LES VILLES GRI^CQULS DE SICILE
De ces longues et cruelles luttes, la plupart des cités avaient beaucoup souffert; Sélinonte, Agrigente n'étaient plus que des ruines; dans les enceintes trop vastes, campait une population misérable. Syracuse profita de cette décadence générale pour s'agrandir prodigieusement et devenir vraiment la capitale de ce qui restait de la Sicile grecque. Elle devait, on le verra, tenir ce rôle pendant plusieurs siècles, toujours prospère, toujours florissante, malgré les troubles intérieurs et les maîtres divers qu elle
Fig.
Temple de Junon à Agiigenl.e (Vue prise du nord-est).
se donna. Au moment où la conquête romaine mit fin pour toujours aux destinées de la Sicile grecque, Syracuse, par la magnificence de ses constructions et l'éclat de sa civilisation, demeurait comme un magnifique témoin des splendeurs évanouies que l'IIellade avait fait jadis naître sur la terre de Sicile.
De ces siècles lointains, le vi' et le V en particulier, où la Sicile grecque connut une prospérité sans égale, l'île conserve aujourd'hui encore le souvenir et les monuments.
Sur la plag-e, déserte maintenant et fiévreuse, où s'élevait l'antique Sélinonte, s'accumulent en un formidable amas de ruines les débris de sept temples doriques (fig. 6, lo). De ces édifices magnifiques, dont plusieurs vivaient des proportions colossales, il ne reste pas aujourd'hui pierre sur pierre. Les tremblements de terre ont dévasté les sanctuaires, renversé les colonnes sur le sol en longs alignements de tambours disjoints, bouleversé les constructions en un tel amoncellement de décombres, que sur certains
iMg. (). — Sc'linonte. Ruines des temples C et D.
points un déblaiement complet a été proprement impossible. Il faut un œil exercé et quelques connaissances archéologiques pour reconnaître parmi ces débris les dispositions essentielles et retrouver la beauté première des sanctuaires disparus. Pourtant les profanes mêmes ne sauraient demeurer insensibles au tragique et saisissant spectacle qu'offre cette ville morte, et pour les initiés, que d'informations précieuses ces ruines ont fournies sur l'histoire et l'évolution de l'architecture dorique. « Nulle part, écrit Renan, on ne saisit mieux qu'ici les prog'rès de ces courbes divines arrivant à la perfection. Chaque essai, chaque tâtonnement est visible, et, chose plus extraordinaire que tout le reste, quand les créateurs de cet art merveil-
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leux eurent réalisé le parfait, ils n'y changèrent plus rien... Ces ruines de Sélmonte sont dignes de la Grèce par la grandeur et la perfection du travail '. »
Tig. 7. — ïcniplc des Dioscurcs à Agrigciilc
Au pied de la vieille acropole où s'est bâtie la moderne Girgenti, « sur rarète d'une côte longue, pierreuse, toute nue et rouge, d'un rouge ardent ' )>, qui borde le mur méridional de l'antique Agrigente, s'aligne une succession de temples, dont quelques-uns peuvent compter parmi les mieux conservés de tout le monde hellénique. Sans doute ici aussi le temps