I. Cf. l'article déjà cité de G. Perrot
Fig. 3(3. — Sarcophage chrétien d'Adelphia (Musée de Syracuse).
Capucins j 11 squ au-dessus du grand théâtre, sur le revers méridional de lAchradine. Elles se composent, soit de tombes isolées creusées en profondeur dans le roc et couvertes par une dalle, soit de sépultures aménagées au flanc de la muraille rocheuse et souvent abritées sous l'arcade d'un arcoso linni, soit de caveaux spacieux destinés à recevoir plusieurs cadavres. Plusieurs de ces tombeaux conservent encore les traces de leur décoration architectonique, et sur la paroi du rocher on voit souvent des niches plus ou moins profondes qui servaient à recevoir des stèles votives et des inscriptions. La plupart de ces nécropoles grecques, qui sont fort vastes, appartiennent au
et au iv° siècle. L'un des endroits les plus curieux qu'on y rencontre est, au-dessus du théâtre, \di rue des Tombeaux (fig. 35).
C'est une route de cinq mètres et demi de largeur, creusée dans le roc à une profondeur de cinq mètres et longue de 250 mètres environ ; elle est toute bordée de caveaux funéraires ménagés dans l'épaisseur de la falaise, et l'on y voit encore les traces des roues de chars antiques profondément marquées dans le sol.
D'autres nécropoles enfin, celles-là de l'époque chrétienne, étendent leurs vastes galeries
dans le sous-sol de Syracuse. Ce sont les Catacombes^ assez incomplètement explorées encore, et dont le groupe principal se trouve près de l'église de S. Giovanni. ^loins anciennes que celles de Rome, elles méritent pourtant d'attirer l'attention. La nature de la roche où elles
Statue d"Aphrodite (Musée de Syracuse).
sont taillées, beaucoup moins friable que le tuf de la campagne romaine, a permis en effet de donner aux tombes importantes, et surtout aux salles circulaires couvertes en coupoles qui coupent de place en place les galeries, des proportions plus vastes que celles des cimetières de Rome, et l'effet en est en conséquence tout autrement impressionnant. Pour le reste, les sépultures sont, comme à Rome, disposées dans des loculi creusés le long des parois ou abritées sous des arcosolia ; seules, certaines personnes plus illustres étaient ensevelies dans des sarcophages.
C'est des catacombes de S. Giovanni que provient le beau sarcophage, maintenant conservé au musée, qui contenait les restes d'Adelfia, veuve du comte Valerius (fig. 36). Il est tout couvert de scènes évangéliques et bibliques disposées autour d'un médaillon central, où la morte est représentée en buste en face de son mari. Il est aisé de reconnaître, parmi ces épisodes, Adam et
Fig. 38. — Téte de Zeus ou de Pluton (Musée de Syracuse). Ève dans le paradis terrestre, le sacrifice d'Abraham, l'adoration des Mages, l'entrée du Christ à Jérusalem. Le monument date du iv*" siècle.
Le petit musée de Syracuse doit surtout sa célébrité à une statue d'Aphrodite, découverte en 1804 dans un jardin du quartier de l'Achradine. Malgré la beauté du marbre où elle est taillée, et en dépit de cer-
tains enthousiasmes, un peu exubérants, qu'elle a excités \ on la jugera sans doute d'une grâce un peu lourde et d'un mérite quelque peu surfait (fig. 37). Elle appartient à ce groupe de figures représentant Vénus au bain, dont Praxitèle avait créé le type dans son Aphrodite de Cnide, et dont la sculpture hellénistique du 111'= siècle s'était complu à multiplier les variantes pittoresques et piquantes. Proche parente de la Vénus du Capitole et de la Vénus de Médicis, l'Aphrodite de Syracuse montre par un exemple caractéristique comment l'imagination des artistes hellénistiques se donna carrière pour transformer le type praxitélien. Cela est particulièrement significatif dans l'arranp'ement raffiné qui ramasse sur le ventre et plisse les draperies de façon à découvrir les jambes deladéesse, dans la façon presque naturaliste dont est traitée la ligne du dos onduleuse et grasse, dans la beauté puissante et forte de son torse et de ses hanches. Par là l'œuvre est intéressante, encore qu'elle ne soit peut-être qu'une copie ; mais ce n'est point une œuvre supérieure, et encore moins un chef-d'œuvre.
A côté de l'Aphrodite, on peut citer, parmi les rares monuments delà sculpture qu'a rendus le sol de S3^racuse, une tête colossale, assez belle, de Jupiter ou de Pluton, trouvée en 1839 près de l'Amphithéâtre (fig. 38), et une statue assez banale d'Esculape qui semble de l'époque romaine. Mais la merveille assurément du musée est cette admirable collection de monnaies où l'art grec revit tout entier avec sa grâce fine et sa puissance créatrice. Parmi elles il faut signaler surtout ces beaux tétradrachmes de Syracuse, chefs-d'œuvre des graveurs Cimon et Evainétos, dont l'une des faces porte un quadrige au galop, l'autre la tête charmante de la nymphe Aréthuse couronnée de roseaux (fig. 19, 39). Ce sont de purs joyaux, d'une perfection qui n'a pas été dépassée, et l'on conçoit que les artistes qui les ont exécutés aient signé ces ouvrages, comme les sculpeurs signaient leurs statues.