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Classement neumatique et mélodique des Manuscrits diastématiques par rapport au codex elnsiedeln 12 1.
Figure 26.
La première constatation qui se dégage de l'examen de ce tableau, c'est l'arbitraire du postulat sur lequel, foute de mieux, nous avions fait reposer notre premier classement. <s Les affinités sont comparables dans l'ordre mélodique et dans l'ordre neumatique», avionsnous dit. Si ce principe, énoncé a priori comme à peu près évident, était réellement exact, les points représentatifs de tous les manuscrits devraient se trouver échelonnés automatiquement sur la bissectrice OD de l'angle NOM : cette diagonale est, en effet, le lieu des points équidistants des deux axes. La réalité, on le voit, est bien différente; et le principe ne se trouve vérifié, en fait, que par des manuscrits assez peu recommandables, qui ne sont
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aussi distants d'un axe et de l'autre que parce qu'ils sont aussi médiocres mélodiquement que neumatiquement (i).
On aurait tort pourtant de voir entre ces deux classements une contradiction irréductible; en réalité, ils se complètent plus qu'ils ne se contredisent. Il est impossible, en effet, de nier qu'il y ait une parenté très étroite entre des manuscrits qui, neumatiquement ou mélodiquement, sont d'accord neuf fois sur dix, alors qu'entre tels autres ce sont les écarts qui se chiffrent par des nombres de cet ordre. Il y a là, dans un cas comme dans l'autre, un résultat brutal à l'évidence duquel on ne saurait se soustraire. Le point faible de notre raisonnement, c'était donc d'admettre que les affinités entre manuscrits étaient comparables dans l'ordre mélodique et dans l'ordre neumatique. Ce serait déjà un résultat intéressant d'avoir montré qu'il n'en est pas ainsi nécessairement.
Nous disons : nécessairement. Si nous pouvions nous étendre plus longuement sur cette question, il serait aisé de montrer, en effet, que, si l'on demeure dans le cadre de certains groupes suffisamment homogènes, le principe, ici en défaut, est pleinement justifié. C'est ainsi que le classement neumatique par rapport au codex 47 de Chartres montre que les manuscrits aquitains en sont les descendants directs; or, à eux seuls, ils suffisent pour retrouver la mélodie du manuscrit de Chartres. Dans le groupe aquitainchartrain, la similitude neumatique est donc bien un signe de la similitude mélodique.
Quant au groupe bénéventain, ce n'est pas de similitude, mais bien d'identité qu'il faut parler pour exprimer la parenté étroite qui lie témoins diastématiques et témoins neumatiques (2). Il n'en est pas ainsi des manuscrits sangalliens. Pourquoi? Il est intéressant de chercher à s'en rendre compte.
Le classement mélodique, correctif du classement neumatique, conduit donc — c'est la conclusion de tout ce qui précède — à ce résultat que, pour retrouver la leçon mélodique sangallienne, il faut s'adresser, non pas aux manuscrits diastématiques de cette école, mais bien à un groupe de manuscrits qui, généalogiquement parlant, en est fort éloigné.
L'école sangallienne et l'école bénéventaine sont, en effet, deux choses tout à fait distinctes et très bien caractérisées; de l'une comme de l'autre on possède des témoins anciens qui, sensiblement de la même époque, sont cependant déjà parfaitement différenciés. Et si le classement neumatique a groupé les manuscrits bénéventains à une distance assez respectable du manuscrit-type sangallien, on n'est aucunement en droit de conclure à l'infériorité de ce groupe, mais uniquement à son indépendance de la
(1) Tous les manuscrits situés au-dessous de la diagonale OD sont donc, toutes pi importions gardées, meilleurs mélodiquement que neumatiquement; c'est l'inverse pour ceux qui sont situés au dessus.
(2) Dans le tableau ci-contre, nous avons couvert de hachures pour la mettre en évidence la région occupée par le groupe bénéventain : tous les points représentatifs des manuscrits de cette école sont donc compris dans ce minuscule polygone dont les dimensions disent bien l'homogénéité du groupe qu'd limite. Si l'on avait voulu limiter de la même manière la zone correspondant au groupe aquitain, on aurait abouti à un fuseau très étroit, mais très allongé dans le sens de la hauteur, puisque ses points extrêmes correspondent respectivement aux cotes 21 (Paris, B. N. yy6) et 76, 3 (Hautecombe, S" Marie-Madeleine). Cette forme de fuseau marque bien que l'homogénéité qui existe entre tous ces manuscrits dans l'ordre neumatique — étroitessedu fuseau — ne se maintient pas dans l'ordie mélodique — allongement du même fuseau.
tradition sangallienne. Nous en avons déjà fait la remarque en son temps, mais il importe d'y insister, car le fait est de la plus haute importance : le groupe bénéventain n'est pas plus un rameau du groupe sangallien que ce dernier n'est un rameau du premier. Nous avons là, autant qu'on en peut juger, deux ramifications de la grande tradition grégorienne, indépendantes l'une de Vautre.
Dès lors, il peut sembler curieux que, pour trouver une traduction correcte des manuscrits neumatiques sangalliens, il faille s'adresser aux témoins diastématiques de l'autre branche. Le fait est pourtant très simple à expliquer.
Supposons connu, pour un instant, le manuscrit A, source commune des deux familles de manuscrits indépendantes l'une de l'autre : les manuscrits sangalliens et les manuscrits bénéventains; chacune comportant d'abord des témoins neumatiques : Sn (sangalliens neumatiques) et Bn (bénéventains neumatiques)] ensuite des témoins diastématiques : Sd (sangalliens diastématiques) et Bd (bénéventains diastématiques). La tradition mélodique propre à chacune de ces deux branches s'est transmise, de part et d'autre, par copies successives, donnant naissance, ici et là, à une tradition manuscrite diastématique qui n'est pas autre chose que le prolongement codifié de la tradition mélodique implicitement contenue dans les manuscrits anciens. Dans un schéma réduit à sa plus simple expression, nous avons représenté ces deux traditions neumatiques Sn et Bn, issues d'un même archétype A, et se prolongeant respectivement en deux traditions diastématiques Sd et Bd.
Sn
Sd
Bu Bd
Figure 2J.
Les faits nous prouvent donc que, pour avoir une traduction mélodique exacte de Sn, il fout s'adresser, non pas à leurs descendants directs Sd, mais bien aux manuscrits diastématiques Bd de l'autre branche. La conclusion n'est contradictoire qu'en apparence; en réalité, elle est très instructive. C'est qu'en effet, il y a bien une parenté entre ces deux groupes indépendants; mais, pour la retrouver, il faut remonter assez loin, jusqu'à leur ancêtre commun le plus proche : l'archétype A.
Dès lors, une seule explication est possible : c'est que la leçon sangallienne donnée par un manuscrit bénéventain n'est ni une leçon sangallienne ni une leçon bénéventaine, mais bien la leçon de leur archétype commun, antérieur à la différenciation des deux groupes.
Le détour que nous avons suivi n'était donc pas inutile. Si une leçon d'un manuscrit neumatique sangallien Sn est traduite correctement par l'un de ses descendants diastéma-
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tiques Sd, tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elle peut être la leçon sangallienne; probabilité dont peuvent jouir d'ailleurs au même degré plusieurs leçons mélodiques différentes. Mais si c'est une leçon bénéventaine Bd qui traduit seule correctement la leçon neumatique sangallienne Su, il n'y a plus probabilité mais certitude, et même certitude à un degré supérieur, si l'on peut ainsi s'exprimer, puisque la leçon en question n'a plus le caractère de leçon particulière à un groupe, mais bien de leçon de l'archétype qui résume en lui non seulement le témoignage de tous les manuscrits connus des deux écoles, mais encore celui de manuscrits notablement antérieurs : tous les intermédiaires, aujourd'hui disparus, qui existaient entre l'archétype lui-même et les manuscrits les plus anciens qui nous ont été conservés.
Bref, les leçons bénéventaines ne sont aussi des leçons sangalliennes que parce qu'elles sont les leçons de l'archétype commun aux deux rameaux. Les conclusions auxquelles nous sommes ainsi conduits prouvent donc tout simplement que les descendants diastématiques des manuscrits sangalliens, s'ils sont parfois restés très fidèles aux formes neumatiques elles-mêmes, n'en sont pas moins mélodiquement assez dégénérés. Dans le groupe bénéventain, au contraire, on a l'exemple d'une tradition exceptionnellement homogène dont les témoins diastématiques, même assez tardifs, sont demeurés fermement fidèles à la tradition de leurs ancêtres neumatiques qui, au point de vue mélodique, n'étaient pas fort éloignée de la tradition sangallienne contemporaine.
S'il en était besoin, on aurait une confirmation de la justesse de ces conclusions dans le fait que le groupe aquitain présente, lui aussi, bien qu'à un degré moindre, l'exemple d'une fidélité analogue à celle du groupe bénéventain; en sorte que, pour la plupart des cas douteux qui ont fait l'objet du présent travail, on peut dire que la leçon sangallienne, la leçon bénéventaine et la leçon chartraine ne font qu'un; et cela pour la raison déjà exposée qu'elles sont toutes trois restées fidèles à la leçon de leur archétype commun.
Il faut toutefois observer, comme nous l'avons déjà dit, que, vis à vis des témoins aquitains, une certaine circonspection s'impose. Avant de formuler un jugement sur un nouveau manuscrit, un examen approfondi sera toujours nécessaire. En présence d'un manuscrit bénéventain, au contraire, on peut être assuré d'avoir un témoin d'une excellente tenue mélodique, très sensiblement supérieur aux manuscrits des autres écoles.
Et, ce disant, nous ne prétendons nullement revendiquer pour les manuscrits bénéventains le privilège de l'infaillibilité : il est trop clair que, tout comme les autres, ils sont sujets à l'erreur ; mais, en fait, ce sont eux qui y tombent le moins souvent. En affirmant que les manuscrits bénéventains sont, mélodiquement parlant, des témoins hors ligne, on ne fait d'ailleurs qu'exprimer en langage ordinaire les résultats numériques du classement mélodique.
Une telle appréciation, formulée d'une manière aussi absolue, n'a rien d'exagéré. Sans doute, nous n'avons étudié ici qu'un nombre relativement restreint de cas; mais ce sont là des cas vraiment typiques, et qui nous ont permis de porter un jugement fondé sur la valeur mélodique des différents manuscrits diastématiques. Serait-il logique de limiter ces conclusions à la solution de cette seule série de cas particuliers? Certainement non.
Paléographik XIV. 25
Qu'on doive être prudent pour conclure d'un ordre de faits à un autre, nous l'avons suffisamment montré au cours des pages qui précèdent : de l'ordre neumatique, on ne peut passer de plain pied dans l'ordre mélodique; mais lorsqu'on reste dans le même ordre, la logique la plus élémentaire interdit de toucher à des conclusions aussi fermes que celles auxquelles nous avons été conduits.
Treize fois sur cent cas critiques, nous l'avons vu, on trouve dans divers manuscrits la solution de difficultés que ne résolvent pas les témoins bénéventains (i); ils sont donc faillibles, eux aussi. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que, dans les cas douteux, les leçons qu'ils présentent ont une très forte autorité, et doivent peser d'un grand poids dans la balance de la critique (2). Nous pensons surtout ici aux cas où plusieurs leçons mélodiques traduisent correctement — ou plutôt semblent traduire correctement — une même leçon neumatique. C'est pour résoudre les difficultés de cette nature qu'il est précieux de connaître la valeur relative des témoins en conflit.
(1) Encore conviendrait-il d'examiner attentivement les solutions qui apparaissent à première vue comme acceptables. Certaines d'entre elles, nous l'avons dit, ne se trouvent que dans un très petit nombre de manuscrits, parfois même dans un seul. Il est clair qu'on ne saurait adopter les yeux fermés de semblables solutions, dont l'autorité n'est autre que celle des témoins qui les proposent. C'est ainsi que Yequaliter 34 n'est traduit que par un seul manuscrit, le graduel d'Albi (Paris, B. N. Jj6) dont nous avons déjà parlé. Comme il s'agit là d'un manuscrit excellent, le meilleur des témoins aquitains, son interprétation se présente, bien qu'isolée, avec une autorité vraiment sérieuse. Voici, au contraire, Yequaliter 25 qui n'est traduit, lui aussi, que par un seul manuscrit, mais, cette fois, par un manuscrit tout à fait inférieur : le codex Munich, L. Rosenthal, c. ijo, n. 215, de coefficient 97. Nous avons là un manuscrit qui, 97 fois sur 100, est dans l'erreur; consentira-t-on à accueillir son témoignage lorsqu'il se trouve seul à rendre par l'unisson Yequaliter sangallien? Ce serait vraiment bien osé. Relativement aux treize cas non résolus par les manuscrits bénéventains, il y aurait donc lieu d'y regarder de plus près pour se rendre compte dans quelle mesure est recevable le témoignage des manuscrits qui les résolvent.
(2) Ceci dit, et sans minimiser en rien les résultats acquis, il importe de ne pas perdre de vue que les manuscrits bénéventains ne sont pas à ce point parfaits qu'on pourrait se contenter de leur seul témoignage, et en particulier adopter toujours comme leçon authentique une leçon qui leur serait propre. Nous l'avons déjà remarqué, le texte bénéventain est un texte simple, c'est-à-dire un texte dont la transmission s'est opérée à l'abri des influences étrangères, et qui, pour cette raison, présente une continuité de tradition d'une fermeté vraiment remarquable. Mais, on le sait, c'est aussi l'un des traits caractéristiques des traditions de cette nature de présenter des originalités, et en particulier des variantes rares : c'est même grâce à elles qu'on reconnaît les groupes de ce type. Ce trait est en somme la contrepartie, la rançon si l'on veut, de leur conservatisme : sans contact avec les traditions étrangères, elles sont soustraites aux influences corruptrices, soustraites aussi aux influences réformatrices qui auraient pu venir de l'extérieur. Une fois introduites dans des traditions de cette nature, les altérations en question font corps avec elle, et se transmettent avec la même fidélité que les leçons les plus authentiques dont il leur avait été donné de ne jamais s'écarter.
Une leçon rare, dans de semblables conditions, peut donc être :
soit une leçon traditionnelle, partout perdue, et conservée dans le seul groupe bénéventain; et nous avons vu que, sans conteste possible, il en est un bon nombre qui se trouvent dans ce cas;
soit une variante rare, propre au groupe bénéventain, et par conséquent, non traditionnelle; dans ce dernier cas, ce serait une erreur de vouloir, hypnotisé par la valeur des manuscrits bénéventains, l'adopter comme la leçon authentique.
Il pourra y avoir là, dans la pratique, quelques cas délicats à résoudre, et pour lesquels on devra user de beaucoup de discernement; mais il ne faudrait s'en exagérer ni le nombre ni l'importance : il s'agit uniquement de quelques variantes rares, et dont la présence ne saurait ébranler les conclusions d'un travail d'ensemble, dont il convient d'user, non d'abuser.
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Pour avoir une idée de ces différences de traduction, il suffira de comparer les leçons que donnent respectivement de la communion Poputus acquisitionis les deux manuscrits Graç} Univ. 8oj et Bénévent, VI. 34 qui figurent respectivement en tête des deux classements neumatique et diastématique (1) :
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Graz, Un. Soj
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Po- pu- lus acqui-si- ti- o- nis annunti- a- te vir-tu- tes e- jus al-le- lu- ia
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qui vos de te- ne- bris vo- ca- vit in admi-ra- bi- le lumen su- um aile- lu- ia.
Nous nous contenterons simplement de faire remarquer que, n'était la note liquescente ajoutée à la première virga de Yalleluia final — nuance tellement délicate qu'on peut à peine la qualifier de faute — la leçon bénéventaine traduit huit equaliter sangalliens sur huit; le manuscrit de Graz, on s'en souvient, n'en traduit que deux. De plus le manuscrit de Bénévent donne la traduction exacte de Y equaliter 6 {equaliter de groupe) dont le manuscrit de Graz donne certainement une version incorrecte.
Toutes ces raisons inclinent fortement en faveur des leçons bénéventaines dans les cas où elles s'opposent aux leçons allemandes; et l'on peut constater, en effet, que ce sont elles qui ont prévalu dans l'Edition Vaticane (2).
(1) Pour faciliter les comparaisons, nous transcrivons le témoignage de ces deux manuscrits en notation carrée ordinaire. Le codex Bénévent VI. 34. ne figure en fait que le second dans le classement diastématique. Si nous avons reproduit son témoignage de préférence à celui du codex VI. 35, c'est parce que ce dernier est très incomplet.
(2) Le reproche qu'on peut adresser à celle-ci, c'est d'avoir été vraiment trop timide dans la restitution des si — ou des mi — par exemple ici sur les deux premières syllabes de acquisitionis.
Quoi qu'il en soit de la valeur relative des différents rameaux de la tradition grégorienne du point de vue neumatique — problème trop vaste pour que nous ayons pu ici faire autre chose que l'effleurer — il est un fait désormais bien établi : la supériorité incontestable et l'autorité vraiment unique des manuscrits bénéventains au point de vue mélodique.
Au début du présent chapitre nous notions le caractère très spécial, on dirait volontiers étrange, de la tradition bénéventaine.
Nous avons montré qu'en analysant cette première impression, on était conduit à constater que, dans tous les domaines : paléographique et liturgique, séméiographique et mélodique, cette note caractéristique s'expliquait de la même manière, par l'archaïsme de cette tradition particulière et sa fidélité vraiment unique, sur certains points, à la plus pure tradition romaine et grégorienne; en sorte que, si la note qui apparaît spontanément comme caractéristique de la tradition bénéventaine, c'est Y originalité, il n'y a rien à retirer de ce jugement, à condition que l'on entende ce terme dans son sens le plus strictement étymologique (i).
(i) A toutes les notes incontestables d'archaïsme que nous avons relevées, on aurait pu en ajouter bien d'autres, et tout particulièrement dans le domaine liturgique. Il eût été intéressant, par exemple, de signaler le maintien, aux messes de quelques saints, de la leçon hagiographique qui, on le sait, remplaçait, dans certains cas, la lecture de l'épître. Dans le même ordre d'idées, il vaut la peine de mentionner également la conservation, à plusieurs messes du temporal, de la triple leçon prophétique, apostolique et évangélique. Ces leçons, on le sait, sont depuis longtemps réduites à deux, sauf dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Or on en trouve encore la trace, dans plusieurs manuscrits bénéventains, et jusqu'aux dimanches après la Pentecôte, où l'on voit la leçon prophétique suivie du graduel, et la leçon apostolique, de l'alleluia. L'archaïsme constitué par ces leçons prophétiques est même double, car les fragments qui nous en restent sont empruntés, non à la Vulgate, mais à une ancienne version latine, inconnue jusqu'ici. Nous avons reproduit (planches V à VII) quelques folios du codex Bénévait VI. jj qui présente cette particularité, et (planche IX) un fragment du même type, conservé à Lausanne. Mais ces faits, incontestablement archaïques, auraient pu être discutés, au moins en tant qu'archaïsmes romains : on sait que les mêmes particularités se sont pendant longtemps conservées dans les livres gallicans et wisigothiques, et qu'elles subsistent, aujourd'hui encore, dans les livres de la liturgie milanaise. Nous avons donc préféré ne pas les invoquer à l'appui de notre thèse; elles méritaient au moins une brève mention.