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Paléographie musicale

L'Antiphonaire ambrosien du British Muséum, dont nous entreprenons la publication, n'est pas tout-à-fait inconnu aux premiers souscripteurs de la Paléographie musicale. Dès le début de notre oeuvre, quatre pages (planches I & XV) avaient été empruntées à ce manuscrit (i), le plus ancien probablement de tous ceux où se conserve la tradition du chant milanais. En ce temps là, du moins à notre connaissance, il n'en était pas de plus ancien, & depuis lors nous n'avons pas réussi, malgré toutes nos recherches, à en découvrir un autre plus recommandable à ce point de vue. En existe-t-il même un seul? L'histoire des

(i) Notre document appartenait alors à l'Antiquariat de M. Ludwig Rosenthal, à Munich. Il avait été mis spontanément à notre disposition pour nos études & au besoin pour notre publication. Nous avons une dette de reconnaissance à cet égard pour la courtoisie même & surtout pour la durée de la communication. Nous tenons à en donner ici publiquement à M. Ludwig Rosenthal le témoignage le plus sincère & le plus vivement senti.

Nous devons à cette circonstance d'avoir pu prendre une copie figurée, qui permet de suppléer, sur plusieurs points, à l'insuffisance de la reproduction photographique, notamment au bas de quelques pages, où le texte, déjà sur le point d'être effacé, quand nous l'avions sous les yeux, a depuis complètement disparu.

Dom Ambroise Kienle. qui avait été favorisé par M. Rosenthal d'une communication semblable, a déjà fait connaître en Allemagne le manuscrit Londonien, avant son acquisition par le British Muséum. Son mémoire : Ueber ambrosianisebe Liturgie und ambrosianiseben Gesang parut en 1884, dans les Studien und Mittbeilungen tins dem Benedicliner und dem Cistercienser Orden, de Raigern ; Wùrzburg éx Wien. 1884 ; VJahrgang 1 Band. Heft. 2. p. J46. — Il Band. Heft. 4. p. 340.

C'est pour nous un devoir de reconnaissance en même temps qu'un véritable plaisir de remercier, publiquement aussi, M. le Conservateur du département des manuscrits au British Muséum de l'extrême intérêt qu'il a bien voulu vouer à notre entreprise, au point de nous prodiguer jusqu'aux limites du possible, aussi bien qu'à notre photographe, des facilités que nous n'aurions jamais osé même solliciter

Paléographie. V. 1

incendies réitérés (i) infligés à la ville de Milan dans le cours des siècles ne permet guère de l'espérer. N'étaient, à côté de cette circonstance qui n'explique malheureusement que trop bien l'absence de documents premiers, n'étaient, disons-nous, quelques lignes de VExsultet notées en neumes in campo aperto dans un Matinale du x-xie siècle (2), on en viendrait parfois à se demander si les Milanais ont jamais connu la notation sans portée musicale. Nous donnons en entier ce morceau & peut-être donnerons-nous plus tard d'autres spécimens empruntés à des Légionnaires, où les conclusions récitatives notées par le même procédé achèveraient, s'il en était besoin, d'écarter tout doute à cet égard.

S'il faut l'avouer, nous aurions attendu volontiers quelque temps encore, soit la bonne fortune inespérée d'un meilleur exemplaire, ou plutôt d'un exemplaire plus archaïque en même temps que plus intégral , soit la pleine maturité de nos études sur les diverses questions soulevées par le répertoire milanais. Mais outre que le Codex Britannicus est hors de pair &, croyons-nous, irréprochable, ce serait une utopie que de courir la chance absolument improbable d'une découverte qui nous livrerait un manuscrit antérieur à Guy d'Arezzo.

L'occasion du prochain centenaire de saint Ambroise nous détermine à ne pas différer davantage une publication devenue désormais, sous une forme ou sous une autre, inévitable. L'Antiphonaire décoré, comme la liturgie milanaise, du nom de saint Ambroise, ne saurait prendre rang plus à propos dans les collections scientifiques, & la Paléographie musicale est véritablement tenue d'apporter, dans cette circonstance, une contribution de ce genre aux travaux préparés en l'honneur du grand évêque.

Il y a néanmoins ici plus qu'une nécessité de circonstance ou de sentiment. Le programme de notre enquête, on le sait, devait amener tôt ou tard la déposition du témoin qui se présente aujourd'hui. On a pu constater dans les quatre volumes précédents l'iden-

(1) VIII Idus. Anno Domini MCV secundus ignis Mediolani. (Calend. Sitonianum, apud Muratori, Rerum Italie. Script., t. II, part. 2, p. 1028 & suiv.) IV Idus. MCD. Fuit ignis Rogerii. {Calend. sancli Georgiï, ibid.) XVI Kal. Tertius ignis Mediolani (Id. ibid.) C'est toute une histoire en effet que celle des destructions de Milan par le feu. Il faut voir là-dessus ce que rapporte Giulini dans ses Memorie spettanti alla storia &c... délia Citta... di Milano, t. IV, 144 & suiv., 153 & suiv., 184 & suiv., 495 & suiv., 510 & suiv. ; t. V, 189-462 ; t. VI, 211 ; t. Vil, 57 & suiv. ; t. VIII, 478, &c. Bornons-nous à deux citations. Voici comment s'explique le chroniqueur Galvaneus a Flamma dans son Manipulus florum.

In MCIV fuit unus magnus ignis in Mediolano qui totam civitatem combussit, & ista fuit destructio istius civitatis sexta décima. Rehaedificata civitate ex ligneis & pallearibus domibus statutum fuit, quod nullus accenderet ignem in domo, fiante vento, & tune lampadibus ecclexiarum ignis conservabatur. Quidam de Vincemaris, nuptias facere satagens, ignem occulte in domo succensit, qui totam civitatem XVII vice destruxit. Ex hoc omnes de Vincemaris exbaniti fuerunt ad perpetuum exillium ; unde nunquam de cetero bene civitatem habitaverunt. Et in MCV in civitate fuit ignis maximus qui dicitur ignis Rogerii die 7 oclobris, qui domos & palatia multa combussit, ubi est sciendum quod civitas Mediolani, propter multas destruétiones, non erat interius muratis domibus hasdificata, sed ex paleis & cratibus quam plurimum composita. Unde si ignis in una domo succendebatur, tota civitas comburebatur (Giulini, 1. c. IV, 5 13...)

Landulphe junior (cap. xm) : Quis potest enarrare combustiones, desolationes, abominationes quae combusserunt & desolaveruut Mediolanum & regnum & ipsum sacerdotium ex tempore quo lex presbyteri Liprandi venit in ambiguum ? Etenim ut taceam combustiones quae perturbaverunt & perturbant Mediolanum, &c.

(2) Bibliotbeca ambrosiana. T. 103 Sup. Nous publierons bientôt ce manuscrit.

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tité, sans contredit extraordinaire, des manuscrits neumatiques grégoriens, à travers les âges, à toutes les distances, sous toutes les formes calligraphiques. C'est fort bien. Il reste toutefois à entendre une voix non pas discordante, mais une autre voix, une voix nouvelle. L'Antiphonaire ambrosien nous transporte précisément dans un milieu, où, perpétuellement en relation avec les formules liturgiques & mélodiques grégoriennes, nous demeurons cependant, & cela systématiquement, sur le point d'être en coïncidence, sans presque jamais dépasser les limites d'une ressemblance plus ou moins accusée, mais incontestable. C'est surtout le caractère systématique de cette dissemblance parallèle , si l'on peut ainsi dire, qui est de nature à piquer la curiosité & à provoquer toute espèce de comparaisons & d'observations, d'où peuvent sortir des résultats historiques inattendus & peut-être des découvertes extrêmement précieuses.

Il est surprenant que l'attention se soit si peu portée de ce côté. Au fait, y a-t-il réellement lieu de s'en étonner? Il fallait jusqu'à présent une bonne volonté peu commune pour s'occuper d'une liturgie & d'un chant que les Milanais semblaient avoir pris à tâche de tenir à l'abri des regards étrangers. A la rigueur, & à condition de renoncer à toute prétention archéologique, le texte du Missel & du Bréviaire en usage de nos jours pouvait renseigner provisoirement un curieux ordinaire, peu en peine d'interroger l'état des choses aussi près que possible des origines. Il n'en allait pas ainsi pour l'Antiphonaire. La satisfaction même de cette curiosité élémentaire était refusée à quiconque n'était pas en mesure de se transporter dans une des paroisses du Milanais, assez heureuses pour posséder à leur usage le répertoire manuscrit complet. D'édition, point. On citera l'un ou l'autre extrait de ce répertoire qui ont pu être imprimés à diverses époques pour des usages plus ou moins restreints ou portatifs ; on ne citera pas une seule édition typographique complète (i).

En somme l'unique monument qui nous eût fait connaître jusqu'ici, d'une façon documentaire, la liturgie ambrosienne, c'était YOrdo de Berold, du xne siècle. Cet Ordo fut publié pour la première fois, assez négligemment du reste, par Muratori (2). Un jeune érudit milanais, le Dr don Marco Magistretti, en donnait récemment une édition scientifique, illustrée de notes excellentes, riches surtout d'extraits complémentaires, puisés à diverses sources similaires peu abordables (3).

(1) Quant aux bibliothèques publiques de l'Europe, ou aurait bientôt fait le compte de celles qui en possèdent un manuscrit quelconque. En France, à part deux ou trois bibliothèques privées, nous ne pensons pas qu'il s'en trouve un seul. La Bibliothèque Nationale elle-même en était dépourvue naguère encore. Le manuscrit de l'Arsenal n'est ni un Antiphonaire. ni un manuel.

Nous ne considérons pas comme édités, cela va de soi, des documents tirés au nombre d'exemplaires strictement suffisant pour la distribution qu'on en fait à ses intimes. Tel // rotolo opistografo del Principe Antonio Pio di Savoia, du docteur Ceriani, dont la partie liturgique ne se trouve que là. C'est du reste un recueil d'oraisons du type romain. Tels sont encore les quelques feuillets àtVAntipbonarium Ambrosianwu vêtus, imprimés s. /. n. ./. par le même savant & cités par Warren dans sa récente édition de l'Antiphonaire de Bangor.

(2) Muratori, Antiq. ltal. Med. œvi, t. IV, dissertât. 57, col. 833-940.

(3) Beroldus, sive Ecdes. Ambr. Mediol. Kalend. et Ordines sœc. xn ; Mediolani, J. Giovanola, 1894.

Si l'on joint à cela le Sacramentarium triplex publié par Gerbert (i), où se trouvent de temps en temps des pièces ambrosiennes mêlées à des pièces gélasiennes & grégoriennes, on aura l'état complet des publications documentaires de la liturgie de Milan. Il ne saurait être ici question du recueil de Pamélius (2), d'où procède YOrdo Missœ de Daniel (3). Personne ne consentira plus à prendre ce fâcheux & trop personnel système de mosaïque pour un monument réel, quand on aura sous les yeux le véritable Sacramentaire dont le savant préfet de l'Ambrosienne, don Ceriani, nous donnera tôt ou tard, il faut l'espérer, l'édition scientifique & magistrale à laquelle il travaille depuis plus de vingt ans, ou même simplement la copie du manuscrit que nous préparons en ce moment pour notre Auttarium de Migne (4).

On le voit, il n'existe encore pour Milan aucun travail comparable à ceux qui, depuis trois siècles, ont exhumé & publié les anciens monuments de toutes les autres liturgies latines, léonienne, gélasienne, gallicane, celtique, mozarabe.

Si donc il fallait s'étonner ici d'une chose, c'est bien plutôt d'un pareil retard des savants milanais. Il n'en manquait pas dans le collège des docteurs de l'Ambrosienne & ailleurs, qui étaient dans des conditions idéales d'érudition, de facilité de travail & de compétencenée, pourrait-on dire (5). Comment un Bugati, par exemple, si curieux des sources & si apte, par les habitudes précises & rigoureuses de son esprit, à entreprendre ce genre de publication, comment un Saxi, un Mazzuchelli, un Giulini & tant d'autres, n'ont-ils jamais doté l'érudition chrétienne de monuments que leur Église, plus peut-être qu'aucune autre, était en droit de produire avec fierté? Le fait est d'autant plus curieux qu'à maintes reprises le public savant fut avisé qu'il se préparait quelque chose. Ainsi, dès le. milieu du siècle dernier, Irico, docteur de l'Ambrosienne, parlant d'un Missel du ixe siècle & peut-être, disait-il, du vme, qui se trouvait alors en la possession personnelle de son préfet, Saxi, finissait par

(1) Martin Gerbert, Monumenla vet. lit. Alan., pars I.. typis San-Blasianis, 1777.

(2) Pamélius, Liturgica Latinorum, t. I ; p. 293 à 357, Cologne, 1 57 1 . Cf. la 1 ie p. de la préface.

(3) Daniel, Codex liturgicits Eccl. Univ., t. I. cap. 2.

(4) C'est le titre, classique du reste en ces matières, sous lequel nous travaillons à compléter les Patrologies de Migne & à les mettre au courant des publications postérieures.

(5) 11 doit être bien entendu que cette remarque est toute rétrospective. Nous devons donc ici protester d'avance contre une interprétation de nos paroles qui nous prêterait l'injustice & le mauvais goût de rendre responsables de cet état de choses les docteurs actuels de l'Ambrosienne. Le monde savant leur est trop redevable des plus signalés services pour qu'il puisse venir à la pensée de qui que ce soit de leur demander de faire face à tout à la fois. Nommer le docteur Ceriani, c'est tout de suite éveiller l'idée d'une réputation d'orientaliste hors ligne. Quant au docteur Mercati, sa belle découverte des Hexaples palimpsestes d'Origène est de date trop récente, pour qu'il soit nécessaire de rappeler à quels travaux absorbants & méritoires il est voué, aussi bien que le docteur Ratti, qui, non content de suffire seul à l'énorme tâche de ses Acla Mediolanensis Ecclesiœ, trouve encore le temps, aussi bien que ses deux collègues, de faire à tous les étrangers, de quelque langue qu'ils soient, l'accueil le plus serviable & le plus sympathique. Nous sommes heureux de leur exprimer publiquement ici notre reconnaissance pour la cordiale fraternité avec laquelle ils nous ont traités pendant notre long séjour. Ils ont du reste été les premiers à encourager chaleureusement notre publication des monuments de la Liturgie ambrosienne. A leurs yeux, sans doute, le domaine liturgique est un bien de famille chez les fils de dom Guéranger, &, somme toute, en passant des Cénomans de la Cisalpine chez ceux de la Transalpine, la liturgie de Milan demeure encore chez elle.

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cette belle promesse : Alia quœdam bujus generis exbibet codex clarissimi Saxii quœ tune promenda in lucem reservamus, cum typis trademus quœ de ambrosiana liturgia jubente Emo Cardinali et Arebiepiscopo Joseph Puteobonello consciïbiimis (i).

Plus tard c'est Giulini qui s'exprime ainsi : /// quest' ampia messe (del rito nostro ambrosiano) ha gia posta la falce un valoroso serittore, da eut del aspettare il publico d'essere pienamente istrutto sopra cosi importante argomento (2).

C'étaient là des promesses très alléchantes. D'autres n'ont pas manqué. Le public attend encore.

Se tromperait-on beaucoup si l'on attribuait toutes ces faillites à un souci trop vif de ne produire que des chefs-d'œuvre? C'était à coup sûr une préoccupation louable, mais les travailleurs n'en demandaient pas tant. Ils auraient donné volontiers toutes les dissertations de Fumagalli (3) par exemple, & même les savants redressements de Mazzuchelli, pour de simples, mais bonnes & fidèles copies, livrées à l'impression & au public, des pièces ellesmêmes du dossier.

Nous ne prétendons guère faire davantage aujourd'hui. Persuadés qu'on nous saura gré d'aller sans plus de retard au plus pressé, nous n'avons d'autre ambition pour le moment que de jeter enfin dans la circulation chacun de ces manuscrits élémentaires, sur lesquels il sera toujours trop facile de disserter à perte de vue & à peu près sans résultat, tant qu'on ne les aura pas placés sous les yeux & mis à la disposition des hommes compétents ou cherchant à le devenir.

En même temps que nous versons au dossier de la Paléographie musicale, la pièce qui lui revient de plein droit, le codex neumatique de la liturgie ambrosienne, nous préparons pour X Auclarïum de la Patrologie de Migne, la série complète des autres livres liturgiques milanais : Manuale, Sacramentaire, Psautier, Légionnaire, Evangéliaire, Homiliaire, &c.

Ainsi tous seront à même d'étudier à leurs vraies sources des questions qui seraient, croyons-nous, infiniment plus avancées à l'heure actuelle, si on en avait réuni plus tôt les éléments pour les examiner en eux-mêmes & dans leurs relations.

Sans aller plus loin que le champ de la Paléographie musicale, qui sait si le répertoire milanais analysé suivant la méthode comparative ne va pas nous livrer le secret de la composition même de notre répertoire romain? Qui sait si nous n'allons pas dégager là le type primitif ou, du moins, quantité de faits antérieurs à la codification, à la centonisation de notre Antiphonaire, & reconnaître le caractère de la loi musicale, qui aurait guidé la main du centonisateur dans les ressemblances maintenues, aussi bien que dans les modifications systématiques imposées à ses modèles. Mais n'anticipons pas. C'est ici une pure question d'ar-

(1) J. A. Iricus, Sacrosanctus Evangeliorum Codex S. Eusebii Magni, (Verceil), t. I. préface, p. xlii. JYlediolani, 1748.

(2) Giulini, op. hud., part. I. Milano, 1760. avant-derniére page de la préface.

(3) Fumagalli, Délie Antichita longobardo-milanesi; Milan. 1792-1793, tout le troisième volume. Cf. Osservaçioni di Pietro Ma^ucbelli Pre/etto del colkgio e délia biblioteea ambrosiana intorno al saggio storuo critieo sopra il Rito ambrosiano contenuto, &c Milano, 1828. in-40.

chéologie dans sa première période, la période des fouilles & des coups de pioche. Il s'agit de considérer la chose sous toutes ses faces. Il convient surtout de procéder lentement, en tâtonnant, jusqu'à ce que des observations minutieuses, réitérées, nous aient mis en possession de résultats certains & inébranlables. C'est par conséquent une affaire à traiter l'esprit entièrement libre de parti pris, largement ouvert à l'hospitalité des hypothèses même les plus contradictoires. C'est précisément par des essais entrepris prudemment, cela va sans dire, & l'œil toujours ouvert, mais sans trop savoir où l'on aboutira, sans volonté préconçue d'assujettir les faits aux conjectures, qu'on arrive le plus sûrement à la vérité dans ces matières.

L'entreprise en vaut la peine. Les origines & les rapports du chant milanais & du chant romain une fois déterminés, est-il besoin de faire remarquer qu'une lumière très vive se trouve projetée du même coup sur les formes & les formules liturgiques elles-mêmes? C'est une contribution très neuve & très féconde apportée à la solution de plusieurs problèmes pendants.

Combien aussi de points d'interrogation peuvent surgir au jour le jour, au fur & à mesure que le déblaiement du terrain met à découvert des éléments nouveaux.

Nous avons précisément sous la main un des exemples peut-être les plus curieux & les plus intéressants de ces problèmes inopinés. Il s'agit d'expliquer l'origine de la double concordance d'une pièce ambrosienne, avec un thème bysantin & un thème romain. Il n'y a pas si longtemps que le thème bysantin dormait encore enseveli dans les bibliothèques. Le cardinal Pitra, qui l'en a tiré, n'a pas songé, chose extraordinaire de sa part, au rapprochement que nous allons dire. Nul doute sans cela qu'il n'eût ouvert les aperçus les plus originaux sur un fait qui ne laisse pas, nous le répétons, que de retenir assez vivement l'attention.

Il s'agit d'un répons de la semaine sainte, qu'on trouvera f° i22reoto(i) de notre Codex Britannicus, au cours des matines de la sixième férié in Authcntica. Ce même répons existait autrefois dans les livres de chœur romains. On peut le lire dans Tommasi, au tome IV de ses œuvres, p. 9 1 , édition Vezzozi (Re sponsor iale et Antipbonarinm Romance Ecclesiœ){2).

Comme il ne faut rien négliger, ajoutons que l'Antiphonaire de Compiègne (ix-xe siècle) en donne seulement les premiers mots, & cela le samedi saint, & sous la rubrique d'un verset du répons précédent (3).

Mais la coïncidence incontestablement la plus intéressante est celle d'un cantique acros-

(1) P. 243 de notre reproduction.

(2) D'après M. l'abbé Batiffol qui le reproduit, p. 1 13 de son histoire du Bréviaire Romain, il était au nombre de « ces admirables répons dont Amalaire dit expressément qu'ils sont l'œuvre des maîtres de l'Eglise Romaine : Composita sunta magistris sanclœ romance Ecclesiœ. » (p. 1 1 1). D'après le même auteur (ibid. p. 1 12), l'office du vendredi saint auquel appartient ce répons serait « sûrement une pure création romaine ». On va voir s'il est possible de s'en rapporter sur ce point à Amalaire, en admettant qu'il ait voulu dire cela, ce qui n'est pas démontré.

(3) Migne, Patrolog. lat., t. 78, col. 768. ou bien opéra S. Gregorii, (édit. de 1705) t. III, col. 783.

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tiche du mélode Romanus. Ce cantique, dans le recueil de Condacia de Turin qui l'a fourni au cardinal Pitra, est affecté au vendredi saint sous ce titre : KovSàxwv -?, kyia xal \urfeik-Q ;', î'.ç to raxOo; toû xupîou rijjiûv Iï)<70Û Xpwroû xal sic touç Orc.voj; ttJç Bsotoxoi», tpépov xxpooTivtôa' toj Tareivoû Po>u.avoû. (i).

Il se compose de 38s vers, dont 7 réservés au proœinium ou antistrophe, les 378 autres répartis 21 par 21, en 18 tropaires ou strophes commençant chacune par l'une des lettres de l'acrostiche toû toissivoû 'Pw^avoû. C'est ainsi que Ybumble Romanus signait ses compositions. Notre rapprochement porte principalement sur le quatrième tropaire. Mais avant d'en disposer le texte parallèlement à celui du répons ambrosien & du répons romain, nous croyons utile de rapporter également l'antistrophe & le premier oïxoç ou deuxième tropaire. L'un & l'autre contiennent des éléments qui se retrouvent dans les pièces latines.

Tôv o'.' ripû^S TTajowOivra, orj7£ itàvxeç, jut/^wu-v.

AÛtov yàa xaTelSev Ma via £-1 ç'j),0'j. xal êXevev E'. xal ircaupôv ûisouiveiç, crû ÛTcàpve'.ç 6 ulôç xal 9e6ç ulou.

H-Jov lo'.ov xpva

rS'ji (T'$a.vhv IXxôuevov 7|XoXou6ei, Map la, Tpu^Ofiivï), u.e6' érépwv Y^vaixâv, TaÛTa [louera- Ilo'j nopeuT), téxvov ; Ttvoç yâp'.v tov Tavuv vûv teXsïç ôpôuov ; Mr, ETepoi; yàpioç -â).'.v Èorlv èv Kavâ, xxxeï vuvl TneuSetç, 1/ :; uoaTOç kutoÎcj

O'.VOV TCOWJOTnÇ :

(juvsXOiù 70'.. xéxvov, r, uietvto ~: uiâXXov ; oô^ u.ot Xéyov, Aôye, UL7) T'.ycôv ïtapéXflïjç v.s, 0 à.-'//,/ TY,p/,7a^ v.z, ô jloç xal <-hoç uiou.

Pro nobis crucifixum, venite omnes, celebremus.

Ipsum enim vidit Maria affixum ligno, & aiebat :

« Tametsi crucem sustineas, « tu es manifeste « filius ac Deus meus. »

Suum ipsius agnellum ut agna aspexit ad caedem raptatum, Maria sequebatur, mœrore confefta, cum caeteris mulieribus, haec lamenta edens :

« Quo vadis, fili ?

« cur praecipitem « nunc cursum agis?

« an forte alizé sunt nuptia:

« iterum in Cana, « & hue properas, « ut ex aqua illis « vinum facias?

« tene comiter, fili, « an te exspectem potius?

« Da verbum mihi, o Verbum, « ne silentio me pœtermittas, « qui castam servasti me, « filius ac Deus meus. »

(1) AnaMa Sacra Spicilegio Solesmensi parata edidit J. B. Pitra, t. I, p. 101; Paris, Jouby & Roger, 1876.

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(^ùx t^tciÇov, réxvov, &c.

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