‹ Paléographie musicale (volume 4)Chapitre 34 sur 58 · B. LE GRADUEL · texte numérisé non relu

B. LE GRADUEL

a) Le texte musical.

Tout en reproduisant substantiellement les mêmes mélodies, les manuscrits présentent entre eux des différences ou des variantes musicales, qui permettent de les classer en familles. On peut se demander quelle place occupe à ce point de vue notre manuscrit parmi les autres manuscrits français, ou en d'autres termes, quels sont les manuscrits qui lui ressemblent le plus.

Nous ne pouvons nous prononcer pour le moment sur l'Antiphonaire. Quant au Graduel, nous sommes en mesure de faire des constatations précises. En comparant sur une série de 100 variantes le manuscrit du Mont-Renaud aux autres manuscrits du Graduel dans toute l'Europe, nous constatons que son plus proche parent est celui de Corbie, auquel il est même presque identique sur les variantes considérées. Il est nettement moins proche des manuscrits de Saint- Denys et de Saint-Vaast ; ses relations avec Noyon sont relativement lointaines 2.

b) Les communions évangéliques de Carême.

La plupart des communions, dans le temps du Carême, sont tirées d'un psaume, en série continue. Quelques-unes cependant empruntent leur texte à l'évangile du jour. Or il se trouve que celles-ci précisément ne se chantent pas partout sur les mêmes mélodies : les traditions locales se divisent. Les mélodies que notre Graduel attribue à ces cinq communions évangéliques se retrouvent dans les manuscrits d'une région bien déterminée : Paris (Saint-Maur-des-Fossés et Saint-Denys), Beauvais, Corbie, Arras, Noyon 3.

c) Les tons psalmodiques des introïts et communions.

Quelques manuscrits anciens du Graduel, notés ou non, indiquent par des lettres conventionnelles 4 le ton de la psalmodie à l'introït et à la communion. Il existe en outre des recueils — les « tonaires » — - qui donnent exclusivement la liste des tons. Comme ces manuscrits ne sont pas toujours d'accord sur le choix du ton psalmodique, il est tout naturel de chercher s'il en est qui ressemblent davantage à notre Graduel.

Malheureusement les tonaires sont rares, peu nombreux également les Graduels anciens qui indiquent les tons. Nous ne pouvons, faute de témoins, comparer les tons psalmodiques de

1. Voir un fac-similé de cette notation dans Paléographie Musicale, t. III, pi. 191, et Dom Sunol,

Introduction à la paléographie musicale (1935), p. 239, pi. 54.

2. Voici à titre documentaire, le nombre de différences, exprimé en pourcentage, entre le manuscrit du Mont-Renaud et ses plus proches parents : Corbie = 1; Worcester = 4; Saint-Denys = 9; Saint-Denys = 11; Saint-Vaast = 13; Saint-Denys = 14. Il semble que Worcester ne figure dans cette liste qu'en raison de ses relations avec Saint-Denys et Corbie, sans qu'il y ait lieu de le supposer en relations avec le manuscrit du Mont-Renaud.

3. Les cinq communions évangéliques dont il s'agit sont les suivantes : Oportet te (sabb. post dom. II), Qui biberit (fer. VI p. dom. III), Mémo te condemnavit (sabb. p. dom. III), Lutumfecit (fer. IV p. dom. IV), Videns Dominus (fer. VI p. dom. IV).

Pour ces cinq pièces, la mélodie donnée par notre Graduel se retrouve dans les manuscrits que voici :

a) notés en neumes français : Paris, B.N. lat. 12584 (Saint-Maur-des-Fossés); 18007 (Beauvais); 18010 (Corbie); Mazarine 384 (Saint-Denys); Cambrai 75 (Saint-Vaast). Ce dernier manuscrit a cependant une mélodie différente pour la Communion Lutum Jecit.

b) notés en neumes messins : Laon 239, et Londres, Brit. Mus. Egerton 857 (Noyon).

4. On les trouvera par exemple publiées par Dom Hesbert, Antiphonale Missarum Sextuplex. Bruxelles, Vromant, 1935.

notre Graduel à ceux de plusieurs villes qui nous intéressent particulièrement, comme Reims et Noyon. Les manuscrits dont nous disposons nous permettent du moins de constater que, sous le rapport des tons psalmodiques, le Graduel du Mont-Renaud est identique à celui de Corbie sur les 28 cas où la tradition manuscrite se divise, alors qu'il se sépare de tous les autres par au moins 12 différences. Le manuscrit de Saint-Denys, qui ne témoigne pourtant que sur 9 cas, s'écarte 4 fois de notre Graduel, ce qui est relativement énorme 1.

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