Vere dignum & justum est omnipotens Deus
cujus potentia deprecanda est misericordia adoranda, pietas amplectenda. Quis enim disputare poterit opus omnipotentiae tuae, nec aures homi-
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Missel de Stowe. (Suite.)
hominis audire, nec in cor hominis ascendere, nec estimatio hominum poterit invenire
quanta prseparas sanclis eleclis tuis ; sed in quantum possimus misseri terrenique de incontinentia sed de tua missericordia veniam misserationis & refugium postulantes atque in commemoratione sanctorum
per quorum suffragia sperantes veniam ut famulis tuis. n. remissionem tribuas peccatorum, opéra eorum perficias, vota condones ; dona eis denique servis tuis, intercedentibus sanftis, remedium animarum suarum quod postulamus, ut vota desideriorum eorum perfeciat, presta, omnipotens, supplicantibus nobis indulgentiam, postulantibus veniam, poscentibus vota pingesce, protège eis nomen dei jacob, jubé eis auxilium de sanfto & de sion tueri. n. memor esto, missericors deus, sacrificium eorum, & holocaustum eorum ante conspeclum sanctorum apinge fiât ; tribue eis desideria sancla eorum, & omne consilium eorum confirma in bonum, ut inletentur coram te corda desiderium eorum. per christum.
5. Deus qui confitentium tibi corda purificas, & accusantes se conscientius & omnium iniquitate absolvis, da indulgentiam reis, & medicinam tribue vulneratis, ut, percepta remissionem omnem peccatorum, in sacramentis tuis sincera deinceps deditione permanent , & nullam redemptionis aeternae susteniant tetrimentum. per dominum nostrum (1).
Missel de Bobbio. (Suite.)
nu m audire, nec in cor hominis ascendere, nec stimatio hominum poterit invenire, quanta sit pietas misericordiae tuae,
quantum préparas sanctis & eleclis tuis. Sed in quantum possumus miseri, territi quidem de conscientia, sed fidi de tua misericordia, veniam miserationis, & refugium postulantes, atque in commemoratione san&orum tuorum Petti & Pauli, per quorum suffragia sperantes veniam, precamur ut famulo tuo ill. remissionem tribuas peccatorum, opus ejus perficias, vota condones. Dona idemque servo tuo ill. intercedentibus sanclis remedium anima; suae, quod postulamus, ut vota desideriorum ejus perficias. Praesta, omnipotens Deus, supplicantibus nobis indulgentiam postulante veniam poscenti,
protège ei nomen Dei Jacob, mitte ei auxilium salutis de sanclo & de Sion tu érige eum : Memor esto misericors Deus sacrificium ejus & holocaustum ejus ante conspectum omnium san&orum tuorum pingue fiât.
Per Christum Dominum nostrum.
(1) Nous n'avons pas à suivre l'histoire littéraire des cinq formules du Missel de Stowe. si ce n'est pour signaler la Postcommunion : Deus qui confitentium (11° 5), absente du Bobiensis, ce qui n'est pas particulier du reste à la messe comparée, nous le savons. Voici, par exemple, qui n'est pas dépourvu de signification. Le gélasien, qui a cette formule (n" 5) dans VOrdo de la réconciliation des pénitents le jeudi saint (Muratori, 55 1), ne possède aucune des quatre autres. Il est naturel de penser que c'est le Missel de Stowe qui est sur ce point tributaire du gélasien. Écrivant vers le ixe siècle, le copiste breton était dûment averti qu'il fallait enfin se décider à varier les Postcommunions, comme tout le monde, si ce n'était déjà fait. N'en trouvant pas dans les Sacramentaires nationaux analogues au Bobiensis, il aura adopté de préférence une pièce qui allait d'autant mieux à son but, que VOrdo gélasien la présente avec une certaine prédilection & l'assigne lui-même, la seconde fois qu'il la transcrit, à la circonstance de la communion : Oratio post reconciliationem, vel posteaquam communicaverit. (Muratori, 553.) Nous prions qu'on retienne le caractère de supplément que présente évidemment la Postcommunion du Missel de Stowe, & l'emprunt fait par ce Missel au gélasien pour se mettre au niveau de la liturgie de son temps. Ceci tendrait à indiquer que notre supplément S est antérieur à son tour à l'état liturgique auquel correspond le gélasien.
Nous serions trop naturellement inclinés, par une aveugle tendresse, à trouver notre induction décisive. Plus désintéressé, le lefteur l'appréciera pour ce qu'elle vaut. Avant de l'abandonner à son sort, qu'on nous permette seulement de la nantir encore de deux ou trois protections.
D'abord il est à considérer que le Missel de Stowe ne nous a conservé que trois messes, & voilà que de ces trois messes, deux, — deux sur trois, — se retrouvent dans le Bobiensis. En regard de cela, que voyons-nous ? Tous les autres monuments réunis arrivent à peine à se rencontrer complètement avec nous pour quatre messes entières, &, pour être absolument exaft, c'est trois, ni plus ni moins, qu'il fout dire. Et encore deux de ces messes {in symboli traditione & in Vigilia Pascbœ) appartenant aux fondements mêmes de la liturgie baptismale, doivent-elles être considérées, nous le répétons, comme échappant aux influences locales, & représentant plutôt le type universel d'une période euchologique.
Et même si nous n'avions pas laissé systématiquement à l'écart tout ce qui, dans le Missel de Bobbio, n'a pu se répartir entre A & S d'après les seules données matérielles du titre des embolismes des messes, nous trouverions ici, dans la traditio symboli qui précède la messe de ce nom, l'occasion de nous éloigner non seulement de Rome, mais encore des pays gallicans, au ve siècle. VExpositio symboli du Bobiensis nous y montre Y Apostolicum sous deux formes, sans préjudiced'une troisième rejetée à la fin du manuscrit (Migne, col. 579) & qui est plus archaïque encore que les deux autres. Des deux formules de XExpositio symboli (Migne, col. 489) la première est celle qui se présente sans glose, après le prologue. Elle a été évidemment substituée là à une autre formule plus ancienne. Celle-ci devait être naturellement conforme au texte qui fait l'objet de l'exposition proprement dite, Repetendus vobis est... sermo symboli hujus... On ne retrouve plus en effet dans cette exposition ni le
On n'aura pas manqué de s'arrêter à certaines variantes des deux textes. Cela n'atteint en rien l'incontestable parenté des deux documents comparés. Nous y insistons néanmoins pour écarter l'hypothèse d'une filiation directe. Ce qu'on peut y voir de plus clair, c'est la preuve de la multiplicité des témoins & de l'extension, au delà des limites d'une église particulière, d'une commune tradition liturgique chez les Celtes. Ce qu'il faut voir encore dans quelques-unes de ces variantes, c'est la preuve manifeste de l'ignorance paléographique du copiste, d'ailleurs illettré, qui avait probablement sous les yeux un exemplaire du vie ou du vne siècle. (Cf. On tbe Stowe Missal by Rev. B. Mac Carthy, 1886, Tbe transactions oftbe Royal Irisb Acaicmy, vol. 27. — Par exemple M. Warren, Tbe Acadcmy, 20 octobre 1894, p. 304, allègue de fort bonnes raisons pour rejeter la date du vu1" siècle proposée par MM. Todd & Mac Carthy, pour la partie la plus ancienne du Missel de Stowe, & celle de 750 pour l'œuvre de Moel Caich. C'est tout au plus s'il maintiendrait encore pour sa part celle du ixe siècle, qu'il avait assignée en 1 881 à la copie la plus ancienne, & celle du xe à celle de Moel Caich.)
Puisqu'il est encore une fois question de l'absence de Postcommunions propres, aussi bien dans A que dans S, disons toute notre pensée là-dessus. N'y aurait-il pas, pour expliquer cette absence de propres, une explication beaucoup moins compliquée que celle que nous avons suggérée déjà deux fois, en attribuant la chose à une mesure de suppression motivée par un malentendu? N'est-ce pas plutôt que l'adion de grâces après la communion serait la dernière des circonstances de la messe, pour lesquelles I'euchologie embolismique se serait développée en thèmes variés? N'est-ce pas que le Bobiensis, une fois de plus, nous aurait conservé l'état primordial sur ce point important? La chose est de conséquence. Nous attirons l'attention sur l'extrême sobriété de la liturgie mozarabe & des liturgies gallicanes à cet égard. Mais nous allons ramener plus loin cette question dans l'examen des rapports du Sacramentaire ambrosien avec celui de Bobbio.
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Creator em cœli et terrœ , ni le Sanclorum communionem. En cela cette seconde formule est aussi près du vieux texte romain du ive siècle, qu'elle s'éloigne du texte dit gallican qui, dès le ve siècle, apparaît dans Fauste de Riez & qu'on trouve définitivement installé dans le Missale gotbicum & le Missale gallicanum vêtus (i). Cette constatation n'est pas indifférente à notre objet.
En dernier lieu, nous rappelons que, pour l'identification de la missa cotidiana rotnensis, la rencontre du fragment 1394 de Saint-Gall nous a fort opportunément permis d'adjoindre au Missel de Stowe un second témoin de la même race. Une^onne fortune analogue va peut-être, croyons-nous, nous servir ici, & nous montrer cette fraternité celtique des Missels de Stowe & de Bobbio, se perpétuant dans la région de Saint-Gall, & cela non seulement autour de A, mais autour de S lui-même. Le Sacramentaire n° 30 de Zurich, du vme siècle, rédigé, paraît-il (2), par l'irlandais saint Fintan, patron du monastère de Rheinau, contient, outre la partie utilisée par M. Wilson pour son édition du Sacramentaire gélasien, plusieurs traces fort intéressantes d'une tradition liturgique antérieure & différente de celle qui a prévalu dans le manuscrit. Il suffit, pour en donner un exemple, de signaler ce début d'une Sécréta : Auditis nominibus offercntium, fratres Karissimi, rogemiis Deum Patrem omnipotentem ut oblationem... Impossible de méconnaître ici le début d'une ancienne Colle 8io post no min a ; on saisit sur le vif, en quelque sorte, la transition du type gallican au type romain & l'un des procédés de cette transition. Le procédé se devine; il est transparent. On changea le titre de la formule, en inscrivant Sécréta au lieu de Post nomina, & tout fut dit. Gerbert a eu soin de nous transmettre ces précieuses reliques, dans ses Monumenta veteris liturgiœ alemannicœ. Il reproduit notamment, pages 282 & suiv., trois messes votives qui sont dans ce cas. « Has très missas votivas pro salute unius vivi ex Rhenaugiensi (3) damus, prout ibi continentur, satis mendosas, neque eas aliunde emendare licet, cum nec in editis, nec in mss. aliis habeantur, si pauca ex Sacramentario gallicano (notre Bobiensis) excipias. » Dans la troisième de ces messes dont Gerbert accuse ainsi le caraftère exceptionnel, nous reconnaissons précisément le n° 5 de la messe de Stowe, avec la teneur si caractéristique de son début : Iteramus, omnipotens Deus , deprecationem nostram, où il semble qu'on entend un écho des incessantes reprises déprécatoires de l'antique liturgie : eu xai hi or/-,Qom:v. C'est, du reste, tout ce que cette messe a de commun avec celle de Stowe. Par exemple, nous reconnaissons sa Préface dans la troisième missa votiva (Migne, 542) de Bobbio, qui n'a d'ailleurs de point de contaft qu'avec ce document, pour la Préface en question. Dans
(1) Nous n'avons pas à rappeler les ouvrages de Caspari sur la matière. Il existe déjà toute une bibliothèque sur l'histoire du symbole. L'un des derniers travaux est celui du Dr Kattenbusch, Das apostoliscbe Symbol. Leipzig. Hinrichs, 1894-1897... Notre aimable & savant confrère dom G. Morin vient de fournir une importante contribution à ces études (Revue Bénéd., nov. 1897). La même Revue publiait en 1894 un bon exposé de la question sous la signature de dom J. Chapman, & le titre de : Une nouvelle histoire du Symbole des Apôtres. Cf. aussi P. Batiffol, dans la Revue Biblique. 1894. p. 30 sqq. Il nous faudra bien entendu revenir sur tout cela en temps & lieu.
(2) Wilson, The Gelasian Sacramcntary, p. XXXIV & XXXV.
(3) C'est le Ms. n" 30 de Zurich.
une autre messe du même Rhenaugiensis (i), la même formule se représente, comme première Collecte, avec des modifications & surtout avec ce nouveau début : Exaudi, omnipotens Deus, deprecationem nostram. C'est précisément dans la messe où nous venons de noter la Secrète, Auditis nominibus offerentiutn. C'est avec le nouveau début, mais sous forme de Sécréta, qu'elle reparaît, une troisième fois, dans la messe précédente (2). Mais ici nous nous trouvons en face de deux manuscrits. Le nouveau témoin qui survient ainsi est le Sacramentaire 348 de Saint-Gall, écrit' également au vme siècle (Delisle, Mém., p. 84). M. Wilson qui l'a utilisé, comme le Rhenaugiensis, attire l'attention sur l'influence irlandaise qu'on peut y reconnaître dans l'ornementation des lettres initiales & l'emploi des points rouges pour la bordure des titres. Nous ne sortons donc pas de la famille. Il y a toutefois une différence dans la façon dont le Rhenaugiensis & le Sangallensis reproduisent cette messe. C'est que le premier n'a point la préface. Or cette préface, que le Sangallensis possède en surplus, est précisément notre n° 4. Il suit de là que le nouveau venu nous ramènerait complètement à Bobbio, sauf variantes dans la teneur, si sa première Collecte était conforme à la nôtre. Malheureusement il n'en va pas ainsi. La première oraison de cette nouvelle messe est la Secrète de la missa votiva de Bobbio, dont la Préface vient d'être remarquée dans le groupe où le Rhenaugiensis conserve intacte la formule Iteramus, n° 3. Les rencontres que nous signalons ainsi au passage sont encore, hâtons-nous de le dire, exclusivement propres au Bobiensis (3).
Nous n'ajouterons rien à ces indications de consanguinité des manuscrits de Bobbio, de Stowe, de Saint-Gall & de Rheinau. Elles nous paraissent établir d'une manière satisfaisante la communauté du clan autour duquel ils se groupent. Dans les limites où nous examinons le Sacramentarium gallicaniim, c'est tout ce qu'on peut dire, ou plutôt, c'est tout ce que nous avons à dire, &, sur cela, nous prenons congé de notre argumentation, jusqu'à la publication de l'édition nouvelle du Bobiensis qui s'élabore à Solesmes.
La question que nous venons de débattre pourra paraître n'offrir d'autre intérêt que celui d'une pure curiosité. Cela dépend. Au point de vue de l'histoire des églises celtiques, on ne saurait être indifférent à la fermeté d'une conclusion qui sert à définir plus nettement les rapports de ces églises avec l'église romaine. Ce serait l'équivalent de la découverte de tout un Sacramentaire qui leur aurait servi jusqu'au vne siècle, au moins, & dont le noyau primitif, noyau romain, remonte aux premières années du cinquième.
Nous ne parlons pas de l'intérêt qu'y peut trouver l'histoire biblique ; il est trop clair qu'un pareil manuscrit, avec ses lectures d'Écriture sainte, fournit des éléments précieux aux
(1) Gerbert, p. 282.
(2) « Précédente » du moins dans Gerbert, car en réalité, dans l'ordre du manuscrit cette messe est séparée des trois autres par une nombreuse série d'autres pièces, comme il est facile de le voir dans la table dressée par M. Wilson (p. 367 & 370.)
(3) La dernière messe, telle qu'elle est dans le Rhenaugiensis, se lit également, f° 496 du Codex 339 de Saint- Gall, auquel nous avons emprunté l'Antiphonaire publié ici même pour la première fois, tout au début de la Paléographie musicale.
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recherches critiques sur la Vulgate & les versions latines antehieronymiennes ou indépendantes.
Dans un autre ordre d'idées, notre manuscrit verse au dossier de la question, toujours ouverte, du Pénitentiel de Saint-Colomban, un Judicius pœnitentialis classé jusqu'ici parmi les pénitentiels francs, & qu'il faudrait peut-être, par conséquent, ramener dans la zone des règles disciplinaires irlandaises.
L'archéologie liturgique y trouve aussi son compte, bien qu'à vrai dire, le parti qu'elle doit tirer de l'ensemble ne dépende pas nécessairement du point de savoir si c'est chez les Bretons, ou dans les Gaules, ou partout ailleurs que s'est accru le monument primitif. Il lui suffit à la rigueur de voir ce qu'est devenu, loin de Rome, un Sacramentaire qui s'en était éloigné dans le premier quart du ve siècle, & dont elle constate en même temps l'existence à cette date ; comment il s'est comporté là où il est allé, quelque part que ce soit ; comment il s'y est maintenu, & partiellement mis au courant jusqu'au vne siècle. En matière d'antiquités, — nous n'apprenons rien à personne, — les moindres acquisitions conduisent parfois à des résultats hors de proportion avec l'intérêt qui s'y attache.
Une fois admise, il est vrai, l'histoire des pérégrinations de A, telle que nous l'avons esquissée, histoire bien irlandaise à coup sûr (i), la question se précise alors, & nous sommes autorisés à rechercher comment A s'est développé chez les Celtes, comment il n'a pas attendu son retour sur le continent pour se compléter, par exemple, des messes de l'Ascension & des Rogations, en un mot, comment S n'ayant pas été rédigé, compilé d'un seul trait à Bobbio, — les rapports avec Stowe le prouvent, — avait déjà pu commencer à se former en Irlande, malgré l'esprit, réfraftaire aux innovations, des églises celtiques.
Mais enfin la question irlandaise pourrait être abandonnée sans détriment des résultats qu'il y aurait toujours lieu de poursuivre dans l'étude de A & S. La probité critique nous fait même un devoir de ne pas dissimuler les difficultés que nous verrions tous les premiers à considérer comme acquises, sans conteste, les positions rencontrées au terme de nos inductions. Étant donnée en effet la signification des rapports constatés ci-dessus, c'est-à-dire celle d'une commune & exceptionnelle fidélité à des formulaires romains surannés, tout ce que, en logique rigoureuse, on peut tirer de là, c'est que les seuls témoins idoines du vieux prototype sont, à notre connaissance, d'une part des répertoires d'origine celtique, d'autre part le Sacramentaire de Bobbio. Rien de plus. L'absence seule d'autres témoins nous autorise-t-elle suffisamment à conclure : i° qu'au vne siècle les manuscrits celtiques aient été seuls à conserver l'intégrité de traditions abandonnées partout ailleurs, & 2° que, par conséquent, le Bobiensis était, au même titre qu'eux, de tradition romaine primitive & de conservation celtique ? De tradition romaine primitive, à la bonne heure, mais de conservation
(i) Il suffit de rappeler deux précédents, celui du Codex Amiatinus, désormais célèbre par la brillante découverte de M. de Rossi, & celui du Book of Lindisfarne dont, avec non moins de bonheur, dom Germain Morin révélait peu de temps après l'origine napolitaine & l'importance liturgique. (Cf. Samuel Berger, Histoire de la Vulgate, (le Codex Amiatinus, Lindisfarne & Naples, p. 37 suiv.) & D. Morin, Rev. bénéd. jiHçji, p. 481 sqq. 529 sqq.)
Paléographie. V. 19
celtique, convenons-en sans détour, on ne peut l'accorder qu'en vertu d'une logique complaisante (1).
On peut d'autant moins établir, par la voie de simples confrontations, qu'à la date dont nous parlons, les églises celtiques d'outre-Manche & leurs colonies continentales aient eu le monopole de l'esprit conservateur, que nous avons signalé nous-mêmes, pages 139 & 142, deux ou trois exemples de messes du Bobiensis, conservées non moins intégralement dans les Sacramentaires gallicans. Il est vrai qu'il s'agissait des colonnes mêmes de l'édifice liturgique. Eh bien, voici une messe qui, pour le coup, appartient si peu à l'économie cardinale & nécessaire de la liturgie, qu'on pourrait plutôt l'appeler ad libitum. C'est la Missa omnimoda (n° 44 ci-dessus, page 100 (2)). Les cinq formules s'en retrouvent textuellement & dans le même ordre, avec les mêmes attributions, dans la Missa votiva omnimoda du Missel mozarabe, p. 441. Il est clair que, si la désuétude & la variabilité peuvent atteindre des institutions, c'est bien quand il s'agit de ces dévotions surérogatoires, essentiellement facultatives & abandonnées à la liberté de chacun. Aussi n'en est-on porté à attribuer que plus d'importance aux similitudes qui se manifestent sur ces points.
Voici le schéma comparé de la Missa omnimoda de Bobbio & de la Missa omnimoda mozarabe :
Bobbio. p. 359.
A O. /Et. Ds. tuas glorias pietatem A Missa.
supplici devotione.
B Colleùlio. Attende Due propitius meae servi- B al. or. tutis obsequium.
C post nom. [Accipe] Deus [piissime] tuorum C post nom. supplicum vota & nomina q . tuo coram altario.
D ad Pacem. Ds. qui caritatis es auftor & purae D ad pacem. pacis ac dile&ionis amator.
E Couteslatio. verum pontificem & solum sine E Illalio. peccati macula sacerdotem.
Mozarabe, p. 441.
O. S. Ds. tuae glorise majestati supplici devotione.
Attende Due propitius meae servitutis officium.
Ds. tuorum supplicum vota & nomina q. tuo coram altario.
Ds. qui caritatis es auctor & puras
pacis & diledionis.
verum pontificem & solum sine
peccati macula sacerdotem.
Ce qui augmenterait la signification du rapprochement que nous établissons ici, c'est l'isolement absolu du Mozarabe & du Bobiensis, dans le cas qui nous occupe, vis-à-vis de tous les autres monuments liturgiques. Aucune des formules qui composent cette messe ne se retrouve ailleurs, à l'exception de la formule A, qu'un assez grand nombre de Sacramentaires nous représentent le plus souvent à titre de Collecte, quelquefois comme Préface, d'autres fois comme Postcommunion, dans l'une ou l'autre de leurs Missœ propriœ sacer-
(1) C'est, au fond, la seule base objective des inductions qui ont été tirées de l'identification de la Missa quotidiana de Bobbio & de celle de Stowe, par les savants qui se sont occupés de celui-ci. Nous nous plaçons sur un tout autre terrain.
(2) Mabillon, Mus. Ital., p. 359. Migne, P. L. t. LXI1, p. 539.
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dotis. Nous pourrions ajouter d'ailleurs qu'on ne trouvera pas d'autre exemple d'une messe de n'importe quel Sacramentaire en concordance intégrale avec le Mozarabe, & qu'il est souvent difficile de saisir, noyés qu'ils sont dans le contexte, les points de contact même éparpillés, de ce recueil avec les autres. On les trouvera pour la plupart dans notre édition du Bobiensis (i).
(i) Il en va tout autrement des autres liturgies latines. Il n'en est aucune où l'on n'ait à relever, bien qu'à l'état de morcellement, nombre de conformités fort intéressantes soit avec A, soit avec S. On ne doit pas être autrement surpris de la singularité du Missel mozarabe, au point de vue du texte de ses formules, quand on songe aux refontes, aux remaniements, aux rédactions nouvelles par lesquels l'ont fait passer les évêques de Tolède, tels que saint Eugène, saint Ildefonse, saint Julien, & dont il n'est pas impossible du reste de prendre une idée générale.
L'histoire liturgique des églises d'Espagne a, sur beaucoup d'autres en effet, l'avantage d'être assez bien documentée de bonne heure, grâce à des écrits généralement contemporains, tels que le De viris illustribiis de saint Isidore, mis à jour par Ildefonse, Julien, Félix. On y voit, par exemple, Ildefonse écrire de son prédécesseur saint Eugène (646-657) : Cantus pessimis usibus vitiatos melodice cognitione correxit, officiorum omissos ordines, curatn que discrevit. (S. Isid. opp., éd. Arevalo, tome VII, De vir. ill., app., cap. xm, n° 20, p. 173.) Presque aussitôt après, Julien, énumérant les œuvres de son prédécesseur saint Ildefonse (657-667), relate que celui-ci avait distribué lui-même ses écrits en quatre groupes, & l'un d'eux comprenait les messes : Partent saiie tertiam, dit-il, missarum essevoluit, hymnorum, atque sermomtm. (loc. cit., n° 28, p. 174.) Enfin le dernier continuateur du De viris, Félix de Tolède (693-700) écrit, à son tour, de son prédécesseur saint Julien (680-690) : « Item librum missarum de toto circulo anni, in quatuor partes divisum, in quibus aliquas vetustatis incuria vitiatas & semiplenas emendavit atque complevit, item librum orationum de festivitatibus anni quas Toletana ecclesia per totum circulum anni est solita celebrare partim stylo sui ingenii depromptum, partim correclum in unum congessit. » {loc. cit.. n° 41 , p. 178.)
On a déjà pu entrevoir le résultat de ce travail littéraire des évêques d'Espagne, dans les citations données ci-dessus, p. 89 & suiv.. de plusieurs Orationes post pridie, qui ne sont autre chose au fond que des paraphrases & des variations de l'épiclèse romaine. Voici un autre procédé des auteurs des messes mozarabes. Ce n'est plus une composition nouvelle, c'est un remaniement d'une rédaction existante. Ils prennent un texte & le suivent pas à pas, sans intervertir en rien l'ordre des idées, & même en modifiant le moins possible l'expression qu'ils utilisent très ingénieusement, sans presque en rien sacrifier dans leur contexte. Seulement ils insèrent çà & là quelque idée nouvelle plus ou moins développée. Ailleurs, au contraire, ils opèrent des réductions. C'est le cas de la Contestatio Dominicalis de Bobbio (Mus. Ital., p. 377), correspondant à Y Illatio du VIe Dimanche après Pâques dans le Mozarabe.
Sacraraentarium gallicanum. Missel Mozarabe.
item Contestatio Dominicalis. (p. 377.) Dominica VI post Pascha. Inlatio. (p. 248.)
Vere dignum & justum est credentium populum semper Dignum & justum est nos
Deo dicere laudes, & in Christo dominicae sublimitatis dominice potestatis preferre virtutem : & in filio paterne
praeferre virtutem, & in filio misericordem praedicare plenitudinis agnoscere majestatem. Per quem cuncta
pietatem, per quem cuncta protulit, universa restituit. restituis : & universa restauras. Quem in hominis effigie
misisti in seculo : ut amares in nobis quod diligebas in
filio.
Sublata sunt omnia quœ propheticis vocibus a te man- Impleta sunt que propheticis vocibus antea mandaveras.
daveras ; perfecta sunt cuncta quœ de adventu tuas Perfectasunt cuncta qua; de adventu ejus ipse predixeras. sublimitatis ante predixeras.
Tu es leo de tribu Juda fortis in prœlio ; Hic namque est leo de tribu Juda fortis in prelio.
tu catulus leonis resurgens viétor a mortuis ; Hic catulus leonis victor resurgens a mortuis.
tu verus agnus Dei, diu quœsitus ad victimam, per Hic agnus immaculatus diu questus ad victimam cujus sanguinem placata sunt omnia ;
L'exemple que nous venons de produire suffit au but que nous nous proposons. Il est bien clair par là que, si libres qu'aient été les évêques d'Espagne, si affranchis qu'ils aient été de tout attachement servile à la lettre du recueil primitif, rendu presque partout mécon-
Sacramentarium gallicanum. Suite.
tu lapis angularis aedificantibus spretus, in Ecclesia? capite constitutus, admirabilis postmodum effe<5tus..Tu sacerdos excelsus & verus minister. Tu virga de radice Jesse prolata. Tu templum verum , quod pro nostra redemtione prostratum est. Tu post triduum resurgens vivus a mortuis.
Tu igitur in Noe reclor arcae, non solum Noesed Eccle-
siœ gubernator.
In Abraham fidelissimus patriarcha,
in Isaac gloriosissima hostia patris,
in Jacob summaî patientiae magister, in Joseph miseri-
cordiae prasdicator, in Moyse laudabilis dux, in David
patriarcha praeclarus, in Salomone abundantissimus fons
sapientije, in Isaia auclor omnium prophetarum , in
Johanne primus baptista, in Stephano primus martyr, in
Petro negantium fides, in Paulospiritus sanctus Paraclitus
Quod merito tibi Domine conlaudant opéra illa viginti quatuor seniores& quatuor animalia senas alas habentes, dicentes Sanclus.
Missel Mozarabe. Suite.
Hic lapis ab aedificantibus spretus : postmodum admirabilis factus : & in Ecclesiae capite constitutus.
Hic dux militie celestis & princeps. Hic Ecclesie sponsus
& Dominus.
Hic in Noe non solum arche : sed Ecclesie gubernator.
In Abraam fidelissimumpatriarchalisprivilegiifastigium:
in Isaac gloriose hostie sacramentum,
in Jacob summum patientiae documentum,
in Sanctis omnibus totius justicie plenitudo quem conlaudant omnes Angeli & Archangeli ita dicentes. r). Sanctus, Sanftus, Sanclus.
L'exemple suivant nous donne un spécimen de la transformation d'une formule de monition initiale en une invocation proprement dite & en même temps de son transfert à un autre siège, post nomina.
Sacramentarium gallicanum.
Missa S. Martini Epi. (p. 349.)
Sanclum in mirabilibus, mirabilem Deum in Sanctis suis & confessore suo Martino,
fratres carissimi, deprecemur,
ut cujus venerabilem diem celebramus mereamur ejus esse participes.
Hic vir quem adnumerandum Apostolis, Martyribus adgregandum proxima ita in rem1 tempora protulerunt.
Missel Mozarabe.
In festo S. Martini. Post nomina Oratio. (p. 402).
Deus qui mirabilis es in Sanctis tuis
cujus cultui deputatur : quicquid amicis tuis honoris
impenditur,
intenta oratione te poscimus : ut hune diem quem sancti
& incomparabilis viri Martini inlustravit excessus :
prosperum nobis & posteris in rébus nationum propitia-
tus indulgeas. Tribuasque
ut cujus veneratores sumus, imitatores effici mereamur
Hune etiam virum quem celicolis ammirandum Martyribus adgregatum etatis nostre tempora protulerunt : jubeas auxilium nostris ferre temporibus.
1 « ita in rem » est évidemment une mauvaise lecture d'un manuscrit où la leçon œtatis nostree présentait une disposition paléographique abrégée qu'il est aisé d'entrevoir, mais dont le sens échappait au copiste.
naissable grâce à leurs réformes successives, ils ont pu cependant nous en conserver, eux aussi, & bien après le vne siècle, des épaves comme celle qui vient de passer sous nos yeux. Assurément nous ne prétendons pas que, pour le seul fait, pourtant si remarquable, de la
Sacramentarium gallicanum. Suite.
Dubium enim non est ut sit martyr in caelo, qui fuit
confessor in saeculo : cum sciamus non Martinum
martyrio, sed martyrium defuisse Martine
Oremus qui in tantum Domini potuit asquare virtutes
dignetur
in tribulatione defendere,
qui potens fuit mortuos suscitare.
Missel Mozarabe. Suite.
Dubium enim non est : quod sit martyr in celo : qui fuit confessor in seculo. Cum sciatur non Martino martyrium : sed martyrio defuisse Martinum.
Oramus Domine : ut qui tantum potuit tuis se aequare virtutibus : ut vitam mortuis redderet dignetur etiam defundorum spiritus consolari :
ac viventes in tribulatione defendere :
qui potens fuit mortuos suscitare.
On serait tenté de croire que la condition chronologique de la recension mozarabe s'est trahie dans la substitution de Sciatur au sciamus, plus contemporain, du Bobiensis, si l'équivalence de cette note d'aétualité ne se retrouvait dans les mots œtatis nostrœ. Néanmoins Lesley préfère sciamus : Retle autem, dit-il, in Bobiano est cum sciamus, ii enim loquuntur qui S. Martinum cognoverant. Ajoutons que la pensée exprimée dans cet endroit est également défigurée dans le Mozarabe. C'est bien non Martinum martyrio, sed martyrium defuisse Martino, qu'a voulu dire l'original & non pas l'inverse que lui prête, en quintessenciant la même pensée, la rédaction mozarabe ( 1 ).
Pour ne pas prolonger davantage cette excursion, nous terminons par la comparaison des deux préfaces de la Missa votiva qui nous fournit l'occasion de cette note. Les quatre oraisons du Mozarabe sont, d'ailleurs, à très peu de chose prés, celles du Bobiensis ; quant à la Préface, on va le voir, le Mozarabe est parvenu à en utiliser tous les membres de phrase, sauf deux, sans en changer l'ordre, tout en quadruplant & au delà, l'étendue totale du contexte, c'est-à-dire qu'il y a dans cette refonte juste ce qu'il faut pour rattacher à l'original la nouvelle composition. C'est assez curieux. 11 va sans dire que le copiste de Bobbio pourrait être responsable, de son côté, d'altérations, omissions ou négligences.
Sacramentarium gallicanum.
MlSSA OMNIMODA. CONTESTATIO. (p. 359.)
Verum pontificem & solum sine peccati macula sacerdotem,
per quem te aeterne Pater & Domine omnimoda intentione deposco
Missel Mozarabe.
MlSSA VOTIVA OMNIMODA. INLATIO. (p. 442.)
Verum pontificem : & solum sine peccati macula sacerdotem. Qui Iavit nos a peccatis nostris & fecit nos regnum : & sacerdotes tibi Deo Patri suo : ut justificati in sanguine ejus, salvi simus ab ira per ipsum. Qui peccata nostra portavit in corpore suo super lignum : ut a malis omnibus separati : cum justicia vivamus : cujus sacro vulnere sanati sumus. Quique pacificavit omnia per sanguinem crucis sue : sive que in celis : sive que in terris sunt : ut in nomine ejus omne genu fleclatur celestium : terrestrium : & infernorum : & omnis lingua confiteatur : quia ipse est in gloria Dei Patris. Per quem te eterne Pater : & Domine omnimoda intentione deposco : per ipsum qui pependit in ligno propter salutem nostram : qui faclus est mediator tuus & noster : ut nos ad te perduceret. Quique nos reconciliavit tibi
(1) Sulpice Sévère dit tout simplement lui aussi : Nam Hcet ei ratio temporis non potuerit prœstare martyrium, gloria. tamen martyris non carebit, quia voto adque virtute et potuit esse martyr ettoluit. (Sulp. Sev., Epist. II. éd. Halm, p. 143-144.)
Missel mozarabe. Suite.
ut oblationem hanc, quam pro famulis tui offerimus ill.
bénigne suscipias,
aegrotantium
medellam sanitatis impertias, locum lucis & refrigerii
animabus
defunclorum in pace vocatus tribuas, nostram omnium
humilitatem intendas, crimina relaxes & peccata dimit-
tas : simulque orationes exaudias,
& ubique nos protegendo custodias : ut eruti adversi-
tatibus mundi, hic & in aeternum sandifîcati, te inces-
sabiliter cum Angelis & Archangelis conlaudemus ita
dicentes, Sanclus.
Sacramentarium gallicanum. Suite.
per sanguinem crucis sue : imo qui nobis hanc fiduciam dédit : ut omne quod petierimus a te Pâtre in nomine suo : des nobis. In ipsius dilefti filii tui comparis tibi per omnia : & coasterni Domini nostri Jesu Christi nomine : te invoco : ut omnibus malis meis innocens : cunétas maculas criminum meorum abstergens : finem deliclis meis omnibus hodie ponens : ab omnibus tentationibus sordidissimis : vanis libidinibus : & blasfemiis cor meum eluens : atque spiritualibus donis replens : & hanc oblationem quam tibi offero : ego indignuspropter remédia animarum fidelium & pro conversione infidelium : atque pro Ecclesia tua sanda catholica que est in oriente usque in occidentem : septentrione & meridie : per universum orbem terrarum in pace diffusa : bénigne suscipias. Jam tandem Domine exaudi eam clementer : sustenta eam in periculis : protège in adversis : & moderare in prosperis. Ut nihil contra eam praevaleat noxium dum in cunétis te meruit habere propicium. Itinerantium famulorum tuorum N. vel omnium Christianorum adoptata desideria gressus perducere jubeas. Egrotantibus famulis tuis N. vel omnibus fidelibus christianis
infirmis medelam sanitatis impercias. Locum lucis ac refrigerii animabus famulorum tuorum N. vel omnium fidelium Christianorum defunctorum requiem tribuas. Nostrumque omnium humilitatem placatus intendas,
& ubique nos te protegente custodias. Ut eruti ab adversitatibus mundi : & hic & in eternum sanétificati : te incessabiliter cum Angelis & Archangelis conlaudemus : ita dicentes. r}. Sanftus, Sanctus, Sanclus.
Il serait très utile, à l'aide d'indications telles que celles du De viris isidorien, combinées avec l'étude philologique & comparée du document, de chercher à dégager çà & là les étages les plus apparents de la construction composite résultant des manipulations successives & des superpositions accusées, nous le voyons, par les évêques eux-mêmes. La possibilité de ce travail n'avait pas échappé à Lesley qui s'en explique nettement dans la préface de son édition (p. lxxv, n° 272) : « Quicumque enim Missale mozarabicum paulo attentius evolverit, inveniet illud neque unius scriptoris, neque unius asvi opus esse. Nam prœter styli varietatem, quae in eadem missa non nunquam deprehenditur, plures sunt missae, quas ante aetatem S. Isidori compositas fuerunt. Plures etiam sunt quas post mortem S. Docloris conscriptas sunt. »
L'Antiphonaire mozarabe a-t-il subi le même sort ? Il sera fort intéressant de le rechercher. Mais, ici encore, comme pour le Sacramentaire, nous avons, sur les traditions de la liturgie romaine, l'avantage de posséder des références de premier ordre, c'est-à-dire les témoignages contemporains des hommes les plus qualifiés pour nous renseigner. C'est saint Ildefonse écrivant de son prédécesseur immédiat, on vient deje voir : Cantuspessimis usibus vitiatos, mehdiœ cognitione correxit. C'est saint Isidore écrivant à son tour, plus près encore des origines, & écrivant de saint Léandre son frère aine, l'ami de saint Grégoire : Siquidem et in ecclcsiasticis officiis idem non parvo laboravit studio : in toto enim psalterio duplici editione orationes conscripsit : in sacrificio quoque, laudibus, atque psalmis multa dulci sono composuit. (De viris ill., cap. xli, n° 58, p. 161 .) Ce qui fait la valeur de pareils témoignages, c'est qu'ils
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
similitude que l'on vient de voir, il y a lieu d'examiner sérieusement les titres de l'Espagne à la conservation du Sacramentaire de Bobbio (i). Nous prions seulement de remarquer que c'est en nous engageant sur une piste semblable que nous avons été conduits jusqu'en Irlande. Il est vrai, hâtons-nous de l'ajouter, qu'ici rien ne vient appuyer l'indu&ion. Dans le premier cas, au contraire, cette insuffisance de rigueur logique était du moins couverte par un ensemble de vraisemblances latérales qui pouvaient déterminer l'impression historique à laquelle nous nous sommes arrêtés. Non seulement cette impression n'est donc pas détruite, mais elle se renforce de l'élimination des titres mozarabes & nous nous y maintenons.
Il reste en effet que nous sommes toujours en présence d'une convergence de faits dont on ne trouve pas, en définitive, d'explication plus satisfaisante que la nôtre. A côté des rapports liturgiques dont nous avons donné quelques exemples, il y a, ne l'oublions pas, d'abord la coïncidence du Calendrier rudimentaire immobilisé dans A avec l'époque des missions romaines dans les îles britanniques au commencement du ve siècle. Il y a, corollairement, la permanence curieuse, au vne siècle, d'une discipline sacramentelle singulièrement arriérée, cadrant fort bien, à son tour, avec l'attachement aveugle de saint Colomban pour son vieux comput romain, non moins suranné. Il y a enfin le préjugé, créé par la présence de notre manuscrit dans la colonie irlandaise de Bobbio, dès les premiers temps de sa fondation.
Nous n'avons peut-être pas assez explicitement noté ce dernier point. On dit même assez généralement que c'est saint Colomban qui a apporté notre Sacramentaire à Bobbio. Mais on ajoute qu'il l'a apporté de Bourgogne. Une simple remarque suffit pourtant à éliminer les titres prétendus gallicans de ce Sacramentaire. Concevrait-on que saint Colomban,
se produisent à un moment où, déjà, les institutions liturgiques nous apparaissent sous un jour historique éclairant plus nettement les objets, détachant les lignes. Saint Isidore contribue par dessus tous à nous doter de ces notions circonstanciées. Nous lui devons plusieurs détails accusés pour la première fois, v. g. dans les Etvmologies (lib. VI. cap. xix, & passim) ; dans le de Offiaïs (i, xm, xiv) où il nous décrit deux chants, les laudes, (c'est le nom de l' Alléluia dans la liturgie mozarabe) & les offertoria que le Missel appelle maintenant les sacrificiel ; dans le même ouvrage, i, xv, où il énumère les oraisons de la messe & où il identifie tout cela avec ce qui se faisait partout de son temps, &c. Sur plusieurs des questions que nous venons d'effleurer, on peut lire Arevalo, chap. lxxxviii & suiv. des hidoriana placés en tête de son admirable édition des œuvres de S. Isidore, (tome II.) (i)Il ne suffirait pourtant pas d'invoquer l'invraisemblance d'une communication liturgique faite par l'Espagne à l'Italie au vne siècle. Ne voyons-nous pas le très précieux & peu connu libellus orationum mozarabe (Bianciiini, Liturgia antiqiu Hispan.i Gotbica hidoriana Mo^arabica Tolctana mixta, &c, Romœ 1746) transplanté très anciennement à Vérone? Le marquis Maffei qui l'y découvrit au siècle dernier remarque qu'on lit à la 6e page une indication additionnelle datée de la 20e année de Luitprand (732), ce qui donnerait à penser qu'à cette date le « libellus orationum » avait déjà quitté son lieu d'origine & abordé l'Italie. Hœc libro jam usu trito adjeiïa sunt, ajoute Maffei, et ab Hispania ad Veronenses canonicos jam tradutdo, neque enim Luilprandi annus extra Italiam adnotaretur. (Note manuscrite, de Maffei trouvée dans les papiers de Zaccaria par Arevalo, qui l'insère dans ses hidoriana, chap.. lxxxviii, n"s 89 & suiv.) On peut se demander avec Maffei : Quomodo ab Hispanis bœ membrance multis ab bine sxculis Veronam accesseriut quis divinet? Mais le fait est là. Sans parler de l'excentricité liturgique de ce Ms au nord de l'Italie, on ne voit aucune circonstance locale qui puisse expliquer semblable transfert. Il en est tout autrement du Sacramentaire de Bobbio.
If 2 PALÉOGRAPHIE MUSICALE
déjà si peu accessible aux nouveautés romaines, eût sacrifié bénévolement ses traditions aux « erreurs » des églises des Gaules ? Ne dit-il pas lui-même formellement : Nullas istorum suscipimus régulas Gallorum ? Il y a donc, dans l'appartenance ou l'appropriation de notre Sacramentaire à l'usage définitif du monastère de Bobbio, il y a là, disons-nous, un fait qui peut être très utilement invoqué pour écarter les hypothèses auxquelles donneraient lieu certains rapprochements dont nous n'avons pas parlé & qui seront produits dans notre édition, aussi bien que ceux sur lesquels' il nous reste à nous expliquer & que nous avons réservés jusqu'à présent (i).
On a pu s'étonner, en effet, de voir la liturgie ambrosienne, tenue à l'écart dans les investigations sommaires auxquelles nous venons de nous livrer. Ce n'était pas sans un secret dessein, & ce dessein, pour le dire en passant, n'était rien moins qu'habile, si nous avions été préoccupés de faire triompher un système. Ce système-là précisément risquerait d'être affaibli par l'impression dernière, résultant de ce qui nous reste à dire; aussi n'est-ce pas de cela qu'il s'agit. La vérité est que nous cherchons, & nous cherchons, on le voit bien, sous les yeux mêmes du lecteur. Ce ne serait plus chercher, encore moins chercher la vérité que d'user d'artifice pour faire prévaloir un système dont, au surplus, nous ne serions pas autrement sûrs. L'ajournement de l'Ambrosien n'était qu'une mesure de clarté, un procédé d'exposition. En réalité, notre but était, qu'on nous passe l'aveu, de nous ménager une transition pour rentrer dans l'Antiphonaire ambrosien. On a pu croire cet Antiphonaire loin de notre pensée. Par le fait, on le comprendra mieux bientôt, c'est bien lui qui continue de nous occuper dans ces explorations. Nous cherchons à nous orienter, c'est-à-dire à situer dans l'histoire les notes chronologiques & liturgiques de cet Antiphonaire. Or la liturgie ambrosienne nous offre dans son Sacramentaire, avec le Sacramentaire de Bobbio, des points de contact sur lesquels le moment est donc enfin venu de nous expliquer.
Bien que nous ayons négligé systématiquement jusqu'ici tout rapport de similitude n'ayant qu'une pièce pour objet ou ne s'étendant pas à toute une messe, nous devons faire une exception pour la Postcommunion Gratias tibi cigimus, eu égard à la curieuse histoire philologique de ce texte (ci-dessus pages 123 suiv.) & de ses dégradations successives, en passant du Bobiensis au Sacramentaire léonien, au Gélasien de Tommasi & aux Grégoriens. La constatation de la présence du texte intégral dans les seuls documents celtiques (de Stowe & de Saint-Gall) a été le point de départ de nos recherches. Eh bien, il faut ajouter maintenant que l'Ambrosien nous fournit, non pas malheureusement la Missa quotidiana romensis complète, telle qu'elle ne se rencontre que dans les Missels de Stowe & de Bobbio, mais du moins le texte intégral de la Postcommunion de cette messe. Nous le transcrivons d'après le manuscrit de Bergame, page 399. C'est du reste le texte qu'on lit encore aux IIIe, IXe, & XVe dimanches après la Pentecôte & au Ier dimanche d'Octobre dans les Missels
(1) On pourrait être tenté de demander quelque secours à l'argument paléographique. L'autorité de ceux qui ont cru reconnaître les caractères irlandais dans l'écriture du Codex 13246 de la Bibliothèque nationale est ou trop peu qualifiée ou trop combattue pour qu'on puisse prendre pied par là.
ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
de 151 5 (page io6vo), & de 1831 (page 238), & c'est exactement aussi le texte de Gerbert {Monum. Vet. Lit. Alcm., I, 240), à l'exception du mot humiliter, ligne 5, que ce dernier a laissé tomber :