Du grec : orthos, droit, et kéras, corne
ces atteignent une taille très grande, pouvant aller jusqu’à
2 mètres.
La coquille des orthocères avait la forme d’un cône très allongé (fig. 35 et 36), et était divisée, comme la coquille du Nautile, en chambres successives, par des cloisons régulières; il existait aussi un siphon central qui traversait la
Fig. 35. — UN ORTHOCÈRE. — Fig. 36. — ORTHOCÈRE RESTAURÉ. — S, Siphon central. — C, Ligne A gauche, l'animal entier. — A droite, de suture ou de raccord d'une une coupe longitudinale de la coquille.
cloison avec la coquille. — C, Cloison. — $, Siphon.
coquille d'un bout à l’autre; on peut donc dire que les Orthocères élaient des Nauliles à coquille droile.
Is ont vécu depuis le Silurien inférieur jusqu'au commencement des temps secondaires.
Un peu plus lard, au Silurien supérieur, on voit apparaître d'autres espèces dont la coquille commence à se courber à la pointe; on a alors le genre Cyrloceras ! (C, fig. 37).
Aux époques dévonienne et carbonifère, c'est-à-dire plus lard encore, on rencontre un type un peu plus enroulé, c'est le genre Gyroceras * dont la coquille acquiert déjà la forme Spiralée; mais les tours ne se touchent pas encore (Gy, fig. 37).
Enfin, les formes possédant des coquilles à tours contigus
1. Du grec : kurtos, courbé, et kéras, corne. 2. Du grec : quros, arrondi, et kéras, corne.
deviennent très abondantes à la fin des temps primaires, et ont
‘absolument la forme extérieure des nautiles et des Gonialiles
(Go, fig. 37), dont nous nous occuperons tout à l'heure.
Nous passons done des formes droites, représentées par les orthocères, aux formes spiralées, dont le type est le Nautile, par une série continue de formes arquées ou incomplètement enroulées. Dans toutes ces formes, les cloisons qui séparent les chambres successives ont une courbure régulière, el le siphon traverse les cloisons en leur centre, ou à peu de distance du centre.
A l'exception du Nautile qui existe encore, toutes ces formes s’éteignirent de très bonne heure, c'est-à-dire avant le début des temps se- Fig. 37. — ENROULEMENT PROGRESSIF DES condaires, ou peu aprés ; COQUILLES DE CÉPHALOPODES PRIMAIRES. — le N ei: dou présente cs per # Gy, Gyroceras. — O, Ophi-
Nautile no dioceras. x0, Goniatite.
donc encore un exemple d'une espèce qui à persisté, sans modifications sensibles, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours".
Les ammonitidés descendent probablement des céphalopodes tétrabranchiaux. — Une question intéressante se pose maintenant : les céphalopodes tétrabranchiaux qui vivaient pendant l'ère primaire ont-ils disparu sans laisser de descendants autres que le Nautile, ou se sont-ils modifiés lentement, de façon à se perpétuer sous une autre forme encore?
On ne saurait répondre d'une façon précise à cette ques-
tion. Cependant, il y a lieu de remarquer que, dès le milieu
des temps primaires (Dévonien), on voit apparaître les premières formes d'un groupe qui deviendra extrêmement important
1. Le premier exemple nous a été donné par les Brachiopodes (page 51). LE
pendant l'ère secondaire : c'est le groupe des Ammonilidés. Extérieurement, les ammonitidés ressemblent au Nautile, en ce sens qu'ils ont, comme lui, une coquille enroulée en spirale, à tours contigus (fig. 38), et partagée en chambres successives par des cloisons que traverse un siphon.
Mais là se borne la ressemblance, car, bien qu'on ne connaisse pas leurs parties molles, il est.
cependant probable que les ammonitidés É étaient des céphalopodes dibranchiaux et non des tétrabranchiaux comme les nautiles. De plus, les cloisons qui séparent les chambres successives de la coquille des ammonitidés présentent des ondulations très accentuées, de telle sorte qu'au lieu de se raccorder à la
Fig. 38. — Gonramre, COQquille par une ligne simple, comme — Les lignes de suture chez les nauliles ou les orthocères, elles ne ser Sy raccordent par une ligne sinueuse et wnes de suture de l'Or- Même brisée. Enfin, le siphon a quitté thoceras, fig. 35). le centre des cloisons pour se placer du
côté ventral, c'est-à-dire du côté extérieur de la coquille. Il y a donc, entre les nautilidés et les ammonitidés, des différences assez sensibles; malgré cela, 1l n'est pas impossible que quelques espèces, primitivement droites, de céphalopodes tétrabranchiaux primaires aient pu, en s'enroulant, perdre une paire de branchies, et que le siphon ait quitté le centre des cloisons pour devenir ventral; les tétrabranchiaux peuvent donc fort bien avoir été la souche ancestrale des dibranchiaux, et rien ne s'oppose à ce que les ammonites descendent des orthocères,.
Cette hypothèse est d'autant plus admissible que les premiers ammonitidés, les Gonialiles (fig. 38), n'apparaissent qu'à l'époque dévonienne, c'est-à-dire à une époque postérieure à celle à laquelle les orthocères ont commencé à s'enrouler; cependant il serait imprudent d'affirmer qu'il y a fillation entre les deux formes.
Nous retrouverons les ammonilidés à l'époque secondaire, où le groupe poursuit son évolution avec une extraordinaire richesse de formes,
LES TEMPS PRIMAIRES 63 POLYPIERS < | . Coraux. — Dès les temps primaires, il existait des coraux x qui construisaient déjà des récifs analogues à ceux qu'on
observe aujourd'hui dans les régions équatoriales. Ces con- 5 Structions ont donné naissance
à des roches calcaires assez puissantes qu’on retrouve au- jourd'hui dans le nord de la France, en Angleterre, au Canada et même jusqu'au Spitzhberg !.
. Parmi les coraux, nous ne ferons que citer le Pleurodyc-
lium problematicum fig. 39), po- Fig. 39. — PLEURODYCTIUM PRIBLElypier de forme curieuse, dont MATICUM.
la véritable nature est longtemps restée inconnue. On sait maintenant qu'il n'est autre . chose qu'une colonie de polypes, fixée autour d'un tube de Serpule, sorte de ver qui se fabrique une enveloppe cal- caire dans laquelle il vit. Chaque polype habitait une loge losangique,communiquantpar
SSI SI
SM
Fig. 41. — TRACES GROSSIES DE GRAP-
Fig, 40. — CALCEOLA papers TOLITES. —- À, C, monoprionidés; B, avec son opércule détaché. diprionidés.
de petits canaux avec la loge voisine. On n'a jamais trouvé ce
1. On se rappelle que nous avons conclu de là que, pendant les temps primaires
* la température de nos pays était beaucoup plus élevée qu'aujourd'hui, et que le
climat des régions septentrionales de l'Europe devait se rapprocher du climat actuel des îles de l'océan Pacifique (voir p. 36).
fossile que dans le Dévonien inférieur; il semble donc avoir disparu depuis cette époque.
Un autre polypier curieux est la Calceola sandalina *, caractéristique du Dévonien moyen (fig. 40). L'animal se protégeait par un opercule mobile.
Polypes hydraires. — CARS Mais les polypiers primaires les plus remarquables sont les graptolites ?. Ces graptolites sont importants parce qu'ils peuvent servir à caractériser certains étages du Silurien, avec la même certitude que les trilobites ou les brachiopodes.
Les traces qu'ils ont laissées (fig. #1), et qui présentent le profil d’une scie, simple ou double, sont longtemps demeurées indéchiffrables.
On sait maintenant que les graptolites formaient de petites
| colonies flottantes (fig. 42) comprenant un nombre variable d'axes solides, attachés à un centre commun, à la manière des baleines d'un parapluie. Le long de ces branches naissaient, les unes au-dessus des autres et à partir Fig. 42. — GRAPTOLITE RESTAURÉ. — (F, Flotteur de d'une logette trian-
la colonie. — G,Vésicule génératrice. — B, Baguettes. Fe ES l — L, Loges. — S, Sicule. — G', Vésicule génératrice sUlaIre initiale, la
isolée et coupée, montrant l'origine d'une baguette). sicule, des loges r'é-
gulières et très pettes. Chacune de ces logettes donnait sans doute asile à un polype.
Au point de réunion de toutes les branches se trouvait une sorte de vésicule servant de flotteur et au-dessous de laquelle existait un nombre variable de vésicules plus petites (G) : c'est dans ces vésicules que prenaient naissance les axes divergents (B), porteurs de loges (L).
1. Ce nom vient de ce que le polypier ressemble assez à une sandale. 2. Du grec : graptos, écriture, et lithos, pierre, parce que les empreintes laissées sur les pierres par ces fossiles ressemblent à des lignes d'écriture.
semblent être les plus an-
Les loges sont disposées des deux côtés de l'axe (Diprionidés), ou d’un seul côté (Monoprionidés) (fig. 41),
Les graptolites se rencontrent à partir du Cambrien : ils acquièrent leur maximum d'extension au Silurien supérieur et disparaissent au Dévonien ; ils sont abondants en Bretagne, notamment dans les schistes de Poligné: ils paraissent ne pas avoir laissé de descendants.