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PALERME A VOL D'OISEAU. — LES ORIGINES. L'ÉPOQ.UE ARABE

Sur la côte septentrionale de la Sicile, au fond d'un golfe largement ouvert que limitent à ses deux extrémités, vers l'est le promontoire du mont Catalfano où dorment les ruines de l'antique Solunte, vers l'ouest la masse calcaire du puissant Monte Pellegrino, Palerme est assise au bord de la mer, au centre du vaste amphithéâtre qui doit à son inépuisable fertilité le surnom de « Conca d'Oro «.

Vue de la mer (fig. 41), « la ville étage doucement, du rivage au Palais royal, la succession de ses terrasses et de ses toits, de ses tours et de ses coupoles. » Derrière elle, dans la plaine que l'Oreto arrose, « la verdure sombre des vergers d'orangers, de citronniers et de néfliers du Japon » se mêle à l'éclat argenté des oliviers, à la splendeur des arbres de Judée en fleurs ; « à l'horizon, une ceinture de montagnes arides, tantôt rocheuses

et aiguës, tantôt souples, et harmonieuses ^ » sert de cadre à ce paysage admirable. Peu de contrées sont plus belles que cette plaine de Palerme. Grâce aux nombreuses sources qui sortent du pied de la montagne, c'est, tout autour de la ville et jusque dans l'intérieur de la cité, une prodi-

Fig. 42. — Le jardin Garihaldi, à Palerme.

gieuse succession de jardins aux végétations exotiques, aux parterres fleuris, aux frondaisons toujours vertes. A l'extrémité méridionale du large quai qui borde la mer, c'est l'élégante promenade, créée au XVlir siècle, que l'on nomme la Flora, et dont Gœthe disait déjà : « C'est ici l'endroit

I. O. Join-Lambert. Notice sur Palerme, dans En Sicile, p. 413.

le plus merveilleux du monde ». Tout à côté, ce sont les incomparables collections du Jardin botanique ; ailleurs, sur la Piazza Marina, les palmiers élancés du jardin Garibaldi (fig. 42) ; plus loin, au bord de la via délia Libertà, les vastes ombrages du Jardin anglais ; et tout autour de Palerme, la ceinture des villas charmantes, villa d'Orléans ou villa Tasca sur la route qui mène à Monreale, villas Florio ou Serradifalco près de la grande place de l'Olivuzza, villas Sofia ou Belmonte sur le

17jg ^-.^ — baie de Palerme. vue de la villa Belmonte, au mont Pellegrino.

chemin qui conduit au Monte Pellegrino ; et dans toutes, c'est la floraison des plantes rares, l'épanouissement des grands arbres admirables, entre lesquels se découvre parfois au loin le vaste horizon de la mer bleue. <( Des hauteurs de Monreale, écrit Renan, on dirait la Ghouta de Damas ; seulement les ruisseaux étant cachés sous les arbres, rien ne rappelle ces innombrables petits filets d'argent qui sillonnent la plaine de Damas, et qui, vus de la coupole de Tamerlan, fait un effet qui ne s'oublie pas ^ ». Pour être un peu différente, l'impression que produit l'oasis

Renan. Vingt jours en Sicile, dans Mélanges d'Jiistoire et de voyage, p. 79.

sicilienne n'est pas moins vive ni moins profonde :fig. 43). Il y a quelques siècles, le vieux chroniqueur normand Hugues Falcand, décrivant dans un passage célèbre la plaine de Palerme, était déjà comme stupéfait d'admiration à la vue de cette végétation exotique — grenadiers et citronniers, orangers couverts à la fois de fruits et de fleurs, palmiers à la tète superbe, cannes à sucre plantées en rangs serrés — qui couvrait ce pays béni et dont l'aspect, inconnu à ses yeux d'homme du Nord, le ravissait comme en extase. Aujourd'hui encore, bien que le temps ait en bien des points endommagé ces jardins enchantés, le voyageur du Nord qui visite

Fig. 44. — Le « Foro italico » à Palerme et le mont Pellegrino.

pour la première fois Palerme, retrouve quelque chose de cet éblouissement, et volontiers il redirait avec Gœthe, célébrant « la pureté de la lumière, la finesse des contours, la délicatesse des tons, l'harmonie du ciel, de la terre et de la mer : « Qui a vu une fois ce paysage en garde le souvenir pour toute sa vie. )>

Entre l'océan de verdure qui l'environne et la mer qui la baigne, Palerme est, par elle-même, attrayante infiniment. Par sa population de 280.000 âmes, par la richesse de ses habitants, par le mouvement de son port, qui dépasse trois millions de tonnes, par son Université et ses divers établissements scientifiques, elle est la capitale commerciale et intellectuelle de la Sicile. Par la douceur de son climat, l'élégance de ses

avenues spacieuses et bien bâties, le charme de ses jardins, de ses villas, de ses perspectives ouvertes sur la mer, elle est la ville de la vie aimable et du plaisir. Par ses monuments anciens, par l'agrément tout moderne de ses quartiers neufs, elle est à la fois une des cités les plus intéressantes et les plus jolies de l'Europe. A côté des vieux quartiers pittoresques, aux ruelles étroites, où s'entasse la population pauvre, les longues voies bordées de grands magasins, de palais somptueux aux majes-

Pig. 43. — Fontaine de la Piazza Pretoria à Palerme.

tueuses corniches, aux balcons saillants de fer ouvragé, les vastes places décorées de statues, les 'belles promenades disposées le long de la mer (fig. 44) et sillonnées de voitures élégantes, offrent une incessante et pittoresque animation. « Ce qui caractérise Palerme, dit Renan, c'est la gaieté et la vie. Le soir, vers huit ou neuf heures, le mouvement des grandes voies est plein de caractère. Une population éveillée, attentive, curieuse, s'y presse, et, grâce à une profusion d'éclairage, stationne en certains endroits comme en un salon ^ » Chaque hiver amène à Palerme de nombreux étrangers, et beaucoup y reviennent, séduits par la grâce de cette ville privilégiée.

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