Antiphonaire
Ad Matut. F$. post hymnum i
Antiphona I I
Antiphona II I
IO
IO
Antiphona 111 1
% ad Led. 1 i
If ad Left. Il I
in Benediiftus (Ana) I
Antiphona ad Crucem I
in Cantemus (Aiïa) I
IO
in Benedicite (Aria) I
in Laudate (Ana) |
Psallenda in baptisterio I
Psallenda in alio I
Ingressa I
Psalmellus I
y. in Alléluia I
Antiphona post Evangelium I
Offertorium I
Confraftorium I
Transitorium I
IO
Antiphona in Choro I
Bj!. in Choro I
Antiphona in Magnificat 1
Psallenda in Baptisterio I
Psallenda in alio I
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
rent leurs particularités, nous représentons les textes par des numéros d'ordre exprimant le rang qu'ils occupent, du premier au dernier dimanche, dans chacune des révolutions circulaires dont nous parlons. Un caractère spécial désigne le point terminus des séries.
Enfin pour achever de donner a la constatation toute la netteté possible, nous groupons ci-dessous d'une façon synoptique, les diverses séries classées, non plus suivant leur rang de voisinage effectif, mais d'après la similitude de leur récurrence.
Ad Mat. r?. p. hym.
Aiia ad Crucem
Ana III
Ad Vesp. r/. in choro
f?. ad Le«fl. I
Ps. in alio
Ps. in bapt.
Or. sup. pop.
y. in Alléluia
Or. sup. sind.
Ad Mat. r/. ad Left. II
Or. sup. obi.
Ana. in Ben.
Praefatio
Post Communionem
Ad Mat. Ps. in alio 7
Psalmellus 7
Ad Vesp. Aiia in choro 7
Ps. in bapt. 7
Ad Mat. Ana in Ben. 8
in Laudate 8
Aiia p. Evang. 8
Confraftorium 8
Ad Mat. Aiia I
Ingressa
Offertorium
Ad Mat. Aiia II
Aiia in Magnificat
Ad Mat. Aiia in Cant.
Transitorium
Nous ferons encore sur le tableau deux remarques. La première concerne les éléments qui y sont entrés : c'est, en somme, la liturgie tout entière de la messe aussi bien que celle de l'office. C'est en effet toute la liturgie du Temps après la Pentecôte qui, dans l'Ambrosien, demeure réduite aux sévères proportions d'un répertoire rudimentaire à épuiser, reprendre, épuiser encore & reprendre invariablement, au fur & à mesure de son insuffisance chronique. On ne trouve, en un mot, sous un régime différent que la distribution des lectures liturgiques. Mais le principe qui régit celles-ci suppose un autre ordre d'idées (i). Quant à la distribution des psaumes, elle-même est basée sur un principe si évidemment analogue à celui qui régit ici l'euchologie & l'hymnodie, qu'on serait tenté d'y voir le type
(1) Ce n'est pas que cet élément nouveau n'ait aucun rapport avec l'objet qui nous occupe, mais précisément la nature de ce rapport, la priorité de l'institution des leclures liturgiques sur celle de l'euchologie, de l'hymnodie, &, d'une manière préjudicielle, sur les procédés & progrès de la fériation de l'année & de ses parties, ou vice versa, ce sont là tout autant de questions qui n'ont jamais été abordées ex professo, & que nous ne sommes pas en mesure de trancher. Il y a là toute une accumulation de problèmes encore mal éclairés & qui mériteraient une étude approfondie. Ici encore la comparaison des usages des diverses liturgies peut seule nous assurer la possession du terrain & nous mettre sur la voie d'intéressantes découvertes. Elle ne peut manquer de nous fournir, en tout cas, un certain nombre d'observations & de faits, qui, bien classés & considérés attentivement, permettraient peutêtre de faire, à tout le moins (& c'est bien quelque chose), l'histoire de la Leclure liturgique depuis la Synagogue jusqu'à la fixation définitive des Légionnaires, Epistolaires, Evangéliaires, &c. Que, par exemple, les liturgies romaine, ambrosienne & mozarabe se rencontrent pour placer la leclure de la Genèse au moment du Carême ; que le Mozarabe & l'Ambrosien lisent de concert les Proverbes aux heures du jour, également en Carême, ce sont là des rencontres qui ne tiennent pas au hasard & qui doivent avoir une signification. A côté de cela la continuité des le&ures bibliques ^v/- ordinem à travers l'année, ou bien l'attribution à certains jours de péricopes déterminées, ou encore tantôt la liberté laissée au président de l'assemblée chrétienne, évèque ou autre, de désigner lui-même le passage à lire & son étendue, tantôt la fixation canonique d'une répartition invariable de toutes les péricopes de l'année, sans parler de certaines coagmentations diatessariques des textes, toutes ces questions & d'autres encore sont autant de chapitres du livre qu'il y a décidément à écrire sur l'histoire de la Lecture liturgique.
même dont l'ordonnance euchologique & hymnodique ne serait après tout qu'une application, ou mieux une amplification, peut-être devrions-nous plutôt dire un retentissement & un développement naturel, tellement sont liées étroitement à la psalmodie l'hymnodie antiphonique & responsoriale, &, pour une très grande part, l'euchologie elle-même. Pour choisir immédiatement un exemple obvie, il n'est guère possible de contester que le nombre de deux Re sponsor ia post Hymnum, ad Matutinum, dans notre tableau, ne soit corrélatif au système de distribution semi-hebdomadaire des psaumes dans l'église de Milan, la récitation du Psautier ne s'y accomplissant que de quinze en quinze jours, tandis qu'à Rome, elle s'exécute chaque semaine, & chaque jour chez les Grecs.
Notre seconde remarque sur le tableau sera brève. Nous ne voulons que signaler le fait que voici. A partir du premier dimanche d'Octobre jusqu'à la fin, c'est-à-dire au troisième dimanche après la Dédicace inclusivement, on remarque un bouleversement dans les séries des pièces de l'Antiphonaire. La succession est brusquement interrompue partout, & l'ordre une fois troublé ne parvient pas à se rétablir. Il est assez probable que la régularité du mouvement circulaire aura été déconcertée dans les derniers dimanches par l'interposition de la Dédicace. Mais cette désorganisation ne se remarque que dans la partie chorale (2. Antiphonaire)] elle n'atteint pas la partie euchologique (1. Sacramentaire). Du Ier dimanche au 25e celle-ci évolue sans le moindre heurt, sans substitution ni soustraction d'aucune sorte. Qu'est-ce à dire? sinon que le règlement de l'Antiphonaire, sur ce point, serait antérieur, & le règlement du Sacramentaire postérieur à cette Dédicace. Cela pourrait nous mettre en mains définitivement d'intéressantes données chronologiques. Maintenant le lecteur ne doit pas oublier qu'en ce qui touche la répartition des formules euchologiques, nous n'avons fourni qu'un témoin de 151 5. Évidemment cette répartition est bien antérieure. Mais nous sommes en ce moment dépourvus des éléments nécessaires pour assigner avec précision un terme plus ancien.
C'est pourquoi nous préférons ajourner une conclusion plus ferme. Qu'il nous suffise de laisser entrevoir de quelles ressources peut être à la critique, dans les matières que nous traitons, une méthode de travail qui s'en va chercher ses moyens d'observation dans les infiniments petits auxquels l'accoutumance ne nous avertit pas de prendre garde. Dans tous les monuments liturgiques, même (nous allions dire surtout) les plus défigurés en apparence sous l'alluvion des éléments disparates accumulés par les siècles, il est possible & il y a lieu d'isoler des fragments archaïques, quelquefois de vieux murs tout entiers demeurés intacts au milieu de ce qui les entoure, bref, des substructions qu'il importe de traiter avec toute la délicatesse & la sagacité requises dans les fouilles de ce genre. C'est toute une étude d'appareils architectoniques en quelque sorte. Il serait grandement à souhaiter qu'encouragés par les résultats de cette méthode, les spécialistes se décidassent enfin à pousser plus activement qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici l'étude archéologique des liturgies d'Orient, dans toutes leurs manifestations, & qu'on traitât leurs monuments (à publier, d'ailleurs, au préalable) comme nous venons de dire, c'est-à-dire en leur appliquant notre procédé d'investigation.
Nous avons maintenant un dernier mot à dire au sujet du Sacramentaire de Bobbio.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN I I
Mais auparavant nous devons un soulagement à l'attention des lecteurs. Ceux d'entre eux qui ont eu la constance assurément méritoire de nous suivre jusqu'ici, n'ont sans doute pas manqué de se demander depuis quelque temps où nous sommes, où nous les menons, où finalement nous prétendons aboutir à travers tous ces méandres. Il est vrai que nous avons pris avec les lois du développement logique d'une thèse bien des libertés dont s'accommode assez mal au surplus la clarté de l'exposition. C'est un fait. Mais il est également vrai que nous nous sommes défendus (avec plus de sincérité que de constance) de vouloir écrire une thèse, n'ayant en vue que de communiquer au lecteur, loyalement & un peu à l'aventure d'un avant-propos, nos préjugés, nous ne dirons pas nos partis pris, mais du moins les systèmes dont il est bon de savoir que nous avons l'esprit hanté, pour apprécier (ou déprécier, le cas échéant) les procédés tendancieux qui pourraient nous trahir dans nos recherches ultérieures. A vrai dire, nous avons fini par jeter ainsi dans la circulation les idées favorites qui nous préoccupaient depuis longtemps & que l'occasion ne s'était pas encore présentée de livrer au public. On peut contester que l'occasion fût bien obvie dans la circonstance. Mais enfin nous avons cru l'apercevoir, la plume nous a brûlé les doigts &, qu'on nous pardonne,... c'est fait.
En y regardant bien toutefois, le sillon tracé jusqu'à présent peut être embrassé, somme toute, assez commodément moyennant les points de repère que voici.
Nous avons commencé par nous jeter in médias res, accumulant, semblait-il, à plaisir tout ce qui pouvait persuader d'aller chercher en Orient la patrie de l'Antiphonaire ambrosien, de la liturgie milanaise. A ce moment, par un brusque retour, nous avons déclaré, malgré toutes ces apparences, que la liturgie ambrosienne, comme la liturgie gallicane, la mozarabe, la celtique & la romaine, ne nous semblaient être que des évolutions chronologiquement distinctes d'une même liturgie latine, & respectivement immobilisées dans l'état d'isolement où elles se sont peu à peu trouvées aux diverses étapes du mouvement progressif de la liturgie romaine. Après quelques observations générales : sur l'unité liturgique universelle aux trois premiers siècles, sur la valeur caractéristique inégale & presque toujours insuffisante des particularités rituelles de détail, enfin sur l'exigence & les conséquences pour toutes les églises latines de leur commune appartenance hiérarchique à Rome, nous avons retenu l'attention sur la caractéristique bien autrement générale & décisive des deux économies euchologiques qui se partagent nettement, d'une part, tout l'Orient, &, d'autre part, tout le patriarchat d'Occident. Entrant dans l'analyse de ce fait, nous avons montré que l'économie occidentale, c'est-à-dire l'euchologie embolismique se présentait, en outre, dans tous les rites latins, entourée du même appareil de nomenclature, de diplomatique, d'ordonnance matérielle, &c. L'un des traits dégagés de cette analyse nous a conduits à reconnaître dans tous les répertoires, dans tous les fragments du type gallican, une convergence commune & sans exception vers une formule centrale Qui pridie quant patcrctur, dont nous avons en même temps démontré que la teneur était exclusivement romaine.
La constatation de ce fait nous ayant conduits jusque dans les sous-sols du Sacramcntaire ambrosien, les substructions gallicanes de ce Sacramentaire se sont trouvées mises à
Paléographie. V. 15
nu. La solennité même des jours où elles s'étaient maintenues ne permettait pas de douter que c'étaient bien là des témoins authentiques de l'état archaïque qui avait précédé l'état a&uel de la liturgie milanaise. Ainsi l'église de Milan prenait donc place à côté des églises des Gaules, à côté des églises d'Espagne, à côté des églises celtiques dans le classement liturgique ; ainsi prenait corps de plus en plus un fait corollaire de celui-là : il fallait bien reconnaître enfin que nous sommes en présence d'une étroite unité liturgique de type gallican, commune à tous ces groupes. Une fois reconnu pareil fait, une fois prononcé le mot d'unité liturgique qui le définissait pour la première fois avec toute la netteté de sa réalité, il a bien fallu le regarder de plus près, il a fallu se demander d'où venait définitivement cette unité, puisqu'elle ne vient pas d'Orient d'une part & qu'il est impossible de l'attribuer d'autre part à l'acceptation bénévole & unanime, dans toutes ces églises, d'une influence purement morale exercée par l'une d'entre elles sur les autres, en une question de discipline si considérable. Le problème ainsi posé nous acculait donc à la solution romaine & formait, par sa seule position, argument à priori dans le sens de cette solution. C'était rentrer par une voie nouvelle dans la confirmation de notre assertion générale.
Alors nous avons entrepris d'expliquer la possibilité de ramener, de réduire elle aussi la liturgie romaine au type gallican remis par là même en possession de sa dignité romaine primordiale. Divers obstacles paraissant s'opposer à cette opération, nous avons concentré toute la difficulté sur la question de la place des diptyques, la seule qui, tout bien considéré, maintenait l'écart entre les deux Canons, gallican & romain. Pour établir au contraire leur coïncidence, nous avons réuni divers faits tendant à prouver que les diptyques des vivants & des morts, insérés aujourd'hui dans le corps du Canon romain, non seulement n'y avaient pas toujours figuré, mais encore qu'ils avaient occupé la place que les oraisons Post nomina des Sacramentaires gallicans leur assignent. La légitimité de l'ablation des diptyques une fois établie, comme étant l'opération inverse d'une transposition antérieure, nous avons voulu, pour faire la contre-épreuve, nous assurer que le reliquat du Canon romain ainsi dégagé, pouvait & devait être identifié avec les formules gallicanes Post Sanclus & Postpridie, l'une préalable, l'autre consécutive au Qui pridie, point central de convergence déjà reconnu. Cette opération a entraîné par concomitance l'identification de l'épiclèse du Postpridie romain avec celle du Post pridie gallican. L'étude assez étendue de l'épiclèse, que nous avons alors esquissée, nous a révélé en même temps une nouvelle caractéristique à ajouter aux notes servant à reconnaître une seule famille liturgique dans tous les rits latins & une famille nettement distinguée de la famille orientale, nous voulons dire la communauté étroite de leurs allusions bibliques & de leurs procédés littéraires dans la signification symbolique du sacrifice.
L'unité primordiale du groupe occidental tout entier ainsi recouvrée par hypothèse, notre curiosité s'est portée à nous enquérir des étapes qui peuvent servir à jalonner les déviations graduelles du type primitif ou plutôt à rechercher par quelle succession ou variété de demi-mesures ou de mesures radicales les monuments typiques se sont peu à peu mis en harmonie avec le Romain réformé.
Sans entrer dans le détail de cet examen, nous avons eu la bonne fortune de découvrir
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
dans le Sacramentaire de Bobbio tout un ensemble de substru&ions qui nous représente l'état des choses surpris en quelque sorte en plein exercice, au commencement du v° siècle (i).
Nous en sommes là. La date de ce que nous appelons le document A de Bobbio se trouve à peu près circonscrite, & déjà le simple examen de la table des matières, ou, si l'on veut, du Calendrier de ce document nous a livré d'importantes acquisitions liturgiques. Nous ne pouvions pas négliger de recueillir des conclusions se rapportant si à propos à notre sujet. Ainsi nous voilà maintenant rapprochés autant que possible des origines de l'euchologie eucharistique. Disons même qu'on n'était jamais arrivé par la voie des monuments techniques à toucher d'aussi près les incunables de la liturgie latine, à prendre contaft avec ses premiers développements. Nous sommes désormais bien avertis, par la réserve avec laquelle sont encore traités le Propre des Saints, le Propre du Temps, les groupes cardinaux du cycle pascal, à l'époque de A, qu'il faudra plus que jamais être extrêmement circonspect dans la supputation de l'âge d'un assez grand nombre d'offices propres à ces diverses catégories, dont les Sacramentaires & les Antiphonaires romains les plus vénérables sont déjà largement fournis.
Ce serait toutefois céder à un entraînement de circonspection excessive que d'ériger en
(i) Plus on étudie le document A, plus il semble en effet que cette date s'impose à l'impression. Aux motifs déjà exposés qui tendent à le persuader, ne pourrait-on par hasard ajouter le suivant? Dans aucun cas, le document A n'emploie pour désigner Notre-Dame le ©îotoxo; latin, c'est-à-dire le Dei Genitrix du concile d'Ephése (430). Dans les six endroits où la « Missa sanclce Mariez solemnitate » donne le nom de Maria, on ne voit employer encore d'autre qualificatif que venerdbilem Mariant (première collecte), beatee Marice (CoIIeclio, deux fois), sanclce Marice (Post nomina), beatee Marice (ad pacem), venerabilem Mariant (Contestatio). De même, « in Vigiliis Natalis Domini » : Mariant ntatrem, simplement (Colleétio), Mariée par tum... Hodie quippe Maria Christum genuit (ad pacem), sacree Marice utero (Contestatio). De même encore comme conclusion de la troisième « Missa dominicalis » : per intervention santlce Marice. Le document S au contraire est franchement postérieur au concile d'Éphèse, il n'a garde d'omettre la tessera de l'orthodoxie. Bien que la « Missa in Assumptione sancta; Mariae » n'ait que trois formules, il trouve moyen d'y placer deux fois la profession de foi antinestorienne : Virgo Dei Genitrix Maria (Contestatio), Dominicœ Genitricis (iere oraison). En revanche le document A se date d'un autre côté par l'insistance qu'il met à s'exprimer sur la virginité de Notre-Dame en termes qui semblent bien viser les hérésies combattues par saint Jérôme. (Cf. surtout la Contestatio de la « Missa san<£foe Mariae solemnitate ».)
Ce n'est pas à dire, pour cela, que ce document ne contienne point de formule antérieure à saint Jérôme. Il suffirait, pour prouver le contraire, de jeter les yeux sur la « M(issa) unius martyres » (Cf. Migne, P. L., LXX1I, col. 526), notamment sur l'oraison ad pacem, qui nous reporte en pleine époque de persécutions : « ...jubeasesse... in persecutione firmos... ut si nos dies persecutionis invenerit... » Cette même messe est d'ailleurs remplie de traits archaïques, celui-ci par exemple, qui nous transporte au milieu même de l'assemblée réunie à la Confession du martyr : « ...custodi locum istum... vel ontnes convenientes in eo... ut mereatur hic locus martvris gratiam qui misit eumdem martyrem ad coronam... » La messe qui suit celle-là, de uno confessore (ibid. col. S27), nous offre un autre trait de bonne époque aussi, dans le Post nomina : « ...ut cujus depositionem colintus... », qui nous met en contact direct avec le point de départ immédiat de la liturgie des saints non martyrs. Nous avons déjà noté un trait semblable dans le titre de la messe de saint Martin. — Mais pour ce qui est de nous circonscrire précisément dans les premières années du ve siècle, on peut encore noter l'absence, dans notre Bobiensis. de toute formule analogue à celles qui, depuis saint Pierre Chrysologue (vers 450), donnent au ier janvier son caractère de réaction contre l'idolâtrie. (Cf. la « Missa ad prohibendum ab idolis »> des kalendes de janvier, dans la plupart des anciens Sacramentaires.)
Il6 PALÉOGRAPHIE MUSICALE
canon universel un système festival & férial qui peut fort bien n'être plus à l'époque où nous en constatons encore l'existence qu'une singularité, une exception arriérée. Ce serait évidemment forcer la note aussi que de vouloir faire dépendre absolument & exclusivement le développement de l'Antiphonaire, même pour les chants de la messe, de celui du Sacramentaire. Aujourd'hui encore la partie chorale du Missel demeure bien plus stationnaire que la partie euchologique. Mais à l'origine, nous serions tentés de le croire, les deux recueils pourraient bien s'être trouvés au contraire dans un' rapport inverse de celui-là. — On pourrait tirer argument à cet égard de la différence de stratification que nous avons constatée plus haut dans la succession des séries de l'Antiphonaire & du Sacramentaire ambrosiens, à partir du iei dimanche d'octobre. — L'Antiphonaire romain ne manquerait pas non plus de nous montrer, lui aussi (très probablement avant même l'époque (vne s.) où nous place l'âge paléographique de la compilation de A & de S), presque chacune des fériés de Carême pourvues d'un chant propre, alors que nous en sommes si loin dans le Sacramentaire de Bobbio, même amplifié & dilaté dans la mesure compatible avec les exigences naturellement restreintes d'une église isolée peut-être dans les montages & n'ayant pas à s'occuper d'une liturgie stationnale à laquelle elle ne participait pas. — Rien du reste ne nous fait mieux toucher du doigt l'indépendance réciproque des deux développements que ce qui s'observe dans la liturgie grecque. L'immobilité de l'anaphore y laisse parfaitement place à la variété des chants & des lectures de la messe. — Quant aux Légionnaires, leur témoignage serait peutêtre encore plus décisif, s'il n'était à propos de se souvenir qu'ici la multiplicité des assignations de péricopes à travers l'année n'entraînerait pas nécessairement la preuve de l'existence de synaxes liturgiques correspondantes. C'est chose connue en effet, que l'antique caractère a-liturgique des fériés IV & VI, auxquelles nous voyons les anciens Légionnaires assigner des lectures pour toute l'année. Sous toutes ces réserves, nous maintenons notre observation & nous croyons qu'il faudra tenir compte, en tout état de cause, des révélations liturgiques dont l'étude du calendrier du document A peut être l'occasion.
Il s'en faut de beaucoup que nous ayons ainsi le total des indications suggérées par la découverte de A. Les questions se pressent en ce qui le concerne lui-même. Où ce document a-t-il pris naissance? Pour quelle contrée témoigne-t-il? Est-il seulement autochtone? Exprime-t-il l'état liturgique de la Haute-Italie, de Milan, par conséquent, au commencement du ve siècle? Ou bien a-t-il été apporté à Bobbio par saint Colomban ? Et saint Colomban lui-même, où l'a-t-il pris? L'a-t-il apporté d'Irlande ou des Gaules?
Sans soulever autant de problèmes, le document S ne laisse pas que de provoquer aussi l'une ou l'autre de ces interrogations. Or de telles questions ne peuvent pas nous laisser indifférents. Est-il nécessaire de signaler l'importance qu'il y aurait pour nous à acquérir, par exemple, la certitude du caractère ambrosien de l'un ou de l'autre? surtout de A. Cette acquisition nous livrerait aussitôt tout un calendrier ambrosien primitif, &, par conséquent, un fil conducteur pour nous guider dans les catacombes de notre Antiphonaire & nous permettre d'en dégager le massif fondamental, débarrassé préalablement des alluvions qui l'auraient recouvert.
ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Disons-le tout de suite, en procédant par éliminations successives, S du moins n'est pas ambrosien. On peut & l'on doit écarter sa candidature d'un seul mot. Les litanies des Rogations y figurent avant l'Ascension. Or rien n'est plus connu que cette singularité de l'église ambrosienne à savoir que les Rogations y sont, chez elle, postérieures à l'Ascension & préparatoires à la Pentecôte. S n'est donc pas ambrosien.
Nous pouvons du reste, sans tâtonner davantage, nous prononcer immédiatement sur l'origine précise du manuscrit total, abstraction faite des deux sources dont il est le confluent. En ce sens il est autochtone. Il a été écrit pour Bobbio même. C'est presque dit en toutes lettres dans les formules d'une fête appartenant à S ; & il est en vérité surprenant que ni Mabillon cherchant à déterminer sa provenance, ni Muratori, bref aucun de ceux qui se sont occupés du manuscrit trouvé à Bobbio (1), n'ait pris garde à une allusion topographique parfaitement évidente & qui méritait au moins d'être relevée. La « Missa in honore sanfti Michahel » (2) s'exprime ainsi :
i° Dans la secrète : « Preces populi tui, Domine, dignanter exaudi ut... in culto templi hujus ob honorem sanfti archangeli tui Michaelis... »
20 Dans la Contestatio : « ...in die festivitatis hodiernas, quo in honore beati archangeli Michaelis dedicata nomini tuo loca sacris sunt instituta mysteriis. »
Une lacune dans la première collefte ne permet pas de décider si à la suite des mots : ut in bac sollemnitate quam sub tui nominis invocatione in honore archangeli Michaelis... on lisait en outre quelque nouvelle précision dans le sens du templi hujus de la secrète. Mais il suffit d'une mention de ce genre. Il y a là évidemment une allusion soit à la dédicace, soit à l'anniversaire d'une église dédiée à saint Michel, & cette église est précisément celle pour laquelle les formules dont il s'agit ont été composées {templi hujus) ; en d'autres termes il s'agit de l'église du Sacramentaire.
La question est de savoir s'il y avait, au vne siècle, une église dédiée à saint Michel, soit à Bobbio, soit aux environs. Le fait est qu'il existe encore au haut des montagnes sises en face de Bobbio, sur la rive droite de la Trebbia, une grotte dite de Saint-Michel. Il est constant d'autre part que cette grotte a toujours appartenu au monastère de Bobbio. Mais il y a mieux. Sur le penchant de la montagne, il existait encore au commencement du xvne siècle une église en ruines dédiée à saint Michel, & cette église en remplaçait elle-même une plus ancienne érigée, dit-on (3), par saint Colomban & que le temps n'avait pas plus respedée. Cette église, après s'être appelée Saint-Michel de la grotte, avait fini par être indifféremment désignée sous le nom de Saint-Michel et de Saint-Colomban de la grotte. Quelque temps
(1) Les derniers éditeurs (Neale & Forbes, The ancient liturgies of tbe Gallican cburcb, Burntisland, 1855, p. 205) traitent la chose avec désinvolture : « We hâve ventured to change the title of this sacramentary, to prevent confusion with the last one. The MS though found by Mabillon in the Monastery of Bobio is evidently not drawn up for a Monastic community. It had probably been carried from Luxeuil by S. Columbanus, and from the mention of S. Sigismund of Burgundy, we hâve called if after Besançon. » Et c'est tout. Un peu plus de profondeur eût mieux justifié la prétention des éditeurs de faire mieux que leurs devanciers.
(2) Migne. P.-L., tome LXXU, col. 335. (Mus. ital., I, 356, Muratori, Lit. Rom. vet., II, 902.)
(3) Cf. A. Gianelli, Vita diS. Cohanbano . . . , Torino, 1894. p. 186, sq.
Il8 PALÉOGRAPHIE MUSICALE
église paroissiale elle-même, elle fut plus tard incorporée à la paroisse de son ancienne succursale, San-Lorenzo di Rossi. Quant à la grotte, elle est encore pleine de souvenirs de saint Colomban (i).
Il est vraiment bien inutile, après cela, d'aller jusqu'à Besançon chercher l'église pour laquelle notre Sacramentaire a pu être compilé. L'appartenance à Saint-Michel de Bobbio est encore soulignée par le choix du passage de Daniel relatif à saint Michel, assigné comme lecture prophétique dans la Missa cottidiana placée tout au commencement du Sacramentaire. Cette messe est difficilement assignable au document A comme au document S, à l'exclusion de l'un des deux ; mais, c'est à peine douteux, cette lecf ure doit avoir un lien avec le vocable sous lequel était placée l'église où l'on en faisait l'usage journalier suggéré par son titre. A ce propos Mabillon déclare que s'il comprend bien le motif de l'adaptation du passage de l'Apocalypse à la Missa in honore sancli Michael, puisqu'il y est question de son combat, en revanche il ne voit pas ce qui a pu déterminer le choix de l'évangile de la Transfiguration. Il est certain qu'il est mnlaisé d'assigner un rapprochement satisfaisant pour nous. Mais il faudrait peu connaître le moyen âge pour s'étonner qu'il ait pu suffire aux moines irlandais de Bobbio d'une simple analogie dans l'élévation de la montagne du Thabor, & de la montagne de l'Apparition de saint Michel, soit au mont Gargano, soit même au lieu de la grotte de saint Colomban, pour justifier une adaptation accommodatice d'une subtilité qui nous fait sourire, mais dont leur époque était coutumière (2).
Quoiqu'il en soit de ces menus détails, une chose demeure certaine, c'est que la compilation de A & de S & des autres parties que nous n'avons cherché à restituer à l'un ni à l'autre, a bien été dressée pour le monastère de Bobbio. On serait tenté d'en relever un nouvel indice dans le surcroît d'égards dont saint Jean-Baptiste est l'objet dans ce Sacramentaire. Il ne faut pas perdre de vue les obligations étroites qui liaient saint Colomban & ses
(1) Nous devons à l'extrême obligeance de M. le chanoine Cesare Bobbi, vicaire général de Bobbio, la communication de quelques anciens témoignages puisés par lui dans les archives de l'évêché, à défaut des archives & de la bibliothèque de Bobbio dispersées aux quatre coins de l'Europe. Nous extrayons du savant mémoire qu'il a bien voulu nous envoyer à ce sujet les notes suivantes. Nous ne pouvons mieux faire que de les transcrire, en le priant de vouloir bien agréer une fois de plus tous nos remerciements pour la générosité de sa communication.
Anno 1590. Dal Reg. O dell' archivio vescovile di Bobbio a pag. 309 sonvi poche notizie sul monastero di S. Columbano, firmate da M. Bellini, vescovo di Bobbio, dove tra l'altro sta scritto : « Vi sono due priorati uno di S. Martino vicino a meçço miglia, l'altro di S. Michèle vicino a tre miglia, detto della spelunca perche fu il speco di santo Colombano, ed hora abbandonatissimo. » — Anno 1 596. « Vacante Ecclesia campestri seu rurali S. Columbani de spelunca et S. Michaelis. » — Anno 1603, in aclis synodi Bobiensis, inter alios qui solverunt cathedraticum, reperitur « Prior Ecclesiœ parochialis S. Michaelis seu S. Columbani ad Speluncam ; bis verbis « Rev. Celerarius mon. S. Columbani Bob. pro Ecclesia S. Columbani ad speluncam. » — Anno 1606. In libro S. Visitationis Dni Epi Aulari : « Die septima mensis maii. Diis Episcopus accessit ad visitandam Ecclesiam sancli Laurentii loco Russi tamquam capcllam sive membrum Parochialis Ecclesiœ S. Michaelis de spelunca, nunc dirute in parte, existentis sub cura monasterii et Abbatis S. Columbani Bobii... et a presbytero Joanne Manfredo Barbarino redore et curatore pro cura animarum ejusdem Ecclesiœ S. Michaelis de spelunca matricis. » — Anno 1643, die i8oftobris : « Provisio recloris parocchialis Ecclesiœ SS. Michaelis & Columbani de spelunca, et Oratorii loci Rutii Diœc. Bobiensis. »
(2) On ose à peine songer à un autre rapprochement (Bonum est nos hic esse : Faciamus hic tria tabernacula), qui aurait été sollicité par la prédilection de saint Colomban pour le Speco di san Michèle. Et cependant!
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
fils aux Lombards, & notamment à leur roi Agilulfe, fondateur & bienfaiteur de leur monastère. D'autre part il est connu que saint Michel & saint Jean-Baptiste étaient extraordinairement en honneur dans le royaume lombard, dont ils étaient même les protecteurs invoqués comme tels (1). Dès lors n'est-il pas possible de voir dans la Dédicace de saint Michel & dans la double messe de saint Jean-Baptiste un nouveau motif de penser que le Sacramentaire qui les renferme sort des mains des protégés d' Agilulfe, nouveaux venus à Bobbio? Ceci ressort mieux encore du caractère additionnel commun tant à la messe de la Dédicace de saint Michel qu'à la seconde messe de saint Jean-Baptiste. Additionnel en effet de deux façons, premièrement en ce que ces deux messes appartiennent à S, lequel est tout entier postérieur, & secondement en ce que celle de la Dédicace de saint Michel se surajoute à une « Missa in Dedicatione » déjà existante immédiatement devant elle, dans A, de même que celle de saint Jean-Baptiste fait immédiatement suite à celle que le même document A contenait déjà pour la nativité du même saint. La conclusion de la Colleclio ad pacem de la troisième ss Missa dominicalis » pourrait bien apporter son contingent à cette petite démonstration. La conclusion dont il s'agit est très inattendue dans une messe dominicale commune, & sa construction grammaticale trahit au surplus une interpolation maladroite : Pacem titam omnipotens da nobis per intercessionem beatissimi joannis baptistve mereamur accipere.
Nous tenions à bien fixer ce point de départ. Il importe de constater en outre que nous acquérons du même coup une notion chronologique qui ajoute à ce que nous savions déjà par les données paléographiques, une précision assez intéressante. L'écriture est du vne siècle. D'un autre côté, le canon de la messe, canon qui appartient à S, contient déjà le nom du pape saint Grégoire, entre saint Augustin & saint Jérôme, & cela de première main. Il est naturel que dans le royaume de Théodelinde, les diptyques aient inséré pareil nom de très bonne heure. Mais, ce n'est pas là que nous voulons en venir. Simplement la compilation se révèle ainsi comme ayant été faite après 603. Ce serait donc probablement entre 60) & 615, date de la mort de saint Colomban, qu'aurait eu lieu la dédicace de l'église sancli Michaelis de spelunca, & qu'aurait été écrit notre monument.
On le voit, c'est au document S, en définitive, que nous devons les deux résultats auxquels nous venons d'arriver. C'est lui qui nous a permis de localiser & de dater le répertoire dont il est un des affluents. S'en suit-il que pris dans son ensemble S ait, à son tour, le commencement du vne siècle & Bobbio pour date & lieu de naissance? Ceci est autre chose. S'il est bien certain que le document A forme un bloc réel, c'est-à-dire représente le dernier terme d'une élaboration, ou plutôt l'état d'avancement d'une formation successive dont nous retrouvons, grâce à lui, l'empreinte stratifiée en quelque sorte au commencement du ve siècle, rien ne prouve qu'il soit légitime de considérer, à son tour, S comme ayant été
(1) Constantinus augustus... ad solitarium quemdam qui prophetiae spiritum habere dicebatur adiit, studiose ab eo sciscitans utrum gentem Langobardorum... superare... possit... Servus Dei... fa£k> mane... respondit : Gens Langobardorum superari modo ab aliquo non potest quia regina quaedam... basilicam beati Joliannis Baptistaein Langobardorum finibus construxit & propter hoc ipse beatus Johannes pro Langobardorum gente continue intercedit... (Paul Diac, éd. Waitz. lib. V, n" (>, p. 146-147).
introduit de toutes pièces, à un moment donné, dans le document plus ancien. S évidemment n'a jamais existé isolé. Seulement on pourrait se le représenter soit comme étant la somme des emprunts faits par un seul compilateur, saint Colomban, par hypothèse, à un Sacramentaire local plus au courant que A, soit comme étant l'ensemble de ses travaux personnels exécutés dans le but de remplir, en une seule fois, les lacunes de A, soit comme étant un total d'insertions diverses faites à des époques également diverses, mais toutes déjà placées sous le régime liturgique où les secrètes sont substituées aux collectes Ad pacem & Post nomina. De ces trois hypothèses, laquelle est la plus probable? A notre avis c'est la troisième, & celle-ci n'exclurait d'ailleurs ni l'hypothèse des emprunts, ni celle des compositions nouvelles, mais alors avec cette différence qu'il s'agirait simplement d'une contribution quelconque au résultat final.
Au reste il paraît impossible de déterminer & de distinguer dans S ces diverses sources. Tout ce qu'on peut faire, c'est de constater ses rapports avec l'un ou l'autre des monuments liturgiques avec lesquels il peut se rencontrer, mais dont il demeure en tout cas l'aîné; & la question subsiste tout entière de reconstituer le ou les documents x (?) qui ont fourni leur apport à l'un comme aux autres.
Dans cette hypothèse, du moins, nous n'avons plus à nous préoccuper de localiser S, puisqu'il n'existe pas comme tel. Tout au plus peut-il être intéressant de faire préalablement la part de ce qui correspondrait évidemment au temps de la compilation, comme, par exemple, la Dédicace de saint Michel & la Passion de saint Jean-Baptiste. Pour le reste on en est réduit aux conjectures. Seulement ici la localisation de A peut être d'un grand secours.
C'est donc au problème de A que nous sommes ramenés. Lui aussi peut être confronté avec les autres monuments liturgiques, & cette double confrontation ne laisse pas que de nous donner des résultats fort curieux.
Il nous faut remarquer ici trois choses : la multiplicité des points de contact en même temps que leur caractère sporadique &, qu'on nous passe le mot, leur éclectisme. Nous nous expliquons. Les rapports de A (aussi bien, du reste, que ceux de S) ne nous renvoient pas à un monument particulier, c'est à tous indistinctement qu'ils nous adressent. Tantôt c'est l'Ambrosien qui sera seul visé, tantôt ce sera le Grégorien, tantôt le Gélasien, tantôt le Gallican, le Léonien, tantôt même plusieurs à la fois, mais sans qu'il soit possible, à ce point de vue, de rattacher notre document à l'un plutôt qu'à l'autre type. C'est ce que nous appelons l'éclectisme de ses relations. Nous accusons également leur caractère sporadique & ceci, de prime abord, peut paraître contradictoire, puisque nous reconnaissons en même temps leur multiplicité. Il suffit de s'entendre, & l'observation que nous allons faire a, croyons-nous, une réelle portée, d'autant plus que son application dépasse de beaucoup l'unique recueil gallican dont nous nous occupons. D'abord il arrive le plus souvent que les cas de rapprochement appartiennent, dans le Bobiensis & dans le monument qu'on lui compare, à des rubriques différentes, soit qu'une pièce affectée ici à une messe le soit ailleurs à une autre, soit encore qu'une formule qualifiée Contestatio dans le Bobiensis se retrouvera ailleurs à l'état de simple oraison, ou vice versa. Ensuite ce n'est pas par séries complètes
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que s'opèrent les rapprochements. Mais, par exemple, une messe donnée du Bobiensis sera d'accord avec l'Ambrosien pour la première de ses formules, au moins quant au texte (puisque celle-ci pourra d'ailleurs recevoir dans l'un & dans l'autre des qualificatifs & des destinations dissemblables), la deuxième du Bobiensis sera conforme à telle autre du Gélasien, la troisième ressemblera à une pièce quelconque du Grégorien, la quatrième à l'un des matériaux divers de Saint-Gall & de Reichnau dont le texte & les notes du Sacramentaire de Gerbert sont encombrés, enfin la cinquième à une pièce de l'un des Sacramentaires gallicans de Tommasi. Les très rares exceptions que nous aurons à relever n'en seront que plus dignes d'attention.
Comme il ne saurait être question d'attribuer, d'une part, de si nombreux points de similitude, &, d'autre part, une si capricieuse disposition à un travail de compilation arbitraire qui aurait fait délibérément de A une mosaïque des différents types, ne serait-il pas plus simple & peut-être plus historique aussi d'admettre à la base de ceux-ci comme de celui-là un prototype? Il n'est pas impossible en somme que le Bobiensis ne reflète plus fidèlement que tous l'état primordial, & les autres monuments seraient des éditions remaniées, retouchées, augmentées, bouleversées à diverses époques & par autant de mains qu'ils forment de familles nettement distinctes.
Nous n'allons pas, — ce serait absurde, — jusqu'à donnera entendre que l'euchologie latine est une production littéraire unique & que les répertoires gallicans, par exemple, ne contiennent que cela, mais différemment, alius sic, alius vero sic, suivant l'édition qu'ils en reproduisent. Il est trop clair que des compositions spéciales, entièrement neuves, originales, se sont mêlées dans ces divers recueils au fonds commun. Peut-être même y ont-elles parfois pris une place absorbante où ce fonds commun aurait presque entièrement disparu. C'est précisément à dégager cette part d'originalité des compositions locales telles que celles d'un Musaeus (i), d'un Zenon de Vérone, celles aussi des réformateurs généraux, tels que saint Léon, saint Gélase, saint Grégoire (2) & autres, que peut contribuer notre système.
Ce n'est, ni plus ni moins, nous nous en rendons parfaitement compte, que toute une révolution dans le traitement critique des Sacramentaires des différents types que nous proposons là, & le travail statistique qui en serait l'instrument pourrait aboutir à échelonner chronologiquement, avec une précision relative, ce que nous appellerions volontiers les périodes celtique, gallicane, ambrosienne, gélasienne & grégorienne de l'euchologie latine. Aussi n'est-ce pas au hasard que nous posons la question, mais après expérience faite, sinon mûre encore, de la très utile & très lumineuse contribution d'observations précieuses qui résultent d'une recherche instituée sur toute la ligne & l'esprit bien éveillé dans cette direction.
Nous allions oublier d'ajouter qu'à côté de ces relations générales de document à docu-
(i)Cf. Gennadius, ap. Migne, P. L., LVI1I, col. 1099, cap. 67; col. 1103, cap. 78, cap. 79; col. mis, cap. 94; col. 1087, cap. 48, &c.
(2) Cf. le Liber Pontificalis, éd. Duchesne, tome 1, page 257, note 14.
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ment, la comparaison du texte lui-même des pièces mises en contact révèle tantôt une conformité si étroite, tantôt des variantes d'une telle importance & d'un tel caractère, que la critique littérale n'a plus rien à y voir, & qu'il faut de toute nécessité se reconnaître en présence de bouleversements systématiques d'un côté ou de l'autre, de modifications profondes, de remaniements tout à fait intentionnels, quand ce n'est pas, au contraire, de stricte conformité qu'il s'agit. Ce sont là des éléments de critique qui peuvent devenir autant d'instruments de classification, autant de critères, le dernier surtout, pour établir les filiations, les parentés, les origines.
Au reste on en pourra juger par l'essai de mobilisation de nos cadres que nous allons faire ici, sans plus tarder, sur le terrain de A & de S.
Dans l'analyse synoptique que nous avons donnée ci-dessus (page ioo) du Sacramentaire de Bobbio, la « Missa romensis cotidiana !» du début (n° 1) n'a pas été alignée parmi les messes du document A, non plus qu'avec celles du supplément S. C'était pour éviter des explications qui auraient nui peut-être alors à la marche de l'exposé. En réalité, si l'on fait abstraction de toute la partie de cette * Missa romensis » qui s'étend du Te igitar jusqu'au Pater, & qui représente l'insertion postérieure du Canon romain réformé, le reliquat rentre, sans aucune difficulté, par ses titres, dans l'ordonnance des messes du document A. La difficulté d'attribution n'est donc qu'apparente. Nous avons en effet, comme dans les messes 2 à 13, 15 à 18, 20 à 25, 29 & 30, 32, 35 à 40, 42 à 44, 51 à 55, 60 & 61 :
la formule initiale anonyme {Prœfatio missœ),
puis la Colleclio,
la formule Post nomina,
la formule ad Pacem
la Contestatio.
Toutefois nous avons de plus ici non pas le Post sanclus, ni le Post mysterium, qui sont remplacés par le Canon Te igitur, mais une formule Post eommunionem, & une Consummatio missœ. Ces titres, nous l'avons vu, appartiennent, le dernier même exclusivement, à la terminologie des Sacramentaires gallicans. Il suit de là que la série euchologique qui nous occupe doit être attribuée tout entière à notre type A, mais avec les particularités que voici. Nous y voyons que deux formules, les formules finales, postérieures au Canon, ne sont pas soumises au renouvellement embolismique, comme le sont les formules antérieures au Canon. C'est par conséquent à la « Missa romensis cotidiana » que toutes les autres messes devront emprunter leur Post eommunionem & leur Consummatio missœ, comme elles lui empruntent le Canon adventice Te igitur. Si l'on prend garde à ce caractère des formules en question, si l'on prend garde en même temps au titre lui-même de cette messe (cotidiana), on peut se demander si ce n'est pas dans cette direction qu'on devrait chercher le noyau de l'euchologie eucharistique d'Occident, ou du moins l'une des premières dislocations de l'Anaphore latine primitive, demeurée fondamentale à certains égards.
Nous prions le lecteur de ne pas sourire. Nous nous contentons d'insinuer la possibilité
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d'une conjecture quelconque dans ce sens, à l'usage des chercheurs que n'effarouchent pas les imaginations imprévues. Nous resterons, nous, sur le terrain solide des faits. Nous avons précisément ici la matière d'une monographie très suggestive, dans l'histoire du texte de l'unique Consummatio missœ du Sacramentaire de Bobbio.
Voici ce texte. Pour plus de commodité, nous le distribuons en membres numérotés, mais ceci ne doit pas faire perdre de vue l'unité totale de la formule complète, qui n'est close qu'avec la doxologie : Per [Dominant nostrum Jesum Christum], &c.
i . Gratias tibi agimus,