‹ Paléontologie. Monographies [des vertébrésChapitre 11 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il résulte des descriptions et des considérations qui précédent que le buffle antique constitue un type très bien spécialisé dans son groupe sous-générique, ne se rattachant pas plus particulièrement à l’un qu'à l’autre de ses congénères.

Ses grandes cornes en croissant le feraient rapprocher de l’Arni : mais elles ont leur croissant bien plus ouvert et étalé avec les pointes plus dirigées en dehors. La position de l'orbite très près et sous la base antérieure des cornes ne se retrouve dans aucune autre espèce. Un profil rentrant subanguleux à la hauteur des yeux, un chanfrein très fortement busqué, un mufle très développé et épais, une ganache barbue constituent ensemble un attribut spécial au buffle antique.

Les longues cornes fortement annelées, sauf à leur tiers supérieur, ayant leurs chevilles bien séparées par un front convexe, mais plus bombé dans le sens longitudinal, paraissent avoir empiété sur ce front, si l’on en juge d’après les représentations imparfaites que nous en possédons et d’après la nature du tissu rugueux et adventice qui envahit cet intervalle. On observe quelque chose d’analogue chez certains buffles et ce ne serait ici qu’une forme spéciale de cet envahissement.

Une forte tête portée basse et oblique, un garrot très élevé en s’arrondissant, un rein large, une croupe plus ou moins anguleuse et très avalée, une queue courte, grêle, poilue au bout, pendante ou rejetée flexueusement sur la fesse, des membres très robustes et épais

avec charpente puissante donnent à cet animal une physionomiecaractéristique et constituent les points les plus remarquables de son signalement.

Il n'y a point là de dérogation importante à la physionomie propre au type buffle et il n'y a pas de raison pour ne pas admettre que les mœurs de notre fossile ne devaient pas beaucoup différer de celles de ses congénères vivants. Ce ne devait certainement pas être un habitant habituel de forêts ; il v aurait été trop embarrassé pour ses mouvements par sa grande envergure des cornes, sa grande et lourde: stature et ses pieds mastocs.

C'était bien plus naturellement un hôte des grandes plaines, plus. ou moins dépourvues de broussailles et riches en herbages, ne pouvant s'écarter des eaux soit de rivières, soit, et plus probablement, de marécage, pour s'y immerger en plein pendant toute la journée et se vautrer dans la fange, comme ses congénères. Il est fortement à présumer que si le squelette du sujet de Djelfa nous a été si complètement conservé, c'est parce que la bêle s’est accidentellement enlisée dans le marécage. L'espèce devait y vivre en grandes troupes et nos dessins rupestres semblent nous les montrer voyageant en file indienne.

Mais quel contraste entre le climat indispensable à de pareilles existences et celui de la région où l’on trouve maintenant leurs débris. On peut admettre que c’est, du moins en partie, à la détérioration de ce climat qu'est due la disparition de cet hôte passager. Le rôle qu'il occupe sur les tableaux rupestres du sud de l'Atlas indique qu'il en jouait un considérable dans la faune de son époque et avait vis-à-vis de l'homme autant au moins, sinon plus, d'importance que l'éléphant son contemporain et divers autres grands mammifères disparus. comme eux de la région.

Il faut donc ajouter à l'influence de !a détérioration du climat celle. de la guerre incontestable que l'homme lui a faite pour subvenir à

son alimentation. Il n’est pas probable qu'un pareil et si puissant colosse ait pu être domestiqué à aucun degré, surtout à l'époque où le climat le plus approprié à ses mœurs et à ses besoins battait son plein, que la misère physiologique qui pouvait plus tard l'atteindre ne l'avait pas encore affaibli dans ses instincts de sauvage liberté et qu'aucun intérêt humain n’a dû essayer de retarder l'extinction de la race, mais bien plutôt de la favoriser.

Il est donc naturel de faire remonter cette disparition à l’époque du changement climatérique qui en est une des causes. Or, cette époque est celle du passage des derniers temps néolithiques aux préludes des temps historiques, dont toutes les phases sont loin de nous être connues. C'est celle pendant laquelle les atterrissements alluvionnaires des grandes vallées ont été restreints à des proportions semblables à celles des temps actuels et où le sol appauvri de son alimentation pluviale s'est plus ou moins asséché dans les grandes plaines et n’a pu conserver ses marécages indispensables à bon nombre des espèces qui constituaient la faune d'alors. C'est probablement pendant une des phases de l'instauration du climat saharien dans le nord de l'Afrique, c'est-à-dire au commencement des temps modernes.

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