CHAPITRE PREMIER
IDÉE GÉNÉRALE DE LA CONFIGURATION DES MERS ET DES CONTINENTS DURANT LES PÉRIODES PRIMAIRE, SECONDAIRE ET TERTIAIRE. — CHAN- GEMENTS DES CLIMATS
Formation des plis dans l’écorce terrestre. — On sait! que, selon toute vraisemblance, la Terre est formée d'un noyau central, incandescent, de matières à l'état de fusion ignée, et que ce noyau est complètement enveloppé d'une mince croûte solide qu'on nomme l'écorce lerrestre.
Constamment, la Terre rayonne vers les espaces une partie de la chaleur qui lui est propre : elle se refroidit donc; mais comme, pour un même abaissement de température, les liquides se contractent plus que les solides, le noyau central, liquide, diminue de volume, par le refroidissement, plus que ne le fait la croûte solide. Il en résulte que celle-ci, pour conserver le contact avec le noyau qu'elle recouvre, est obligée de se plisser, comme fait la peau d'une pomme dont l'intérieur se dessèche. Les plis saillants de l'écorce ont constitué les chaînes de montagnes et les continents; les plis creux ou rides sont devenus les fonds de mers.
Les zones de plissements ne sont pas limitées aux plis proprement dits. — Il ne faudrait pas s'imaginer qu'un pli, dans l'écorce terrestre, se réduise à une simple ligne de hauteurs. Sans doute, il y a toujours une ligne culminante qui est comme l’axe du pli; mais les deux versants de cet axe se prolongent souvent à de grandes distances par des zones qui peuvent présenter l'aspect de plaines, mais qui, bien que plates et horizontales, n'en ont pas moins été englobées dans la formation du pli, et ont subi, de ce fait, un exhaussement sensible. Aussi, beaucoup de régions de plaines font-elles géologiquement partie de systèmes montagneux, parce qu'elles ont été exhaussées et sont sorties dela mer pour devenir
1. Voir Cocows et HouzserT, Géologie (Phénomènes actuels). classes de 5° B et de 4° A, p. 123 et suivantes. Librairie Armand Colin.
continentales au moment de la surrection d’un massif de montagnes.
Un pli résulte d'une poussée latérale. — ['autre part, ce n'est pas, ainsi qu'on le croyait autrefois, une poussée interne, verticale, de bas en haut, qui provoque l'apparition d’un massif montagneux : c’est une poussée latérale; et si l'on veut se convaincre qu'une poussée de ce genre peut amener la formation d'un pli, on n’a qu'à pousser, avec un doigt de sa main droite, la peau de sa main gauche, on voit que le refoulement produit sur la peau, en avant du doigt qui exerce la poussée, toute une série de plis, très comparables à ceux qui apparaissent sur l’écorce terrestre.
L’apparition d’un pli n’est pas subite. — Enfin, l'étude attentive des couches sédimentaires dans les régions disloquées par les plissements montre que la formation d’une chaîne de montagnes n’est pas un accident brusque. Il a fallu, en général, une nombreuse série d'efforts, de pressions, de refoulements superficiels, s’exerçant pendant un temps extrémement long, pour produire les puissants reliefs du Jura, des Pyrénées ou des Alpes. Il est, le plus souvent, très difficile, sinon impossible, de déterminer la date de ces divers mouvements: seul, le dernier peut, dans certains cas, être fixé avec quelque certitude: il s'ensuit que ce que l’on appelle l’âge d’un massif montagneux, c'est ordinairement l’âge de la dernière dislocation.
Les plissements principaux de l’écorce terrestre. — (Ces préliminaires posés, nous pouvons dès à présent dire que les continents de l'hémisphère boréal, au moins en ce qui concerne la région européenne, doivent leur formation à quatre plissements successifs qui ont donné naissance, dans le cours des temps géologiques, à quatre grandes chaînes de montagnes presque parallèles dans leur direction générale :
1° Le premier plissement a eu lieu avant le dépôt des sédiments précambriens ! : c'est la chaîne huronienne.
2° Le deuxième s’est produit pendant la formation des ter- “ains siluriens, et a formé la chaine calédonienne.
3° Le troisième, vers la fin de la période carbonifère, a fait apparaître la chaine hercynienne où armoricaine.
1, Voir le tableau de la page 14:
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4° Enfin, le quatrième, vers le milieu des temps tertiaires, a donné la chaîne alpine.
1°" Plissement : Le continent huronien. — Si nous examinons la distribution des dépôts précambriens, nous voyons que, en France et dans l'Europe centrale, tous ces dépôts
sont formés de schistes à grain fin, ce qui est l'indice d'une formation s'étant effectuée loin des rivages, au sein d'une mer
tranquille. Dans les régions septentrionales de l'Europe, au
contraire, les dépôts précambriens sont faits de galets et de grès, ce qui caractérise une formation littorale.
Donc, pendant la période précambrienne, il y avail une mer à la place qu'occupent actuellement la France el l'Europe centrale, et cette mer poussail ses vagues contre les falaises d’un continent silué dans les régions boréales.
Ce continent, aux côtes abruptes!, s'étendait depuis les bords du lac Huron (Amérique du Nord) jusqu'en Asie, Il était dû à un premier plissement de l'écorce terrestre, plissement qui avait donné naissance à une longue chaine de hauteurs contre lesquelles venait déferler la mer précambrienne. On a donné à cette chaîne le nom de chaine huronienne.
Au sud du continent huronien s'étendait une mer largement ouverte, au milieu de laquelle émergeaient quelques grandes iles, telles que la Bretagne, le Plateau Central et la Bohême (fig. 5, carte n° 1).
Plus tard, ce continent boréal s'est disloqué; le Canada ainsi que le Groënland en sont les derniers vestiges ?.
2° Plissement : Le continent calédonien. — Vers la fin de la période silurienne, un nouveau pli se dessine au sud du rivage huronien: cette = 5 zone de plissements intéresse, cette fois, les États-Unis, l'Écosse et la Scandinavie (fig. 5); on lui donne le nom de chaine calédonienne*. Une large bande de terre ferme, comprise entre l'ancienne chaine huronienne et la nouvelle chaine calédonienne, a élé exhaussée, s’est ajoutée à l’ancien continent précambrien et l’a élargi vers le sud. La présence de
1. Les galets qu'on trouve le long de cet ancien rivage indiquent qu'il y avait des falaises que la mer démolissait.
2. On ne saurait étudier sérieusement la Géologie sans avoir toujours devant soi un atlas contenant de bonnes cartes de Géographie physique. Voir ATLas Vibar-LaBLacHe, Classe de Seconde, carte n° 52-°, Librairie Armand Colin.