‹ Palerme & SyracuseChapitre 5 sur 44 · Maupassant, La Sicile, dans La Vie Errante, p · texte numérisé non relu

Maupassant, La Sicile, dans La Vie Errante, p

et les tremblements de terre ont fait leur œuvre. Des deux sanctuaires les plus anciens de la série, du temple d'Héraclès et du gigantesque Olympieion, il ne subsiste guère que des ruines confuses, et il faut la science de l'archéologue pour en déchiffrer le plan et en restituer les magnifiques et curieuses dispositions. Mais le temple de Junon Lacinienne (fig. 2, 5), profilant sur le ciel la longue file de ses colonnes cannelées, et près de lui, tout pareil par les proportions et l'élégance, l'admirable temple de la Concorde (fig. 4) datent tous deux de la meilleure époque de l'art grec, et le second de ces monuments, encore qu'il soit bien loin de la perfection des édifices athéniens, produit, par la merveilleuse conservation de sa robuste et fière architecture, quelque chose de l'impression saisissante et forte qu'on éprouve devant le Parthénon. Un peu plus loin, le temple des Dioscures (fig. 7), dont on a au xix*^ siècle redressé quelques colonnes avec une portion de l'entablement et du fronton, complète heureusement le pittoresque décor que fait, lorsqu'on le voit de la mer, cette ligne d'édifices se détachant sur le ciel bleu. Il convient d'ajouter toutefois que, dans l'antiquité, le mur de la ville, se dressant devant les temples, en masquait la vue aux voyageurs qui montaient du port, et que, pour la même raison, on ne découvrait point alors, de la terrasse qui porte les sanctuaires, la vue admirable qui s'ouvre aujourd'hui sur la plaine et sur la mer. Mais en revanche Agrigente entière, dont la pente s'inclinait vers le sud, pouvait contempler les temples de ses dieux pressés contre la haute muraille, et dominant la ville qui se confiait en leur protection.

Du même temps à peu près que le temple de la Concorde, et non moins bien conservé que lui, le temple de Ségeste (fig. i, 13) produit un effet saisissant, lorsque brusquement, en montant de Calatafimi, on le découvre se dressant sur Thorizon des montagnes, « debout, tout seul, dans la campagne illimitée^ ». A l'exception du sanctuaire et du beau théâtre creusé au flanc du mont Barbaro (fig. 8), Tantique cité des Elyméens a disparu tout entière, et cette solitude même accroît l'impression que produit le monument. Assurément, à le regarder de plus près, il semble bien n'avoir jamais été achevé : les colonnes ne sont pas cannelées, la cella paraît n'avoir jamais existé. L'effet n'en est pas moins admirable. « Les chapiteaux doriques ont une mollesse, une flexibilité de courbes qui n'ont pas été surpassées. » Les lignes légèrement convexes du soubassement, la robuste élégance des hautes colonnes, le soin attentif du travail, tout concourt à faire du temple de Ségeste un des plus

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