traduit l'adjectif qui, en latin, se présente toujours sous la forme beneventana, et jamais sous la forme benevenlina.
Il serait possible d'en suivre l'emploi au cours des siècles. Nous nous bornerons à mentionner un témoignage particulièrement intéressant du début du XIVe siècle. Dans un inventaire des biens de Saint Philippe et Saint Jacques de Veroli fait en 1336, il existe un catalogue des livres ayant appartenu à l'église Sainte Marie-Madeleine. Or plusieurs des manuscrits mentionnés sont dits écrits en littera beneucntana, d'autres en littera langobarda, un dernier enfin en littera gallica (1). Nous voyons ici nettement distingués les différents types d'écriture; mais ce qui, de notre point de vue, doit être surtout retenu, c'est qu'à l'époque, écriture lombarde et écriture bénéventaine n'étaient pas du tout des expressions synonymes; la seconde apparaît aussitôt beaucoup plus précise, et ne pouvant désigner que la minuscule de l'Italie Méridionale, tandis que la première est un exemple frappant de l'extension très large du terme langobarda qui, en l'espèce, s'oppose autant à celui de beneventana qu'à celui de gallica.
L'étude de la terminologie traditionnelle nous ramène donc à la justification historique d'un terme que déjà nous avions été conduit à adopter comme répondant de la manière la plus adéquate à la localisation géographique du groupe de manuscrits que nous étudions. Nous désignerons donc sous le nom d'écriture bénéventaine l'écriture qui a été employée pendant tout le Moyen-Age dans les limites de l'ancien duché de Bénévent, et par notation bénéventaine la notation musicale qui correspond à cette écriture.
Au début du siècle dernier, Gaetano Marini chercha à remettre en honneur ce terme d'écriture bénéventaine ; mais, malgré les arguments sérieux qu'il apportait pour le justifier, sa tentative n'eut pas de succès. En 1855, Dudik reprenait la question, mais préférait au terme de bénéventaine celui de cassinienne, sous prétexte que la plus grande partie des manuscrits connus de ce type proviennent du Mont-Cassin (2). Il y aurait pourtant un inconvénient sérieux à adopter ce nom qui pourrait faire croire à une écriture d'origine monastique dont le centre aurait été le Mont-Cassin lui-même; de fait, l'erreur n'a pas manqué d'être commise et il est plus d'un érudit qui, jugeant tel manuscrit d'après son écriture, n'a pas hésité à lui attribuer une origine cassinienne; erreur analogue à celle que nous signalions plus haut et qui consistait à faire de l'écriture lombarde une écriture du Nord de l'Italie.
Bien que le Mont-Cassin soit en effet le centre de beaucoup le plus important où cette tradition graphique fut en honneur, ce serait restreindre singulièrement l'extension de celle-ci que de l'appeler cassinienne, alors qu'elle a été employée bien loin du Mont-Cassin, à Bari, à Trani et même en Dalmatie : c'est l'écriture cassinienne qui est une espèce particulière du genre bénéventain, et non pas l'inverse (3).
(1) Le texte de cet inventaire a été publié par Loew, op. cit., p. 38; cf. également p. 23.
(2) UudIk, Iter Romanum, Vienna 1855, t. I, pp. 61 et seq.
(3) Dès le IXe siècle, on trouve la nuance très nettement marquée dans plusieurs martyrologes et calendriers. In beneuento monte cassino depositio saticti benedicti abbatis, lit-on dans un martyrologe qui date des environs de 830; et dans un autre, un peu plus récent (vers 870) : apud castrutn cassinum beneuentane civitatis sancti benedicti abbatis. Cf. Revue Bénédictine, XX (1903), pp. 298 et 309. Le manuscrit B32 de la Vallicellane, écrit entre 1059 et 1070 à Veroli, mentionne également au folio 3 : beneuento casino dep. sci benedicti abbatis (Cf. Loew, op. cit., p. t>^ note 2-) Toutes ces expressions manifestent la tendance à situer le Mont- Cassin lui-même par rapport à la capitale qui donnait son nom au duché de Bénévent.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 119
En réalité, le nom d'écriture bénéventaine convient donc très bien pour désigner d'une façon précise et sans aucune ambiguïté la graphique employée pendant tout le Moyen-Age dans les limites de l'ancien duché de Bénévent (i). C'est à ce terme, d'ailleurs traditionnel, que tous les auteurs avertis (2) en vinrent petit à petit à se rallier (3); c'est celui que le travail si consciencieux de M. Loew a consacré comme définitif (4).
A aucun titre, nous l'avons dit, l'écriture bénéventaine ne saurait être considérée comme d'origine lombarde. D'où viennent donc toutes ces particularités caractéristiques de cette graphique, dont les principales sont, nous l'avons vu :
la similitude du / et de Va;
(1) Les scriptoria de Gaete, Fondi, Veroli, Sulmona, où furent exécutés des manuscrits en Httera beneventana, sont, il est vrai, au nord de la frontière septentrionale du duché, mais à une très faible distance de celle-ci. Par ailleurs nous ne revenons pas ici sur ce qui a été déjà dit relativement à l'emploi de la minuscule bénéventaine dans plusieurs centres de la côte orientale de l'Adriatique.
(2) A. Ebner, Quellen und Forschungen zur Geschichte und Kunstgeschichte des Missale Romanum im Mittelalter, Freiburg 1896; H. Ehrensberger, Libri liturgici bibliothecœ Apostolicce Vaticanœ, Freiburg 1897; Dom H. Quentin, Les Martyrologes historiques du Moyen-Age, Paris 1908, p. 691 ; Dom A. Wilmart, Revue Bénédictine, XXV (1908), p. 465; XXVI (1909), p. 282, et Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes, I (191 1), p. 250; Dom G. Morin, Revue Bénédictine, XXVIII (191 1), p. 237; H. M. Bannister, Afiscellanea Ceriani, Milan 19 10, et Monumenti Vatican/, di Paleografia Musicale Latina, Lipsia Harrassowitz, 19 13, passim.
(3) Il suffit d'indiquer pour mémoire un certain nombre de dénominations mixtes mises en avant par des auteurs qui estimaient trop exclusifs les noms simples que nous avons mentionnés. Quelques-uns proposèrent ainsi d'appeler la minuscule de l'Italie Méridionale :
lombardo-cassinienne (Piscicelli Taeggi, Paleografia artistua di Montecassino, Montecassino 1877; I. Carini, Sommario di paleografia e diplomatica, Rome 1888, pp. 56 et seq. ; N. Rodolico, Genesi e svolgimento délia scrittura Longobardo-Cassinese, dans Archivio Storico Ltaliano, XXVII (1901), pp. 315-333; B. Capasso, Gli archivi e gli studii paleografia e diplomatici, Naples 1885, p. 9. Pour ce dernier auteur, l'écriture lombardo-cassinienne représenterait un type différent de l'écriture bénéventaine) ;
ou lombardo-bénéventaine (Steffens, Lateinische Palaeographie, Freiburg 1909, t. II, p. X, pi. 68 et 75);
ou encore cassino-bénéventaine (C. Cipolla, Codici Bobbiesi délia Biblioteca nazionale universitaria di Torino, Milan 1907, p. 176, et B. Bretholz, Lateinische Palàographie dans Grundriss der Geschichtsivissenschafi de Meister, 2e édit, Leipzig, 191 2, p. 70);
ou enfin lombardo-cassino-bénéventaine (M. Ihm, Palaeographia Latina, Leipsic 1910, pi. IX, p. IX). Il est clair que des noms aussi compliqués étaient fatalement voués à ne jamais passer dans la pratique.
(4) Il est intéressant de noter que, tout en rejetant, pour la raison que nous avons dite, l'épithète cassinienne, M. Loew n'hésite pas à dire que l'écriture bénéventaine est une écriture bénédictine non pas toutefois en ce sens qu'elle fut une graphique spécifiquement monastique, mais parce que, au Moyen-Age, la culture des lettres se réfugia, en Italie comme ailleurs, dans les monastères bénédictins, et spécialement au Mont-Cassin. « On peut dire que l'histoire des arts et des lettres dans le duché de Bénévent se confond avec le récit des vicissitudes que subit la célèbre abbaye de Campanie et les fondations qui en dépendaient. » (Cf. Revue d'Histoire Ecclésiastique, XV (1914), p. 533). Le livre de M. Loew ne devait être d'ailleurs à l'origine, dans la pensée de son auteur, qu'un chapitre d'introduction à une thèse sur « le Mont-Cassin comme centre pour la transmission des classiques latins. » De fait, plusieurs ouvrages, le De lingua latina de Varron par exemple, ne nous ont été conservés que par les moines du Mont-Cassin; le manuscrit le plus important des Dialogues de Sénèque est également un manuscrit cassinien; quant à la tradition manuscrite relative aux Histoires et aux Annales de Tacite, elle repose entièrement sur un archétype cassinien.
l'emploi de Yi allongé, soit en tête des mots, soit même dans le corps de ceux-ci, pour représenter le j;
l'enclitisme de Yi après les lettres e, f, g, 1, et r;
enfin et plus généralement, l'emploi de toutes ces ligatures qui apparaissent essentielles à la graphique bénéventaine, alors qu'elles sont formellement exclues de l'écriture carolingienne?
Ces particularités, répond M. Loew, sont toutes d'origine cursive : v> Le trait caractéristique de l'écriture bénéventaine,» dit-il, ss c'est l'adaptation de certains éléments cursifs à des fins calligraphiques et leur maintien comme parties essentielles de l'écriture » (i).
La minuscule de l'Italie Méridionale dérive en effet en ligne droite de l'ancienne cursive romaine; il suffit, pour s'en rendre compte, d'examiner le fameux papyrus de Ravenne (VIe s.) ainsi que les écrits notariaux des deux siècles suivants pour y reconnaître les ancêtres directs des manuscrits bénéventains.
Mais l'écriture bénéventaine n'est pas la seule qui dérive de l'ancienne cursive romaine; et si l'on étudie les documents écrits au VIIe et au VIIIe siècles, tant en France qu'en Espagne et dans l'Italie du Nord, on sera frappé d'y retrouver la plupart des éléments cursifs qu'une étude trop exclusive des manuscrits bénéventains aurait pu faire considérer comme propres à l'Italie Méridionale.
^mw <Mêtà*i% ofi
J*~ig. 22
Ecriture mérovingienne (VIIe s.)
hyc sunt pignora de coberturio domno monulfo treiectinse ep/-svtfpo.
CHARTRES, Archives d'Eure-et-Loir, G. 439.
Ces analogies vraiment foncières entre les différents types d'écriture dérivant de l'ancienne cursive apparaîtront mieux sur quelques exemples.
Nous avons reproduit (fig. 22), comme exemple d'écriture mérovingienne, un authentique de reliques du VIIe siècle provenant d'une châsse de la Cathédrale de Chartres (2);
(1) « Thus it is plain that the chief distinguishing feature of the Beneventan script is the adaptation of certain cursive éléments to calligraphie purposes and their rétention as essential parts of the script. » Loew, op. cit., p. 94.
(2) Cette pièce est conservée aux Archives du département d'Eure-et-Loir; cf. Le Blanc, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, I (1856), pp. 31 1-3 12 et pi. 24, n. 144; Jusselin, Documents charlrains du VIIe siècle, dans Archives du Diocèse de Chartres, Pièces détachées, 3e volume (1914), pp. 9-1 1.
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^7^-. 2j. Saint G
Tu semp^" quesumus domine tuam adtolle benignus fa-
miliam / tu dispone correctam . tu propicius
tuere subiectaw . tu g"berna perpétua benig-
nitate saluandam, ner dominum nostrum Yhesum ,,
FER/A • II • AD S^^CrOS IIII . CORONATOS;
Proficiat quesumus domine plebs tibi dicata pie
deuotionis affectu • ut sacris actionib«$
erudita • quanto maiestati tue fit gra-
tior tanto donis pociorib?^ augeatur, ner
Presta quesumus omps deus • ut qui in tua protecti-
one confidimus • cuncta nobis aduersantia
te adiuuante superemur, per dlïm SUPisj? OBLATA
Paléographie XIV.
AU. 348. (VIIIe S.)
Cunctis nos domine reatibw et peric;;lis propi-
ciatus absolue • quos tantis mysteriis [NE M
tribues esse consortes. ner dlïm, ROST COMMU NIO-
Diuini saciati muneris largitate quesumus domine
deus nostex • ut in huius semp^r participation
uiuamus, ner dominum nostrum, SUPER POPULUM
Tueatur quesumus domine dextera tua populum
dep/rcantem • et purificatum dignanter
erudiat • ut consolatione presenti • ad
futura bona proficiat, ner dominum nostrum •,