‹ Paléographie musicale (volume 4)Chapitre 10 sur 58 · Fos 9 sq · texte numérisé non relu

Fos 9 sq

2. Il va de soi qu'une même personne pouvait, une fois achevé son travail de scribe, prendre la plume du rubricateur, puis le pinceau du miniaturiste. Quand nous parlons du scribe, du rubricateur, du décorateur, nous entendons seulement distinguer les fonctions.

mélodie sur un symbole qui n'omet pas moins de 3 syllabes? Le notateur a dû se trouver fort embarrassé, et c'est sans doute ce qui explique que, notant les versets d'alleluia, il s'est abstenu de noter la mélodie du mot Alléluia qui précède le verset.

En second lieu, le scribe n'a pas laissé entre les mots ou entre les syllabes les espaces nécessaires pour placer les longs mélismes l. Le notateur a dû caser les neumes tant bien que mal, en les faisant parfois serpenter dans les marges, répétant même en marge tel mot dont les longs mélismes ne pouvaient trouver place entre les lignes du texte.

Ces deux catégories d'indices parlent clair: le scribe, à l'origine, n'a pas prévu que des neumes viendraient se superposer à son texte. Il transcrit le Graduel et l'Antiphonaire comme des livres non notés.

Le Graduel suit le même ordre que les plus anciens manuscrits. Les fêtes de saints n'y sont pas, comme dans notre Graduel moderne, groupées à la fin du livre en un sanctoral unique et complet; elles sont au contraire réparties parmi les messes du temps. La façon de mélanger le sanctoral au temporal a varié beaucoup, surtout dans les manuscrits d'ancienneté moyenne. Notre Graduel est conforme au type qui se retrouve dans tous les Graduels les plus anciens. Après le Graduel proprement dit, la première main a encore écrit les antiennes de procession, une liste d'alléluias disposés dans l'ordre des psaumes d'où sont tirés les versets, et les litanies. Dans l'espace qui restait, à la dernière page du cahier, une seconde main a ajouté divers alléluias.

Dans l'Antiphonaire, les fêtes de saints sont intercalées entre les fêtes du temps, comme dans le Graduel. Le livre se termine par la série des répons brefs pour les petites heures de l'année, ajoutée après coup, semble-t-il.

L'écriture montre que sans aucun doute le Graduel et l'Antiphonaire ont été transcrits dans le même scriptorium et à la même époque. Il semble, bien que ce ne soit pas absolument évident, que les deux parties du manuscrit soient dues à la même main. Pour simplifier notre exposé, nous négligerons la part de doute qui subsiste sur ce point. Le premier scribe est pour nous celui qui a transcrit de première main le Graduel et l'Antiphonaire, et que nous traitons comme un personnage unique.

Il écrit à longues lignes et pratique une minuscule Caroline petite, fine, souple. Son écriture est assez régulière dans son aspect général, bien qu'une certaine hésitation se remarque dans les jambages; elle n'est pas aussi belle ni aussi lisible que la Caroline de la bonne époque; pourtant le scribe se sert encore, semble-t-il, d'une plume à bec symétrique; il a coutume de faire les boucles et les arrondis en deux ou trois coups de plume. Les hastes sont hautes et droites; souvent un peu épaissies à leur partie supérieure, elles sont parfois attaquées par un poser de plume à angle aigu. On notera la présence, assez rare, il est vrai, de l'N capital en fonction de minuscule dans le cours du texte 2. Les ligatures sont rares, à l'exception du groupe st qui est fréquent, et dont la boucle, toujours haute, s'amplifie parfois de façon démesurée 3.

1. Au f° 48v, quelques mots ont été coupés en vue du mélisme (par ex. Afferenjtur). Mais ces pièces ne sont pas de première main. Dans l'addition marginale du f° 128, les mots sont coupés et espacés. Dans un manuscrit de Leipzig, Uni. 169 (début du Xe s.) (liste alléluiatique et neumes français), les mots sont sectionnés de la même manière. Fac-similé dans J. Wolf, Handbuch der Notationskunde (191 2), p. 123; Paléographie Musicale, t. XIII, p. 113, fig. 17.

2. Cette écriture fait songer aux additions apportées par les chantres dans certains manuscrits du Xe siècle. Cf. par ex. Vaticanus 646, f° 43v (Auxerre) dans Bannister, Tav. 11, n° 112. Elle rappelle aussi les codicilles placés à la fin de certains actes privés. Cf. Zurich, Staatsarchiv. Propstei, n° 1, Scriptoria Aledii aevi Helvetica, t. IV. — F. Lot et Ph. Lauer, Diplomata Karolinorum (Paris, Didier, 1936). Les scribes des chancelleries médiévales ont parfois exécuté des travaux de copie en dehors de leurs occupations professionnelles. Cf. Lesne, Histoire de la propriété ecclésiastique, t. IV, Scriptoria, ch. 6. On peut se demander si notre manuscrit n'est pas dû lui aussi à la plume d'un scribe de chancellerie.

3. La ligature rt n'apparaît que dans les additions, par ex. f° 48v.

Les abréviations ne manquent pas; mais ce ne sont que des abréviations usuelles à l'époque de la transcription; sous ce rapport notre manuscrit ne présente aucun caractère particulier.

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