XIV-XV
Sal 9
Vorau 21
Sal 10
Vorau 332
Sec 1
Vienne, Osterr. Nationalbibl. 13314
Sec 2
Graz, Universitâtsbibliothek 769
Sec 4
Graz, Universitâtsbibliothek 761
Sec 6
Graz, Universitâtsbibliothek 479
Set
Seitenstetten XIV
Sto
Leipzig, Hiersemann Kat. 392, No. 157
Sty
Vorau 303
Tro
Trente, Buon Consiglio 142
Zig
Leipzig, Univ., St-Thomas 391
XIII ex.
Sans sigles :
Admont 786 (fragment) XII ex.
Missel de Passau imprimé en 1494
Mentionnons encore un Graduel où les dimanches après la Pentecôte font défaut par suite d'une lacune, mais dont nous aurons à faire état par la suite : Graz, Universitâtsbibliothek 444 XII
Il s'agit maintenant de savoir quelle est la provenance de ces quelque 40 Graduels, et s'ils ont leur origine dans un monastère de Chanoines Réguliers de S. Augustin (Chan. Reg.) ou dans un monastère de Bénédictins (OSB).
Ce n'est pas ici le lieu de consacrer une étude approfondie à ces délicats problèmes. La difficulté vient parfois de ce que les localisations basées sur des critères paléographiques ne s'accordent pas avec le contenu liturgique des mss considérés. Il conviendrait alors de distinguer la «provenance paléographique» et la «localisation liturgique», celle-ci pouvant interférer de façon très embarrassante avec le «lieu de destination». De plus, il arrive que tel ou tel ms soit donné à un monastère, et c'est ainsi en particulier que, parmi les Graduels de Seckau et de Vorau, plusieurs contiennent, jointe à Vex libris, la mention d'un tel cadeau avec le nom du donateur. Selon Plus Fank (p. 32-33), les expressions telles que dédit, contuUt, etc., ne veulent pas nécessairement dire que le ms a été fait ailleurs, et peuvent s'interpréter au sens de «faire les frais de» ; il faut interpréter ces expressions dans chaque cas particulier.
Nous adopterons l'opinion des érudits les plus qualifiés, signalant à l'occasion les particularités qui semblent mériter d'être mentionnées, et restant dans le doute dans les nombreux cas où rien ne permet de se prononcer. Le lecteur voudra bien prendre garde que les solutions auxquelles nous nous arrêtons, et notamment celles que nous avons trouvées dans Les Sources ou dans les apparats des Analecta Hymnica, doivent être considérées comme éventuellement sujettes à révision.
1°) Graduels dont la provenance parait certaine: a) Diocèse de Passau:
PASSAU. St-Nicolas, Chan. Rég. vers 1071 par l'évêque Altmann de Passau :
Pas 5"; le Graduel de Passau imprimé en 1494. SAINT-FLORIAN. Chan. Rég. vers 1071, colonisé par St-Nicolas de Passau :
Flol,2, 3,4, 5, 6,7et9.
KLOSTERNEUBURG. Chan. sécuhers, puis Chan. Rég. en 1133 par Léopold III; premier Prévôt des Chan. Rég. : Hartmann (le futur évêque de Brixen) formé à St-Nicolas de Passau :
Klo2et3 8.
GARSTEN. Chan. séculiers vers 1100, puis OSB en 1107:
Gar 1 et 2.
SEITENSTETTEN. Chan. Rég. vers 1100; OSB en 1112 et colonisé par Gôttweig (GOTTWEIG, Chan.
' Pas 5 est donné comme originaire de Passau par Blume, A. H., t. 44 (1904), p. 62, sans préciser s'il s'agit de St-Nicolas ; en fait, il provient peut-être de la Cathédrale, ainsi que le Graduel imprimé en 1494, à moins que les chanoines de St-Nicolas n'aient adopté, lors de leur fondation, la série alléluialique en usage à la Cathédrale. Les Sources donnent également Passau (sans précision) comme lieu de provenance de Pas 5, sans doute à la suite de Blume. On aurait presque le droit de considérer ce ms comme d'origine incertaine, ou du moins il n'est pas sûr qu'il représente l'usage des Chanoines Réguliers.
*• KIo 2 (notation en neumes purs) et KIo 3 (notation sur portée) sont considérés comme pratiquement contemporains par Les Sources, qui les datent l'un et l'autre du XlII-XIVt s. Cependant, d'après le contenu, KIo 3 paraît un peu plus récent que KIo 2; la date qui lui est assignée varie du reste selon les auteurs: XIV'' in., Blume et Bannister, A. H., t. 53 (1911), p. 395 ; XlVe in. également, Bannister, Anglo-French Se^«£'/a<;' (1934), p. 121 ; «12./13. Jh.», probablement par distraction, Margareta Melnicki, MGG, t. 5 (1956), col. 399-400; enfin XIV'- s. purement et simplement, Eva Badura-Skoda, MGG, t. 7 (1958), col. 1245 ; nous adoptons cette dernière datation.
Rég., dioc. de Passau, fondé par Altmann év. de Passau ; puis OSB en 1094, premier Abbé : Hartmann, autrefois Prévôt de St-Nicolas de Passau) : Set.
b) Diocèse de Salzburg :
SALZBURG. St-Rupert, Chapitre de la Cathédrale ; Chan. Rég. en 1122 par Conrad I archev. de Salzburg ; premier Doyen : Hartmann (le futur év. de Brixen) :
Sal4; Jac».
SECKAU. Chan. Rég. fondé en 1140 à Feistriz, transporté à Seckau en 1142, colonisé par le Chapitre de la Cathédrale de Salzburg :
Sal 9 (Plus Fank, p. 34, note 27) ; Sec 2 et 9 (D"^ Maria Mairold, lettre du 27. 4. 1973).
Sty (donné à Seckau, mais écrit dans ce monastère : Pius Fank, p. 34, note 27) '".
Mentionnons aussi, bien que les dimanches après la Pentecôte fassent défaut : Ail 22 = Graz 444, certainement originaire de Seckau {D' Maria Mairold, lettre du 27. 4. 1973). VORAU. Chan. Rég. fondé en 1163, en partie colonisé par Seckau, qui lui a fourni des mss :
Sal 10 (donné à Vorau d'après Vex libris). ST-LAMBRECHT. OSB, fondé avant 1096 :
Lab.
c) Allemagne du Nord :
LEIPZIG, St-Thomas, Chan. Rég. fondé en 1212 : Zig.
° En admettant que Sal 4 et Jac appartiennent à l'Ordre de S. Augustin, il est difficile de dire si le monastère dont il s'agit est St-Rupert (Chanoines), ou le Domfrauen, monastère de Chanoinesses jumeau de St-Rupert. La raison pour laquelle ces deux mss sont probablement Augustins est que la série alléluiatique est différente dans les Graduels OSB provenant de Salzburg, savoir : Sal 6 = Vienne, Nationalbibl. Ser. nova 2700, XI-XII ou plutôt XII in. et même milieu du XII»; (Roth), de St-Pierre ; Sal 5 = Salzburg, St-Pierre a. IX. 11, milieu du XII^ s., de Ste-Erentrude (de Nonnberg) d'après Les Sources, «Sci. Pétri Salisburgen. (Monial.)» d'après Dreves, A. H., t. 50 (1907), p. 31, c'est-à-dire Petersfrauen, monastère jumeau de St-Pierre qui est celui des moines. Précisons que Sal 6 et Sal 5 ont la même série alléluiatique.
Une autre série alléluiatique se trouve dans Sal 8 = Venise, Marciana lat. III. C. XXIV, du XI"^ s., censé écrit à Salzburg, et une autre encore dans Sal 3 = Munich 15730, du XIV s., dont l'origine exacte est inconnue. Tout porte à croire que ni l'un ni l'autre de ces deux mss ne provient de Salzburg.
'» D'après l'ex libris, Sty a été donné à Vorau par Albero de Tunchenstein (Dunkelstein, près Gloggnitz, dans le diocèse de Passau, tout près de Vorau). Selon Pius Fank (lettre du 6. 4. 1973), Albero a fait écrire et enluminer le ms par Bernhard à Seckau, et plus tard l'a offert en cadeau au monastère de Vorau. Cependant le Sanctoral ne correspond pas bien à Seckau, et suggère plutôt un monastère OSB.
2") Graduels dont la provenance est incertaine ou inconnue :
Adm. 3 : n'est pas de St-Blaise d'Admont (OSB), car il ne contient aucune fête de S. Benoît, non plus que celle de S. Biaise ; les Graduels d'Admont ont une série alléluiatique différente : Vienne, Osterr. Nat. bibl. 1909 (XII-XIII) et Admont 229 A (XIII 3/4).
Ail 5 : à l'usage de St-Polten (dioc. de Passau) d'après Vex libris. La présence d'une vigile pour la fête de S. Michel dans le Graduel et de 3 Séquences à S. Michel dans le Séquentiaire donnent à penser que le ms provient d'un monastère qui a l'Archange pour patron, mais on ne sait lequel.
AU 11 : «Le Calendrier serait celui de Lebus (Allemagne du Nord), selon Eisler [Die illuminierten Handschrijten in Kcirnien, Leipzig, 1907, p. 109]. Le manuscrit a été ensuite à l'usage d'une église d'Autriche» {Les Sources, p. 134). Provenance inconnue.
AU 19: «Graduel autrichien (de la région de Salzburg?)» {Les Sources, p. 152).
Flo 8 : bien que le Calendrier et le Séquentaire soient ceux de St-Florian, le Graduel ne paraît pas originaire de ce monastère : la série alléluiatique de 1^"^ main, redondante et peu claire, a été rendue compatible avec celle de St-Florian (de Graz 807, etc.) grâce à des corrections de 2<^ main.
Ked: Quedlinburg (.Allemagne du Nord), mais impossible de savoir de quelle église il s'agit parmi toutes celles de la ville.
Mek 2 : probablement pas de Meik (OSB, dioc. de Passau) ; le seul Saint significatif dans le Graduel (sans Calendrier) est S. Rupert, qui suggère le diocèse de Salzburg.
Mog 3 : aucune donnée ne permet de localiser ce ms ; la notation en neumes allemands apparentés aux neumes sangalliens est compatible avec l'Autriche.
Pas 1 : dans le Graduel (sans calendrier) le seul Saint significatif est S. Lambert, qui suggérerait St- Lambrecht (OSB), mais cet indice est bien faible.
Pas 3 : d'après Les Sources (p. 60), «Le manuscrit semble originaire de Passau» ; mais cette suggestion n'est pas à retenir. Le ms est composite : le Graduel paraît originaire de St-Florian d'après sa notation et les variantes neumatiques ; le Séquentiaire est celui du même monastère, car la grande lettrine S initiale de la Séquence à S. Florian a été découpée par un vandale, signe qu'il s'agissait d'une enluminure exceptionnellement belle; le Sacramentaire est celui de Waldhausen (Chan. Rég. fondé avant 1147, dioc. de Passau), car beato lohanne figure à l'embolisme du Pater, or S. Jean l'Evangéliste est le patron de l'église de Waldhausen, monastère où le ms a été en usage d'après un ex libris.
Pre 3 : a appartenu aux Prémontrés de Scheftlarn mais ne provient pas de ce monastère ; Blume et Bannister, A. H., t. 53 (1911), p. 312, proposent : (Scheftlariense (? Michaelburanum)» ; en fait, provenance inconnue.
Pre 4 : «Allemagne du Sud» {Les Sources, p. 82).
Sec 1: un monastère de Chan. Rég. en Autriche ; voir plus haut, p. 22* et note 5, et plus bas, p. 39* et note 15 ; jusqu'à plus ample informé, la provenance est incertaine.
Sec 4 : donné à Seckau, n'en provient pas (D"^ Maria Mairold, lettre du 27. 4. 1973).
Sto : aucun indice n'indique que ce Graduel provienne de Stockerau (localisation adoptée par Les Sources, p. 58), ni même qu'il ait été en usage dans cette ville (proche de Klosterneuburg).
Tro : «Le ms paraît originaire du Tyrol d'après son Sanctoral» {Les Sources, p. 143).
Comme on le voit, la série des Alléluia des dimanches après la Pentecôte ne fournit que des indications très vagues ; tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elle suggère un monastère de Chanoines Réguliers en Autriche, et qu'elle reflète l'influence directe ou indirecte de St-Nicolas de Passau et St-Rupert de Salzburg.
En effet, parmi les Graduels dont l'origine est assurée, presque tous proviennent d'Autriche et plus précisément des diocèses de Passau et Salzburg ; seul Zig (Leipzig) fait exception. Presque tous aussi proviennent de monastères de Chanoines Réguliers ou qui, avant de passer aux Bénédictins, ont appartenu aux Chanoines Réguliers (Garsten, Seitenstetten) ; seul St-Lambrecht fait exception. D'autre part, l'origine probable des Graduels dont la provenance est incertaine est d'ordinaire l'Autriche et un monastère de Chanoines Réguliers.
Cette série alléluiatique n'est pas, dans le cas qui nous occupe, un critère de localisation à proprement parler ; elle ne caractérise aucun monastère déterminé, et ne peut révéler le lieu d'origine ni de Graz 807, ni d'aucun des Graduels qui la contiennent.
f) LE SANCTORAL
Le Sanctoral de notre Graduel ne peut pas non plus fournir d'indications très précises, notamment au sujet de Klostemeuburg et Seckau puisque les églises de ces deux monastères étaient dédiées l'une et l'autre à Sca. Maria, comme c'est d'ailleurs le cas pour beaucoup d'autres.
Cherchons seulement à savoir si Graz 807 provient du diocèse de Passau ou de celui de Salzburg, et bornons-nous aux Saints les plus caractéristiques : PASSAU :
S. Valentin, év. de Passau, mort en Tyrol ; on croyait posséder ses reliques à Passau dans l'église Cathédrale S. Etienne protomartyr. Son natale : 1 janvier ; sa Translation : 4 août. Le natale est mentionné à diverses dates dans les Martyrologes (le 29 octobre dans le Martyrologe romain) ; il était célébré le 7 janvier à Passau ; dans cette ville la fête la plus solennelle était la Translation.
S. Maximilien, martyr ; on croyait posséder ses reliques dans la Cathédrale de Passau ; il était l'objet d'une grande vénération dans cette ville, où il y avait un pèlerinage célèbre en son honneur. Son natale: 12 octobre.
SALZBURG :
S. Rupert, év. de Salzburg et patron de la Cathédrale au XII^ s. Son natale: 27 mars ; sa Translation : 24 septembre. La Translation est la fête la plus solennelle, car le natale tombe soit en Carême, soit dans la quinzaine de Pâques, ce qui portait préjudice à sa célébration.
Ste. Erentrude, vierge, première Abbesse puis patronne du monastère des moniales Bénédictines fondé à Nonnberg, près de Salzburg, par S. Rupert. Son natale : 30 juin ; sa Translation : 4 septembre.
Graz 807 ne contient aucun des deux Saints de Salzburg. En revanche, on y trouve les Saints de Passau: S. Valentini le 4 août, c'est-à-dire la Translation, et Maximiliani epi. le 12 octobre. On peut en conclure qu'il provient du diocèse de Passau.
Parmi les deux Graduels de Klostemeuburg, le moins récent : Klost. 73, présente les mêmes caractéristiques que Graz 807, mais le Calendrier qui le précède et constitue l'apport du XIL-XIIL s. mentionne le natale et la Translation de S. Rupert. Le plus récent, Klost. 588, a un caractère mixte qui tient à sa date assez basse (XIV^ s.) : on y trouve Valentini le 4 août, c'est-à-dire la Translation, mais il n'a pas la fête de S. Maximilien le 12 octobre, et contient la messe In translat. Rudberti le 24 septembre.
g) LE CONTENU LITURGIQUE
Pour déterminer le lieu d'origine de Graz 807 d'après son contenu liturgique, il convient de recourir aux deux Graduels de Klostemeuburg, mss 73 et 588, qui, bien que moins anciens, ont une grande ressemblance avec le nôtre.
Nous nous bornerons à quelques particularités qui sont communes à ces deux Graduels et à Graz 807, choisissant celles qui semblent particulièrement significatives ; nous ne pouvons citer à titre de comparaison tous les mss autrichiens dont nous diposons, ce qui entraînerait des développements d'une longueur intolérable ; nous mentionnerons seulement (sauf pour le premier point : les Antiennes des Rogations, où les scribes des différents mss s'accordent beaucoup de libertés) les Graduels originaires de Seckau : Graz 444, 479, 769 et Vorau 21, 303, pour mettre en lumière les différences qui opposent les usages de Seckau à ceux de Klostemeuburg.
h') Les Antiennes des Rogations
Dans Graz 807, la messe Exaudivit avec le titre In rogationibus est précédée d'une série d'Antiennes In diebus rogationum (f°' 114^-120^).
Il en est de même, à cela près que les titres font défaut, dans Klost. 588 (f°^ 102^-106^) ; Klost. 73 n'a pas d'Antiennes.
La série des Antiennes dans Graz 807 en comprend 29. Celle de Klost. 588 n'en diffère que par l'absence de 8 d'entre elles et un changement d'ordre ; en sont absentes : la lô'': Dimitte domine peccata populi.
la 21*^: Dimitte nobis domine débita.
la 23^: Christe qui régnas, la 24^: Omnipotens deus supplices.
la 25^: Benedicat nos una maiestas.
la 26= Benedicat nos deus pater.
la 27=: Timor et tremor.
la 28=: Or émus dilectissimi nobis.
Les Antiennes communes aux deux Graduels sont dans le même ordre, à la seule exception de Deprecamur te domine, la 14= dans Graz 807, qui, dans Klost. 588, est reportée après la 17= : Exaudi deus deprecationem et a pour incipit : Te precamur.
La série d'Antiennes de Klost. 588 est en substance la copie écourtée de celle de Graz 807.
2°) Le Mandatum du Jeudi Saint
Après la messe Nos autem du Jeudi Saint, Graz 807 et Klost. 588 ont l'un et l'autre des Antiennes pour le Mandatum, suivies de quelques pièces : Hymnes et Répons. Dans Klost. 73, il y a seulement la messe, sans Mandatum.
Les Antiennes sont au nombre de 10 dans Graz 807, et de 13 dans Klost. 588 ; ces deux séries ne se ressemblent guère, puisque 9 Antiennes seulement leur sont communes, et dans un ordre très différent.
Après les Antiennes, viennent les pièces que voici :
Graz 807 (f"^ 93^-94-) Klost. 588 (f« 16--1V)
'VERSUS. Ymnodictoexierunt. R. Vadis propitiator.
R. Vadis propitiator. Ymno dicto exierunt.
R. Ingressus pilatus (inc. noté)
'V(ersus) Tellus ac ethra. Tellus ac ethra.
Ce sont les mêmes pièces dans les deux Graduels, réserve faite du R. Ingressus pilatus, avec un changement d'ordre pour les deux premières.
L'Hymne Tellus ac ethra se retrouve dans bien d'autres mss, et notamment en Autriche, à la suite des Antiennes du Mandatum.
En revanche, les deux premières pièces sont tout à fait remarquables, et leur présence dans nos deux Graduels révèle entre eux une parenté indéniable.
L'Hymne Ymno dicto exierunt, avec ses 4 petites strophes et le refrain O iuda, dans Graz 807 comme dans Klost. 588, est une pièce que nous n'avons trouvée ni dans les Graduels de Seckau, ni dans aucun autre ms, et que nous n'avons pas pu identifier à l'aide des répertoires.
Le Répons Vadis propitiator, lui non plus, ne se rencontre ni dans les Graduels de Seckau, ni dans
aucun autre ms des pays germaniques, et c'est l'un des rares exemples de pièces Ambrosiennes qui ont franchi les Alpes vers le Nord. M. Huglo qui signale ce fait (Fonti, p. 83) observe que la mélodie, dans nos deux Graduels, n'est pas notée sur l'échelle ambrosienne habituelle, avec le début sur le sol ; en effet, dans Graz 807 comme dans Klost. 588, le Répons commence par un do grâce à un artifice d'écriture qui substitue les clés D F aux clés habituelles a c.
3°) L'Hymne «Inventor rutili» du Samedi Saint
Nous avons déjà signalé, à propos des additions de mains postérieurs dans Graz 807, que l'Hymne Inventor rutili se présente sous des formes très diverses.
Dans notre Graduel, la l"^^ main a transcrit seulement les strophes 1-5, 9 et 11 ; ce sont les seules que l'on trouve aussi dans Klost. 73, mais il en est de même dans un Graduel de Seckau, ms Graz 769.
Une main postérieure a ajouté les strophes 10 et 12 dans les marges de Graz 807, et l'Hymne composée des strophes 1-5 et 9-12 est celle que l'on trouve dans Klost. 588 ; mais c'est aussi sous cette forme qu'on la rencontre dans quelques Graduels autrichiens dont le lieu de provenance est incertain : Vienne 1821 (AU 5), Melk 1701 (Pas 1), Wilhering IX. 148 (Pas 4, oià la série des Alléluia des dimanches après la Pentecôte n'est pas celle de Graz 807, etc.), et Vienne 13314 (Sec 1, où la strophe 10 est ajoutée par une main postérieure).
En somme, la considération des strophes dont se compose l'Hymne Inventor rutili manifeste une parenté entre Graz 807 et Klost. 73 (tandis que Klost. 588, plus récent, est influencé par d'autres mss autrichiens), mais cette parenté n'a pas un caractère exclusif.
Plus intéressante est la variante très rare du début de la strophe 11. Le texte authentique est: Per christum genitum; le mot Per n'est remplacé par Rex, parmi tous les mss que nous avons consultés ou qui ont été collationnés par Dreves {A. H., t. 50, No. 31, p. 30-32), que dans Graz 807 (Rex christum), Vienne 13314 (Rex christum)^^ et Klost. 73 (Rex regum). Quant à Klost. 588, plus récent, il a rétabU la leçon authentique Per christum, qu'il a empruntée à d'autres mss pour corriger une faute évidente.
Puisque Vienne 13314 est d'origine incertaine, on peut considérer la leçon fautive Rex (christum ou regum) comme une particularité propre à Klosterneuburg et caractéristique de ce monastère.
4°) La Prosuie «lam dominus» du Samedi Saint
Dans Graz 807, f" 101^, à la messe du Samedi Saint, Alléluia. Confitemini est précédé de la Prosuie lam dominus optatas reddit laudes pascha cum xpo adest fauete qui dicentes, qui est une «syllabisation» de la mélodie du mot Alléluia.
Cette Prosuie se trouve également dans les deux Graduels de Klosterneuburg, mss 73 et 588 ; ceux-ci ont la leçon xpc (dans Graz 807, xpo est une légère faute de copiste qui s'explique aisément), et dans le ms 588 le q de qui paraît refait à partir de c (cui en premier jet).
" Au sujet de la variante Rex, l'apparat de Dreves, A. H., t. 50, p. 32, donne une indication erronée; le ms qui a Rex christum genitum, parmi ceux que Dreves a collationnés, n'est pas I, sigle de Viene 1821, mais K, c'est-à-dire Vienne 13314, comme nous avons pu le constater en consultant les photos de ces mss. On fera bien de se méfier aussi de l'alinéa Strophen und Stroplwnfolge (p. 31-32), qui contient plusieurs inexactitudes.
On la rencontre aussi dans Vienne 13314; là aussi se lit .v/>c ,■ mais le c de rw/ est écrit non sans gaucherie sur le grattage d'une lettre qui, avec une haste descendante, était certainement q (qui en premier jet).
On ne trouve cette Prosuie dans aucun des mss de Scckau ; elle est même si rare que, parmi la trentaine de Graduels autrichiens que nous avons consultés, nous ne l'avons rencontrée (outre Vienne 13314) que dans 2 mss de St-Florian du XIV"^ s., et comme addition marginale dans Oxford, Bodl. Canon, lit. 354, du XII<^ s. On peut la regarder, semble-t-il, comme une particularité propre à Klosterneuburg, au moins au XII^ s.
5°) Les deux messes de S. Urbain
La place normale de la fête de S. Urbain, dans le Graduel grégorien, est immédiatement avant le samedi vigile de la Pentecôte. Mais cette solennité tombe souvent après la Pentecôte, ce qui explique que son formulaire authentique soit du type extra Tempus Pascale, avec : AN. Sacerdotes dei. RG. Inveni david. AL. Mémento domine david. OF. Veritas mea. CO. Fidelis servus.
Certains mss ont essayé de remédier à ce qu'il y avait là d'un peu étrange. Les solutions sont très diverses : supprimer purement et simplement la fête, ou bien la conserver à sa place normale en lui affectant un formulaire de Temps Pascal, ou bien la conserver à sa place en lui affectant un double formulaire dont l'un convient au Temps Pascal et l'autre (éventuellement l'authentique) au Temps après la Pentecôte, ou bien la dédoubler en conservant l'une à la place normale mais avec un formulaire de Temps Pascal et en créant après la Pentecôte une seconde messe avec un formulaire nouveau adapté au Temps après la Pentecôte.
C'est à cette dernière solution que recourent Graz 807 (f« 125^ et 130^) et Klost. 73 (f"» 45" et 47") ; le formulaire des deux mss est le même pour l'une et l'autre messe, à la seule exception de l'Alleluia de la seconde: Amavit dans Graz 807, et Letabitur dans Klost. 73. Ces deux messes sont intitulées respectivement Vrbani pp. et m. et Vrbani pp. dans Graz 807, tandis que Klost. 73 est plus explicite et donne pour titre Vrbani pp. à celle qui précède la Pentecôte, et Vrbani pp. post pentecosten à celle qui la suit.
Klost. 588, plus récent, représente un stade ultérieur de l'évolution : il supprime la messe de S. Urbain avant la Pentecôte, et ne conserve, sans lui donner de titre, que la seconde à laquelle il affecte le même formulaire que Klost. 73, c'est-à-dire celui de Graz 807 sauf l'Alleluia.
Parmi les autres mss autrichiens que nous avons examinés, le seul qui soit semblable à Graz 807 et Klost. 73 est, encore une fois. Vienne 13314. Ce Graduel, où les deux messes de S. Urbain ont pour titre Vrbani pp., ajoute seulement une nuance dans celle qui précède la Pentecôte : une rubrique précise que si uenerit ante ascensionem dni., le second Alléluia est Christus resurgens, alors que si injra ascensionem, c'est Dns in syna; le formulaire est par ailleurs le même que dans Graz 807 et Klost. 73. La messe qui suit la Pentecôte a le même formulaire que Klost. 73, c'est-à-dire celui de Graz 807 sauf l'Alleluia.
Dans les Graduels de Seckau, il n'y a qu'une seule messe de S. Urbain, à sa place normale avant la Pentecôte.
6") Les Tropes d'introit pour Noël et les fêtes suivantes
Si l'on fait abstraction de quelques différences de détail dans le Trope pour S. Jean, les 4 Tropes de Graz 807 pour les Introit de Noël, S. Etienne, S. Jean l'Evangéliste et les SS. Innocents (f°^ 167^-168"^) se présentent comme le début d'une série de 16 Tropes pour les principales fêtes, dans l'ordre liturgique, contenue dans le ms Vienne 1821 (XIV s., de St-Polten ou à l'usage de ce monastère dès le XIP-XIII'= s. d'après Vex libris). Ces 4 premiers Tropes de la série peuvent être regardés comme formant dans une certaine mesure un tout en soi, puisqu'on les retrouve tels quels dans d'autres mss : Klost. 73 et 588, les deux Graduels de Klosterneuburg, ainsi que Modène Bibl. Estense a. G. 8. 9 et Vienne 13314, l'un et l'autre du XIP s. et d'origine incertaine.
Le Trope pour S. Jean n'a pas tout à fait la même structure dans les divers mss qui le contiennent. Vienne 1821 n'a pas l'incise Quam trinitatis gloriam... pronuntiavit qui, après le Gloria patri, introduit normalement la reprise de l'Introit ; la doxologie est suivie immédiatement du Psaume, auquel succède Inde nos moniti ... PSALLAMUS dicentes pour introduire la reprise de In medio, ce qui est certainement une erreur puisque psallamus annonce une psalmodie. Le corps de l'Introit In medio est divisé de la même façon dans tous les mss qui nous occupent, mais les incises Ut (Et Klost. 73) sacramentum fidei et Qui eum intantuin sont interverties dans Graz 807.
On ne trouve ces Tropes dans aucun ms provenant de Seckau ou d'un monastère du diocèse de Salzburg. Parmi les mss de St-Florian, le Graduel III. 205 A (XIII'' s.) a bien 4 Tropes, mais seuls les trois premiers sont les mêmes que dans Graz 807, etc. ; celui des SS. Innocents n'est pas Hodie parvulorum cunule, mais Hodie pro domino perempta sunt infantium milia, etc.
En somme, Graz 807 présente dans son contenu liturgique quelques particularités qui désignent Klosterneuburg comme son lieu d'origine, et excluent Seckau.
h) LES VARIANTES NEUMATIQUES
Dans le Graduel Romain, tome 4, Le texte neumatique, vol. 1, Le groupement des manuscrits, on trouvera les résultats de sondages effectués sur les mss que nous avons pu atteindre, en vue de découvrir leurs relations de proximité, c'est-à-dire les distances, mesurées en nombres de différences, entre chacun d'eux et tous les autres. Prenant en considération les variantes neumatiques, et non les particularités mélodiques, ces sondages permettaient de comparer les uns aux autres les mss notés en neumes purs ou sur lignes, abstraction faite de la nature de leur écriture musicale.
Après avoir exploré successivement trois tranches de 50 lieux variants lors d'un premier sondage portant sur près de 200 mss, nous nous sommes rendu compte que les deux dernières, c'est-à-dire les lieux variants No. 51-150, donnaient l'image la plus fidèle des relations de proximtié entre nos mss (op. cit., p. 207 sq.).
D'après ces 100 lieux variants, le ms le plus voisin de Graz 807 (Klo 1) est Klosterneuburg 588 (Klo 3), l'un et l'autre notés sur portée : entre ces deux mss, il n'y a qu'une seule différence. Quant à Klosterneuburg 73 (Klo 2), noté en neumes purs, il se fond pour ainsi dire dans la masse de mss de l'Autriche et de l'Allemagne du Sud, qui ne sont guère éloignés les uns des autres et ne se partagent pas en groupes bien nets.
Par malheur, les mss de Seckau ne sont pas entrés dans la comparaison sur le même pied que l'ensemble des autres, et font partie de ceux qui ont été «rattachés» au classement: on a seulement cherché
quel était pour chacun d'eux le plus proche voisin parmi ceux que l'on avait d'abord pris en considération. Les résultats de cette enquête sont néanmoins assez instructifs: aucun des trois Graduels Klo 1, KIo 2 et Klo 3 n'a pour plus proche voisin un ms de Seckau.
On peut donc dire que, d'après les variantes neumatiques, Graz 807 se situe à Klosterneuburg, puisqu'il apparaît presque identique (à une différence près) à Klost. 588.
i) LA NOTATION
Les auteurs qui ont admis que Seckau était le lieu d'origine de Graz 807 ont dû supposer, au moins implicitement, que les neumes de ce ms avaient été tracés par un imitateur s'efforçant de reproduire la notation «messine» dans un scriptorium où elle est par ailleurs inconnue, et où la musique était notée en neumes allemands in campo aperto.
Si, d'autre part, des grégorianistes tels que Stàblein considèrent la notation de Graz 807 comme un indice seulement probable et non une preuve décisive en faveur de Klosterneuburg, c'est que, dans leur pensée, il n'existe pas de notation de Klosterneuburg à proprement parler, et qu'il s'agit d'un ensemble «messin» dont on trouve des exemples non seulement à Klosterneuburg, mais aussi dans «bon nombre de fragments dans les Bibliothèques de l'Autriche et de l'Allemagne du Sud» (Stàblein, Monumenta Monod., p. 565).
Pour élucider cette question, nous avons consulté Dom Jacques Hourlier, qui a étudié tout particulièrement la notation messine et peut à bon droit être regardé comme un spécialiste dans ce domaine. Nous rapporterons les résultats de l'expertise à laquelle il a bien voulu procéder sous nos yeux.
Tout d'abord, les neumes de Graz 807 ne sont pas dus à un imitateur, même habile, mais à quelqu'un qui avait l'habitude de pratiquer cette notation ; le tracé des neumes est net, décidé, parfaitement constant d'un bout à l'autre du ms, et ne présente pas la moindre trace des hésitations ou légères gaucheries qui auraient été inévitables de la part d'un notateur non familiarisé de longue date avec cette écriture musicale.
De plus, il existe bien une «notation de Klosterneuburg» à proprement parler, c'est-à-dire une variété de notation messine qui ne se rencontre, abstraction faite pour le moment de Graz 807, que dans ce monastère.
Les représentants les plus anciens de cette notation sont les trois Antiphonaires (ou plus exactement : moitiés d'Antiphonaires) qui sont en dépôt dans la Bibliothèque de Klosterneuburg, leur lieu d'origine, sous les cotes 1010 (pars hiemalis), 1012 (pars aestiva) et 1013 (pars hiemalis) ; tous les trois datent du XIP s. 12
On trouvera, en annexe à cette Introduction, des facsimilés de ces trois Antiphonaires. Un facsimilé de Klost. 1012, f" 57^, est donné dans MGG, t. 7 (1958), Tafel 50, 1, qui se rapporte à l'article «Klosterneuburg» par Eva Badura-Skoda.
'- Il n'y a aucune raison de douter de la provenance de ces 3 mss qui représentent, comme le dit Stàblein (Monum. Monodica, p. 565), «l'Antiphonaire de Klosterneuburg». On observera cependant que la Dédicace n'y figure pas au jour où se célèbre celle du monastère des Chanoines (29 septembre). Dans le ms Klost. 1012 (pars aestiva), on trouve : f" 69'', Mathei apU. (21 sept.) ; fo 73^, Maiiricii et soc. eius (22 sept.) ; f" 74r, IN DEDICATIONE ECCLESIE ; f" 78^, Cosme et Damiani (27 sept.) ; f<* 78^, Michaelis (29 sept.). Une telle disposition suppose que la Dédicace se célèbre entre le 22 et le 27 septembre ; il y a tout lieu de croire que c'est la date de la Dédicace du monastère S. Maria Magdalena, celui des Chanoinesses, auquel cet Antiphonaire serait destiné ; bon nombre d'Hymnaires sont d'ailleurs destinés eux aussi aux Chanoinesses, si même ils ne proviennent pas de leur scriptorium.
L'état de choses que l'on constate dans Klost. 1012 est celui que l'on retrouve également dans le ms Vienne, Osterr. Nationalbibl. 1717 (XlIIf s.); Blume, A. H., t. 52 (1909), No. 119, p. 113, le désigne comme «Brev. ms. Canonicorum S. Augustini», sans se prononcer sur le monastère d'origine. La date de la Dédicace est peut-être un indice qui permettrait de préciser la provenance de ce ms.
La même notation se retrouve, sous une forme un peu dégénérée, dans un assez grand nombre de mss de Klosterneuburg qui datent des XIII'= et XIV= s. ; bornons-nous à citer ceux dont une page au moins est publiée en facsimilé :
KIost. 589, vers 1200 ; facs. des f"^ 2^ et 2- dans MGG, t. 8 (1960), Tafel 49, article «Liturgische Dramen» (col. 1013-1020); il s'agit du drame liturgique de Pâques.
Klost. 588, Graduel (Klo 3), XIII-XIV- s. ; facs. du f° 169^ dans MGG, t. 5 (1956), col. 399-400, dans l'article «Godescalcus Lintpurgensis» par Margareta Melnicki ; il s'agit de la Séquence Laus tibi christe sponso sponsae, dont le texte, sur la mélodie de Laus tibi christe qui es creator, est attribué à Gottschalk ; la notation de cette Séquence, dont la mélodie est presque entièrement syllabique, n'est malheureusement pas très représentative du ms dans son ensemble.
Klost. 1000, Hymnaire ; facs. du f° 54" dans Musica divina (Wien), t. 1 (1913), fascicule 4-5, Sonderheft Klosterneuburg, parmi les Planches qui font suite à la p. 156, article de Andréas Weissenbâck, Aus dem àlteren Musikleben im Stifte Klosterneuburg. Facs. du i° 83' dans Stablein, Monumenta Monodica, t. 1, facs. 4 ; ce ms, qui date de 1336, est, selon Stablein, le plus ancien d'un groupe de 7 mss du XI V^ s. qui représentent «l'Hymnaire de Klosterneuburg», provenant du monastère Ste Marie-Madeleine des Chanoinesses (cf. la notice p. 565).
La forme la plus pure de la notation sur lignes pratiquée à Klosterneuburg est bien entendu celle que l'on trouve dans les mss les plus anciens ; c'est aux trois Antiphonaires 1010, 1012 et 1013, du XII<= s., que nous avons comparé, grâce aux photos que nous avons à Solesmes, les mss des pays germaniques qui leur sont approximativement contemporains et dont la notation se rapproche le plus de la leur, à la fois par la forme des neumes et par l'application des normes guidoniennes.
Bien que le système de Guy d'Arezzo ait été largement connu dans les pays germaniques dès le XIP s. au moins, comme on peut s'en rendre compte en consultant la liste des mss contenant les œuvres de Guy et d'Aribo dans les éditions qu'en a données le P. Jos. Smits van Waesberghe, nous n'avons trouvé que trois mss qui répondaient aux conditions requises, et qui, d'autre part, nous étaient accessibles par des photos ou des facsimilés publiés :
Wolfenbiittel 4641 (Gud. lat. 8°. 334) ; ms didactique provenant d'Augsburg; date: Xl<= s. selon Smits van Waesberghe qui décrit le ms dans son édition d'Aribo. Facs. des f°' 137" et 138"^ dans MGG, t. 2 (1952), col. 1278, Abbildung 3 dans l'article «Choral» par B. Stablein ; la légende du facsimilé porte: «Ut queant Iaxis en trois sortes de notation: 1. avec des neumes allemands sur lignes» (etc.); ce sont pourtant des neumes messins selon W. Lipphardt, MGG, t. 9 (1961), col. 1616, dans l'article «Notation».
Karlsruhe i. B., Landesbibliothek, Codex LX Augiensis, étudié par HAIN, Ein musikalischer Palimpsest (Freiburg in der Schweiz, 1925) ; Antiphonaire remanié à plusieurs reprises par écriture sur grattage ; les parties les plus anciennes qui subsistent encore aujourd'hui dateraient, selon Hain, du XIP ex. ou XIP-XIII^ s., mais on les situerait plus volontiers au milieu du XIP s. ; voir Tafel VII, la notation qui nous intéresse.
Munich, Clm 9921 ; recueil didactique, qui comprend (f"* 40"^-59") des Alléluia et quelques autres pièces en notation sur portée ; au f" 48"^ : Regulae Guidonis avec Ut queant Iaxis. Provenance : Ottobeuren ; XII^ s. (une table lunaire va de 1 1 16 à 1 150) i^.
Si l'on compare ces 3 mss à ceux de Klosterneuburg, on constate qu'aucun d'eux n'a tout à fait la même notation. Celui qui leur ressemble le plus est Munich 9921, mais sa notation est seulement analogue
" Les Sources, p. 79, datent ce ms du «milieu du XI^ siècle (probablement 1064)». Plus catégoriquement encore, Jos. Smits van Waesberghe, Guidonis Aretini Micrologus (1955), p. 34 : «written in 1064 (fol. 8v Anno incaniatioiiis d. millesimo sexagesimo quarto iucepit pagina isia)» ; mais cette phrase ne dit nullement que l'année 1064 est celle où l'on se trouve actuellement; de plus et surtout, elle annonce une Table pascale qui va de 1064 à 1568 et concerne le 3<: Cycle Pascal de 532 ans ; il s'agit du «grand cycle» au terme duquel se rejoignent le cycle solaire de 28 ans et le cycle lunaire de 19 ans (28X19 = 532), et qui se répète ensuite identiquement. La table du cycle de 532 ans est perpétuelle: c'est proprement une Tabula paschalis antiqua non reformata; moyennant un décalage des millésimes, elle permet théoriquement de connaître la date de Pâques en l'une quelconque des années de l'ère chrétienne, en pratique à partir du Calendrier de Nicée,
à la leur et non pas identique: elle est, si l'on peut ainsi parler, plus «messine de Metz». Celle des deux autres mss en diffère encore davantage : les neumes de Karlsruhe LX ne sont pas tous de type messin, et ceux de Wolfenbiittel 4641 ont été qualifiés d'allemands par Stablein, ce qui est significatif. En somme, les notations les plus voisines de celle de Klosterneuburg lui sont apparentées, mais non pas semblables en tous points. Il existe donc bien une «notation de Klosterneuburg», qui constitue une famille distincte parmi les notations du type «messin» dans les pays germaniques.
Si maintenant on compare Graz 807 aux trois Antiphonaires de Klosterneuburg qui lui sont contemporains, on constate que sa notation est parfaitement semblable à la leur, à tel point qu'on pourrait l'attribuer à la même main si l'identité de l'écriture musicale impliquait l'identité du notateur. Il s'agit en tout cas du même scriptorium, et notre Graduel, d'après sa notation, est originaire de Klosterneuburg.
j) ÉCRITURE ET RECLURE
Nous n'essaierons pas de consacrer à l'écriture de notre Graduel une étude approfondie. Une telle entreprise exigerait un travail énorme et n'aboutirait peut-être à aucune conclusion décisive quant à la localisation de Graz 807 ; en effet, les mss autrichiens du XIP s., notamment ceux de la Basse-Autriche (dans le diocèse de Passau) et ceux de la Styrie (dans le diocèse de Salzburg) se ressemblent par beaucoup de traits ; il serait par suite difficile, et sans doute impossible, de définir une «écriture de Klosterneuburg» qui serait celle de notre Graduel et révélerait son lieu de provenance. Nous nous sommes borné à comparer attentivement l'écriture de Graz 807 à celle des trois Antiphonaires de Klosterneuburg, mss 1010, 1012 et 1013 ; on constate qu'elle leur est tout à fait semblable : le lecteur pourra en juger par lui-même en examinant les facsimilés photographiques de ces Antiphonaires.
Pour obtenir des précisions, nous avons comparé entre eux les 4 mss qui nous intéressent, retenant seulement deux particularités qui, pensons-nous, présentent de l'intérêt pour les paléographes : la fréquence relative, dans la minuscule, du s «rond» (éventuellement «serpentin») ou «droit» en fin de mot, et celle du d «oncial» ou «droit».
Nous avons tout d'abord pratiqué des sondages en prenant comme échantillon dans chacun des 4 mss une douzaine ou une quinzaine de pages prélevées un peu partout au petit bonheur (et non strictement «au hasard» dans le sens rigoureux que les statisticiens donnent à cette expression). Les résultats sont les suivants:
pour s en fin de mot, pourcentage des 5 ronds ou serpentins : Klost. 1010 : sur 302 s: 0,00 "/o Graz 807: sur 161 5.- 4,96 o/o Klost. 1013: sur 182 5.- 5,49 0/0 Klost. 1012: sur 265 s: 29,66 «/o
en 325, et jusqu'à la réforme de Grégoire XIII en 1582. On la trouve, parmi les mss auxquels nous avons eu affaire, dans : Vienne, Osterr. Nat'onalbibl. ser. nova 2700 (olim Salzburg, St-Pierre a. XII. 7), milieu du XII« s. ; Salzburg, St-Pierre a. IX. 11, milieu du XII» s. ; Vorau 21, XII« 2/2 ; Graz, Universitàtsbibl. 417, Xlle 2/2 ou 3/4 (plutôt que XIII<' comme le disent Les Sources, p. 52). Si elle est complète (certains mss n'en donnent que l'une des deux parties), cette table consiste en une «matrice» de 28X19 = 532 casiers; dans chaque casier figure une lettre flanquée d'un point à droite ou à gauche, qui renvoie à un tableau placé en regard, comprenant 35 lignes avec les 35 dates de Pâques.
On ne peut évidemment dater un ms d'après cette table perpétuelle, qui autorise tout au plus à regarder 1064 comme terminus posi quem. Il est prudent de tenir a priori pour suspecte toute datation qui situe un ms en 1064.
pour d, pourcentage de d onciaux :
Klost. 1010 : sur 274 d: 0,00 «/o Graz 807: sur 192 rf; 1,04 «/o Klost. 1013: sur 232 rf.- 1,75 »/o Klost. 1012: sur 180 d: 23,33 Vo
Nous nous sommes ensuite demandé quelle était la valeur de ces résultats, prenant en considération les changements de main éventuels dans tel ou tel ms. Si en effet un ms est écrit par deux (ou plusieurs) scribes qui ont des habitudes graphiques assez différentes, la méthode du sondage, même pratiquée avec toute la rigueur exigée par les statisticiens, risque de donner une moyenne entre des parties hétérogènes, et les résultats n'ont d'intérêt que si les morceaux de texte dus à un 2^ scribe (à un 3% etc.) sont d'une étendue pratiquement négligeable.
Or : Graz 807 est écrit, autant qu'on puisse en juger, d'un bout à l'autre par la même main, et il en est de même de Klost. 1010 ; mais dans Klost. 1012 il y a un changement de main (signalé par le D"^ Maria Mairold, lettre du 17. 5. 1973) entre les f"* 84^ et 85% c'est-à-dire vers le milieu du ms et à l'intérieur d'un cahier ; quant à Klost. 1013, il est peut-être dû à 2 ou 3 mains différentes.
Pour nous assurer si l'identité de main correspondait à l'identité des habitudes graphiques, et si la différence de mains (connue ou soupçonnée) se traduisait par des habitudes graphiques différentes, nous avons pris des séries de 5 folios consécutifs (soit 10 pages) en deux ou trois endroits de nos mss, là oii un contrôle paraissait opportun ; voici, sans entrer dans les détails et en arrondissant les pourcentages, les résultats de ce nouveau sondage :
Graz 807, dans trois échantillons (f"» 10-14, 80-84, 150-154)
s ronds : de 4 à 5 "/o.
d onciaux : aucun, soit 0,00 "/o.
Klost. 1010, dans deux échantillons (f"^ 2-6, 93-97) :
s ronds : presque 0,00 "/o-
d onciaux : 0,00 %.
Klost. 1012, deux échantillons :
avant le changement de main (f°^ 43-47) :
s ronds: 11 "/o.
d onciaux : 4 "/o.
après le changement de main (f*"^ 93-97) :
5 ronds: 16 »/o.
5 serpentins : 22 "/o.
d onciaux : 87 "/o.
Klost. 1013, trois échantillons :
vers le début (f°=^ 19-23):
s ronds 7 "/o.
d onciaux : 3 %.
dans la seconde moitié (f°^ 1 15-1 19) :
s ronds : 6 Vo.
d onciaux : 37 "/o.
un peu plus loin (f»^ 130-134) :
s ronds : 5 "/o.
s serpentins : 22 "/o.
d onciaux : 56 %.
Bien entendu, ces pourcentages doivent être considérés comme donnant des indications tout à fait approximatives. On peut cependant en conclure que Graz 807 est bien écrit tout entier de la même main ; il en est de même de Klost. 1010 ; en revanche, Klost. 1012 est dû à deux mains (au moins), et Klost. 1013 à deux et probablement trois mains.
Klost. 1010 se distingue des 3 autres mss par l'absence de s ronds en fin de mots et de d onciaux ; c'est sans doute le signe qu'il est un peu plus ancien qu'eux.
Les caractéristiques sont sensiblement les mêmes dans Graz 807 et dans la première partie des mss Klost. 1012 et 1013.
Les réglures'^ horizontales des trois Antiphonaires sont faites selon le même schéma que celles de Graz 807 ; elles ne sont pas non plus tracées avec une entière précision ; les piqûres qui en déterminaient la place ont disparu : en effet, ces mss ont été, comme Graz 807, fortement rognés par le relieur à l'époque baroque. Klost. 1013 est le seul sur lequel se voit encore une ancienne numérotation des cahiers.
Le nombre des lignes à la page est variable d'un Antiphonaire à l'autre, et même à l'intérieur de deux d'entre eux :
Klost. 1010 : lacune au début, puis 12 lignes aux f»* 1-7, et 13 lignes aux î"^ 8-126, c'est-à-dire dans le reste du ms.
Klost. 1012 : lacune au début, puis 12 lignes dans la plupart des cahiers, mais 10 lignes dans les 5', 7% 9^ et 12^ cahiers;
Klost. 1013: 12 lignes dans tout le ms (lacune peu considérable à la fin).
La hauteur de la justification, ou distance entre la première et la dernière réglure horizontale, n'est pas absolument constante à 2 ou 3 mm près ; les chiffres suivants sont une bonne approximation :
Klost. 1010 : 205 mm (les pages à 13 lignes) ;
Klost. 1012 : 200 mm (les pages à 12 lignes), 187/190 mm (les pages à 10 lignes) ;
Klost. 1013 : 200 mm (pages à 12 lignes).
Comme on le voit, la hauteur de la justification est la même dans les pages à 12 lignes (Klost. 1013 tout entier, et la plus grande partie de Klost. 1012), mais elle n'est ni uniforme, ni proportionnée au nombre des lignes lorsque celui-ci diffère d'un ms à l'autre ou à l'intérieur d'un même ms.
Il en est ainsi dans Graz 807, comme nous l'avons signalé en comparant à l'ensemble des cahiers, où il y a 11 lignes à la page, les 2^ et 3^ qui en ont seulement 10 avec une justification un peu plus haute.
Il est un fait curieux, qui mérite de retenir l'attention. Dans Graz 807, les 2" et 3^ cahiers, avons-nous dit plus haut, ont l'air d'être les restes d'un autre ms, que l'on a utilisés pour ne pas les laisser perdre. Or, dans Klost. 1012, les cahiers de 10 lignes à la page, qui alternent avec des quaternions de 12 lignes à la page, font la même impression, et de façon encore plus nette. La hauteur de la justification des pages à 10 lignes est la même dans Graz 807 et Klost. 1012, c'est-à-dire, étant donné la légère imprécision de la réglure, de 187 à 190 mm ; le D"^ Maria Mairold a comparé, à titre de spécimen, le 1° 50 de Klost. 1012 et le f" 19 de Graz 807, l'un et l'autre de 10 lignes à la page, et constaté que la réglure était parfaitement identique dans les deux cas. Il ne peut s'agir là d'une coïncidence due au hasard ; les 2' et 3' quaternions de Graz 807 d'une part, et les 5% 7% 9^ et 12<^ quaternions de Klost. 1012 d'autre part, ont été réglés au cours d'une même séance de travail, et sont les restes d'un même stock de cahiers, utilisés pour l'un et l'autre ms dans le même scriptorium.
'* Au sujet des réglures, les observations et les mesures faites sur les mss sont dues non seulement au D^ Maria Mairold, qui a examiné Graz 807 et les Antiphonaires de Klosterneuburg, mais aussi, en ce qui concerne ces derniers mss, au D' Dopf ; nous leur renouvelons nos remerciements, regrettant de ne pouvoir mentionner, chaque fois qu'il le faudrait, les nombreuses lettres qu'ils nous ont envoyées.
Les réglures verticales qui délimitent la justification à droite et à gauche des pages ne sont pas tracées de façon uniforme dans nos trois Antiphonaires.
Dans Klost. 1010. il y a deux réglures verticales de chaque côté de la page sur la plupart des feuillets ; elles forment des colonnes de 3 et 4, ou 6 et 6 mm, et la largeur totale de la justification est respectivement de 132 et 137 mm, soit 135 mm en moyenne.
Dans Klost. 1012, certains feuillets n'ont qu'une réglure verticale de chaque côté de la page, mais la plupart en ont deux, avec une justification de 130 mm de largeur.
Dans Klost. 1013, il n'y a jamais qu'une seule réglure verticale de chaque côté de la page, et la largeur de la justification est de 130 mm comme dans Klost. 1012.
Graz 807 présente des irrégularités du même genre : la plupart des feuillets, mais non pas tous, n'ont qu'une seule réglure verticale à droite et à gauche des pages. Notre Graduel ressemble aux trois Antiphonaires en ce que ceux-ci ont comme lui une toute petite marge du côté du fond de la reliure, et leurs scribes n'ont, eux non plus, aucun souci de régularité pour les fins de lignes.
En résumé, si l'on tient compte seulement des feuillets qui, pour le nombre des lignes à la page, sont la grosse majorité, le format de la justification dans nos 4 mss est le suivant :
Graz 807 (1 1 lignes à la page) : 19 X 1 1 cm
Klost. 1010 (13 lignes à la page) : 20,5 X 13,5 cm
Klost. 1012 (12 lignes à la page) : 20 X 13 cm
Klost. 1013 (12 lignes à la page) : 20 X 13 cm
On voit que la technique de fabrication (piqûre et réglure), de même que les particularités de l'écriture (les s en fin de mots et les d) rapprochent l'un de l'autre Klost. 1012 et 1013, en les opposant à Klost. 1010. D'après l'étendue du contenu, Klost. 1012, pars aestiva qui va de la Pentecôte à la fin de l'année liturgique, ne se raccorde pas avec Klost. 1010, pars hiemalis qui va de l'Avent au Samedi Saint, et fait immédiatement suite à Klost. 1013, pars hiemalis qui va de l'Avent à l'Ascension. On peut en conclure que Klost. 1013 et 1012 sont les deux tomes d'un seul et même Antiphonaire.
Les lettrines non ornées qui parsèment les 3 mss de Klosterneuburg sont de même type que celles de Graz 807, et sont disposées avec la même fantaisie : tantôt avant les clés, tantôt sur la portée entre les clés et le début de la mélodie. La couleur des titres, rouge et parfois rose pâle, dans Graz 807 est celle que l'on retrouve aussi dans les Antiphonaires de Klosterneuburg ; l'initiale V de Graz 807, f° 49^, et de Klost. 1013, f° 113% a été remplie de rouge par la même main, etc.
Le D' Maria Mairold, à qui nous avions signalé la ressemblance que les photos permettent de constater entre Graz 807 et les Antiphonaires de Klosterneuburg, a emporté son ms à Klosterneuburg pour le comparer directement à ces trois mss ; la conclusion de son expertise est formelle : il est hors de doute que ces 4 mss proviennent du même scriptorium (lettre du 17. 5. 1973). Plus Fank, qui a lui aussi examiné Graz 807 et les Antiphonaires de Klosterneuburg, va un peu plus loin : selon lui, Graz 807 a été écrit par le même scribe que Klost. 1012 et 1013 (lettre du 19. 5. 1973), c'est-à-dire, si ces derniers sont dus à plusieurs mains, par le scribe qui en a écrit la première partie ; il nous dit aussi qu'il a constaté, non sans surprise, que les lettrines ornées de Graz 807 sont peintes sur un fond de couleur, ce qu'il n'a jamais rencontré dans un ms enluminé par Bemhard : cet indice, précise-t-il, empêche de voir dans Bernhard, qui travaillait à Seckau au milieu du XII<^ s., l'enlumineur de notre Graduel.
L'opinion exprimée très nettement par ces éminents spécialistes des mss autrichiens, qui pour la première fois ont examiné côte à côte nos 4 mss, garantit la conclusion que nous suggérait déjà la comparaison des photos : Graz 807 provient certainement de Klosterneuburg.