‹ Palerme & SyracuseChapitre 2 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Peu de pays ont connu plus de maîtres différents que la Sicile. Aux temps antiques, elle fut successivement phénicienne et grecque, carthaginoise et romaine. Au mo\'en âge, elle appartint tour à tour aux Byzantins, aux Arabes, aux Normands, elle fut gouvernée par des empereurs allemands de la famille des Hohenstaufen, par des princes français de la dynastie angevine, par des souverains espagnols de la maison d'Aragon. A 1 époque moderne, elle passa des mains des successeurs de Charles-Quint à celles des Bourbons de Naples, et c'est il y a moins d'un demi-siècle qu'elle est enfin venue s'incorporer à Tltalie unifiée sous la maison de Savoie.

De tant de dominations diverses, pourtant il n'en est guère que deux qui aient laissé dans l'ile, par des monuments d'art, un souvenir durable. L'antiquité grecque revit avec un éclat incomparable dans

1 Cette figure, ainsi que les figures 2, 9, 21, 33, 34, 38, 44, 53, 54, i.)4, nç, nous a été gracieusement prêtée par la Revue générale des Sciences, qui l'a d"abord publiée dans" son guide En Sicile, Paris, 19:)!. Nous sommes heureux de remercier ici de son obligeante communication notre ami M. Louis Olivier.

les temples de Ségeste et de Sélinonte, dans les ruines magnifiques d'Agrigente et de Syracuse, dans le charmant théâtre de Taormine. Les splendeurs de l'époque normande s'évoquent avec une étrange et merveilleuse beauté dans les églises de Cefalù, de Monreale et de Palerme. Auprès de ces ouvrages admirables, tout ce qui s'est conservé des autres siècles pâlit et disparaît. Dans l'histoire de l'art, la wSicile ne compte que par ses temples grecs, où l'on suit pas à pas l'évolution de l'architecture dorique et par ses basiliques normandes décorées de mosaïques b5^zantines, chefs-d'œuvre d'un art qui, comme dit Renan, « fut, à sa date, le premier du monde ^ ».

De ces deux époques brillantes entre toutes, deux villes surtout peuvent, ce semble, raconter les souvenirs et la gloire. De toutes les cités antiques de Sicile, Syracuse fut, pendant trois siècles, de la fin du vi'' avant l'ère chrétienne jusqu'à la fin du m*", la plus considérable, la plus puissante, la plus prospère; par Téclat de sa civilisation, par la magnificence de ses constructions, elle fut vraiment alors la capitale de rîle. Sans doute, elle est aujourd'hui bien déchue de cette splendeur passée, et ses ruines mêmes, quel qu'en soit le très vif intérêt, n'ont point la saisissante beauté des temples de Ségeste et d'Agrigente. Pourtant, par les grands souvenirs qui remplissent son histoire, par le charme de son pa3\sage presque grec, par la valeur archéologique et la variété de ses monuments, elle mérite, plus que toute autre cité peutêtre, de représenter la Sicile hellénique. Et c'est pourquoi, sans s'interdire au reste de rappeler brièvement tout ce qu'offrent d'admirable les autres cités grecques, Ségeste et Sélinonte, Agrigente et Taormine, c'est autour de S3^racuse surtout qu'on a tenté de faire revivre le tableau de la civilisation que THellade fit fleurir en Sicile.

Résidence des émirs arabes du ix'' au xr siècle, puis des rois normands durant tout le xir, Palerme est demeurée depuis lors la capitale incontestée de l'île. C'est là que se rencontrent les monuments les plus remarquables, ou plutôt les seuls, avec Cefalù et Monreale, dont puisse s'enorgueillir le moyen âge sicilien ; c'est là que s'est épanouie cette merveilleuse fleur d'art, à laquelle la wSicile doit d'avoir eu dans le xii^ siècle le plus beau siècle de son histoire. A côté de la grecque Syracuse, la chrétienne Palerme représente donc bien l'autre aspect de la civilisation sicilienne, et nulle ville ne saurait mieux évoquer l'œuvre si originale de tolérance politique et religieuse, d'éclectisme intellectuel et artistique qu'accomplirent, dans cet état du mo\'en âge, les souverains de la dynastie normande.

1. Renan, Vingt jours eu Sicile (Mélanges d'histoire et de voyages, p. 8o).

Fig. 2. - Temple de Junon

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