C. — Le Mercredi-Saint
De la messe du Mercredi-Saint, notre codex n'a conservé (page 52) que l'introït et le début du graduel Ne avertas, par suite de la disparition d'un feuillet double entre les feuillets actuellement numérotés 26 et 27 (pages 52 et 53), comme nous avons déjà eu l'occasion de le signaler plus haut, page 198. Il n'y a pourtant aucune difficulté à combler cette lacune, toute la tradition étant ici d'accord pour le maintien de la double leçon, primitive au même titre que celle du Lundi et du Mardi, mais qui. contrairement à ces dernières, a été conservée uniformément dans toute la tradition manuscrite, et jusque dans le Missel romain. La tradition bénéventaine se confond donc ici avec la tradition universelle.
D. — Le Jeudi-Saint.
S'il est aisé de remédier à cette lacune que nous signalions il y a un instant pour la messe du Mercredi-Saint, il n'en est plus de même pour la fonction si importante du Jeudi-Saint. Tout ce qui la concernait a disparu avec les deux feuillets arrachés, comme aussi la plus grande partie du premier trait du Vendredi-Saint, dont il ne subsiste que le dernier verset Opentit, au début de la page 53. Cette lacune est d'autant plus regrettable que la tradition relative au Jeudi-Saint présente, dans l'Italie Méridionale, certaines particularités qu'il nous faut donc dégager en nous appuyant sur les autres représentants du groupe.
Le témoignage comparé des divers manuscrits que nous avons pu étudier se trouve résumé dans le tableau ci-dessous.
Bénévent VI. 34.
Bénévent VI. 30.
Bénévent VI. 33.
Bénévent VI. 39.
Bénévent M. 40.
Bénévent VI. 35.
Mont-Cassin 546.
Rome, Vat.lat. 6082.
Rome,Vat.Barb.603.
Rome,Vat.Ottob.576.
Int. Dixit Hiesus
Int. Nos auteni *
Int. Nos auteni * Int. Dixit Hiesus
Int. Nos autem *
Int. Nos auteni :i
Int. Nos autem *
Int. Nos autem
Gr. Chrisitis
Gr. Christus
Gr. Christus
Gr. Christus
Gr. Christus
Gr. Christus
Tu. Qiiale volueris
Off. Dextera *
Off. Dextera *
Off. Dextera *
Off. Dextera :;
Off. Dextera *
Off. Dextera *
Com. Dnus Hiesus
Com. Dnus Hiesus
Com. Drus lesus
Com. Hoc corpus
Com. Hoc corpus
Com. Hoc corpus Com. Dnus lesus
Ing. Postquam Gr. Vadit propitiator Off. Popule meus * Com. Ouïs te *
Com. Hoc corpus ■' Com. Dnus lesus
Com. Hoc corpus *
L'astérisque affecte les pièces qui sont données seulement par leur incipit.
Cette confrontation montre aussitôt que cinq de nos manucrits — ceux qui figurent dans la dernière colonne — sont seuls d'accord entre eux et avec la tradition universelle; les cinq autres comportent séparément des particularités dont la plus caractéristique est la présence, dans le codex Bénévent VI. 40, d'une seconde messe, entièrement différente de la messe romaine.
Nous examinerons donc successivement : d'abord les particularités de la messe romaine — ou mieux : romano-bénéventaine — du Jeudi-Saint; ensuite, la messe bénéventaine proprement dite; et nous terminerons par l'étude des notes proprement bénéventaines de la cérémonie du Mandatum.
La Messe romano-bènèventainc .
Toute la tradition romaine affecte au Jeudi-Saint une messe dont les pièces de chant sont : l'introït Nos autem, du Mardi précédent; le graduel Christus, l'offertoire Dextera Domini (1) et la communion Dominus Jésus.
A Bénévent, on a pensé qu'une fonction de cette importance méritait de posséder un introït propre. Aussi a-t-on tenté de substituer à l'introït traditionnel un texte nouveau, que nous ont conservé seulement deux manuscrits : les Graduels VI. 39 et VI. 40 de Bénévent. Cette pièce propre n'a pourtant pas évincé purement et simplement l'introït Nos autem, dont l'incipit figure toujours, dans les deux manuscrits en question, soit avant, soit après la nouvelle venue. La leçon que nous en donnons ici est celle du Graduel VI. 39, les variantes du VI. 40 étant tout-à-fait minimes.
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Di-xit Jésus di-sci- pu-lis su-is : Omnes vos scanda- lum pa-ti-emini in me in
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ista 110- cte. Scri-ptum est e- nim : Per- cu-ti- am pasto-rem et dis- pergentur oves
gre- gis. Postquam autem resurrexe-
ro praecedam vos in Ga-li-
lai-
am : ibi me videb
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tis : ecce prœdi- xi vo- bis. Ps. Be-a-ti immacula-ti in vi- a, qui ambulant in le-
ge Domini.
(1) Un petit nombre de manuscrits, influencés par les analogies entre cette messe et celles de la Sainte- Croix, ont remplacé cet offertoire par le Protège, que nous avons conservé pour la fête de l'Exaltation. Une partie de la tradition aquitaine lui a préféré un offertoire propre : Exaudi Deus orationem meatn et clamor. Cf., par exemple, le Graduel de S. Yrieix, Paris, B.N., lat. çoj dans la Paléographie Musicale, t. XIII, pi. 129.
Nous avons employé il y a un instant l'épithète de messe, romano-bcncvcntainc. On voit en quel sens il faut l'entendre. Si l'introït Dixit Jésus est bien bénéventain, c'est seulement en ce sens qu'on ne le retrouve dans aucun manuscrit d'une autre école; il ne faudrait pas en conclure qu'il appartient à l'ancien répertoire bénéventain. Nous avons ici un introït de forme parfaitement romaine, avec psalmodie, ce qui le distingue déjà de Vingressa, bénéventaine qui, pas plus que la pièce correspondante de la liturgie milanaise, n'en comporte. De style, il est aussi purement grégorien; ce n'est d'ailleurs pas autre chose qu'une adaptation un peu étirée de l'introït Dum clamarem. Il ne faut donc voir là qu'une composition relativement tardive, faite à Bénévent, à l'époque où la liturgie romaine y avait déjà supplanté l'ancienne liturgie locale. Les manuscrits bénéventains du XIe, du XIIe et du XIIIe siècles nous ont ainsi conservé toute une série de pièces propres qui ne sont pas autre chose que des adaptations exécutées selon le procédé le plus traditionnel de la centonisation grégorienne.
Une certaine indécision se manifeste également dans le choix de la communion. Tandis que les cinq manuscrits de la dernière colonne ne connaissent que l'antienne traditionnelle Dominus Jcsus, le Missalc Antiquum lui a substitué la communion Hoc corpus, du Dimanche de la Passion. Quant aux quatre autres témoins, ils se sont contentés de superposer les deux usages, sans prendre parti (i).
On se rappelle que. dans le système romano-bénéventain tel que nous avons eu l'occasion de le décrire (pages 220-221 et 231-234), la communion Hoc corpus se trouvait évincée de sa place normale, la communion Vidais Dominus lui ayant été substituée par suite du maintien au Dimanche de la Passion de l'Evangile de la Résurrection de Lazare.
C'est une bonne inspiration d'avoir utilisé au Jeudi-Saint la communion ainsi évincée, dont le texte est si bien adapté à cette commémoraison solennelle de l'institution de
(1) On rencontre parfois un usage tout semblable dans quelques documents non-bénéventains. Jean Morin cite un manuscrit de Tolède où figurent à la suite, le Jeudi-Saint, les deux communions Dominus Jésus et Hoc corpus (Commentarius historicus de disciplina in administrathme Sacramenti Pœnitentiœ, Paris 165 1, Appendice, p. 65). Cette mention est citée par Thomasi (t. V, p. 80, note B). Le même Thomasi (t. V, p. 81) signale également le cedex Rome, Angelica 123 où la communion Hoc corpus figure, le Jeudi-Saint, comme antienne In fractione — Infra actionem est une mauvaise lecture — , l'antienne Dominus Jésus demeurant à sa place normale comme communion. Le même usage se retrouve dans le Missel de Westminster publié par la Henry Bradshaw Society (vol. I, 1891, col. 272). Il y est dit, en effet : « Antequam faciat sacerdos sanctam commixcionem, incipit : Hoc corpus... » Comme dans le manuscrit de X Angelica, c'est l'antienne Dominus Jésus qui sert ensuite de communion. Martène cite un manuscrit du Pontijical d'Egbert conservé à Evreux, et qui contient un usage très voisin. Nos deux communions y figurent côte-à-côte, mais toutes deux au titre d'antiennes de communion, chantées avec leur psaume : « Ut autem presbyteri inceperint communicare, incipit cantor communionem Hoc corpus quod pro vobis. Psal. Judica me, al. Dominus Jésus postquam. Psal. Beati immaculati » (MartÈNE, De Antiquis Ecclesiœ Ritibus, t. III, col 303 et 305). \J Ordinaire de Reims retient, lui aussi, les deux communions. Une fois chantée la communion Dominus Jésus, le pontife reçoit du diacre l'hostie consacrée enveloppée dans un linge, et, tourné vers le peuple, entonne à haute voix l'antienne Hoc corpus que le chœur continue (Martène, op. cit. col. 275; ou, dans la Bibliothèque Liturgique d'Ulysse Chevalier, t VII, 1900, p. 124).
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 271
l'Eucharistie; et l'on eût aimé la voir adopter aussi pour la messe du Saint-Sacrement dont deux pièces déjà avaient été empruntées au répertoire ancien.
On aura remarqué que, aux quatre pièces traditionnelles de cette messe du Jeudi- Saint, le Missalc Antiquum de Bénévent en ajoute une autre, le trait, dont il laisse d'ailleurs le choix ad libitum. La raison de cette singularité réside dans ce fait que le manuscrit en question indique ici deux lectures, comme aussi deux péricopes évangéliques. Voici, d'après son témoignage, le plan de la fonction :
Feria V in Cena Domine
(Int.) Nos autem gloriari.
Or. Deus a quo et Judas...
LECTIO Jone PROPHETE CUM CANTICO. In diebus illis. Factum est verbum Domini ad Jonam... et jumenta multa.
Gr. Christus...
Lectio Epistole beati PaUli Apostoli ad Corinthios. Fratres. Convenientibus... ut non cum hoc mundo damnemur.
Tr. Quale volueris.
Sequentia Sancti Evangelii secundum Johannem. In illo tempore. Dixit Ihesus discipulis suis : Ecce venit hora... et ego in ipsis.
Sequentia Sancti Evangelii secundum Johannem. In illo tempore. Ante diem festum Pasche... ita et vos faciatis.
SEC. Ipse tibi...
Communicantes... Hanc igitur... Qui pridie...
COM. Hoc corpus...
Or. Post Com. Refecti vitalibus alimentis...
On le voit, ce n'est pas autre chose, à la communion près, que la fonction romaine traditionnelle à laquelle on a ajouté une première leçon et un premier évangile. Le graduel servant de conclusion à la première leçon, il a fallu indiquer une seconde pièce de chant pour faire suite à l'Epître : c'est le trait, que l'on n'a pas autrement précisé.
La leçon ainsi ajoutée à la fonction du Jeudi-Saint comprend en réalité les quatre chapitres du livre de Jouas, ce qui fait déjà, pour une leçon, un texte assez considérable. Mais, de plus, elle présente ceci de particulier qu'elle n'était pas intégralement chantée sur le ton ordinaire des leçons. Au chapitre IIe du livre se trouve, en effet, rapportée la Prière du Prophète : * Et oravit Jouas ad Dominum Deum suum de ventre piscis et dixit : Clamavi... ». Toute cette partie a paru mériter un développement mélodique plus riche que le reste de la leçon.
Aussi bien, cette particularité n'est pas propre à cette leçon de Jonas. On la retrouve chaque fois qu'au cours d'une lecture se trouve ainsi amenée une Prière, ou, selon l'expression consacrée, un Cantique; d'où le titre Lectio cum cantico qu'on trouve habituellement dans les manuscrits pour les désigner. Le chantre commence sur le ton habituel des leçons. Au moment d'aborder le cantique, il est averti par une rubrique : muta sonum, ou : bic mutas sonum. ou : hic mufetur soiius in eautu. La Prière est alors généralement notée en
entier, ce qui n'était pas nécessaire pour le récitatif très simple de la leçon. Une fois le Cantique terminé, une autre rubrique précise le retour au ton normal : hic legatur in sono priori) ou : hic redi ad sonum priorem ; ou, plus simplement : hic mutas sonum.
Voici, dans le cas de notre leçon de Jonas, comment le tout était exécuté :
Lecti-o Jonae Prophetae cum cantico. In di- ebus illis factum est verbum Domini ad Jonam
fi-li-um Amathi dicens : Surge et vade in Niniven civi-tatem grandem et praedica in e-a,
qui- a ascendit ma-li-ti-a ejus coram me..
... De-um su-um
i y , t « rfe
de utero pi- scis et dixit : Clamavi de tribu-la ti-one rae-a ad Dominum et exaudivit me : de
tf^H
ventre infe-ri clamavi et exaudisti vo-cem me- am. Et projecisti me in profundum in corde
izzffrzr^:
ma- ris, et flumen circumde-dit me. Omnes gurgi-tes tu-i et fluctus tu-i super me transi- ei 1 1 1
runt. Et ego dixi : Abjéctus sum a conspectu ocu-lorum tu-o-rum; verumtamen rursus videbo
:■ — ft ■ • ■ *4-«— ■— fr— «— 1-*- — ■
templum sanctum tu- um. Circumdede-runt me aquae usque ad animam, abyssus vallavit me,
ï=jl=m=X&
pe-lagus co-operu-it caput me- um. Ad extrema monti-um descendi, terrœ vectes concluserunt
me in aeternum, et sublevabis de corrupti-one vitam me-am, Domine De- us me- us. Cum an-
ti — ri
„gusti-aretur in me anima
me-
a, Domini re-cordatus sum,
ut veni-at ad te ora-ti-o me-a, ad
■ ■-■■■ ■■ jTU ,
■a Çè^L
templum sanctum tu- um. Qui custodi-unt vani-ta-tes frustra mi-se-ricordi- am su-am de-re-lin g , lt . . 1
■—j-^r-i — ■ i ,i<— grA . .-
quunt. Ego autem in voce laudis immo-labo ti-bi, quaecumque vovi reddam pro salute me-a Domino.