‹ Palerme & SyracuseChapitre 36 sur 44 · I. Maupassant, loc. cit., p · texte numérisé non relu

I. Maupassant, loc. cit., p

représente Orphée charmant les animaux, et signaler enfin avec plus d'insistance, la belle suite, à peu près complète, des monnaies antiques de la Sicile. On y peut constater, comme dans tous les monuments anciens de l'île, l'influence profonde qu'exerça sur ce pays la civilisation hellénique. Jusque dans les cantons les plus reculés, jusque dans les cités phéniciennes elles-mêmes, les types monétaires de la Grèce se rencontrent,

Fig. 122. — Héraklès et lu biche cérynienne. Bronze.

et les légendes en langue grecque s'inscrivent à la courbe des médailles. Ici comme partout, la même conclusion s'impose : au siècle, la Sicile était une autre Hellade, dont Syracuse était la capitale florissante.

Dans les objets que le musée national conserve du moyen âge et de la Renaissance, apparaît au contraire la place prépondérante qu'occupa, en Sicile, Palerme arabe, normande et espagnole.

De l'art arabe, il reste une belle porte en bois sculpté, provenant du palais royal et analogue à celle qui est encore en place à l'un des portails

latéraux de la Martorana : l'élégance des entrelacs qui la décorent fait penser aux boiseries du Caire. La série des ouvrages de l'art arabe se continue par quelques beaux bronzes, par des poutres peintes, analogues à celles du palais Chiaramonte, par des poteries d'aspect oriental qui attestent la longue persistance qu'eurent en Sicile les traditions léguées par les maîtres arabes. On peut rapprocher de ces objets le beau coffret

l'ig. 123. — Bélier de Syracuse. Bronze.

d'ivoire à inscriptions coufiques que conserve le trésor de la Chapelle palatine (fîg. 124), autre preuve, s'il en était besoin, du plaisir que prit la Sicile normande aux délicates élégances de l'art musulman.

On sait déjà ce que furent à Palerme la peinture et la sculpture au temps de la Renaissance. Les galeries du musée contiennent en grand nombre les œuvres de cet art local, sur lequel il n'est point nécessaire d'insister à nouveau ici. Il suffira de citer, pour la sculpture, quelques ouvrages de la féconde famille des Gagini, en particulier deux Madones et le retable représentant le combat de saint Georges avec le Dragon, et de rappeler, pour la peinture, les noms de Tommaso di Vigilia, de Vincenzo di Pavia, de Pietro Novelli il Monrealese. Une seule œuvre dépasse

ces productions de valeur moj^enne, et ce n'est point une œuvre sicilienne. Je veux parler du joli petit triptyque connu sous le nom de « tript3^que Malvagna» (fig. 125). Le panneau central représente la Vierge trônant sous de riches arcatures, au milieu de petits anges musiciens ; sur les volets, deux saintes, Catherine et Dorothée, sont assises; derrière elles, comme derrière la madone, un charmant paysage montre ses verdures et ses

Fig. 124. — Coffret arabe, à la Chapelle palatine.

édifices. Enfin les panneaux extérieurs représentent Adam et Eve dans le paradis terrestre. La technique, soignée presque à l'égal d'une miniature, les costumes, les types, le style, tout dans ce tableau révèle une œuvre flamande. On Ta longtemps attribuée à Van E3xk ; on en fait honneur aujourd'hui à Mabuse ou à Cornelissen. En tout cas, elle semble bien du commencement du xvi'' siècle et elle atteste l'influence que la Flandre exerça, concurremment avec l'Italie, sur le développement de la peinture en Sicile au temps de la Renaissance.

Et ainsi, par une curieuse rencontre, Palerme, dans son musée national, semble résumer les grandes époques de l'histoire de la civilisation

en Sicile, les périodes qui donnent vraiment à l'île sa signification et son intérêt dans Thistoirede l'art. Aux monuments de l'hellénisme elle associe

Fig. 125. — Triptyque Malvagna. Panneau central.

les glorieux souvenirs de la domination normande, évoquant ainsi simultanément les plus beaux siècles de la Sicile : ceux où la Grèce lui apporta sa culture, celui où elle vécut heureuse et prospère sous le gouvernement de ses rois normands.

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