Le ms. ajoute : ante natale aposto/oruvi
3. Le ms. ajoute die dom. ad scos Cosme & Damiano ante natale eorum.
Type bénéventain
Si l'on prend, en effet, comme base de comparaison, la série continue type Murbach, on voit que la série bénéventaine s'en écarte sur les points suivants :
i° absence de la péricope 1 ; 20 ordre différent pour les quatre péricopes suivantes : 4-5-3-2 au lieu de 2-3-4-5 ;
30 dans le tronçon continu 6-12, la péricope 13 est substituée à 10; encore cette lecture ne s'y rencontre-t-elle pas identiquement sous la forme où on la trouve, dans l'ensemble de la tradition, au XIIIe dimanche. Dans tous les manuscrits non-bénéventains, cet évangile, qui est celui du Bon Samaritain, commence au verset 23 du chapitre X de S. Luc ; dans tous les manuscrits bénéventains, au contraire, la péricope commence ex abrupto par le récit de la parabole, au verset 25 : Ecce quidam legisperitus, en laissant de côté les deux versets :
Beati oculi... qui lui servaient d'introduction (1). Nous avons désigné la péricope ainsi écourtée par le même numéro 13, accompagné d'une astérisque : 13*;
40 à la place de la péricope 18, les manuscrits bénéventains donnent toujours la péricope A ;
50 les péricopes 20 et 21 omises, la lecture 22 y suit immédiatement la lecture 19; 6° enfin, l'organisation des dernières péricopes qui suivent la lecture 24 est tout à fait propre aux listes bénéventaines.
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(1) Seul le codex Parts B. N. lat. 82c donne la péricope 13 habituelle; il faut voir là une influence étrangère. Parmi les manuscrits de l'Italie Méridionale que nous avons étudiés, le missel en question est d'ailleurs le plus récent : il n'est déjà plus écrit en caractères bénéventains.
Or le plus grand nombre, sinon la totalité de ces particularités bénéventaines se retrouvent identiquement dans la liste de Wurzbourg :
i° la péricope i en est aussi absente;
2° des quatre lectures suivantes, 4, 5, 3, 2, seule la péricope 5 y est affectée à un dimanche; on trouve cependant dans Wurzbourg deux des trois autres lectures, et dans le voisinage immédiat de l'octave de la Pentecôte : l'évangile 4 au samedi « in XII lectionibus»(i), et l'évangile 3 au vendredi suivant; quant à la péricope 2, elle n'existe pas dans le cornes de Wurzbourg. Mieux vaut donc, pour le moment, ne pas insister sur un rapprochement qui pourrait sembler un peu factice (2); nous verrons plus loin qu'il n'est pourtant pas aussi artificiel qu'on serait tenté de le croire au premier abord;
3° l'identité entre les listes de Bénévent et de Wurzbourg reparaît quant à l'insertion de la péricope 13* après la péricope 9, et cela, de part et d'autre, sous la même forme, sans l'introduction Bcati oculi. Il convient d'ailleurs de remarquer que Wurzbourg, après avoir donné cette péricope sous la forme et à la place bénéventaines, la donne de nouveau un peu plus loin, sous la forme et à la place où on la trouve partout ailleurs. La répétition, à trois semaines de distance, de la même péricope, sous deux formes à peine différentes, est certainement un fait assez étrange. Il nous suffit ici de constater que, si l'on trouve dans le cornes de Wurzbourg un témoin ancien de l'usage qui devait un jour devenir universel, on n'y trouve pas moins, et au même titre, un témoin aussi ancien de l'usage qui devait se transmettre et se conserver dans la seule tradition bénéventaine ;
40 en ce qui concerne la lecture qui suit la péricope 17, nous connaissons la raison des divergences qui existent entre les manuscrits; il est donc inutile d'insister.
y dans Wurzbourg comme dans la liste bénéventaine, la péricope 19 est suivie immédiatement de la péricope 22, sans mention des péricopes intermédiaires 20 et 21 ;
6° enfin les péricopes 22, 23 et 24 de Bénévent se retrouvent encore dans Wurzbourg. Une lacune de ce dernier manuscrit vient malheureusement interrompre la comparaison des deux listes.
Quoi qu'il en soit, nous en aurions déjà suffisamment pour être fixés. La série bénéventaine présentait, par comparaison avec la série universelle, un certain nombre de divergences que la critique interne ne permettait pas d'expliquer : l'absence de la péricope 1, l'insertion de la péricope 13* entre les péricopes 9 et 11, enfin la suppression des péricopes 20 et 21 entre les péricopes 19 et 22. Or toutes ces particularités se retrouvent identiquement dans le cornes de Wurzbourg.
(1) Il faut noter que, dans le manuscrit de Wurzbourg, cette péricope a été ajoutée après coup, dans un espace libre, d'une écriture plus fine, mais cependant de première main. Au samedi en question un évangile était déjà assigné, ce qui explique le titre Item alia donné à la péricope Estote miséricordes.
(2) Sans entrer dans une étude détaillée de tous les lectionnaires anciens, il est intéressant de noter que le seul manuscrit qui donne le même groupement initial : 4-5-3-2 que les manuscrits bénéventains est l'évangéliaire des Archives de Saint-Pierre qui était à l'usage des Chanoines de la Basilique; côté 6 (ancienne numération) à l'époque de Thomasi, ce manuscrit a été publié par lui : c'est son manuscrit S. Cf. Thomasi (Vezzosi), t- V, pp. 430 et 468-473.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 143
Une seule divergence subsiste, entre les deux listes, sur laquelle nous n'avons pas cru devoir insister avant de les avoir examinées dans leur ensemble : c'est celle que nous avons indiquée sous le 30, et qui consiste dans la dissemblance du début des deux séries. La coïncidence parfaite qui existe entre elles à partir de la péricope 6 laisse à penser qu'un examen plus approfondi doit révéler la raison de cette dissemblance.
Cette raison, en effet, est toute entière contenue dans le double titre dont la péricope 5 est précédée, dans le cornes de Wurzbourg : Ebdomada II post Pentecostcn, antc natale Apostolorum. Qu'est-ce à dire? Cette péricope est-elle affectée au IIme dimanche après la Pentecôte ou bien au dimanche qui précède la fête des Apôtres? C'est là une façon assez étrange de désigner un jour que de le situer à la fois par rapport à une date mobile et par rapport à une date fixe! Si l'on veut bien prendre la peine de faire un petit calcul, on se rendra compte que, la Pentecôte ayant pour dates extrêmes le 10 Mai et le 13 Juin, il y a place, avant le 29 Juin pour un nombre de dimanches après la Pentecôte qui peut aller de six à deux ; quant au IImc dimanche après la Pentecôte, il peut tomber à l'une quelconque des dates comprises entre le 24 Mai et le 27 Juin ; or ce dimanche ne pourra se trouver le dimanche avant la fête des Apôtres que s'il tombe le 27 Juin ou l'un des cinq jours précédents ; le titre de Wurzbourg n'est donc correct que dans six cas sur trente-cinq qui sont possibles. En somme, on le voit, le cornes s'en est tiré avec le minimum de frais, en ne prévoyant, dans l'espace compris entre la Pentecôte et le 29 Juin que deux dimanches.
Il est donc clair que l'organisation réduite de Wurzbourg demandait à être complétée : c'est ce qu'a fait Bénévent en gardant à la péricope 4 la première des deux affectations données par lui : le llrae dimanche après la Pentecôte. Même sur ce point, Wurzbourg apparaît donc comme un ancêtre direct de Bénévent.
Du point de vue qui nous intéresse ici, on est donc bien autorisé à dire que la tradition bénéventaine est à la tradition universelle ce que le cornes de Wurzbourg (1) est au cornes de Murbach.
Or il est incontestable que le premier de ces deux manuscrits représente un état du lectionnaire sensiblement plus ancien que le second : il ignore en particulier les jeudis de Carême que connaît déjà Murbach; et, tandis que son sanctoral appartient tout entier à la première tradition gélasienne (Ve-VIe s.) — à part la seule fête de S. Silvestre, qui est d'institution grégorienne — le calendrier de Murbach est celui du gélasien du VIIIe siècle (2).
(1) Nous n'avons parlé ici que des deux manuscrits les plus importants pour l'histoire du lectionnaire romain; mais on retrouve presque toutes les particularités de Bénévent — c'est-à-dire de Wurzbourg — dans plus d'un lectionnaire ancien. Cf. Beissel, Entsteluoig der Perikopen des Romischen Afessbuches, Freiburg im Breisgau, Herder 1907, p. 164.
(2) Revue Bénédictine, XXX (1913), pp. 63-68.
Malgré sa parenté évidente avec les autres représentants de la famille carolingienne, il n'est pas douteux que, du point de vue de la simplicité et de l'antiquité, le cornes de Wurzbourg l'emporte sur tous (i); on a en lui F «un des principaux monuments de l'antique liturgie romaine » (2), ss le plus ancien qui existe de l'ordonnance des stations et lectures dans l'Eglise Romaine» (3) et qui «offre une idée exacte du cadre de la liturgie romaine, telle qu'elle devait être vers le milieu du VIIe siècle » (4).
Bref, le manuscrit de Wurzbourg" est le plus ancien cornes ou lectionnaire de V Eglise Romaine (5).
Le cornes de Murbach sans doute, est, lui aussi, fort intéressant; mais c'est surtout en tant qu'il permet d'apprécier la valeur vraiment traditionnelle du système de lectures de notre missel actuel, dont il contient déjà toute l'ossature. Mais son calendrier, qui est, comme l'a noté Dom Wilmart, celui du gélasien du VIIIe siècle, prouve que le système représenté par ce manuscrit est seulement « une adaptation de l'ancien lectionnaire romain au missel composé en France vers le milieu du VIIIe siècle par l'union des deux authentiques missels romains du VIe et du VIIe siècle, le gélasien et le grégorien » (6). Il est le type du lectionnaire franc, adapté au sacramentaire romain du VIIIe-IXe siècle, qui a traversé tout le Moyen-Age, et qui a servi de base à l'organisation des lectures dans le Missale Romanum du XVIe siècle.
Telles sont les conclusions auxquelles ont abouti les études relatives à l'évolution du lectionnaire romain : deux des stades les plus caractéristiques nous en sont conservés dans le Cornes de Wurzbourg et celui de Murbach, dont le premier se présente, sans qu'il soit possible d'en douter, comme un ancêtre du second : « c'est sûrement d'après un formulaire de ce type qu'Alcuin a rédigé son fameux Cornes cmendatiis » (7).
Ces précisions une fois rappelées dispensent de longs commentaires et d'hypothèses compliquées pour expliquer la dualité de la tradition relative au système des péricopes évangéliques affectées aux dimanches après la Pentecôte; car, si elles permettent de juger du succès vraiment universel obtenu par la revision romano-franque du VIIIe siècle, elles n'en font que mieux ressortir avec un relief saisissant la fidélité étonnante de l'Italie Méridionale qui devait, pendant de longs siècles encore, demeurer, et demeurer seule, fidèle à la tradition romaine ancienne.
(1) Revue Béftédictine, XXVII (1910), p. 42.
(2) loc. cit., p. 74.
(3) loc. cit., p. 41.
(4) loc. cit., p. 44.
(5) C'est sous ce titre que Dom Morin le présentait, dans la Revue Bé?iédicti?ie, loc. cit., p. 41 ; il l'avait déjà signalé dès 1893, comme l'un des documents «les plus intéressants pour l'histoire du Cornes romain ». Cf. Revue Bénédictine, X (1893), p. 116, note.
(6) Revue Bénédictine, XXX (1913), p. 63.
(7) Revue Bénédictine, XXVII (19 10), p. 74.