‹ Paléographie musicale (volume 3)Chapitre 78 sur 119 · Apodose · texte numérisé non relu

Apodose

nt

Cantâ-te Domino

cân- ti-cum nô-vum :

laus

é-jus

ab extré- mis tér-rae.

^ms^^^^^

Cantâ-te Domino cân- ti-cum nô-vum : laus é-jus ab extré- mis tér-rae.

Pour cette antienne, nous préférons B, parce que le troisième membre n'est que la répétition du deuxième.

LA PERIODE

40 Certaines antiennes de quatre membres se divisent en deux parties rythmiques et mélodiques très distinctes, dont les mouvements montants et descendants sont des plus variés. Ces antiennes n'ont pas besoin d'accent général; les deux parties se tiennent par les liens de la répétition ou de l'imitation mélodiques et de la proportion rythmique.

En voici quelques exemples :

Protase

Apodose

Protase

Apodose

Dé- us mé- us es tu,

fe

'r*-f« 1* * r»f=rV»H*f^

et confité-bor ti- bi : Dé- us mé- us es tu

hé—*

Së£&£

et ex- altà-bo te.

Dé- us mé- us es tu,

et confi-té-bor ti- bi : Dé- us mé- us es tu,

et ex-altâbo te.

Protase

Apodose

Protase

Apodose

-fi

Dô-mi- nus in cré-lo,

Ft£~ — r* — h — r* — k — N~d — L~

al- le- lu- ia,

mâgnus et excél-sus,

al-le-

lû-

ia.

r-rp J J — J- — ^p — ^ — ^

-J—ïï

Do- mi- nus in ah- lo, al- le- lu- ia, mâgnus et excél-sus, al- le- lu- ia.

Protase

Apodose

Protase

Apodose

Déxte- ra Do- mini

fé-cit vir-tû- tem : déxte- ra Do- mi-ni

exalta- vit me.

tt-ij j#~*=

feSÏ

ttt

Déxté- ra Dô- mi-ni

fé-cit virtû- tem : déxte- ra D6- mi-ni

exalta- vit me.

Le lien des proportions numériques entre les membres.

11 nous reste à examiner un troisième lien dans la construction de la période oratoire et musicale; nous voulons parler de la proportion numérique (in numéro vocum) des membres entre eux.

Il ne suffit pas, en effet, de diviser une période en incises et en membres, il faut encore, pour charmer l'oreille, pour constituer la période dans son unité, que ces divisions soient proportionnées entre elles, et en rapports harmonieux avec la phrase entière.

Ce sont ces proportions harmonieuses et larges des membres que l'oreille saisit avec le plus de facilité, et qui se présentent à l'intelligence avec le plus de netteté.

M. Gevaert (Mélopée antique, p. 133) dit que « le chant latin des psaumes et des « antiennes possède pour unique élément de rythme la périodicité des repos de la voix, en « d'autres termes, une symétrie approximative dans la longueur des diverses sections de « la mélodie. »

Cela n'est pas exact, nous le savons déjà, puisque nous avons vu la proportion sous toutes ses formes, égale, double, triple, etc., pénétrer au centre des membres, des incises, des mots, pour les soumettre à ses lois. La vérité, c'est que la proportion juste, harmonieuse, entre les divers membres de la mélodie est la loi principale du nombre musical grégorien, comme elle la loi capitale du nombre oratoire, ce qui n'exclut nullement une harmonieuse proportion entre les parties plus petites à l'intérieur des membres, telles que notes, mesures. Le nombre oratoire cicéronien, avec toute sa liberté de composition, a pour base les pieds métriques. Le nombre grégorien, sans perdre sa liberté d'allure, peut bien s'appuyer sur les rythmes binaires et ternaires.

La proportion qui convient à la période grégorienne n'est point cette proportion artificielle de la versification métrique ou tonique, ou de la musique moderne, mais la proportion libre, naturelle si bien décrite par Cicéron pour le nombre oratoire, et par Guy pour le nombre musical.

« Ce nombre, dit Cicéron, repose sur une mesure déterminée, non par des règles fixes, mais par le sentiment intime dont l'oreille est l'organe. Celle-ci contient naturellement en elle-même la nature des sons: elle juge de ce qui est trop long ou trop court. Pour ne point tromper son attente, chaque division doit être contenue dans certaines limites. Se tenir en deçà ou aller au delà, c'est blesser l'oreille, en la frustrant du plaisir auquel elle a droit. » « (Mélodies grég. p. 179).

Tout cela s'applique exactement au nombre musical, ainsi qu'on peut le voir au chapitre XV du Micrologue de Guy. M. Gontier et Dom J. Pothier ont donné de ce chapitre un commentaire très attaqué, jamais réfuté. Nous y renvoyons en attendant que nous parlions ailleurs plus au long de ce chapitre.

Nous nous bornerons ici à résumer brièvement la doctrine de ces deux auteurs.

« Guy nous a déjà parlé des divisions du chant : syllabes musicales, neumes ou distinctions. Il fait remarquer que ces divisions, surtout les distinctions ou neumes, dont l'heureuse variété n'empêche pas la régularité, doivent, pour plaire au goût et à la raison,

(1) « Aures enim vel animus aurium nuncio naturalem quemdam in se continent omnium mensionem. Itaque et longiora et breviora indicat, et perfecta ac moderata semper exspectat : mutila sentit quaedam et quasi decurtata : quibus tamquam debito fraudetur, offenditur: productiora alia et quasi immoderatius excurrentia quae magis etiam aspernantur aures. » (Cic. Or. LUI.)

LA PÉRIODE. 289

avoir entre elles un rapport de similitude. Rationabilis discretio est si ita fit neumarum et distinctionum moderato, varietas ut tamen neuma neumis et distinctiones distinctionibus quadam semper similitudine sibi consonanter respondeant. » (Les Mél. Grég. p. 181.) En quoi consiste cette similitude?

Elle repose sur quatre sortes de relations :

1) celle du nombre des sons, )

v „ \ ordre quantitatif.

2) celle des pauses, )

3) celle des intervalles, )

. „ , \ ordre mélodique.

4) celle des cadences. )

Les deux premières relations appartiennent à l'ordre quantitatif, les deux dernières à l'ordre mélodique : nous avons parlé des pauses et de leur proportion; il s'agit ici du nombre des sons.

Avec Guy et ses commentateurs, il faut distinguer deux sortes de chants :

les chants quasi métriques (metrici, procurati). les chants quasi prosaïques (prosaici).

Chants quasi métriques. « Quand les divisions sont semblables (ou à peu près)... surtout sous le rapport de la longueur des membres et sous celui des pauses qui servent à les distinguer, on obtient des chants qui peuvent être appelés métriques par analogie. Metricos autem cantus dico, quia sœpe ita canimus ut quasi versus pedibus scandere videamur. Les membres ou les distinctions qui partagent le chant ne sont pas des vers, mais imitent les vers : quasi versus, nous ne les scandons point, il semble seulement que nous les scandions, scandere videamur. » (Mél. Grég., p. 186.)

Cantus procurati, dit de son côté Aribon, quos metricos dicere possumus, qui ne sont pas métriques, mais que nous pouvons comparer aux vers et appeler métriques, car dans ces chants on peut en quelque sorte mesurer les distinctions, quœ omnes pêne sunt commensurabiles.

Et dans ces chants quasi métriques, il donne comme exemple un Répons : Ecce nunc tempus, et une antienne. Voici cette dernière avec ses trois membres à peu près égaux.

Syllabes Notes Temps '|~~ 20 22

Non vos re-h'nquam ôrphanos, alle-lu-ia. 12

P — i i ■ a 8 fte

Vado, et véni-am ad vos,

alle-lû-ia

et gaudé-bit cor véstrum, alle-lù- ia. 1 1

Paléographie VII. » 37

Et pour bien montrer qu'il y a analogie seulement, ou similitude, et que la proportion entre les membres appartient au genre rythmique libre, Aribon emprunte une comparaison au nombre oratoire : « Cette proportion, dit-il, est dans le chant ce qu'est dans le discours la figure nommée compar chez les rhéteurs, qui consiste en ce que les membres ont un nombre à peu près égal de syllabes. Talis consideratio similis est rhetorico colori qui compar1 dicitur, quœ constat fer e ex pari numéro syllabarum». (G. Script. II, p. 227.)

Le texte liturgique se prêtait souvent à cette harmonieuse symétrie. Gontier (Méthode, p. 108) fait remarquer avec raison que l'on modifiait les textes des Livres Saints pour leur donner cette proportion métrique. Cette intention est évidente dans un grand nombre d'antiennes. Cet auteur en cite quelques exemples :

I. Sacérdos et pôntifex et virtiitum cpifex, Pastor bone in populo, ora pro nobis Dôminum.

II. Ego sum pastor bonus qui pasco oves meas, et pro ôvibus meis pono ânimam meam.

III. O Crux benedicta, quse sola fuisti digna, portâre regem cselorum, et Dôminum, alléluia.

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