‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 75 sur 157 · C. — La Messe Dirige du II' Dimanche de Carême · texte numérisé non relu

C. — La Messe Dirige du II' Dimanche de Carême

Dans les livres romains anciens, on le sait, le IIe Dimanche du Carême était aliturgique : Dominica vacat; ou, plus exactement, la messe de ce dimanche se confondait avec la messe d'ordination de la veille qui, se prolongeant assez tard dans la nuit, durait assez pour atteindre l'aube. Point n'était besoin d'une seconde messe, indépendante, pour la liturgie dominicale : elle eût fait double emploi avec la précédente.

C'est seulement lorsque la fonction du samedi eut été à la fois avancée et raccourcie qu'il devint indispensable d'avoir un formulaire spécial pour la messe du dimanche. Mais, nous l'avons déjà noté, c'est l'une des caractéristiques de ces additions postérieures, de se présenter dans les manuscrits avec une grande variété. Alors même qu'elle répondait à un besoin identique, la messe en question devait, en effet, se trouver composée d'éléments divers, selon les Eglises qui prenaient l'initiative de combler cette lacune du livre officiel. En fait, les pièces de chant de cette messe — pour ne parler que d'elles — furent en général

(i) Nous n'avons fait que résumer ici un travail plus étendu sur Les Dimanches de Caième dans /es manuscrits romano-bénéventains, paru dans les Ephemerides Liturgicœ, XLVIII (1934), pp. 196-220.

LA TRADITION BENEVENTAINE.

empruntées à des messes voisines, le plus souvent à celle du Mercredi précédent : c'est cette messe Reminiscere qui est passée dans le Missel romain. Dans quelques Eglises toutefois, on ne recula pas devant la constitution d'un formulaire nouveau, dont certaines pièces, simples adaptations, ne sont que des centons construits sur des thèmes connus; mais dont quelques autres sont de vraies compositions, conçues parfois dans le style grégorien le plus pur. Les manuscrits bénéventains nous offrent, pour le IIe dimanche de Carême, un exemple particulièrement heureux de l'emploi de ce double procédé.

L'introït Dirige est d'une ligne mélodique fort belle :

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Di- ri- ge me, Do- mine, in ve- ri- ta-te tu-

et doce me; qui- a tu es

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De- us, Salu-ta-ris me- us, et te susti-nu- i to-

ta di- e. Ps. Ad te, Domine,

levavi animam me-am, De- us me- us in te confido non e-rubescam.

L'intonation rappelle celle de quelques introïts et communions du VIIe mode : /// virtntr, Probasti, Dicitc : Pusillamines ; ou bien celle de l'antienne Vidi aquam, qui est du VIIIe. Mais le compositeur ne s'est pas astreint à suivre servilement un modèle quelconque : la mélodie évolue d'une manière aussi aisée qu'originale, pour se terminer, sur tota die, par une formule inspirée de la cadence finale de l'introït Inclina qui s'achève, on le sait, par les mêmes mots.

On saisit bien ici la souplesse de la composition, où les réminiscences elles-mêmes sont traitées avec la plus grande liberté. La pièce commence comme certains VIIe ou VIIIe modes; elle se termine comme tel introït du Ier; elle n'en a pas moins son caractère propre, qui est celui d'un très beau IIe mode (i).

C'est, en effet, en IIe mode que l'écrivent la plupart des manuscrits. Mais un simple décalage de la finale suffit parfois, nous avons déjà eu l'occasion d'en donner ici même un exemple (introït Miserere mihi, page 210), pour créer entre les manuscrits une certaine divergence quant à l'affectation d'une même pièce à tel ou tel mode. C'est ainsi que plusieurs de nos manuscrits, descendant, sur le torculus de to-ta die, d'une tierce au lieu d'une seconde, écrivent en clé de do :

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