CHAPITRE III
Généralités. — Division des temps secondaires. — L'étude des dépôts laissés par les mers secondaires a permis de les diviser en trois grands systèmes qui sont, en allant du plus ancien au plus récent : 1° le système triasique; 2 le système jurassique; 3° le système crétacé.
1° Système triasique. — Le système triasique, ou simplement Trias, doit son nom à ce que, en Allemagne et dans la région des Vosges où il est bien développé, il se divise tout
naturellement en trois étages bien distincts : un étage calcaire, nettement marin, intercalé entre deux autres étages :
l’inférieur, d'origine littorale; le supérieur, lagunaire.
L'étage inférieur, appelé quelquefois élage vosgien, renferme à sa base ces puissantes assises de grès rouges qui ont servi à bâtir un grand nombre de monuments dans les villes de la vallée du Rhin; c'est sur ces grès qu'on a trouvé des traces de pas de reptiles, ainsi que des empreintes de plantes gymnospermes, appartenant au genre Vollzia; c'est donc un dépôt de rivage.
L'étage moyen renferme un calcaire presque entièrement formé par des débris de coquilles ; on le nomme, pour cette raison, le Müschelkalk!; il représente évidemment un dépôt
marin.
Enfin, l'étage supérieur, qualifié autrefois de Saliférien, renferme des marnes diversement colorées; aussi leur a-t-on donné le nom de marnes irisées. Ces marnes se sont formées dans des lagunes ou dans des lacs salés qui, en se desséchant, ont abandonné d'abondants dépôts de gypse et de sel marin qu'on exploite en Lorraine, à Dieuze, et dans la région du Jura, à Gouhenans (Haute-Saône) et à Salins (Jura).
Tels sont les trois étages types du Trias vosgien; mais, à mesure qu'on s'avance vers l’est et vers le sud, le Trias change de caractère, et devient exclusivement marin (Trias alpin).
2 Système jurassique. — Le système jurassique est essentiellement formé par une succession très puissante de calcaires, de marnes et d’argiles; il tire son nom de la région du Jura où ces dépôts ont un développement considérable.
L'un des faits les plus saillants de cette époque est la constitution définitive, dans la région qui devait devenir la France, de trois grands bassins de sédimentation : bassin de Paris, bassin d'Aquitaine et bassin du Rhône. (Voir la carte n° 6, fig. 16, p. 29.)
Les assises jurassiques peuvent aussi être réparties dans trois étages principaux qui sont: le Jurassique inférieur, le Jurassique moyen et le Jurassique supérieur. Ces étages correspondent à des extensions différentes de la mer; c'est prin-
1. De l'allemand müschel, coquille, et kalk, calcaire : calcaire coquiller.
cipalement dans les deux dernières périodes que se développèrent, en France et dans la plupart des mers d'Europe, des récifs de coraux semblables à ceux qu'on rencontre encore aujourd'hui dans les mers des régions tropicales.
3° Système crétacé, — Le nom seul de ce système indique la nature des sédiments dominants de cette période; toutefois, de grandes variations s’observent dans la nature des dépôts. En France, et notamment dans le bassin de Paris, les roches les plus abondantes, au début, sont des calcaires compacls assez durs pour qu'on puisse les utiliser comme pierre à bâtir. Puis, à mesure qu'on se rapproche de la partie supérieure des dépôts, on passe insensiblement à cette roche blanche, tendre et friable, qu'on désigne sous le nom de craie.
Coup d’œil d’ensemble. — Les animaux de l'époque secondaire sont les descendants directs de ceux qui vivaient à l'époque primaire, auxquels ils se relient par de nonibreuses formes intermédiaires.
Aux céphalopodes enroulés de l'époque primaire, les gonialites (fig. 38, p. 62), succèdent, sans la moindre interruption, les Ammoniles si caractéristiques des temps secondaires.
Aux batraciens et aux très rares reptiles des couches paléozoïques, font suite les vrais repliles. Enfin, avec l'ère secondaire, nous assistons à la première apparition des oiseaux et des mammifères. Là encore, nous verrons ces groupes importants débuter par des formes qui les relient de la façon la plus naturelle aux groupes plus inférieurs qui les avaient précédés et, en quelque sorte, préparés.
Nous allons passer en revue les principaux animaux des temps secondaires, en insistant particulièrement sur les formes les plus caractéristiques des sédiments de cette période : nous reviendrons d’ailleurs sur les formes primaires toutes les fois que cela sera nécessaire, lorsque, par exemple, il s'agira de rechercher les ancêtres de certaines formes secondaires.
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PROTOZOAIRES AX Constance des formes des protozoaires. — Les protozoaires
constituent, comme on le sait, un groupe formé des animaux * les plus simples que l’on connaisse. Si l’on en excepte quelques formes qui, comme les fusulines (fig. 43, B, p. 65), ne dépassent pas l’âge primaire, les protozoaires paraissent avoir traversé toutes les époques géologiques sans subir de modifications sensibles, car certaines espèces, qui vivent encore de nos jours, sont presque identiques à celles qui ont vécu dans les temps primaires.
HE Abondance des protozoai- res secondaires. — Mais c'est surtout vers la fin des temps
secondaires que les proto-
zoaires du groupe des forainiféres prennent une extension considérable : dans cer-
faines régions, la craie blan-
__ cheetla craie marneuse, dont aie 18) l | les dépôts atteignent quelque- ‘1
fois jusqu'à 250 mètres d'épais- vi SRE or opens
seur, sont presque entière- LARGE CE dr
ment constituées par des particules de carbonate de chaux renfermant de nombreux débris de Bryozoaires ! et de Globigérines (fig. 51).
La boue rougeâtlre qui se dépose actuellement loin des côtes, dans les parties les plus profondes des grands bassins océaniques, est également formée de globigérines, ce qui porte à croire que la craie a pu se former de la même manière, c'est-à-dire qu'elle s'est déposée dans une mer qui n'était peut-être pas très profonde, puisque les bryozoaires y vivaient, mais qui était certainement très calme.
ÉCHINODERMES Formes actuelles. — Les échinodermes, dont le nom signifie animaux à peau couverte d’épines, sont représentés, dans la
À 1. Bryosoaires, petits animaux ressemblant à des polypes et vivant en colonie dans les mers peu profondes.
nature actuelle, surtout par les Oursins (échinides) et par les Étoiles de mer. Les oursins ont le corps couvert de piquants fixés sur des tubercules de leur carapace calcaire; c’est à cette particularité que le groupe entier doit son nom. Quant aux étoiles de mer, elles possèdent, en général, cinq bras égaux, et sont, comme les oursins, des animaux libres, rampant sur le fond de la mer.
Ancêtres primaires des échinodermes secondaires. — De nombreux échinides, analogues aux oursins actuels, ont vécu pendant toute la durée des temps secondaires ; ils avaient été précédés, à l'époque primaire, par des formes très intéressantes, les Cyslidés (fig. 52), dont la carapace (S), arrondie et pourvue le plus souvent d'un pédoncule plus ou moins Fig.52. —Ux Cysrné, ]Jong (T), était formée de plaques calcai- Échinoderme primaire. Les, non soudées entre elles, et disposées
sans ordre. À l'opposé du pédoncule se trouvait la bouche, autour de laquelle étaient placés des tentacules (B) très courts. Quelquefois, des sillons partant de la bouche s'étendaient sur la carapace.
Ce sont ces formes, très anciennes, spéciales aux temps primaires, qui paraissent avoir été la souche de tous les autres groupes d'échinodermes.
Échinodermes secondaires : 1° Encrines. — Au début des temps secondaires, les encrines ou Lis-de-mer, élaient extrémement nombreuses dans les mers: elles vivaient surtout dans les localités où les polypes avaient construit des récifs, et se tenaient fixées sur les fonds rocheux, à l'aide de leur pédoncule qui pouvait atteimdre des dimensions considérables (jusqu'à 15 mètres de long); le corps de l'animal (calice), pourvu de bras articulés, était situé à l'extrémité hbre du pédoncule! (fig. 53 et 54).
Les encrines, qui se relient évidemment aux eystidés pri-
1. On nomme eñntroques les innombrables articles qui forment le pédoncule des
encrines. Quelques calcaires jurassiques en sont remplis : on les nomme, pour cette raison, calcaires à entroques.
maires, vivaient quelquefois en si grand nombre dans les mers secondaires, qu'elles y formaient de véritables forêts
vevp
Fig. 53. — Une Encrine du Dévonien de Fig. 54. — Un Crinoïne (Æncrinus liliila Mayenne (d'après M. Œhlert). formis) du Müschelkalk de Lunéville.
sous-marines; les explorations sous-marines récentes ont montré que leurs descendants existent encore nombreux dans les grandes profondeurs de la mer.
20 Oursins. — Les oursins acquièrent également une exten-
Fig. 55. — Hemiciparis du terrain Fig. 56. — ToxasTeRr (7°. complanatus) corallien (Jurassique sup.) de Trouville du Néocomien (Crétacé inf.) de Castel- (3/4 de grand. nat.). lane (Vaucluse) (2/3 de grand. nat.).
sion considérable dans le cours des temps secondaires: chez les uns, les Cidaris et les Hemicidaris par exemple (fig. 55), la
carapace est régulière et la bouche est placée au centre de la face inférieure; chez d’autres, tels que les Micrasters ou les Toxæasters (fig. 56), la bouche s’est portée à la partie antérieure du corps et la carapace à perdu sa symétrie primitive.
Les Oursins réguliers ou à symétrie rayonnée 1 vivent encore dans les mers des régions tempérées et méridionales. Les Oursins irréguliers ou à symétrie bilatérale ?, analogues aux toxasters, sont moins anciens que les oursins réguliers. Il y a donc lieu de penser qu'ils dérivent des formes régulières et que leur genre de symétrie provient de l'habitude qu'ils ont dû prendre de bonne heure, de se déplacer toujours dans le même sens.