‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 74 sur 157 · SB J · texte numérisé non relu

SB J

Nemo te condemna-vit, mu-li- er? Nemo, Domi- ne. Nec e- go te condemna-

t^r-fJ-, p^

bo; jam ampli- us no-li pec- ca- re.

On notera la petite divergence sur la cadence millier) puis la variante, déjà plus importante, pour la seconde phrase Nemo, Domine; enfin surtout, la différence de mélodie

(1) Nous avons noté cette pièce comme elle l'est dans les manuscrits; il ne nous appartient pas de dire si, pratiquement, le/a supérieur n'était pas diézé.

(2) Nous disons : les manuscrits aquitains. L'expression demande à être précisée. S'il est très légitime, en effet, de classer les manuscrits de chant d'après les types de notation auxquels ils appartiennent, il faudrait bien se garder de généraliser cette classification, qui vaut seulement au point de vue paléographique, dans le sens le plus strict du terme. Elle ne s'étend nécessairement, ni aux types liturgiques, ni même aux types mélodiques auxquels ils se rattachent. C'est un fait, par exemple, que les manuscrits cartusiens, qui représentent pourtant une tradition liturgique et mélodique parfaitement homogènes ont été transcrits dans les systèmes de notation les plus divers, selon les régions où ils étaient copiés; on en trouve un bon nombre en notation aquitaine. Du point de vue où nous nous plaçons ici, ils ne se rattachent aucunement au groupe aquitain, représenté par tout une série de manuscrits originaires de l'Aquitaine proprement dite ou de l'Espagne, et dont les caractéristiques, tant liturgiques que mélodiques, sont très bien déterminées. Citons, par exemple, les Graduels de S. Yrieix (Paris, B. N. fat. çoj), d'Albi (Paris, B. N. /ai. 776), de Toulouse (Londres, B. M. Harl. 4Çji), de San Millan (Madrid, Bibliothèque de P Académie d'Histoire, 18 et 51). L'une des caractéristiques de ce groupe consiste précisément dans la série particulière des mélodies de nos communions évangéliques de Carême. Il se trouve, on le voit, que, pour la communion Nemo te condemnavit, la mélodie aquitaine est apparentée de très près à la mélodie bénéventaine, encore que l'une et l'autre conservent leurs particularités distinctives.

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plus considérable encore qui sépare les deux versions sur toute la seconde moitié de la pièce. Sans doute, même dans cette seconde partie, la ligne mélodique générale demeure la même : il est clair cependant que nous avons là deux variétés dérivant d'un original commun, à moins que l'une des deux ne représente l'original lui-même. Notre intention n'est pas ici d'élucider cette question, mais simplement de mettre en évidence à la fois l'originalité et l'homogénéité de la tradition bénéventaine sur ce point. Or ce caractère apparaît très net, soit qu'on se trouve en présence de mélodies assez voisines de celles données par d'autres types, comme c'est le cas pour les deux communions Qui biberit et Nemo te condemnavit ; soit qu'il s'agisse de mélodies spécifiquement bénéventaines, comme pour la communion Oportet te ou les deux communions qu'il nous reste maintenant à examiner.

4. La communion « Lutum fecit». — Voici la mélodie que donnent, pour cette pièce, les manuscrits bénéventains et eux seuls :

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Lu-tum fe- cit ex spu- to Domif * 1 P«« 1 ■ ■

nus,

et li- ni-vit oculos me-

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et abi-

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et la- vi, et vi- di, et credidi De- 0(1).

On aura remarqué que, contrairement à l'ensemble de la tradition, le Missale Antiquum VI. 33 de Bénévent assigne la communion Lutum fecit, non pas au Mercredi de la IVe semaine de Carême, mais bien au dimanche précédent (2). Il est suivi en cela par le Missel d'Oxford, comme on peut s'en assurer en remarquant l'évangile qu'il affecte à ce IVe Dimanche : celui de l'Aveugle-né. Une lacune importante, commençant précisément au cours de cet évangile, nous prive du témoignage d'une grande partie de ce manuscrit; il est du moins certain que la communion Lut um fecit ne pouvait qu'être affectée à la messe où se lisait la péricope de l'Aveugle-né, tout comme, au IIe Dimanche, la communion Qui biberit était affectée à la même messe que la péricope de la Samaritaine.

(1) Il faut toutefois signaler ici un manque d'accord entre les manuscrits bénéventains eux-mêmes, pour l'intonation de cette pièce. Tandis que notre codex, suivi par les manuscrits cassiniens, écrit la mélodie comme nous venons de le faire, le groupe des manuscrits bénéventains proprement dits lui préfère l'intonation :

ÉEE=

Lu-tum fe- cit . . .

Il est possible que cette dernière soit plus authentique, mais que, pour éviter le triton, on ait été amené à ja baisser d'un ton en commençant par un intervalle de tierce. Notons toutefois qu'on ne trouve jamais la forme :

Ef

Lu-tum fe- cit . . .

qui, sans aucun décalage, aurait rendu le triton moins sensible; ce qui laisse malgré tout une plus grande probabilité à la première forme que nous avons donnée.

(2) Nous avons reproduit à la fin du volume (planches I-IV) les feuillets correspondant à cette messe du IVe Dimanche de Carême.

s. La communion « Videns Dominus». — La remarque que nous venons de faire doit s'étendre, selon toute vraisemblance, au cas de la communion Videns Dominus. Ici encore, contrairement au témoignage de toute la tradition, le Missel de Bénévent l'assigne, non au Vendredi de la IVe semaine de Carême, mais au dimanche suivant, Dimanche de la Passion. Sans aucun doute il devait en être de même dans le Missel d'Oxford : la concordance des deux manuscrits pour les deux premiers dimanches laisse à penser que le parallélisme devait se poursuivre pour les dimanches suivants. Quoi qu'il en soit de cette divergence d'affectation, tous les manuscrits bénéventains donnent, pour la communion de Lazare, la mélodie suivante :

ni.

Vi-dens Domi- nus fientes so-ro- res Laza- ri ad monumen- tum, lacrimatus -I r 1— — . 1

est coram Judse-is, et clamabat : Laza- re veni fo- ras! Et pro- di- it, liga-tis manibus S—— rz '

yrir

fat

et pe- di- bus, qui fu-e-rat quatri-du-a-nus mor-tu- us.

Comme on le voit, on serait plutôt tenté d'assigner cette pièce au IVe mode, encore que notre codex indique le IIIe. Nous n'avons pas besoin d'insister sur sa beauté, due en majeure partie à sa pureté modale, avec ses récitations sur le mi et l'emploi exclusif du si naturel. Pour en faire saisir toute la perfection, nous ne pouvons mieux faire que d'en rapprocher, sans commentaire, la leçon qu'on trouve de la même pièce, dans un manuscrit provenant de Montiéramey et qui est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque du Grand Séminaire de Verdun (i) :

' frsa y

Vi-dens Domi- nus fientes soro- res Laza- ri ad monumen- tum, lacrima- tus

!Cfc

^fc

,-^FFfffo — Vr

est coram Jud?e- is, et clamabat : Laza- re, veni fo- ras! Et pro- di- it, liga-tis mani-

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bus et pe-di- bus, qui fu- e- rat quatridu-a- nus mortu- us.

En présence des faits qui viennent d'être exposés, on s'explique la double leçon mélodique sous laquelle plusieurs de nos communions figurent dans le codex Vat. lût. 10671.

(1) Nous ne savons pas comment cette leçon bénéventaine, isolée dans toute la tradition manuscrite, a pu parvenir jusqu'en Lorraine. La seule explication plausible est d'admettre qu'elle a été apportée à Montiéramey par l'intermédiaire d'un manuscrit cassinien. Du moins est-ce là la seule des cinq mélodies bénéventaines qui se soit introduite dans l'usage de Montiéramey.

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Outre son modèle bénéventain, notre scribe avait sous les yeux un manuscrit du type S, dont il a également recopié les mélodies, lorsqu'elles ne concordaient pas avec celle de son modèle. Il ne l'a d'ailleurs fait que pour deux d'entre elles : Qui biberit et Nemo te condemnavit; les deux dernières : Lut mu fecit et Videns Dominus, ne comportant que la seule mélodie bénéventaine.

La communion Oportet te figurait-elle aussi dans notre codex sous une double forme mélodique? Il est difficile de le dire, en raison de la lacune qui existe dans le manuscrit. On peut toutefois observer que le scribe a semblé donner tout d'abord la préférence au type S : c'est sous cette forme qu'est indiquée en premier lieu la communion Qui biberit ; ensuite, avec la communion Nemo te condemnavit, cette forme S passe au second plan, pour disparaître enfin. On peut donc considérer comme probable que la communion Oportet te, la première du groupe, figurait aussi dans notre codex sous deux formes différentes, et tout d'abord sous la forme S.

Il nous faut revenir maintenant sur une question que nous n'avons fait qu'indiquer en passant : l'affectation, anormale dans des manuscrits romains, des communions Qui biberit, Lutum fecit et Videns Dominus, aux IIe, IVe et Ve Dimanches de Carême. C'est à cette place, nous l'avons remarqué, que les indique le plus ancien de nos manuscrits : le Missate Atitiquum VI. 33 de Bénévent. Nous avons également noté l'accord entre le Missel d'Oxford et celui de Bénévent pour donner au IIe Dimanche, avec la communion Qui biberit, l'évangile de la Samaritaine; accord qui se maintient au IVe Dimanche, où il donne, lui aussi, l'évangile de I'Aveugle-né.

Au témoignage de ces deux manuscrits, il faut ajouter : d'abord celui du Graduel Bénévent VI. 38 qui, comme nous l'avons relevé, indique la communion Qui biberit, tant au IIe Dimanche qu'au Vendredi de la IIIe semaine; chacune des deux messes se voyant d'ailleurs affecter deux communions : indice d'une permutation à laquelle le scribe n'aura pas entièrement consenti, préférant laisser subsister côte-à-côte la leçon primitive et la correction postérieure. Une lacune importante nous prive du témoignage de ce manuscrit pour les deux autres dimanches qui nous intéressent; ensuite le témoignage indirect d'un fragment conservé à la Bibliothèque Vaticane, codex hit. 1064^, folio 6 verso. Ce fragment est le dernier de quatre feuillets provenant d'un missel plénier du XIe siècle en écriture bénéventaine type Bari. II contient une messe in Assumptione Sancti Helie dont les lectures sont indiquées simplement par un renvoi à des messes antérieures : Lcctio require rétro in Ebdomada de Samaritana in (cria III. Evangelium require in Quatuor Parabole, in feria secunda (1).

(1) Lokw, The Beneventan Script, pp. 152 et 365. Ces fragments ont été étudiés par D. Dold : Jahrbuck ////■ Liturgieivissenschaft, X (1930), pp. 40-55. — On trouvera à la fin du volume (planche VIII) la reproduction du feuillet qui nous intéresse ici.

L'expression de Samaritcma étonne quelque peu, dans un manuscrit romain comme celui d'où proviennent les fragments en question. A la lumière des documents que nous venons de présenter, elle se comprend pourtant très bien. En l'espèce, le Dimanche de Samaritana, c'est tout simplement le IIe Dimanche de Carême; et la semaine de Samaritana, toute la semaine qu'il commande. On a une preuve supplémentaire qu'il en est bien ainsi, en remarquant que la leçon du Mardi de cette semaine (III Reg., XVII, 8-16) rapporte précisément l'épisode de la visite d'Elie à la veuve de Sarepta; et que l'évangile du Lundi suivant, outre qu'il répond bien au titre in quatuor parabole, est précisément le passage de S. Luc (IV, 23-30) qui fait allusion à l'épisode rapporté par l'épître (1).

C'est donc un fait que, dans tout un groupe de manuscrits bénéventains, dont nous connaissons au moins quatre témoins, le IIe Dimanche de Carême, et, par extension, toute la semaine qu'il commande, méritait bien le nom de Samaritana) comme le IVe. le nom de Cœco; et le Ve, le nom de Laçaro. Si l'on observe, en outre, que la péricope affectée au IIIe Dimanche est l'évangile de Abraham, on pourra se croire en présence d'une organisation exactement calquée sur celle de la liturgie milanaise.

11 n'est pas douteux, pourtant, que les documents dont nous venons de parler soient essentiellement romains; en rien leur organisation ne les rapproche des livres ambrosiens. Après ce que nous avons dit des archaïsmes romains que l'on rencontre dans les manuscrits bénéventains, on peut se demander si l'on n'aurait pas là un nouvel exemple d'un usage authentiquement romain qui se serait conservé dans quelques seuls témoins de l'Italie du Sud.

Un fait tendrait à appuyer sérieusement cette explication : l'existence, dans le codex VI. }} de Bénévent, de toute une série de corrections marginales dont le seul but était de ramener, sur le point que nous étudions ici, le missel en question au type romain le plus universellement attesté. N'est-il pas comme évident que, dans un document corrigé, l'état premier est antérieur à l'état second? Matériellement, cela ne fait aucun doute; mais toute la question est de savoir si cet état premier ne représente pas lui-même une altération d'un état plus ancien que le correcteur aura eu souci de rétablir. Or il se trouve précisément — et la critique interne permet de le démontrer de la manière la plus irréfutable — que c'est là le cas du Missale Antiquum de Bénévent. Le type liturgique représenté par lui est certainement une altération du type romain traditionnel, attesté depuis les lectionnaires les plus anciens jusqu'au Missel de S. Pie V; il résulte d'un remaniement de ce type romain, qui a consisté à amener les évangiles que nous étudions ainsi que les pièces de chant correspondantes, aux dimanches que l'on sait: les

( 1 ) Parabola serait mieux traduit par le mot français parole. C'est avec cette acception qu'on trouve le terme employé dans un certain nombre de manuscrits anciens (VIIe-VIIIe). L'expression a même parfois une signification encore plus large. On la trouve appliquée à des passages qui ne comprennent, ni parabole proprement dite, ni aucune parole citée. Dans ce cas, parabola a tout simplement le sens de : section du texte évangélique. Cf., par exemple, le codex Rehdigeranus, Revue Bénédictine, XIX (1902), p. n; et le codex Forojuliensis, Revue Bénédictine, XXX (19 13), p. 213.

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corrections postérieures n'ayant d'autre but que de ramener au type traditionnel ce manuscrit qui s'en était écarté (i).

Mais pourquoi s'en était-il écarté? Sous quelle influence? L'identité de la série des péricopes dominicales avec la série milanaise invite à se demander si l'on ne serait pas en présence d'une modification opérée sous l'influence de la liturgie ambrosienne.

L'explication est tentante lorsqu'on sait que le rit ambrosien était en usage dans l'Italie Méridionale, ou tout au moins au Mont-Cassin, au début du XIe siècle. Nous le savons indirectement par un texte de Léon d'Ostie qui mentionne l'interdiction portée en 1058 par le pape Etienne IX contre l'usage du chant ambrosien au Mont-Cassin : * Ambrosianum cantum in ecclesia ista cantari penitus interdixit » (2). Si l'on faisait remarquer qu'il s'agit ici seulement du chant ambrosien, nous répondrions que ce chant est inséparable de la liturgie correspondante; et que nous possédons d'ailleurs au moins une preuve directe de la transcription au Mont-Cassin de livres ambrosiens, en écriture et notation bénéventaines : nous voulons parler d'un fragment qui sert actuellement de feuille de garde au martyrologe cassinien Vat. Ottob. lat. 3 (3).

Hâtons-nous d'ajouter que ce sont là les deux seuls témoignages que nous possédions sur l'usage du rit milanais dans l'Italie Méridionale. Encore concernent-ils tous deux le Mont-Cassin. Or il se trouve précisément que pas un des manuscrits dont nous parlons actuellement n'est cassinien; et que, parmi les témoins bénéventains auxquels nous avons fait allusion, pas un manuscrit cassinien ne présente l'anomalie que nous cherchons à expliquer.

Par ailleurs, nous n'ignorons pas non plus que le qualificatif & ambrosien se rencontre parfois dans les manuscrits bénéventains, pour désigner certaines pièces de chant. Nous aurons l'occasion de relever, dans la suite de ce travail, plusieurs exemples de cet emploi : Tract us ambrosianus, Responsorium ambrosianum. On saura aussitôt à quoi s'en tenir sur l'autorité de ces termes lorsqu'on aura remarqué qu'il n'existe rien de semblable, ni même d'approchant, dans les monuments authentiques de la liturgie milanaise.

En réalité — et ce sont là les conclusions de dom Andoyer, auquel revient le mérite d'avoir, le premier, attiré l'attention sur l'ancienne liturgie de Bénévent — nous sommes ici en présence d'un qualificatif au sens large, ou même plutôt d'une épithète négative : ambrosien étant, en l'espèce, synonyme de non-romain (4).

(1) On peut voir à la fin du volume (planches II V) toute cette messe du IVe Dimanche de Carême, avec l'évangile, la préface et la communion de Cceco; ainsi que la note marginale (planche II) qui renvoie à l'évangile du Mercredi.

(2) Léon d'Ostie, Chronicon monasterii Casinensis, II, 94, dans Montimenta Germania Historien : Scriptorum, VII, p. 693.

(3) Bannister, Monumenti Vaticani di Paleografia Musicale Latina, Lipsia 1913, p. 124, n. 354 et tav. 72. — Nous avons donné à la fin du volume (planches XXXII-XXXIII) la reproduction de ce feuillet.

(4) Dom Andoyer, L'ancienne liturgie de Bénévent, dans Revue du Chant Grégorien, 191 2-14 et 19 19-21.

Paléographie XIV. 30

L'anomalie présentée par nos péricopes évangéliques des Dimanches de Carême ne doit donc pas être envisagée d'une manière isolée, et indépendamment de ce que nous apprend par ailleurs le témoignage de la tradition manuscrite bénéventaine. Or celle-ci démontre l'existence d'une ancienne liturgie locale indépendante, aussi différente du romain que du milanais, et qui a laissé maintes traces dans les documents liturgiques, postérieurs à l'adoption de la liturgie romaine et du chant romain dans ces régions.

Tout porte donc à croire que l'affectation dominicale des évangiles que nous étudions est un reste de cette ancienne liturgie locale dont on n'aura pas voulu tout laisser perdre au moment de l'adoption du romain.

Notons d'ailleurs que l'emploi dominical des péricopes en question n'est pas un trait commun aux seules liturgies de Milan et de Bénévent : on constate le même usage, tant en Espagne qu'en Gaule, et dans plusieurs Eglises de l'Italie du Nord indépendantes de Milan. Comment expliquer un tel accord entre des systèmes liturgiques, si différents par ailleurs, sans y voir une origine romaine? Dans ce concert concordant, l'organisation grégorienne donne sa note particulière, franchement originale. Il ne semble donc pas présomptueux de conclure que tel était aussi l'usage romain antérieurement à S. Grégoire, puisque le lectionnaire de Wurzbourg, le plus ancien témoin de l'organisation grégorienne, présente déjà la disposition actuelle. Cet usage ancien aura été conservé dans les Eglises latines les plus diverses, et abandonné à Rome, vraisemblablement à l'époque de la réforme grégorienne. C'est donc, en définitive, à un archaïsme romain, mais singulièrement ancien, que nous reporterait ici le témoignage des manuscrits bénéventains, par l'intermédiaire de l'ancienne liturgie locale dont ils auront tenu à conserver cette note traditionnelle (i).

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