‹ Paléographie musicaleChapitre 26 sur 60 · Per eumdem · texte numérisé non relu

Per eumdem

Ne nous arrêtons pas aux légères variantes que présente ce texte avec celui de Stowe & de Bobbio, savoir : ligne 4 : Domini nostri Jesu Christi, au lieu de Christi Filii tut; ligne 5 : imploramus, au lieu de postulamus ; ligne 13 : mundet, au lieu de purget. Ce qui fait l'intérêt du rapprochement aftuel, c'est la commune fidélité du Bobiensis & de l'Ambrosien à conserver, dans sa totalité, ce texte que nous avons vu déjà tronqué de trois manières dans le Léonien, & définitivement désagrégé partout ailleurs, si ce n'est précisément parmi les Celtes. Dans Gerbert, c'est sous le titre de item cottidianis diebus, & dans le manuscrit de Bergame, sous celui de Missa cotidiana que sont transcrites les messes, en nombre d'ailleurs tout à fait restreint, destinées à varier l'euchologie du Temps après la Pentecôte. En relevant ce détail, page 108, nous signalions déjà la Postcommunion d'une de ces messes. C'est précisément celle qui nous occupe.

Nous ne pouvons nous empêcher de voir ici une nouvelle phase des traditions, en quelque sorte préhistoriques, de l'euchologie eucharistique. Que serait exactement la première phase? Le répertoire euchologique est-il déjà constitué ou non, du moins à l'état rudimentaire? Il serait difficile de le dire. En tout cas, s'il y a quelques messes assignées à certaines périodes, telles que Le Carême & le Temps Pascal, il n'y a pas encore à proprement parler de Temps après la Pentecôte pourvu comme tel. Peut-être y a-t-il quelques messes dominicales, comme en présente le Missel de Bobbio, mais ce n'est pas sûr. Nous croirions plus volontiers qu'il n'y a antérieurement qu'une Missa quotidiana, pour tous les jours de l'année, peut être celle-là même qui figure en tête du Missel de Bobbio.

La présence de Missœ dominicales dans ce Missel accuserait déjà, par conséquent, un progrès sur ce premier état de choses. Avec le Sacramentaire ambrosien nous serions proba-

Paléographie V. 20

blement voisins d'une autre phase. Alors l'immobilité de la Missa quotidiana commence à se laisser entamer à son tour. La tendance aux diversifications s'y introduit, timidement encore, mais après avoir déjà fait triompher son principe dans la liturgie stationnale, dans la liturgie des fêtes cardinales & des saints, & dans un certain nombre de circonstances rituelles placées en dehors des deux cycles périodiques. De là, sans doute, les quatre messes quotidianis diebus des manuscrits ambrosiens. C'est dans l'une d'elles que nous rencontrons, on vient de le voir, la Consitmmatio missœ, d'abord invariable, Gratias tibi agimus. Partout ailleurs où la liturgie est arrivée plus ou moins à son développement définitif, cette formule a disparu. On peut croire qu'en se constituant ou en se perfectionnant, les Missœ quotidianœ de l'Ambrosien auront été naturellement plus conservatrices d'un état de choses plus près d'elles, & c'est pourquoi nous y retrouvons, à titre d'action de grâces après la Communion, non seulement la Consitmmatio missœ , Gratias tibi agimus, avec toutes ses incises, mais aussi la Postcommunionem : Quos cœlesti, qui précède cette formule dans la Missa quotidiana romensis (cf. ci-dessus, p. 127). Sans doute il eût été plus conservateur de maintenir côte à côte les deux formules Gratias tibi agimus & Quos cœlesti, comme ont fait le Bobiensis, le fragment de Saint-Gall & le Missel de Stowe, mais on doit savoir gré à l'Ambrosien de n'avoir pas trop éloigné la seconde de sa destination primitive & de l'avoir afifeftée du moins à l'une de ses nouvelles Missœ quotidianis diebus. Maintenant pourquoi les deux seules pièces soustraites au remaniement qui aurait été la conséquence de l'émancipation de la liturgie quotidienne, sont-elles précisément les deux prières de la Communion ? Ne serait-ce pas qu'à l'époque de ce remaniement, il n'aurait pu être question d'y toucher encore, par l'excellente raison que l'action de grâces demeurait toujours la même à cette époque? Le jour où l'on en vint à étendre jusqu'à cette circonstance le système des variations embolismiques, les Missœ quotidianis diebus étaient naturellement indiquées pour recevoir de préférence les épaves de la liturgie quotidienne uniforme, qu'on sacrifiait une dernière fois. Ceci peut expliquer comment deux de ces quatre messes furent dotées des textes si parfaitement en situation (1).

( 1 ) On ne doit pas s'y méprendre, nous entendons bien laisser à cette théorie conjecturale son caractère essentiellement indécis. La liturgie quotidienne peut, non moins vraisemblablement, être envisagée sous l'aspect que nous allons dire. Elle serait encore première sans doute, mais ce que nous appelons son émancipation serait un fait corrélatif aux autres développements euchologiques. Il y aurait eu, en effet, parallèlement au système des fêtes cardinales, au système stationnai, au système encénial, au système des diverses contingences extra périodiques, il y aurait eu, disons-nous, tout un système euchologique quotidien parfaitement normal & canonique. L'année ecclésiastique aurait été régulièrement partagée entre ces divers systèmes, dont le développement aurait suivi une marche simultanée, jusqu'au moment où l'un d'eux se serait trouvé en conflit avec les autres. Assez longtemps peut-être le système quotidien serait demeuré en vigueur & sans concurrence sérieuse, per annum. C'est sans doute sous la poussée de jour en jour plus envahissante du Calendrier des Saints qu'il aurait peu à peu cédé la place au Propre ou au Commun des Saints. Il ne semble pas que l'assignation à chaque jour de la semaine de messes votives déterminées lui aurait encore donné le coup de grâce. Les Sacramentaires qui accueillent en effet ces spécifications nouvelles (certains documents en rendent Alcuin responsable), n'en conservent pas moins leur canon de Missœ quotidianœ.

Nous avons déjà remarqué (page 109) que le vieux système est demeuré intact dans r"OxTcî>ir]yo<; & le

L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN

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Nous avons déjà laissé entrevoir, page 142, cette explication de l'absence de Postcommunions de rechange dans le Sacramentaire de Bobbio, en attirant l'attention sur l'extrême sobriété du Missel mozarabe & des Sacramentaires gallicans à cet égard. Peut-être le cercle restreint d'idées & d'expressions dans lequel se meuvent en somme les Postcommunions des autres Sacramentaires, peut-être aussi l'étroite parenté même de ces idées & de ces expressions avec celles dont le Gratias tibi agimits & le Quos cœlesti semblent être, au fond, le thème fondamental & original, seraient-ils autant d'éléments qui contribueraient à fortifier la thèse que nous risquons ? Mais ce n'est pas le moment de nous engager plus avant dans cette direction (1).

Que la Consummatio missœ qui fait l'objet, entre le Bobiensis & l'Ambrosien, d'un rapport exclusivement propre h ces documents & aux fragments celtiques, soit ou non l'unique formule originelle, il n'en reste pas moins que nous acquérons ici la preuve nouvelle de l'antiquité de certaines parties de la liturgie ambrosienne. Mais ce n'est pas d'inventorier les pierres appartenant aux substructions gallicanes de cette liturgie, qu'il s'agit en ce moment. Le point de vue où nous nous plaçons est plus borné.

IlaoaxÀ/^'.xri des Grecs. Il ne nous en reste plus, à nous, d'autre trace que la distribution férialedu Psautier & de ses annexes (hymnes, antiennes, &c). Mais l'euchologie fériale de l'office, les Orationcs matutinaies, vespertinales , &c, des vieux Sacramentaires, que nous rapporterions volontiers à la même économie rituelle, ont disparu non moins complètement que l'euchologie quotidienne de la messe.

Cette conception de l'histoire de la liturgie cathémérinale parait plus séduisante que la première, en ce qu'elle semble plus en harmonie avec les données & les analogies de l'évolution générale de la liturgie. La question est assez neuve. Il est superflu d'en faire ressortir l'intérêt. Nous y revenons ailleurs.

(1) Nous n'avons dit qu'une faible partie de ce que suggère l'étude monographique de ces deux formules Par exemple il ne serait pas indifférent à la question, que nous soulevons ici, de remarquer la permanence du dernier membre du Gratias tibi agimus (Hœc nos Communio), dans YOrdinarium Missœ de certains Missels, ceux entre autres, qu'étudie W. Maskell dans Tbe ancient Liturgy of tbe cburcb England. (cf. p. 192.) Il y a en même temps une autre remarque à faire & qui nous parait avoir sa signification, c'est la complaisance avec laquelle on a multiplié les applications de ce même tronçon, Hœc nos Communio, dans les Sacramentaires gélasiens & grégoriens. A coté de cela il serait encore intéressant de suivre, dans les diverses traditions euchologiques, les rédactions qui sont plus ou moins directement tributaires du modèle original. En voici une que nous trouvons dans le Sacramentaire ambrosien de Bergame (it. alia missa saccrdotis propria, p. 608). Gerbert en donne un texte tout semblable d'après les divers manuscrits suisses utilisés dans les notes de ses Monumenta, p. 295. « Gratias tibi ago Domine Deus qui me peccatorem satiare dignatus es corpore & sanguine Domini nostri Jesu Christi. Et ideo peto, omnipotens Deus, ut haec sancla communio non sit mihi in judicium neque ad condemnationem pœnas. sed sit mihi arma fidei & scutum bonae voluntatis, ad evacuandas omnes insidias diaboli de corpore meo, & illud introire convivium me peccatorem permittas ubi lux vera est & gaudia sempiterna justorum. Per eumdem. »

Plus d'un lecteur sera sans doute étonné de reconnaître ici le fond de la Gratiarum aélio que nos Missels romains décorent du nom de saint Thomas d'Aquin. Il est certain que nous empruntons notre texte à un manuscrit du xe siècle & que saint Thomas appartient au xuie. Si le texte plus développé de nos Missels porte son nom, c'est peut-être qu'il aurait été familier au saint docleur, ou bien que saint Thomas serait l'auteur des retouches & des additions qui ont fini par faire prendre à la formule ambrosienne sa physionomie actuelle. W. Maskell publie (1. c. tome I, p. 108), d'après le Missel d'York, une autre variété du même motif. Dans l'édition d'Henderson, cette nouvelle rédaction est précédée de la formule de saint Thomas, mais sans cette attribution & sous la simple rubrique Oratio ad Patron. Le Pontifical de Bangor (Henderson, Tbe York Missaï, tome 11. p. 335), en présente une rédaction plus courte au contraire. Bref, sous une forme ou sous une autre, la Consummatio missœ du Bobiensis apparait bien comme étant le thème le plus usité, le leitmotiv en quelque sorte de l'eu^apWTta.

Nous avons posé en principe, on se le rappelle, que S n'est pas une compilation milanaise, en raison de la place qu'y occupent les Rogations, avant l'Ascension, tandis que ces Litanies précèdent immédiatement la Pentecôte dans l'Ambrosien. Voilà pour S. Mais A ne serait-il pas, lui, tout ensemble de tradition romaine & de conservation ambrosienne? La première rencontre que nous venons de faire est insuffisante, en tout cas, à balancer les titres précédemment acquis aux documents celtiques. Les identifications qui concernent ceux-ci n'ont rien à craindre d'une constatation si incomplète, non plus que d'autres ayant le même caractère sporadique. Nos fragments celtiques conservent sur le Missel milanais l'avantage de porter, seuls, & sur des messes entières, telles que la Missa cotidiana romensis, & sur les autres points marqués plus haut.

Il faut toutefois le reconnaître : à défaut de concordances complètes & irréprochables, des rencontres qui seraient absolument spéciales au Bobiensis & à l'Ambrosien, à l'exclusion de tous les autres monuments liturgiques , de telles rencontres formeraient, par leur ensemble, un argument digne de considération. Voyons donc ce que l'Ambrosien nous réserve de ce côté.

Notons d'abord au passage, dans la Missa de Uno Confessore, page 347 de Mabillon (1), la seconde formule : Omnipoîens sempiteme Deus eut cuncla famolantur clementa... Cette formule devient propre à saint Sévère (évêque de Ravenne, f 390), dans le Sacramentaire ambrosien (2). Nous n'en retrouvons le texte dans aucun autre monument liturgique. Ceci est une bonne note incontestablement.

La Missa in sanclœ Mariœ solemnitate (3) semble, au premier abord, devoir augmenter les chances. Examinons. Dans le Bobiensis, le relevé des initia des cinq formules nous donne le schéma suivant :

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