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LES GISEMENTS DU BUFFLE ANTIQUE

La pièce osseuse qui la première a permis de créer l'espèce a été découverte dans des fouilles pratiquées sur les bords de l'Oued bou Sellam, près de Sétif, dans les alluvions et les dépôts limoneux des niveaux les plus inférieurs de la vallée et appartenant à la dernière phase quaternaire. Ces dépôts paraissent tellement liés aux cours d’eau actuels dans lesquels ils ont creusé leur lit, qu’il semblerait que leur formation leur est due. Mais l’immensité des surfaces recouvertes est hors de proportion avec les phénomènes météoriques actuels de la région ; les cours actuels seraient incapables de pareils atterrissements ; ceux-ci caractérisent un tout autre régime.

On peut en dire autant du bassin du Rhumel, qui a fourni plusieurs crânes de cette espèce, dont un trouvé à Aïn Smara, plusieurs autres à l'Oued Seguen ; ils sont tous dans les berges érodées des cours d’eau actuels, provenant des alluvions graveleuses ou limoneuses qui ont rempli tous les bas-fonds de la région sur une épaisseur variable et dans des conditions de dépôt absolument identiques à celles que l’oro-

graphie actuelle de la région permettrait de nos jours avec un régime alluvionnaire d’une intensité tout autre que celle de l'époque actuelle ; c’est encore une formation des derniers temps quaternaires. Les ossements du buffle y sont associés à ceux du cheval, de l'âne, d'un grand bœuf nommé primiginius mauritanicus par M. P. Thomas, d'un autre bœuf de plus petite taille comparable à celle des bœufs actuels du pays, de l’alcélaphe bubale, du chameau et d’autres petits ruminants. Des silex taillés y ont été observés, mais ils sont rares. C'est en somme une faune imparfaitement connue, mais qui appartient évidemment à la dernière phase quaternaire.

Le gisement de Djelfa d'où proviennent les principaux éléments de cette monographie est encore de même nature et de même composition que les précédents ; c’est un dépôt argilo-marneux et peut-être d'anciens marécages ayant comblé la partie la plus basse de la vallée ; on y trouve, en effet, des hydrobies. M. P. Thomas, qui a assisté à leur découverte, ou du moins a vu le gisement peu après, y indique le cheval, des ruminants, un grand oiseau, non déterminés.

Tous les gisements énumérés ci-dessus sont situés dans la région des hauts plateaux sétifiens ou maurétaniens ; mais plusieurs autres, moins riches il est vrai, se trouvent dans la zone du Tell.

A Bougie, dans les escarpements du cap Carbon, existe une caverne presque au niveau de la mer, qui a été fouillée par M. Béguin pour en extraire des phosphorites. Parmi les débris osseux qui n'ont pas été précipités à la mer se trouve une phalange onguéale un peu détériorée mais qui doit très probablement avoir appartenu au buffle antique. Peut-être y a-t-il aussi quelque fragment de métacarpien. J'ai pu y reconnaitre en outre un rhinocéros encore indéterminé, d’autres ruminants trop incomplètement connus, mais plus particulièrement un cervidé tellement anormal dans sa mandibule que je l'ai soupçonné longtemps de présenter un cas pathologique, mais que j'ai dû accepter comme normal après la découverte d’autres piè-

ces identiques dans un autre gisement éloigné. C’est le cervus pachygnatus.

Près de Rouïba, dans la Mitidja orientale, des fouilles exécutées pour des travaux publies dans le lit de Oued Hamiss ont amené la découverte d'un crâne très bien caractérisé du buffle antique : ül gisait dans un conglomérat caillouteux récent. Malheureusement il est mutilé ; la corne qu'il avait encore conservée a été brisée et elle a été maladroitement restaurée, de manière à perdre son faciès et à ne pouvoir servir aux comparaisons. Toutefois, la partie de l'orbite conservée et le frontal, par sa convexité et ses rugosités, ne peuvent laisser aucun doute sur sa détermination. Ces ossements que j'ai vus, lors de leur découverte, à l'Exposition permanente des produits de l'Algérie (aujourd'hui supprimée), étaient accompagnés d’autres débris osseux parmi lesquels divers fragments de canine inférigure d’un hippopotame, beaucoup trop incomplets pour permettre une détermination, mais suflisants pour caractériser le genre. Malheureusement ils sont maintenant égarés. La portion de cràne se trouve actuellement dans les collections de l'Ecole supérieure des sciences d'Alger.

Plus près d'Alger, dans une grotte fouillée par le docteur Bourjot, entre le cap Gaxine et Guyotville, on a trouvé une première phalange et une molaire, ayant certainement appartenu au buffle antique. L’àne, le cheval, un bœuf de la taille de ceux du pays, l’antilope de Maupas, le chameau, des chiens, de grands felis, Fhomme à tibia platyenémique, des outils en pierre, en silex taillé, des poteries grossières ont été trouvés dans le même gisement qui certainement appartient aux derniers temps préhistoriques. L’antilope de Maupas, une des espèces les plus remarquables, se retrouve dans des gisements voisins avec des débris bien caractérisés de l'Elephas africanus confirmant la détermination de cet àge.

Aux environs d'Oran des recherches très fructueuses ont été exécutées dans des grottes préhistoriques. MM. Thomasini et Palary,

puis M. Doumergue ont recueilli de nombreux ossements de grands bœufs qu’en raison de leur grande taille on a considéré comme pouvant avoir appartenu au buffle antique ; mais un examen plus attentif m'a montré qu'ils appartenaient pour la plus grande partie à une grande espèce du sous-genre bœuf, proprement dit; toutefois, j'ai la conviction qu'une révision plus comparative à l’aide de l’iconographie présente fera reconnaitre la présence de ce buffle dans ces gisements remarquables, et déjà je n’ai plus de doute pour quelques-uns d’entre eux. En tout cas, les animaux auxquels ils sont associés font tous partie de la dernière faune néolithique et je me propose de faire connaître bientôt certains des types les plus remarquables.

Un peu plus à l’ouest d'Oran, aux sources de Brédéa, des sondages pour le captage des eaux artésiennes, jaillissant dans le marais, ont ramené quelques ossements, gisant dans un atterrissement recouvert par une formation travertineuse. Il y avait deux dents décrites plus haut qui ne laissent aucun doute sur leur spécification. Des débris de poterie et quelques débris d’autres ruminants plus petits ont été ramenés à la surface et leur étaient certainement associés. C'est encore là un gisement trop peu connu des derniers temps néolithiques.

Il ne m'a pas été donné de constater la présence du buffle antique dans des stations qui me paraissent plus anciennes que les précédentes. Ni à Ternifine, ni à Aboukir, ni à la pointe Pescade et autres localités où les plages marines émergées ont fourni des ossements fossiles, je n'ai rien observé qui pût lui être rapporté. M. Thomas a attribué au buffle antique divers débris considérés comme plus anciens, et qui seraient pliocènes d’après lui. La pièce déterminante est une extrémité de noyau osseux de corne trouvée dans les sables du Mansoura, près de Constantine. Cette corne est bien moins effilée, moins déprimée, à surface bien plus rugueuse que dans les pièces de Djelfa que j'ai pu lui comparer. Je ne pense pas que sur un pareil document on puisse baser une détermination cerlaine d'espèce, en

raison surtout de la variabilité que comporte un pareil ossement. Tout ce qu'il est possible de dire c’est que c’est un bout de corne de grand bovidé.

L'âge du gisement est aussi sujet à contestation ; je n’y reconnais pas les espèces de ce que j'appelle le quaternaire ancien ou pléistocène. M. Thomas lui attribue aussi un tibia et un astragale de gisements de ce dernier âge ; mais il ne parait non plus y avoir aucune certitude sur cette attribution, puisque dans un travail antérieur cet auteur dit que ces os, comparés aux mêmes os du Bubalus antiquus, en différent notablement par les proportions relatives de leurs diverses parties et les attribue au bos primigenius mauritanicus.

En conséquence, je considère la présence de cette espèce comme très douteuse dans ces gisements qui, manifestement plus anciens que tous ceux relatés ci-dessus, contiennent une faune non comparable. Ce serait cependant une question intéressante à résoudre, pour déterminer la durée probable de l'existence de cet animal dans le nord de l'Afrique en même temps que d’autres colosses comme lui qui ont aussi disparu, tels que éléphants, rhinocéros, hippopotames, elc., à une époque certainement préhistorique, antérieure à l'emploi des métaux, mais relativement très rapprochée de la phase géologique actuelle.

REPRÉSENTATIONS RUPESTRES

Si les débris osseux de cet animal sont rares encore dans les gisements préhistoriques de la province d'Oran, en compensation on y trouve en plusieurs points de remarquables documents sur les formes extérieures et les attitudes de l'animal lorsqu'il vivait. La race d'hommes dont il était le contemporain n'était pas dépourvue d’aptitudes artistiques et a laissé sur des surfaces plus ou moins unies de rochers verlicaux des dessins d’un certain nombre d'espèces qui devaient

habiter en même temps qu'elle le massif atlantique. Ces dessins sont en général des profils tracés par des lignes nettes et profondes et sous forme de vrais sillons polis, et cela certainement avec des ontils en pierre éclatée ou aiguisée. Ces déssins rupestres sont surtout fréquents dans la région des Ksours oranais ; on en retrouve au Maroc. De Vigneral en a relevé dans la vallée de l’'Oued Cherf. Barth en a observé aussi dans son voyage au Soudan ; plusieurs vovageurs les ont étudiés dans le Sud Oranais et divers croquis en ont été relevés, quelques-uns publiés, et il en a été question dans diverses publications ; mais 1l manque encore une étude d'ensemble sur eux.

Le Service de la Carte géologique de l'Algérie a pensé qu'il serait utile, au point de vue paléontologique, de faire recueillir des dessins authentiques de ces images rupestres pour S'assurer s'il n’y aurait pas parmi elles des représentations d'animaux ayant appartenu aux faunes quaternaires, dont on ne connait actueïlement que les ossements. Il a chargé un de ses collaborateurs, M. Flamand, chargé de conférences à l'Ecole des sciences d'Alger, en même temps que d’une mission géologique dans le sud-ouest de l'Algérie, de rechercher et de photographier toutes les pierres écrites de cette région (c’est le nom que leur donnent les Arabes, Hadjar Mektouba) ; la moisson a été abondante.

Nos prévisions se sont réalisées, et parmi des représentations difformes ou bizarres nous avons retrouvé celle de types aujourd’hui disparus, ce qui fait remonter l’époque de leur exécution aux temps préhistoriques, à celle de la pierre polie au moins. M. Flamand a constaté, et cela ressort clairement de l'examen de ses photographies, qu'il y avait dans ces dessins rupestres et enchevèêtrés plusieurs types appartenant à des époques distinctes et que l’on peut reconnaitre à leur superposition.

La plus ancienne époque est la plus intéressante par la facture de ses dessins que l’on peut presque dire artistique et ayant réellement

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pour but de copier la nature. C’est à celle-là que nous devons le plus de renseignements paléontologiques, qui valent ceux que nous ont laissés dans l’Aquitaine les hommes de l’époque du renne. La seconde époque comprend des dessins plus superficiellement gravés, fantaisistes ou même enfantins et certainement dégagés de tout souci d'exactitude et de naturel. Ils sont, à n’en pas douter, le produit d'une race d'hommes bien inférieure à celle qui l’a précédée et beaucoup moins anciens, à en juger par l’aspect moins patiné de ses gravures et leur mélange et leur superposition aux anciennes. Nous ne pouvons eu tenir compte au point de vue zoologique.

Je ne saurais émettre un avis sur la question de savoir s'il faut attribuer à cette même race les nombreuses gravures de caractères d'apparence libvques, en tout cas très archaïques, couvrant également les dessins plus anciens de tout âge et confusément de grandes surfaces libres. Ce ne serait pas impossible, mais il m'a semblé qu'on ne pourrait faire à cet égard que des hypothèses gratuites.

Enfin, les musulmans ne peuvent rien avoir ajouté à la collection des images d'animaux, puisque c'est interdit par le Coran, mais ils y ont tracé certaines de leurs formules de croyant. On y trouve même associés des souvenirs encore plus modernes relatant le passage de nos soldats par le chiffre de leurs régiments. Je ne sache pas que les Romains, ces épigraphistes émérites, en aient fait autant, soit qu'ils n'aient pas occupé les régions propices à cela, soit qu'ils aient réservé leur choix pour leurs monuments érigés tels que leurs miliaires et leurs pierres votives.

La profusion des caractères considérés comme libyques est réellement remarquable, mais dans un ordre absolument confus, el je ne sais s’il sera possible d'en opérer une lecture et d'espérer en tirer des documents historiques qui seraient bien précieux. C'est à recommander aux épigraphistes. Dans cette publication il ne peut être question que des documents zoologiques utilisables et on pourra se convaincre

par la suite de ce travail qu'ils ont une grande valeur et qu'ils ajouteront un chapitre des plus instructifs sur la composition de la faune des derniers temps néolithiques. M. Flamand a publié sur ces pierres écrites des documents qui intéressent surtout les études anthropologiques et prépare en ce moment une publication plus étendue qui est sous presse actuellement.

Dans cette monographie il ne sera question que des figures pouvant être attribuées au buffle. La planche X est consacrée à la reproduction des photographies rapportées par M. Flamand. Des cinq sujets qu'elle représente, quatre le sont seulement au trait qui est d’ailleurs la seule chose utilisable que comporte ce genre de gravure ; le cinquième sujet, qui est le principal, est destiné à donner en même temps une idée de l'agencement de ces dessins et de l’état de la surface sur laquelle ils ont été exécutés ; c’est la reproduction à l'échelle approximative de 1/18 d’un des sujets les plus remarquables par ses grandes dimensions qui devaient approcher beaucoup de la grandeur naturelle. La taille en est pour le garrot de 1" 71 et pour la croupe de 1"53. L'étude du squelette nous a donné 1"85 et 1"70 pour ces mesures respectives. C’est une différence sans importance, car elle peut se rencontrer entre des sujets d’àge ou même de sexe un peu différents et pouvait bien du reste ne pas rentrer dans les préoccupations de l'artiste.

Cette concordance de taille, la disposition en croissant à deux courbes, bien ouvert et rejeté en arrière, la forme très busquée du museau, bien marquée sur le squelette et sans doute exagérée par les parties charnues du mufle et des lèvres, ne laissent guère de doute que ce soit bien le buffle antique que les anciens artistes aient voulu représenter, et ce signalement ne convient, en effet, à aucun autre animal des faunes vivantes et fossiles. On ne peut pas s'attendre à une représentation harmonique de ses formes, car la connaissance de la perspective devait être très imparfaite.

Les corps sont représentés de profil, mais les cornes sont figurées presque de face sans que la tète participe à ce mouvement ; on sent bien cependant qu'il y en a un léger sentiment dans le raccourcissement de la corne fuyante. Les jambes ont certainement une épaisseur exagérce, rappelant plutôt celles du rhinocéros et encore mieux celles de l’hippopotame. Les ergots et les sabots paraissent être figurés d'une façon dans laquelle l'imagination de l'artiste a plus travaillé que l'observation ; il y avait, en effet, une difficulté à vaincre pour conserver le caractère bisulque d’un pied vu de profil et l’on pouvait plus mal réussir à faire un accroc à la perspective. En fait, la phalange de ces sabots n’est guère plus forte que chez les bœufs de grande taille ; elle est moins étalée et moins plate en dessous. Les ergots n'y sont pas figurés.

La ganache est manifestement barbue à une petite distance en arrière du menton et semble être suivie d'une autre touffe de poils plus en arrière, mais cette partie parait avoir été retouchée et corrigée et en outre des poils l'artiste pourrait bien avoir voulu représenter autre chose. Quoiqu'il en soit, il y a là une particularité distinctive pour notre animal. Il n’y a que les jeunes buffles du Cap qui portent des poils en barbe ou en crinière ; les adultes en sont totalement dépourvus.

L'avant-train de l'animal est d’une puissance extraordinaire. La tête est basse, inclinée, portée sur un cou court eten apparence dépourvu de fanon. Le garrot est très arqué et comme bossu et sa courbe supérieure se fond de chaque côté soit sur le front, soit sur le dos. L'arrièretrain est bien moins développé quoique aussi très robuste. La croupe est très avalée et forme un angle plus ou moins accusé à la hauteur des iléons. Cette saillie est exagérée par l'ensellement des reins en avant d'elle. La queue courte se termine par un pelit flocon qui ne dépasserait guère l'articulation fémoro-tibiale ; iei elle est rejetée flexueusement sur la hanche ; mais sur d’autres sujets elle est tombante.

Les cornes sont marquées de bourrelets en anneaux, qui sont ici figurés par des sillons au nombre de 12 à 13, mais qui sur d’autres sujets peuvent aller jusqu’à 18 au moins et s'arrêtent vers le 1/4 supérieur, qui est plus ou moins eftilé.

Nous avons vu qu'il n'existait aucune trace de ces bourrelets sur les chevilles osseuses. La base des cornes se rapproche bien plus sur le front que ne l'indiquerait la tête osseuse : il se pourrait que la substance cornée débordàt la base des chevilles osseuses, et cela expliquerait le grand développement des rugosités de cette région frontale dans l’entre-deux cornes. Mais cela peut aussi en partie résulter du mode de perspective imaginé par l'artiste pour placer sans trop d'invraisemblance sur un corps vu de profil, une paire de cornes presque présentées de face.

Le museau est épais et fortement busqué et le chanfrein bien creusé en avant des cornes. Là on trouve deux paires de fossettes en carré, deux grandes supérieures rapprochées, deux petites inférieures plus distantes entr'elles et occupant un espace plus étendu que les supérieures. À première vue on pourrait croire qu’elles sont destinées à figurer les yeux, passe encore pour les supérieures, malgré qu’elles soient trop rapprochées entr'elles et trop en avant des cornes ; mais que pourraient bien représenter les inférieures ? peut-être des verrues; il me parait difficile de faire là dessus une hypothèse raisonnable.

Le panneau, si l’on peut ainsi dire, qui porte ce curieux dessin, montre également : 1° l’image d'un grand échassier de la famille des cigognes et des grues, mais qui diffère des espèces connues par un bec arqué d'ibis ; 2° l'image un peu grotesque d'un animal quadrupède à faciès de phacochère ; 3 celle d’un petit quadrupède à faciès de chien avec queue retroussée. Ces dessins rupestres proviennent de Ksar el Ahmar. M. Flamand a rapporté du même lieu la photographie d'un autre sujet faisant partie de ce qu’on pourrait appeler le même tableau et ayant l'air de suivre le sujet précédent. Il est plus

petit, n'ayant que 1° 44 au lieu de 1° 98 de long. La hauteur au garrot est de 1”26 au lieu de 1"53 ; à la croupe elle est de 1" au lieu de 1" 30 ; mais les sabots n’y sont pas même ébauchés, de sorte que ces. rapports ne sont pas bien certains. Figurée réduite au 1/22, PL. X, fig. 5. cette image diffère en outre de la précédente par les particularités suivantes.

Le garrot est sensiblement plus anguleux, les reins plus ensellés. et la croupe a son angle plus reculé avec des tubérosités ischiatiques. comme effacées ; les membres sont moins épais, plus atténués à l'extrémité, du reste mal terminés ; la queue est portée de la même manière. La tête est assez semblable et montre en avant des cornes. les mêmes fossettes en deux paires inégales. Il n’y a aucune trace de barbe sous la ganache, mais en arrière on remarque une figure. triangulaire à bords bien limités, à pointe dirigée en arrière et marquée de trois sillons convergents vers le sommet, qui me semblent représenter plutôt une oreille un peu tombante qu'un faisceau de. poils. Il faut cependant reconnaitre que sur le sujet de fig. 2 il serait difficile de justifier la mème interprétation ; mais il est ici manifestequ'il y a eu tentative de correction mal réussie pour toute cette partiede la tête.

Il y a lieu d'appeler l'attention sur la figuration des organes sexuels. màles avec des formes bien différentes de celles des bœufs, si ce: n'est pour le scrotum dont la forme didyme est accusée par une vue oblique, du moins pour le pénis qui, sans fourreau apparent et en état d'érection plus ou moins complète, est en forme de massue subobtuse au lieu d’être longuement acuminée. Il parait que c'est uneorganisation particulière aux buffles signalée par divers auteurs, mais sur laquelle je ne peux m'étendre, en l'absence de matériaux decomparaison, pour rechercher si la conformation est identique ou seulement approximativement représentée. La figure 1 de la même planche semble présenter un fourreau tronqué en avant et un pénis.

rentré formant une faible bosse, le scrolum étant supposé caché entre les cuisses.

La fig. 4 de la mème planche représente une autre photographie rapportée du même lieu de Ksar el Ahmar par M. Flamand ; le sujet est un peu plus petit et montre une autre facture. Les jambes, encore trop robustes, sont mal terminées aux pieds ; l’antérieure montre un essai de mise en perspective de la jambe opposée dans l'attitude de la marche, mais que l'artiste, sans doute impuissant, a renoncé à terminer. La tête est très penchée, sans aucune indication de barbe. Un point enfoncé marque sans doute l'œil à sa place normale, près et au dessous de la base de la corne.

On voit un autre point situé en dessous de cet œil qui pourrait représenter une verrue ? mais qui n'est peut-être qu un accident de la roche. Toutefois, ce point problématique pourrait expliquer les quatre fossettes des frontaux des deux sujets précédents qui auraient eu peut-être la prétention de représenter les yeux et leurs verrues vus de face mais sur un profil qui s’harmonisent mal entr'eux. Ici la naissance de la corne opposée n’empiète pas sur le profil du front et les deux cornes sont bien séparées. Le dos de l'animal est régulièrement convexe en arrière du cou, sans saillie marquée à la croupe qui est moins fortement avalée. La queue est portée de même.

Une autre figure provenant de Ksar el Ahmar donne une légère variante ; les cornes sont un peu moins longues et leurs anneaux moins nombreux. Le scrotum est bizarrement représenté de face devant le pli et en dehors de la cuisse ; le fourreau est en avant à sa place, court et tronqué au bout ; la tête ressemble beaucoup à celle de fig. 1, mais elle n’a que la paire supérieure de fossettes pour représenter les yeux, de même hors place. La ganache est fimbriée, à partir du menton, .de poils qui paraissent raides et peu serrés et en arrière sur une sorte d'appendice appuyé sur l'épaule. Quelques autres poils de même forme fimbriant son bord postérieur, cela me

parait encore représenter une oreille bordée de poils. Les dimensions paraissent intermédiaires à celles des fig. { et 5.

La localité de Tazina montre aussi des représentations du buffle antique ; j'ai fait figurer 2 et 3 de la planche X deux de ces sujets ; celui du n° 3 n’a que 1" de haut et cette image est certainement réduite. La tête est portée comme dans la fig. 1. Elle ne montre qu'un œil à peu près à sa vraie place. Au cou il semble y avoir un commencement de fanon. Les membres sont très robustes, les ergots sont saillants en éperon ; la queue est pendante ; le dos est droit, incliné en avant vers un garrot un peu effacé, arrondi. La croupe est plus avancée que dans les images précédentes et saillante comme si elle était plus élevée que le garrot, puis longuement avalée.

La fig. ? représente un dessin un peu plus grand, 1"31 de hauteur ; le dos est déclive en avant, la croupe placée plus en arrière ; du reste il y a une très grande analogie dans le profil. Le bord inférieur de la

.ganache et le cou jusqu'au défaut de la jambe sont finement et également fimbriés. L'œil n'est pas figuré, ou peu distinctement. On ne comprend pas trop la manière dont sont représentés les organes génitaux, surtout le fourreau.

Un troisième dessin du même lieu, de 1" 31 de hauteur, donne à peu près le même profil à l’animal que celui de fig. 2 et la queue est également tombante. Cependant le garrot est plus élevé, la ligne dorsale plus horizontale. Les cornes sont courtes, à anneaux peu nombreux ; le chanfrein est fortement creusé et le nez très busqué. Il y a un faisceau de poils figuré sur l’origine du cou, mais tout cela porte l'empreinte d'inexactitude : pas de trace de l'œil ; thorax certainement trop élevé.

Nous avons un quatrième dessin assez:semblable au précédent, mais avec un thorax moins disproportionné. Les cornes sont moins courtes, un œil est placé à peu près où il doit être ; le chanfrein est aussi excavé devant l'œil, le mufle très busqué, allongé outre mesure et la ganache barbue derrière le menton.

A Guebar Rechim nous retrouvons une représentation mutilée montrant la queue flexueuse, rejetée sur la hanche, une portion de tète dont la corne parait projetée en avant, mais qui rappelle Ia manière dont sont figurés tous les croissants ; la corne du côté de l’observateur est rejetée en arrière et tomberait sur une partie détruite du dessin, tandis que son opposée est au contraire projetée en avant comme ici. Un œil assez grand est presque à sa place comme distance de la base de la corne ; le mufle est très peu busqué ; il y a des poils à la ganache. En somme, c’est bien encore une représentation du buffle antique, mais mauvaise et mutilée ; la hauteur de l’image est de 0"90 à la croupe.

À Garet Touïdjin on trouve une représentation d’un animal dans l'attitude de la frayeur ou de la surprise et reculant. Le dessin est petit, 0"60 de hauteur, incorrect, ses cornes formant ensemble une ligne continue, très flexueuse, sont grèles, non terminées au bout. La queue est représentée dans ses deux attitudes, flexueuse sur la han-, che, et tombante en arrière comnie si elle était double ; le garrot est arrondi, la tête penchée, le dos droit, la croupe anguleuse, très avalée ; les jambes sont difformes, les organes génitaux rappellent tout à fait ceux de la fig. 5 de Ksar el Ahmar.

De ce même lieu de Garet Touïdjin on possède un dessin très incomplet d’une partie de l'animal et à plus grande échelle que le précédent, puisqu'il mesure 1"65 de hauteur; on peut y reconnaitre la partie basilaire d'une corne fortement annelée avec un œil très arrondi sous son insertion. La jambe est robuste et exagérée en épaisseur, comme dans les sujets de Ksar el Ahmar. Les parties génitales sont figurées comme dans le dessin précédent : deux testicules placés l’un devant l’autre et non l’un à côté de l’autre, suivant la facture habituelle de ces dessinateurs, une verge sans apparence de fourreau, subcylindrique obtuse. En somme, tous ces dessins ont un cachet d'originalité indiquant qu'ils sont l'œuvre d’un groupe restreint d'ar-

tistes, on pourrait presque dire d’une école, s’il n'existait entre les images d’une même localité des nuances de facture et d’incorrections spéciales qui autorisent à penser que cette école avait au moins des groupes indépendants.

Nous avons ainsi passé en revue les documents graphiques qui ont été recueillis sur les formes extérieures de cet antique animal, de manière à pouvoir presque en esquisser une diagnose comme pour un animal vivant. Il serait sans doute très audacieux de soutenir que ces anciens dessins donnent une vraie représentation de l’animal: il faut évidemment tenir compte de l'imperfection des procédés employés pour tracer ces images, de l’état d'enfance de cet art et conclure que les hommes qui nous les ont transmises avaient des aptitudes artistiques bien supérieures à celles des races qui les ont supplantés dans la région atlantique. La moyenne de ces représentations doit s'approcher beaucoup de la vérité et nous fournir, à l'aide d’interprétations raisonnées, des indications précieuses sinon précises sur les formes extérieures d'animaux que, sans eux, nous ne connaîtrions que par leur charpente osseuse.

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