‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 81 sur 157 · ms. : ante · texte numérisé non relu

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R7. Collegerunt... (cum ff. et pros.J Ant. Occurrunt turbe...

Ant. Pueri Hebreorum tollentes...

Ant. Pueri Hebreorum vestimenta...

Ant. Cum Angelis & pueris...

Ant. Cum audisset populus...

Sequitur. Oratio. Domine Ihesu Christe qui introitum portarum Ierusalem...

Alia oratio. Tuere quesumus hune populum...

In ingressu civitatis. R7. Ingrediente...

Oratio ante regiam Ecclesie. Deus cujus Filius non rapinam...

In ingressu ecclesie cantatur Ant. Turba multa...

Item oratio in ingressu Ecclesie •!.'■ in choro. Ascendat oratio nostra...

A Bénévent comme au Mont-Cassin, la fonction commençait par la bénédiction de l'eau, suivie du chant de tierce (i). On se rendait ensuite processionnellement à l'église où devait avoir lieu la bénédiction des rameaux. La distribution terminée, la procession se reformait, pour revenir à l'église d'où l'on était parti et où devait se chanter la messe. La fonction, on le voit, avait donc un caractère stationnai; et même, pourrait-on dire, doublement stationnai, la première église servant, en somme, d'église de la collecte relativement à celle de la bénédiction ; et réciproquement l'église de la bénédiction vis-à-vis de la première, où l'on retournait chanter la messe (2).

Sur ce plan identique, les usages de Bénévent et du Mont-Cassin n'en différaient pas moins, et en particulier quant au choix des pièces de chant affectées à chacune des phases de la cérémonie.

C'est ainsi que, de part et d'autre, on trouve une antienne affectée à la première procession : à Bénévent, Turba magna; au Mont-Cassin, la grande antienne Cum audisset populus. Une seule antienne, cela peut paraître bien peu de chose, pour accompagner cette première procession! Mais, outre que cette désignation n'a pas nécessairement un caractère limitatif, il convient de remarquer que, au moins au Mont-Cassin, la procession en question n'avait pas les proportions qu'on serait tenté de lui attribuer lorsqu'on lit, dans les textes, qu'elle allait de l'église de S. Benoît à celle de S. Etienne ou de S. Martin (3). En réalité, ces deux dernières étaient voisines l'une de l'autre, toutes deux près de l'entrée de l'abbaye ; mais S. Martin à l'intérieur : sn intra monasterii ambitum » (4); S. Etienne à l'extérieur : « juxta portam monasterii deforis sita » (5); en sorte qu'il n'y avait, entre les deux oratoires et la basilique de S. Benoît que la distance qui séparait les deux extrémités

(1) Au Mont-Cassin, c'est pendant le chant de Tierce qu'avait lieu l'aspersion des moines.

(2) Ce caractère stationnai de la Procession des Rameaux se retrouve dans l'usage de plusieurs autres Eglises (Cf. les Ordines donnés par Martène, De Antiquis Ecdesiae Ritibus, t. III, col. 207 et suiv.). En ce qui concerne l'usage de Jérusalem, pour l'Eglise grecque, au Xe siècle, et pour l'Eglise latine, à l'époque des Croisades, on pourra voir J. B. Thibaut, Ordre des Offices de la Semaine Sainte a Jérusalem du IVe au Xe siècle, Paris 1906, p. 19.

(3) La discipline dont nous parlons actuellement est celle que l'on trouve dans les documents cassiniens notés (XIe-XIIe), les seuls dont nous nous occupions en principe. Toutefois il est intéressant de signaler un témoignage notablement plus ancien de la discipline cassinienne qui figure dans un manuscrit du début du Xe, le codex 175 du Mont-Cassin : « Item in palmas cantant tertiam in sancto Petro et residentibus secundum consuetudinem legitur lectio. Post haec incipiunt missam. Introitus. Sitienies vetiite ad aquas dicit Dominus. Lectio Isaie. Hec dicit Dominus. Dicite filiae Sion ecce. Graduale. Letatus sum. Evangelium. Cum appropinquaret Ihesus Bethfage ad montent. Deinde orationes ad benedictionem super palmas et aquam benedictam super palmas et super populum. Et tune incipiunt antiphonam. Turba multa. Osanna filio Dabid. Occurrunt turbae. Cum Angelis et pueris. et aliae antiphonae. higrediente Domino in sanctam civitatem. Et pergunt intrantque in sanctum Martinum. Et data ibidem oratione incipiunt laetanias et intrant sanctum Benedictum. Qua expleta cantant missam majorem ». Cf. Bibliotheca Casinensis, 1880, t. IV, p. 22 et D. Bruno Albers, Consuetudines monasticae, Mont-Cassin 1907, t. III, pp. 19-20.

(4) Chronica Casinensis, lib. III, n. 33, P. L. CLXXIII, col. 761 et n. 34, col. 764; ou Monumenta Gertnaniae Historica : Scriptorum, VII, pp. 725 et 727.

(5) Chronica Casinensis, lib. II, n. 32, P. L. CLXXIII. col. 619; ou Mon. Germ. Hist., op. cit., p. 648.

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 255

des bâtiments monastiques (i). En était-il de même à Bénévent? Nous remarquerons simplement que l'ordo correspondant prévoit la participation des fidèles à la procession, mention qui n'existe pas dans l'ordo du Mont-Cassin. Alors que les moines pouvaient fort bien avoir disposé les choses de manière que la fonction se déroulât tout entière dans la clôture, il est plus vraisemblable qu'à Bénévent, les deux processions devaient s'exécuter à travers la ville, allant réellement d'une église à une autre. Le codex Bénévent VI. 30 prévoit même que la bénédiction peut avoir lieu en dehors de la ville ; et, dans ce cas, c'est aux portes de la cité que l'on chante, au retour, le Gloria laus. Quant au Missel de Raguse, c'est d'une façon formelle qu'il suppose la bénédiction hors de la ville; il précise même qu'au retour, le répons Ingrediente doit être chanté, non pas au moment de la rentrée à l'église, mais in ingressu eivitatis.

En arrivant à l'église de la bénédiction, on commence les litanies. Cette prescription de l'ordo de Bénévent achève de donner à cette première partie de la fonction le caractère stationnai que nous signalions plus haut. La litanie introduit, en effet, d'une manière très traditionnelle, cette avant-messe qu'est la bénédiction des Rameaux. L'ordo du Mont- Cassin, au contraire, se rapprochant en cela de l'usage plus récent, marque le début de la fonction par le chant d'une antienne : Osanna Filio David, celle-là même que nous chantons encore aujourd'hui ; cette antienne joue le rôle d'introït. L'évolution que l'on peut ici constater entre l'ordo bénéventain et l'ordo cassinien est parallèle à celle qui s'est opérée, pour la messe elle-même, entre le type ancien, qui n'est plus représenté aujourd'hui que par le Samedi-Saint et la Vigile de la Pentecôte, et le type plus récent, auquel se rattachent toutes les autres messes du cycle, sans litanies, mais avec introït; nouvel indice à retenir en faveur de l'archaïsme de la tradition bénéventaine.

A la différence des usages de Bénévent et du Mont-Cassin, l'ordo de Lucques fait réciter tierce dans l'église même de la bénédiction. De la rubrique initiale : Pergentibus omnes ad ecclesiam ubi bcncdiccndc sunt palme, on ne saurait conclure d'une manière certaine qu'il y a eu une première réunion, suivie d'une procession organisée; elle s'entend tout aussi bien d'une réunion à laquelle chacun s'est rendu individuellement. Outre qu'aucune antienne n'est indiquée pour accompagner une première procession, le fait que l'heure de Tierce soit chantée dans l'église même de la bénédiction, semble bien indiquer que c'est là même que commençait la fonction du jour. Un dernier indice confirme cette hypothèse : aussitôt Tierce terminée, on commençait la litanie, chant qui, normalement dans la liturgie stationnale, devait être exécuté en procession, comme cela était indiqué dans l'ordo de Bénévent. Le chant des litanies dans l'église même de la bénédiction, après Tierce, prouve bien qu'aucune procession n'avait précédé, où elles eussent été à leur place normale. Détail curieux : les manuscrits de Bénévent et du Mont-Cassin introduisaient l'avant-messe de

(1) Primitivement, c'était l'oratoire de S. Martin qui était le plus important : il était vraiment le centre de la vie conventuelle au Mont-Cassin. Plus tard seulement, les préférences se portèrent sur la basilique de S. Benoît. Cf. Dom G. Morin, Pour la topographie ancienne du Mont-Cassin, dans Revue Bénédictine, XXV | n)o8), pp. 299 et 301.

la bénédiction, soit par les litanies, soit par une antienne-introït; celui de Lucques a surajouté les deux usages en faisant suivre la litanie de l'introït Sitientes (i).

L'oraison Dcus qucni diligere et la lecture du livre de l'Exode sont celles-là même qui figurent toujours au Missel. Cette dernière est suivie d'un répons qui, dans les deux manuscrits de Bénévent et de Lucques, est le répons bénéventain Antc scx dies Pascbœ, tandis que celui du Mont-Cassin, d'accord une fois de plus avec l'usage romain actuel, fait chanter le Collegerunt (2).

Le chant de l'Evangile Cum appropinquaret vient alors, rappelant l'épisode que la fonction du jour commémore. Il est suivi de la bénédiction proprement dite des Rameaux (3), composée de quelques oraisons, dont une, et parfois deux, sont chantées in modum prefationis. Après la distribution des rameaux bénits, la procession se forme de nouveau pour regagner l'église d'où la première était partie; elle est accompagnée d'un certain nombre de pièces de chant dont il nous faut maintenant dire quelques mots.

Parmi les pièces de chant qui sont affectées, dans nos manuscrits, à la bénédiction des rameaux et aux deux processions qui l'encadrent, il en est peu qui ne soient bien connues; presque toutes ont d'ailleurs été conservées dans le Missel romain. Nous nous bornerons ici à relever celles qui sont propres aux manuscrits bénéventains : les deux grandes antiennes Cum audissct popitlits et Via justorum ainsi que le répons Antc scx dies Pascbœ.

Dans la tradition bénéventaine, l'antienne Cum audissct popuius se présente sous une mélodie toute différente de celle pour laquelle témoigne l'ensemble de la tradition manuscrite (4).

Cum audis- set popu- lus qui- a Je- sus ve- nit Je-ro-so- li-

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ra- el. Hic est qui venturus erat in salu-tem popu- li. Ouantus est i- ste

(1) C'est aussi l'introït Sitie?ites qu'on chantait, au Mont-Cassin, au début du Xe. Cf. la note 3 de la page 254.

(2) Dans l'usage plus ancien du Mont-Cassin — début du Xe — ce répons était Lœtatus sum. Cf. la note 3 de la page 254.

(3) Contrairement à tous les autres témoins, le codex Bénévent VI, 30 place le chant de l'Evangile après la Bénédiction des Rameaux.

(4) C'est cette dernière, adoptée par l'Edition vaticane, que l'on trouvera en particulier dans tous les manuscrits anciens des diverses écoles publiés jusqu'ici par la Paléographie Musicale.

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