‹ Paléographie musicale (volume 3)Chapitre 59 sur 119 · ÈS^S · texte numérisé non relu

ÈS^S

mise-rére nôbis

mi-se- ré- re né- bis

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

Agnus Dei

Agnus Dei

mi-se- rére nô-bis d6na nôbis pâ-cem

mise-rére nô-bis

ïs

mi-se- ré- re dona né-bis

nôpâ-

bis cem

3EÎ

mi- se- ré-re nô- bis

Toutefois, telle est la liberté de la cantilène grégorienne que, contrairement à la disposition rythmique que nous avons reconnue dans tous les exemples précédents, les longs mots pouvaient parfois recevoir, et cela très légitimement, des groupes sur les syllabes affectées de l'accent tonique ou secondaire.

Ainsi on trouvera :

ffc-nr

et non paeni-tébit é-um

-ft-JVJ*-

et non pas- ni- té- bit é- um

Le même faitpeut se présenter dans les dissyllabes paroxytons. Au lieu d'être traités rythmiquement

Véni spônsa Chrfsti

ils peuvent être renfermés dans l'espace d'une mesure, c'est-à-dire former un temps composé :

Liber usualis p. 665.

tf

fr ■ a

Véni spônsa Chrfsti

?î-iH-P=¥î

Vé- ni spôn-sa Chrf- sti

mais cette ordonnance n'est que passagère. Les mots en effet, ainsi bloqués dans les mesures ont perdu leur thésis, et comme il faut cependant parvenir à une fin, cette allure ne peut se poursuivre longtemps. Dans le chant grégorien, comme dans la poésie latine, les mots doivent autant que possible enjamber sur les mesures. La césure est nécessaire au mouvement rythmique grégorien, comme elle est nécessaire au vers latin qui, sans elle, n'offrirait qu'une suite de mots sans lien entre eux. De ceci nous traiterons plus en détail au chapitre suivant. Dans ce dernier exemple, les deux premiers mots

tp:

Véni spônsa

Vé- ni spôn-sa

manquent de thésis, de césure, il faut aller jusqu'au mot Cbristi pour en trouver une, et, avec elle, le repos :

Véni spônsa Chrfsti

Vé- ni sp6n-sa Chr/- sti

Il existe un autre argument en faveur de la brièveté de l'accent et de sa place au levé, à l'élan du rythme. Nous le devons à un procédé de composition exposé très au long dans le IVe volume de la Paléographie musicale, pp. 74-1 19. Il s'agit de l'insertion dans certaines cadences d'une note épenthétique accentuée.

Cette dissertation pourrait trouver place de nouveau ici en y ajoutant les conclusions que nous devons en tirer pour nos recherches actuelles.

Le fait est celui-ci : Une cadence mélodique a été adaptée dans le cours d'un morceau à un texte se terminant par un mot paroxyton (nocte), celle-ci par exemple :

a-fw

ar

vi- si-tâsti noéte

in

gj-w-É-

visitâsti

nô- été

Or un procédé de composition très goûté des anciens était de répéter les derniers groupes d'une cadence afin d'obtenir ainsi des rimes mélodiques analogues aux rimes littéraires de la poésie. «L'oreille grégorienne, disions-nous, familiarisée avec ces rimes qui reparaissent fréquemment à la chute des phrases et des périodes, les demande impérieusement dans leur intégrité avec la même exigence qu'elle réclame le retour d'une rime, la chute régulière d'un vers dans la poésie, ou d'un cursus dans la prose rythmique. Un temps de plus, un temps de moins, dans la poésie ou la musique, heurte l'oreille, et des finales altérées ou tronquées lui sont insupportables (p. 76). » « Nos anciens compositeurs connaissaient tout le prix de ces rimes; ils les respectaient avec un soin jaloux, et, lorsqu'il en était besoin, les préservaient contre les troubles que pouvaient amener les inégalités et les variations du texte (p. 77). »

Si donc ils veulent employer la cadence musicale ci-dessus (nbcte) et l'adapter à un texte se terminant par un proparoxyton (iniquitas) afin d'obtenir une rime mélodique, voici comment ils s'y prennent.

Ils veillent tout d'abord à conserver, sans y rien changer, la rime musicale, c'est-à-dire le groupe ternaire et la dernière note a ■ , et pour cela ils adaptent les deux dernières syllabes du mot proparoxyton :

in-i'qui-tas

in-fqui- tas

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

puis ils glissent l'accent sur une note survenante qu'ils placent entre les groupes 2 et 3. Ainsi restent sauvegardés et la rime musicale et l'accent. (Cf. Paléographie musicale, t. III, p. 24; t. IV, p. 74 et suiv.). Voici le résultat :

in me in- iqui-tas

in me în-

Jamais un tel procédé ne serait venu à l'idée d'un compositeur grégorien, s'il n'avait eu le sentiment de la légèreté, de la brièveté de l'accent et de son caractère d'élan.

En effet le temps composé ternaire, partie principale de la rime (a), ne peut être conservé que si l'accent est au levé. Placez-le à la thésis

in- fqui- tas

in- î-qui-

tas

Les quatre temps de iqui se divisent nécessairement deux par deux; le touchement se fait sur la note supérieure du torculus, le rythme est détruit et avec lui la rime musicale.

Le compositeur ne veut pas diviser le groupe ternaire ; son oreille le réclame au complet; et, mieux que cela, il le lui faut vocalisé sur une seule syllabe.

Il lui était bien facile de conserver le temps composé ternaire, il pouvait écrire :

in-iquitas

in-

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