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INTRODUCTION A L'ÉTUDE DE LA PALÉONTOLOGIE

Définition de la Paléontologie. — La Paléontologie ! a pour objet la connaissance des animaux et des plantes qui ont vécu sur la Terre, aux époques anciennes, et dont les débris ou les empreintes, désignés sous le nom de fossiles, se retrouvent aujourd'hui dans les différentes couches de lécorce terrestre.

Utilité et but de la Paléontologie. — L'étude de ces fossiles nous montre que les formes animales ou végétales qui peuplaient autrefois le globe ont souvent varié dans le cours des âges; ce sont même ces variations dans la faune et dans la flore ? terrestres qui ont permis d'établir, dans l'Histoire de la Terre, ces coupures auxquelles on a donné le nom

d'Époques géologiques, chaque époque étant caractérisée par

une faune et par une flore qui lui sont propres, et qui permettent de la distinguer des époques qui la précèdent ou qui la suivent.

On croyait autrefois que ces faunes et ces flores successives

étaient indépendantes les unes des autres; mais il semble

aujourd'hui démontré qu'elles se relient, au contraire, les unes aux autres, par des liens très étroits; on a découvert, en effet, de nombreuses formes de passage qui font comme un

. 1. Du grec : palaios, ancien; onta, êtres; logos, discours, étude, c'est-à-dire : étude des êtres anciens.

2, La faune d'une époque cest l'ensemble des animaux qui vivaient à cette époque ; la flore est l'ensemble des végétaux.

pont entre les faunes, généralement si différentes, de deux époques consécutives. De sorte qu’on est actuellement très enclin à penser qu'il y a conlinuilé entre les faunes des époques successives; que les formes animales ou végétales d'une époque dérivent par transformation graduelle, lente, mais continue, des formes antérieures et, par conséquent, que la faune ou la flore actuelle ont été préparées par les faunes et les flores anciennes, comme elles préparent, elles-mêmes, les faunes et les flores futures qui sortiront d'elles.

L'étude de la Paléontologie est donc attrayante comme l'est toute étude qui éclaire nos origines.

Elle est, de plus, indispensable si l’on veut se rendre un compte exact de la facon dont s'est faite, à la surface du Globe, l'évolution des êtres vivants.

Difficultés que doit vaincre la Paléontologie. — Les documents, c'est-à-dire les fossiles, que la Paléontologie utilise pour faire revivre le passé, sont très rares. C'est qu'il a fallu, en effet, des conditions toutes particulières, en quelque sorte exceptionnelles, pour que le corps des animaux ou les organes des plantes pussent se conserver dans les couches sédimentaires. En général, les parties molles ont disparu sans laisser de traces: seules, les parties dures ont pu, dans quelques cas, nous parvenir; aussi comprend-on combien, dans ces conditions, doit être faible le nombre des êtres dont il nous est possible d'observer et d'étudier les restes.

Si l’on songe, en outre, que non seulement les restes fossilisés des êtres anciens sont rares et incomplets, mais que, fréquemment, ils sont encore enfouis pêle-mêle dans le sol: que les fragments du squelette d'un animal, par exemple, se retrouvent rarement réunis en un même point; qu'ils sont, le plus souvent, épars, dispersés sur un large espace et, par surcroit, mélangés à d'autres ossements provenant d'animaux très divers, on est en droit de se demander comment les géologues ont pu débrouiller un écheveau aussi compliqué et arriver à reconstituer, ainsi qu'ils l'ont fait, les faunes et les flores des âges passés.

Découverte des méthodes utilisées en Paléontologie. —

C'est à Georges Cuvier ! que revient l'honneur d'avoir mis de

1. Georges Cuvier, né à Montbéliard en 1969, mort à Paris en 1S32.

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féconde grâce à laquelle la Paléontologie est entrée dans une voie vraiment scientifique. Pour bien faire comprendre en quoi consiste cette méthode, nous n'avons qu'à laisser la parole à Cuvier lui-même.

Au début de son ouvrage sur les Ossements fossiles !, 11 commence par poser les données du difficile problème qu'il s'était proposé de résoudre, et qui n’était autre que la reconstitution des squelettes des animaux dont les débris se trouvaient alors abondants?, mais épars, dans les carrières de gypse de Montmartre.

« Dans mon ouvrage sur les Ossements fossiles, dit-il, je me suis proposé de reconnaître à quels animaux appartiennent les débris osseux dont les couches superficielles du globe sont remplies. C'était chercher à parcourir une route où l'on n'avait encore hasardé que quelques pas. Antiquaire d'une nouvelle espèce, 1l me fallait apprendre à la fois à restaurer ces monuments des révolutions? passées et à en déchiffrer le sens; j'eus à recueillir et à rapprocher dans leur ordre primitif les fragments dont ils se composaient, à reconstruire les êtres antiques auxquels ces fragments appartenaient, à les reproduire avec leurs proportions et leurs caractères, à les comparer enfin à ceux qui vivent aujourd'hui à la surface du globe; art presque inconnu, et qui supposait une science à peine effleurée auparavant, celle des lois qui président aux coexistences des formes des diverses parties dans les êtres organisés. Je dus donc me préparer à ces recherches par des recherches bien plus longues sur les animaux existants: une revue presque générale de la création actuelle pouvait seule donner un caractère de démonstration à mes résultats sur cette création ancienne, mais elle devait en même temps me donner un grand ensemble de règles et de rapports non moins démon

1. Georges Cuvier : Zecherches sur les Ossements fossiles. Discours sur les Révolutions du Globe. Tome I.

2. Nous avons dit (p. 6) que les débris fossilisés étaient rares; nous disons ici qu'ils sont abondants. La contradiction n'est qu'apparente : les espèces fossilisées sont rares, puisqu'il n'y a guère que celles qui possédaient des parties dures qui ont été conservées ; mais leurs débris peuvent, sur certains points, être très abondants.

3. Nous verrous, p. 137, ce qu'il faut entendre par le mot « révolutions » qu'emploie Cuvier.

trés, et le règne entier des animaux ne pouvait manquer de se trouver en quelque sorte soumis à des lois nouvelles, à l'oecasion de cet essai sur une petite partie de la terre. »

On voit que pour pouvoir comprendre les formes anciennes, Cuvier entreprit tout d'abord l'étude comparative des animaux vivants. Cette étude l’amena à poser deux principes importants, qui lui permirent de tirer des conclusions extrémement remarquables pour l'époque à laquelle il les formu-

lait; ce sont :

1° Le principe de la subordination des caractères, sur lequel

repose toute sa classification, principe grâce auquel Cuvier parvint à établir une sorte de hiérarchie des caractères pouvant servir à grouper rationnellement les espèces.

2° Le principe de la corrélation des formes, qui lui permit de reconnaitre que les différentes parties d'un animal sont, les unes par rapport aux autres, dans une dépendance telle que si l’une d'elles vient à varier, foules les aulres subissent des modi- Jications correspondantes.

« Tout être organisé, dit Cuvier, forme un ensemble dont les parties se correspondent mutuellement et concourent à la même action définitive par une action réciproque. Aucune de ces parties ne peut changer sans que les autres changent aussi; et par conséquent chacune d'elles, prise séparément, indique et donne toutes les autres.

« Siles intestins d'un animal sont organisés de manière à ne digérer que de la chair, et de la chair récente, il faut aussi que ses mâchoires soient construites pour dévorer une proie, ses griffes pour la saisir et la déchirer, ses dents pour la couper et la diviser, le système entier de ses mouvements pour la poursuivre et pour l’atteindre, ses organes des sens pour l’apercevoir de loin.

« Pour que la mâchoire puisse saisir, il lui faut une certaine forme de condyle, un certain rapport entre les positions de la résistance et celle de la puissance avec le point d'appui !, un certain volume dans le muscle qui la meut et une certaine étendue dans la fosse qui reçoit ce muscle, ainsi qu'une cer-

1. On sait qu'une mâchoire est un véritable levier et que, dans tout levier, il existe trois points remarquables qui sont les points d'application de la puissance et de la résistance, et le point d'appui (Voir DrincourT, Physique, Classe de Seconde À, B, C, D, p. 13. Librairie Armand Colin).

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