‹ Palerme & SyracuseChapitre 35 sur 44 · I. Collignon, loc. cit., p · texte numérisé non relu

I. Collignon, loc. cit., p

V® siècle, c'est ensuite, non moins remarquable, toute une série de pièces en terre cuite. Les fouilles d'Olympie ont montré déjà quel emploi original et ingénieux les architectes grecs faisaient de la céramique pour protéger contre les intempéries les parties plus fragiles de leurs temples et pour couvrir leurs édifices d'une brillante décoration polychrome. Le vieux temple d'Héra était décoré de la sorte, et semblablement le trésor deGéla était revêtu de caissons en terre cuite coloriée, fixés sur la corniche par

Tig. iic). — Artémis faisant dévorer Actéon par ses chiens. Métope de Sélinonte.

de grands clous de bronze et couronnés d'une cimaise de même matière, où des gargouilles s'ouvraient pour l'écoulement des eaux. Le même système se retrouve, durant toute la période archaïque, dans le monde grec tout entier : la Sicile ne manqua point de l'appliquer aussi. A Géla, à Sélinonte, à Syracuse, les temples étaient revêtus de céramiques aux vives couleurs ; et alors même que la pierre remplaça le bois pour la construction des monuments, les mêmes procédés se conservèrent pour dissimuler les matériaux de qualité inférieure. C'est à cette pratique que nous devons les plaques, les antéfixes, les acrotères, dont on rencontre en o-rand nombre les fragments dans les salles du musée, et qui achève-

raient, s'il en était besoin, à côté des débris du temple B de Sélinonte, encore couverts de traces fort apparentes de couleur, de prouver quelle

Fig. I20. — Gargouille provenant d'Agrigente.

grande place la polychromie tenait dans les ouvrages de l'architecture grecque archaïque.

La sculpture proprement dite est représentée au musée de Palerme par un grand nombre de statues, assez médiocres, de l'époque romaine, et par quelques œuvres remarquables de la période grecque. Parmi les marbres, le plus connu est le Faune versant à boire (fig. 121), jolie réplique d'un type praxitélien, et qui d'ailleurs n'a pas été découvert en Sicile : il provient de Torre del Greco, près de Naples. C'est également aux environs de Naples, à Pompéi, qu'a été trouvé en 1805 un des beaux bronzes du musée, le groupe d'Héraklès et de la biche cérynienne. qui décorait, à ce qu'il semble, une fontaine (fig. 122). Mais en revanche l'autre bronze, d'importance capitale, que possède le musée, est bien d'origine sicilienne. C'est l'admirable bélier, œuvre assurément grecque,

qui primitivement, avec un autre bronze analogue, décorait, dit-on, l'entrée du port de Syracuse (fig. 123). La légende ajoute qu'au ^xr siècle Georges Maniakès employa les deux statues à l'embellissement de la citadelle qu'il fit construire. En tout cas, à la fin du xviir siècle, les deux bronzes se conservaient au château royal de Palerme. L'un d'eux a été brisé pendant la révolution de 1848 ; l'autre est une merveille d'observation réaliste et d'exécution. C'est le plus beau morceau du musée national. « La bête puissante, dit Maupassant, est couchée, le corps sur ses pattes, et la tête tournée à gauche. Et cette tête d'animal semble une tête de dieu, de dieu bestial, impur et superbe. Le front est large et frisé, les yeux écartés, le nez en bosse, long, fort et ras, d'une prodigieuse expression brutale. Les cornes, rejetées en arrière^ tombent, s'enroulent et se recourbent, écartant leurs pointes aiguës sous les oreilles minces qui ressemblent ellesmêmes à deux cornes. Et le regard de la bête vous pénètre, stupide, inquiétant et dur. On sent le fauve en approchant de ce bronze^ ».

Auprès de ce chef-d'œuvre pâlissent toutes les autres œuvres de la plastique, statues de dieux grecs ou romains, bustes d'écrivains ou de

savants illustres, portraits de personnages officiels, qui peuplent les salles du musée^ et semblablement les statuettes peintes, en terre cuite, de style tanagréen, et la collection, d'ailleurs fort riche, des vases grecs. Il faut, pour mémoire, citer encore quelques mosaïques, celle en particulier qui fut découverte en 1869 sur la Piazza Vittoria à Palerme, et qui

ig. 121.

Faune versant à boire.

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