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LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 185
Sans aucun doute, les deux premières leçons sont mauvaises, puisqu'elles ne traduisent pas Ycqualiter sangallien; par contre, les deux dernières l'interprètent, mais chacune à sa façon. Il serait évidemment intéressant de savoir si la leçon authentique comporte l'unisson sur le fa ou sur le mi ; mais c'est là une question sur laquelle nous n'avons pas à nous prononcer actuellement. Du point de vue où nous nous plaçons ici, il n'y a aucune distinction à faire entre ces deux traductions, également correctes, puisqu'elles rendent compte toutes les deux de Xequalitcr sangallien. Nous nous bornerons donc poulie moment à enregistrer comme bons les manuscrits qui donnent soit l'une soit l'autre, laissant au classement d'ensemble le soin de lever l'indétermination en nous renseignant sur la valeur relative des témoins de l'une et de l'autre.
Nous avons donc compris aussi largement que possible l'appréciation des concordances entre les versions diastématiques et la leçon sangallienne quand une solution ne s'imposait pas, à l'exclusion de toute autre. Il est cependant des cas où un bref examen du tableau de variantes permet d'éliminer immédiatement comme fautives des solutions qui, à première vue, pourraient sembler correctes.
Un cas tout à fait typique à ce point de vue est celui des groupes où intervient
la cadence j„ . sur le mi ou sur le si (i). Cette formule, si connue et d'un emploi
si fréquent, se trouve parfois altérée dans les manuscrits. Certains d'entre eux, cédant à l'attraction vers le demi-ton supérieur, ont fait de la clivis finale un pressus sur le fa, que d'autres ont encore abrégé dans la suite, en ne laissant subsister qu'un fa unique.
La cadence ~ft, . se trouve donc transformée, soit en ~~~%, ,, , soit en jy, , .
Or, à plusieurs reprises, on trouve cette formule suivie d'un punctum avec interposition d'un equaliter) aucun doute n'est possible, ce punctum est certainement un ;;//'. C'est bien un mi, en effet, que donnent un certain nombre de manuscrits. D'autres en ont fait un /a; ils sont évidemment en faute. Mais lorsque la cadence qui précède est elle-même altérée,
on a ,es traductions *^=t= ou E^FFtF . oui peuvent sembler correctes
comme maintenant l'unisson, alors qu'en réalité, elles sont doublement fautives.
Il faut en dire autant du cas assez fréquent où le groupe qui suit la cadence en mi
est un podatus; on trouve parfois comme traduction du passage jy, . |~t~~ quelqu'une
des leçons — ft. ,. | ..n l^7~rfe= =J^T.. | ■— -jSTTtT^ , dont aucune
n'est acceptable malgré la correction de l'unisson, ici purement factice.
Ces précisions une fois apportées, le nouveau classement des manuscrits, mélodique et non plus neumatique, est résumé dans le tableau ci-après.
(i) Un petit nombre de manuscrits donnent cette cadence sous la forme — ^j % . Ce n'est pas cette variante qui nous intéresse ici, mais seulement celles qui résultent d'une altération de la finale mi.
Paléographie XIY. 24
Manuscrits.
Divers:
BÉNÉVENT, Chapitre VI 35 Benévent, Chapitre VI 34
Rome, Vat. lat. 6082
BÉNÉVENT, Chapitre V 19-20
Rome, Vat. Ottob. 576
Paris, B. N. nouv. acquis. 1669
Paris, B. N. ??6
Coeff.
Manuscrits.
Diverg.
Londres, B. M. Harl. 4951
Langres, Grand Séminaire 312
Paris, B. N. 903 MONZA, Chapitre c. 14. J"j Tolède, Chapitre 35.10 Madrid, Bibl. Acad. Hist. 1!
Madrid, Bibl. priv. S. M. II. D. 3
Coeff.
Classement mélodique des Manuscrits diastématiques
Manuscrits.
Diverg.
: Coeff.
Manuscrits.
Diverg
j Coeff.
Verdun, Grand Séminaire
Solesmes, 48
Cambridge, Univ. Kk. 2. 6
Hautecomhe, Ste Marie-Madeleine
Plaisance, Chapitre 65
Paris, Ste Geneviève 99
Aoste, Bibl. de Mgr Duc
Rouen, Ville 277
77/ioc
Rome, Vallicellane c. 52
Tepl
Paris, B. N. 904
Londres, B. M. add. 12194
Rouen, Ville 305
Milan, Ambros. M. 70. Sup.
PÉTROGRAD, O. V. I. n° 6
Madrid, B. N. c. 132
79/ioû
Solesmes, 49
PÉROUSE, Chapitre 21
Turin, F. IV. 18
Leipzig, K. Hier., c. 392, n. 1 58 (Sol. 233)
Manchester, Ryland's Library. 24
Paris, B. N. 1132
Colmar, Ville 445
Munich, Clm. 7905
Milan, Ambros. S. 74. Sup.
Rome, Procure des FF. PP.
Munich, Clm. 2541
Rome, Angelica 477
LE Mans, Cathédrale
Montpellier, Ec. de Méd. H. 1 59
BaRI, Chapitre I
Cologne, Ville VIII 236
Angers, Ville 96
Vienne, Bibl. Pal. 12865
le Mans, Ville 437
Rouen, Ville 249
Darmstadt, 868
Aix-la-Chapelle, Chapitre XII
Lainz, VIII 18
Andenne, I
Andenne, III
Milan, Brera AE. XIV. 12
Munich, Clm. 10075
Monza, Chapitre k. 1 1
Solesmes, 43
Udine, Archevêché 8°. 2
Londres, B. M. add. 18031- 18032
Munich, J. Rosenthal (So/esmes 266)
Oxford, Rawl. C. 892
Andenne, II
Tolède, Chapitre 52. 11
Porrenïruy, Collège Wirzenborn
Verceil, Chapitre 56
Carlsruhe, Pm. 15
Paris, B. N. 780
71/lOOi
Salzbourg, a. IV. 14
Beuron
Vienne, Bibl. Pal. 1925
Modène, 0. I. 13
Salzbourg, a. VII. 20 Carlsruhe, Pm. 16
Bruxelles, Bibl. Roy., Fétis 1 173
73/lOOi
Berlin, in f° 319
Monza, Chapitre i. 5. 78
Munich, Clm. 7919
Worcester, Cathédrale F. 160
Munich, L. Ros., c. 150, n. 217 (Sol. 257) Trêves, Cathédrale 153
Modène, O. I. 7
Leipzig, S. Thomas 371
Plaisance, S. Antonin
Munich, L. Ros., c 150, n. 215 (Sol. 238)
Lainz, VIII 170
Maihingen, I 2. 8°. 1
Bruxelles, Bibl. Roy. 19389
Graz, Université 807 Klosterneubourg, 588
Bruxelles, Bibl. Roy. Fétis 1 172
75/iooi
Maihingen, I. 2. 40. 13
Londres, B. M. Harl. 622
Prague, Strahov. D. F. 1.8
Solesmes, 42
Rome, Angelica 1436 Trêves, Bibl. du Dr Bohn IV
Parkminster, A. 33
Trêves, Ville 21 54
PAR RAPPORT AU CODEX ElNSIEDELN 121.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur ce tableau pour constater la situation exceptionnellement privilégiée qu'y occupent les témoins bénéventains. Ces manuscrits — dont nous avions convenu d'indiquer les cotes en caractères gras — arrivent, on le voit, et en rangs serrés, les tout premiers du classement. Il y a là un fait capital, et dont on ne saurait trop souligner l'importance.
Que le supplément d'enquête entrepris pour remédier aux déficiences du classement neumatique ait conduit à une solution, c'est là un fait qui n'a rien de très surprenant, puisque nous n'avons retenu comme variantes utiles que celles dont on trouvait dans la tradition diastématique au moins une interprétation acceptable; mais qu'il ait conduit à une solution de cette nature, c'est ce qu'on n'aurait certainement pas osé prévoir. Si l'on avait été tenté de se faire a priori une idée du résultat de cette nouvelle enquête, on n'aurait pas manqué de raisonner de la façon suivante : En admettant que, pour les passages douteux étudiés, la leçon sangallienne reproduise la leçon originale, nous nous trouvons donc en présence de mélodies qui se sont corrompues petit à petit au cours des siècles, ici sur un point, là sur un autre, ici d'une manière, là d'une autre, en telle sorte que, pour retrouver intégralement la tradition authentique, on en sera réduit à glaner çà et là dans les manuscrits les éléments d'une traduction correcte. Et c'est bien, dans l'ensemble, à une conclusion de ce genre que conduit notre nouveau classement : sur 103 manuscrits étudiés, 81 ont un coefficient supérieur à 70, c'est-à-dire qu'ils donnent en moyenne une quinzaine de leçons correctes sur cent. Ce sont là sans doute des témoignages à retenir, et qui, pour la restitution des mélodies, sont très précieux; on n'a pourtant pas, dans ces éléments de solution, une base suffisamment solide et qui autorise à faire fond sur des témoins où ils se rencontrent d'une façon aussi inconstante. Mais le fait capital, et qu'on ne pouvait guère prévoir, c'est qu'il existe des manuscrits où l'on trouve la solution de ces difficultés d'ordre mélodique, non plus d'une manière intermittente, mais bien d'une manière habituelle : c'est le moins qu'on puisse dire des manuscrits bénéventains, groupés entre les coefficients 12, 7 et 20, 7, et dont certains témoins résolvent, par conséquent, 87 cas critiques sur 100.
Du groupe bénéventain, seuls les manuscrits aquitains peuvent être rapprochés, ou du moins quelques-uns d'entre eux. Car ce deuxième groupe est loin d'avoir l'homogénéité du premier; et si l'on trouve tel de ses représentants, le graduel d'Albi (Paris, B. N. 776), par exemple, dont le coefficient 21 indique l'excellente tenue — on notera cependant que ce coefficient du meilleur des manuscrits aquitains est encore supérieur à celui du moins recommandable des manuscrits bénéventains — les autres manuscrits du groupe s'échelonnent à des intervalles qui sont loin d'être négligeables; et l'on en trouve même, mêlés aux manuscrits des autres écoles, des témoins déjà fort altérés. C'est le cas pour les graduels Paris, B. N. 780, coefficient 71; Bruxelles, Félis 1172, coefficient 75; et Hautecombe, Ste Marie-Madeleine, coefficient 76, 3. Il convient toutefois de remarquer que ce dernier des manuscrits aquitains laisse encore derrière lui 6} manuscrits de différentes écoles, c'est-à-dire plus de la moitié des témoins étudiés, et qu'ainsi les plus
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défectueux des manuscrits aquitains sont encore, mélodiquement parlant, supérieurs à la moyenne.
Une fois qu'on a nommé les manuscrits bénéventains et aquitains, on a épuisé, ou peu s'en faut, les deux premières colonnes; on n'y trouve, en effet, qu'un seul manuscrit étranger à ces deux groupes, le graduel c. 14. 77 du chapitre de Monza, dont le coefficient 38, 8 soit encore relativement bas. Quelques manuscrits méritent encore d être signalés, qui ne suivent pourtant les précédents que d'assez loin : le graduel c. 52 de la Vallicellane, coefficient 53, 6; le célèbre manuscrit bilingue de Montpellier, coefficient 60, 6. Et puis commence la longue série des manuscrits médiocres, très médiocres ou franchement mauvais dont la liste touffue n'a pu, malgré la réduction des caractères, tenir tout entière dans la quatrième colonne (1). De tous ces médiocres témoins, nous n'avons pas à parler ici plus longuement (2).
11 y a de la marge, on le voit, entre les résultats fournis par le second classement et ceux auxquels nous avait conduits le premier. Pour permettre de les embrasser tous les deux à la fois dans leur ensemble, nous les avons résumés dans le tableau {Figure 26) de la page 190.
Sur l'axe horizontal ON, gradué de o à 100, on a porté les coefficients de chaque manuscrit fournis par le classement neumatique; sur la verticale correspondante, c'est-à-dire parallèlement à l'axe OM, également gradué de o à 100, le coefficient fourni par le second classement. En tenant compte à la fois des deux classements, on obtient ainsi, dans le plan NOM, la série des points représentatifs des différents manuscrits. Pour chacun d'eux, sa distance horizontale à l'axe OM représente donc son écart neumatique par rapport au manuscrit d'Einsiedeln : un manuscrit neumatiquement proche de lui sera donc voisin de cet axe, un manuscrit éloigné, plus distant; et cela, quelle que soit sa hauteur relative dans le tableau. De même sa distance verticale à l'axe ON représente son écart mélodique par rapport au même manuscrit, en sorte qu'un témoin mélodiquement très proche de lui est très voisin de cet axe, un manuscrit éloigné, très distant; et cela, quelle que soit sa distance horizontale à l'axe OM.
En figurant à sa place chaque manuscrit, le tableau en question permet donc de saisir d'un seul coup d'oeil les résultats combinés des deux classements, et même de reconnaître quelques groupes.
(1) Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que les chiffres obtenus, tant dans ce second classement que dans le premier, sont faciles à contrôler. On obtiendrait, en effet, des canons de variantes tout semblables à ceux que nous avons présentés en étudiant l'ensemble des pièces constituant le Sanctoral. On pourrait également opérer sur les versets d'Offertoires; mais, dans ce cas, le champ de l'enquête serait sensiblement réduit, en raison du nombre relativement considérable de manuscrits où ces versets ne figurent plus. Quel que soit le procédé employé pour ce contrôle, il n'est pas douteux que les résultats obtenus ne soient très voisins de ceux auxquels nous avons été conduits en faisant porter les comparaisons sur les deux canons de variantes que l'on sait.
(2) Nous nous contenterons de noter que, parmi les manuscrits étudiés, il en est la moitié — ce qui correspond à un coefficient supérieur à 80 — dont on n'a rien ou à peu près rien à attendre dans un travail de restitution mélodique.
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