‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 16 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CiVILISVTION DES ANCIENS HABITANTS DE LA PALESTLNE. — LANCLE. — MOEURS. — KELl- ClON.

]\ous trouvons dans le pays de Canaan, avant la conquête de Josué, un certain degré de civilisation. Les arts et métiers, l'industrie, le commerce, s'y étaient déjà développés et nous y rencontrons même les traces d'un certain luxe. Dès les temps des patriarches hébreux nous trouvons dans ce pays de nombreux produits ;d'industrie qui prouvent que les habitants étaient sortis depuis longtemps de l'état sauvage : non-seulement on mentionne des épées, des couteaux, des arcs et des (lèches, mais aussi toute sorte d'ustensiles et de vases, la Heur de farine et autres objets artificiels de consommation, qui dépassent les besoins quotidiens de rhomme, et jusqu'à des mets exquis , dignes de la table des rois (Gen. 49, 20). On avait des voiles pour les femmes (ib. 38, 14) et certains vêtements de distinction (37, 3), ainsi que des bracelets et des pendants d'oreilk-s et de nez fabriqués d'or (24 , 22). Ou connaissait l'art de fabriquer des idoles, la gravuredes cachets (38, I8) et la teinture en cramoisi (38, 27). Des caravanes venant ■ de l'est du Jourdain parcouraient le pays et allaient faire le conunerce en Egypte (37, 25); l'argent avait cours chez les marchands (23, 10) et il devait être marqué au coin. Jacob parle 'de vaisseaux et de ports (49, 13).

Moïse dit aux Hébreux qu'ils trouve- .Tont,dansle pays de Canaan, des villes grandes et belles, des maisons remplies de toute espèce de biens , des ci- >ternes, des vignobles et des jardins • d'oliviers (Deut. 6, v. 10, 1 1). L'art d'é-

crire était probablement connu, sinon très-répandu, [)armi les Cananéens.

I,a ville de l)ebii\ apitelce, avant l'invasion des Hébreux, Kiryath-sépher (ville des livres), était, sans doute, r(nonnnée pour ses écrivains'. Il résulte de tout cela que les anciens habitaihts de la Palestine avaient atteint un degré de culture assez élevé.

La langue de la Palestine, dès les temps les plus anciens, était sans doute l'hébreu, ou du moins un dialecte qui en différait fort peu. Nous avons vu que les Cananéens de la Bible et les Phéniciens des auteurs grecs formaient une seule famille de peuples issus de la même souche. Or il ne peut y avoir aucun doute sur la parfaite analogie, je dirai presque l'identité, de la langue phénicienne et de la lanque hébraïque. 11 est vrai qu'il ne nous reste aucun monument de littérature phénicienne, et, pour nous former une idée de cette langue, nous sommes réduits à un petit nombre d'inscriptions trouvées dans les colonies phéniciennes et aux mots et noms propres phéniciens et carthaginois cités çà et là par les auteurs grecs et romains. Le déchiffrement des inscriptions offre de grandes diflicultés, les citations en caractères grecs ou romains sont fort corrompues; malgré cela, une foule de mots et de formes hébraïques s'y font reconnaître avec certitude. Jusque dans les vers puniques que Plaute met dans la bouche d'un personnage carthaginois ^, et dont l'orthographe a été sans doute fort maltraitée par l'auteur romain lui-mêine, et encore plus par les copistes, on peut facilement reconnaître plusieurs mots et même quelques phrases presque entièrement hébraïques 3. Au reste, saint Jérôme et

' Lps Septante rendent ce nom par ville det scribes et la version cbaldaïgue par ville des archives

2 Pceinihis, acte V, scènes I et 2.

3 Bocliart (I. c, p. 800 et suiv.) n'a fait que trave.stir les vers de Plaute en un fort mauvais jargon hébreu, et, en outre, il s'est trop écarté de la traduction latine donnée par Plaute lui-même, mais qui est un peu abrégée. Plusieurs autres savauts ont essaye de-

saint Augustin parlent souvent de la grande analogie qui existe entre la langue punique et l'hébreu '.

JNous ne manquons pas d'ailleurs de quelques preuves plus directes, pour démontrer que les anciens Cananéens parlaient un dialecte hébreu :

r les noms [)ro()res cananéens d'hommes, de villes, de rivières, etc.

que nous trouvons dans la Bible, ont presque tous une physionomie hébraïque, et nous offrent souvent des mots hébreux bien connus. Ces noms propres, et surtout les nombreux noms géographiques du livre de Josué, méritent une étude particulière; car ce sont là les plus précieux débris de la langue cananéenne avec son orthographe primitive. Les rapports de cette langue avec l'hébreu sont tellement évidents, qu'il serait inutile d'insister sur ce point; qui pourrait en effet se méprendre sur l'étymologie de noms tels que Melchi-sédek (roi de la justice), Jbi-mélech (père-roi), Kiryath-sépher (ville des livres , ou des archives), Kiryathaim (deux villes), Baal (maître), et une foule d'autres noms de la

puis de nouvelles explications; la plus récen'e est celle de Geséuius dans son grand ouvrage sur les monuments phéniciens. Ce nVst pas ici l'endroit d'entrer dans des détails philologiques; il nous suflil de constater que dans la langue carthaginoise, qui était une branche de la langue phénicienne ou cananéenne, on reconnaît facilement la piiysionomie hébraïque. Les mots reconnus avec cerlitude dans les vers de Plante, sont : hytfi Alonim Falonulh D'jV^i? ns ni;vSyi (deos deasque); hynuthij ^ITiJa (meas gnaLis); hiligubylimlasibU tliymnjH

pn n2*»17S D'Sl33 (in hisce habitare regionibus). — Nous ne pouvons nous empêcher de citer une phrase, qui a échappé a Bochart •et même a Geséiiius, et qui cependant est une des plus claires : les mots puniques y/cl yih chylys chon tem iiphut correspondi'nt aux mots latins : £"«^1 ftcisse ( aiunt ) sibi Quod facitindum fuit; c'est évidemment :

TJ2T anp ux Sd ns h'j::\—vn pour

"1CX se trouve aussi dans plusieurs inscriptions; le verbe flD a le sens de être, comme en arabe, ce qui résulte avec évidence des mots Antidamas chon { Antidamas fuit).

Çelasuflira, je pense, pour réfuter ceux qui n'ont voulu voir dans les vers puniques «e Piaule qu'un jargon unaginaire.

' Voyez les citations dans l'ouvrage de Bochart, p. 781.

même nature? On a objecté, que les écrivains hébreux ont pu traduire ces noms et leur donner une physionomie hébraïque; mais on n'a qu'à examiner les nombreux noms égyptiens, assyriens , perses , que nous offre la Bible , pour se convaincre que les écrivains hébreux n'avaient point l'habitude de traduire les noms étrangers. C'est tout au plus s'ils leur font subir quelques légères inflexions qu'exige la prononciation hébraïque. Là oii les noms cananéens ont été réellement changés par les Hébreux, on ne manque pas de nous en avertir'.

2° Les Cananéens, comme nous l'avons vu, restèrent longtemps établis au milieu des Hébreux, et cependant nous ne trouvons nulle part la moindre trace d'une différence de langage qui aurait entravé le commerce entre les deux peuples. Ainsi les explorateurs que Josué envoie pour reconnaître le pays s'entretiennent sans difficulté avec Rahab la courtisane (Jos. ch.

2). Les ambassadeurs des Gabaonites et d'autres peuplades cananéennes s'expliquent devant Josué , sans se servir d'un interprète. Et il ne faut pas oublier que les écrivains hébreux ne manquent pas, lorsque l'occasion se présente, de faire ressortir la différence de langage qui existait entre les Hébreux et les peuples avec lesquels ils se trouvaient en contact. On fait remarquer cette différence , non-seulement à l'égard des Égyptiens', mais aussi à l'égard de peuples sémitiques, qui parlaient un dialecte analogue à l'hébreu^.

3° La langue hébraïque est appelée par Isaïe langue de Canaan ( Is. 19, 18), et Josèphe aussi prend les mots langue phénicienne dans le sens de langue hébraïque, car il cite un pas-

' Voy. Nombres, 32, 38; Jos. 19, 47.

* Les frtres de Joseph arrivés en Egypte s'expliquent par un interprète (Genèse, 42, 23). Voy. aussi Ps. 81 , v. fi.

' Voy. pour le dialecte svro-chaldaîque, 2 Rois, 18, 26; Isaïe 36, Il ;"Jérémie, 5, 15. Déjà dans la Genèse (3i , 47) on raconte que le monument élevé par Jacob et Laban, lors de leur séparation, reçut deuv noms: l'un par Laban, en chaldaïq'ue, l'autre par Jacob, en hébreu.

L'IJNTVERS.

sa"e à . poct(' r.hœriliis , (]\i\ , dans son poeim-sur l'oxinMliliuii di- Xcixes contre la Grèce, aUril)iu' la langue |)l)c.nicieiine aux habitants des monts So- Ivniiens, qui, selon Josephe, sont les habitants de Jérusalem , ou les.Iuits '. Pour prouver que la langue hébraïque avait appartenu d'abord a un peuple polythéiste, on a cité aussi e mot Elo/ihii (Dieu) qui est au pluriel ; mais ce mot ne prouve rien , car le pluriel Elohiin n'est que ce que les granmiairiens ai)pellent k. pluriel de majesté, ou dexcellence, usité généralement dans les mots qui indiquent la puissance et la forcer

Il résulte de tout ce que nous venons dédire que la langue cananéenne était, comme l'hébreu, un dialecte senuti- (lue, c'est-à-dire qu'elle appartenait a la famille de langues dont se servaient différents peuples descendus de bem.

Et cependant nous avons vu que, selon la table généalogique de la Genèse les Cananéens descendirent de Cham. C'est là un problème dont la solution présente de grandes difficultés. Mais sommes-nous autorises par là à taxer d'erreur l'auteur de la Genèse, ou à supposer que, par haine,il ait faitdescendre les Cananeensde celui des (ils de Noé qui avait ete frappe de malédiction ? C'est ainsi que quelques savants modernes ont cru pouvoir trancher la difficulté 3; ce qui, sans doute, est commode, mais peu satisfaisant pour les esprits sérieux.

I Vov. Contre Jpion, liv. T, ch. 22 : Chœrilus après avoir énuméré différents peuples qui se trouvaient dans l'armée de Xerxes, aioute ce qui suit : , n <

TCo Ô' 07n6£v SisSaivE Ysvoç ^6axjiJ.ac7Tov

TOv à-^iÉvte;. 't>££T' âv SoAÛaoi; opecri TiXa- ■^^îlestvraiqueJosèphesetrompe.enprenant les SôXyaa ôpri pour les montagnes de Jérusalem et laTcXaxâa XCîxvr) pour le lac ÂspSit^;'mais cotte citation prouve toui.Mirs nne pour Joseplie, langue pneni i:™Tt îaïï.e héb/aïgae était la même

'"'rvoy. r.esénius Lehrgebâude der hehœri- :«;hen Sprnche , p. 663. ,«^ u tt Mid-

3 Vov. Bolilen, Genèse, P- .'S^-F- H. Mi" j.r -De rcbns Srmitarum dissertatio htstorico-geograpkica, BetWo, I83I.

Cette critique étroite, qui tient plu»

à' faire preuve d'esprit et à briller par (les paradoxes qu'à rechercher consciencieusement la vérité, ne tend a rien moins qu'à faire des monuments les plus vénérables de l'antiquité un assemblage chaoticiue d'erreurs et de mensonges, et à voir des tourbenes calculées, là où les esprits exempts de préventions reconnaîtront au moins la digne simplicité des premiers âges.

Quant à la question qtii nous occupe , nous aimons mieux en reconnaître la difficulté que de faire des conjectures hasardées; mais il nous semble que le problème pourrait se résoudre, en admettant que les aborigènes de la Palestine , sur l'origine desquels la Bible ne nous dit rien, étaient de race sémitique, que les Cananéens , après avoir envahi le pays, adoptèrent la langue des habitants primitifs, et qu Ahraham, qui vint s'établir parmi les Cananéens, adopta également cette langue, qui se conserva dans la famille de Jacob et qui devint la langue hebrai- Que'. Kous reviendrons plus tard siir la nature et les développements de

^^mia^nTaux mœurs des peuples de Canaan, la Bible nous en tait un tableau bien sombre. Dans les lois de Moïse il est question de vi^^es et de crimes dont le nom seul nous fait frémir, et qui, cependant, étaient dans es habitudes et les mœurs des peuplades cananéennes. Les passages les plus instructifs sous ce rapport se trouvent dans quelques chapitres .d" Lev tique (ch. 18 - 20). Le législateur hébreu donne des ordres sévères pour préserver son peuple de toutes les abo- Etions auxqul^lles les Cananéens se livraient habituellement-, puis il aioute : « Vous observerez mes startrtsetmeslois,etvousnefere^.pa^ . de ces abominations, 1 indigène, « comme l'étranger qui séjournera 1 rptfP hvDothèse pourrait expliquer en

le pronom. P"sonnel a"oA gi^O, sans q faille avoir recours au sjsieme i.ii "y i de quelques savants modernes cfu. on» établi une liaison entre le copte et 1 hébreu.

« parmi vous. Car toutes ces abomi- « nations , les gens du pays qui étaient « avant vous les ont faites, et la terre « est devenue impure. Prenez gard.^ « que la terre ne vous vomisse, si « vous la souillez, comme elle a vomi « la nation qui était avant vous. » (Lév. ch. 18, V. 26-28).

Ce qui rendait encore plus effrayants les crimes des Cananéens, c'est qu'ils étaient prescrits en partie comme pratiques de leur culte, et comme des choses agréables à leurs divinités. On honorait" iMoloch par le meurtre des enfants; on honorait Astarte par la plus abominable débauche. Nous allons ici jeter un coup d'oeil sur les croyances et le culte des anciens habitants de la Palestine.

Ce qu'Eusèbe rapporte de la théologie des Phéniciens ' ne doit point nous occuper ici. Quand même l'authenticité des fragments de Sanchoniathon, cités par P^usèbe, serait incontestable, nous ne pourrions toujours y voir qu'une espèce de cosmogonie spéculative, formée à une époque plus récente, sous l'influence des ph^osophèmes étrangers, et en partie même de la cosmogonie mosaïque.

Nous devons proliter cependant des éléments cananéens, qui se font reconnaître dans cette cosmogonie.

La religion des Cananéens , comme de tous les peuples de l'Asie occidentale, était basée sur le culte de la nature. Le soleil, la lune, les planètes, les éléments, étaient leurs seules divinités». Le dieu supérieur s'appelait Baal (maître) : il représentait le soleil, comme le principe fructifiant de la nature, et il était considéré comme le seul maître du ciel^. Ce dieu était représenté par des statues appelées

' Prépar. évang., liv. I, ch. 10.

' 1IM(1. à la lin du cl). 9.

'De là il s'appelait Beelsamin , comme le dit Sanohoiiiatlion , cité par Eusèbe , c'est-adire □'^"1^" S^l — L'iclentitê de Baal et du iSo/ei7 parait résulter aussi d'un passade d'i 2ème livre des Rois (2, 3, 5) oti on lit i'J2j U7T2\L'"); la Yulsale porte Baat, et Soli; mais la conjonction et ne se trouve pas dans le texte héhreu. Les anciens rabbins disent également dans le M'idrdsch : Les adorateurs d^ BiiaL sonlceux qui adorent le soleil. Yoy.

Jlnmmanlm^ qui étaient placées sur ses autels (2 Chron, 34 , 4); on lui donnait, pour emblèmos, des chevaux et des chars (2 Rois, ^3, 11). Outre ce dieu, qui est ordinairement désigné dans la Bible par le mot Uab-banI (avec l'article), nous trouvoi^^ plusieurs Baais accompagnés d'une épithète, et désignant, soit quelques divinités particulières, soit le dieu supérieur par rapport à ses différentes attributions.

Tels sont : V Baal-Pheor (Béelphégor), dieu des ÎMoabites. L'événement raconté dans le 2.j'^ chapitre des Nombres indique assez clairement que l'on rendait a ce dieu un culte infâme; les rabbins et les Pères de l'Église savent donner les détails les plus singuliers sur les obscénités de ce culte, et sur l'étymologie du mot Pheor. Saint Jérôme dans son commentaire sur Osée fch. 9) compare ce dieu à Priape, dont il avait l'emblème caractéristique.

Quant à son nom, il vient probai)loment du monlPhcor, dans le pays de Moah, qui était le siège principal de son culte. 2° Bactl-Iierith. Ce nom signifie dieu d'alliance , et non pas Baal de Berytus , comme le dit Bochart ». On peut le comparer au Jupiter pistius ou Deusjidius. Après la mort du juge Gédéon, les Hébreux idolâtres adorèrent ce dieu, qui avait untempleà Sichem^. Z°Baal-Zeboub (dieu des mouches), qui donnait des oracles à Ekron dans le pays des Philistins. C'était probablement une divinité tutéiaire à laquelle on avait recours contre les lîiouches , qui , dans

De cuUuBaal, aurtore Anavia Coëii, fol. 30 recto [çn hébreu). Néanmoins Gesénius penche a considérer Baal comme le représentant de la planète Jupiter ( voy. son dictionnaire

aux mots bî?l et n"in'"vl/"ir)- Il est possible, du reste, que dans le Baal des Phéniciens, comme dans le BelAes, Babyloniens, les idées de Soleil et de Jupiter se soient con ton lues avec le temps Servius dit, dans son commentaire sur l'Enéide (liv. I, v. 733) : Lingun Punica Bal deus dicitur ; apud Jssijfins autcm Bel dicitur giiadum sucroruin ratione ci Saturnus et Sol. C'est par (Tieur iiutt Servius met Saturnus pour Jupiter-

' □"icn , du mot nnn souii.

» Geogr. sacra, p. 859.

' Voy. Juges, ch. 8, v. 33, et cli.<), v. i et

LUNIVERS.

ces contrées, deviennent souvent un grand fléau".

A côté de Baal brillait AsTHORErn appelée, par les Grecs, Astarté; c'est elle que Jéréniie a|)pelle/a reine du ciel ^ Le nom d'Astlioretli a probablement une ori^'ine indo-^ennanique, et sip;iiiiie astre. Dans la Bible elle est souvent appelée Aschera (la fortunée); elle portait aussi le nom de Baala (Baaltis), féminin de Baal {Eusèbe, l.c). Dans l'origine cette déesse représentait sans doute la Lune, mais plus tard, par l'influence d'autres cultes voisins, on lui donna aussi les emblèmes et les attributions de plusieurs autres divinités, notamment de rénus ^. Elle fut représentée primitivement avec des cornes de taureau, comme l'Isis égyptienne, ce qui la caractérise suffisamment comme déesse de la lune '*. Il paraît que le principal siège de son culte était de tout temps à Sidon ^ , mais elle était adorée par toutes les peuplades cananéennes. Elle avait donné son nom à la ville A\4sthnroth-Karnaim dans la Péréc, et nous trouvons aussi ses temples cbez les Pbilistins (l Sam.

31, 10). Cette déesse de la volupté ne demandait pas de sang; on lui offrait des gâteaux, on lui brûlait de l'encens, et on lui faisait des libations (Jérém. 44 , 19). La jeunesse des deux sexes lui sacrifiait son innocence, et le salaire de leur infamie appartenait

' Ce dieu a son analogue dans le Zsùç aTio- ^uioç de l'Élide (Pausan. V, 14).

2 Jerein., ch.7, V. I8;ch. 44, v. 17 et suivants. Hérodien , hislorien grec du 3me siècle, dit encore que les Piiéiiicii'ns appellent Urania àaicptxpxTO, ce qui est la Iraductioa des mots hébreux D'aUJn nsSo Voy. Herodiuni Histor., Ilb. 6, c. 6.

3 Malgré la confusion qui résultait de cet amalgame de plusieurs culles, Lucien reconnaît encore dans Aslartela déesse de la Lune. De Deâ Syrà, cli. 4. Voy. aussi Hérodien, l.c.

* Voy. ci-dessus, page 75.

' Dans le !<■' livre des Rois (ch. II, v. 5 et 33) elle est appelée divinité des Sidoiiiens, et Lucien, dans le passage que nous venons d'indiquer, nous dit également qu'elle avait un temple célèbre à Sidon : êvi ôè xoti à'û.o ïpôv £v «toivtxY) (jLEYa , 10 -tSwvîot exwffi <î)ç [xèv aÙTOt XÉYouat , 'AffTâpTrji; ÈaTt.

au trésor du temple-, les personnes qui se livraient à ces abomiii;itions s'a|)pelaient Aai«/e5 ou consdcrres ».

Le barbare culte de MoLOcn offre un singulier contraste avec celui d'Astarte; là c'est la volupté la plus effrénée , ici le dernier degré d'atrocité et de barbarie. Le dieu Molock ou .Molech, dont le nom correspond au mot roi, est considéré par plusieurs savants comme identique avec Baal ».

A la vérité, quelques passages de Jéréniie paraissent favorables à cette opinion; le prophète en parlant de la vallée de Ben-Hinnom, où les Hébreux idolâtres célébraient le culte de Moloch, s'exprime ainsi (ch. 19, v.

5) : Et ils ont bâti les hauteurs de Baal, pour brûler leurs enfants dans le feu, en holocaustes à Baal; et dans un autre endroit ( ch. 32, v. 35 ) il dit : Et ils ont bâti les hauteurs de Baal , qui sont dans la vallée de Ben- Hinnom, pour faire passer {par le feu) leurs fils et leurs files { consacrés) à Moloch. Mais l'identité des deux divinités ne résulte pas positivement de ces passages , qui prouvent seulement que les adorateurs de Baal honoraient aussi leur dieu par des sacrifices humains. D'un autre côté, ce que les auteurs profanes rapportent du culte de Saturne chez les Carthaginois , s'accorde parfaitement

'^TD (Kndesch), au féminin HUTD (Kedestna); ce mot pliénicien, qui ne diffère que par une voyelle du mol hébreu UlTp (Kadosch), srt/H^, s'emploie dans la langue hcbrai(|ue dans le sens de prostitué. Dans le deuxième livre des Rois ( ch. 23, v. 7), on trouve une allusion à ce cuite infâme, que plusieurs rois de Juda avaient toléré même à Jérusalem. 11 est le même que celui de la déesse babylonienne Mylitta, sur lequel Hérodote (liv. I , ch 199) nous donne de longs détails, et dont il est aussi question dans la lettre apocryphe de Jérémie, v. 42 et 43. Ce culte se répandit bien loin dans le monde païen, et nous le retrouvons dans celui d'Aphrodite ou Vénus.

* Celle opinion a été soutenue déjà par Moïse ben-Nàhman. rabbin espagnol du I3me siècle, dans son commentaire sur le Lévilique. Elle est aussi cflle de Spencer (De legib. rit. fielirœorum, lib. 2, c. 10) et de quelques autres savants modernes, tels que Munter ( Hclii/inn der Knrlhaqer, p. 8 el sui\ . ), Creuzer (Symbolik , H , p. 207 du texte allemand), Stuhr ( Dii' Itcligions système derfieidnischen ru.tkcrdes Urients, p. 438).

fivec ce que les traditions juives nous apprennent sur Moloch, qui, sans doute, représentait ciiez les Cananéens, la planète de Saturne. Dans l'astrologie des Orientaux , cette planète appelée Kéwàn était considérée comme un astre malfaisant '. Les r;ibbins disent que la statue de Molocli était de bronze, et qu'on lachauflait d'en bas; elle avait les mains tendues, et quand elles étaient brûlantes, on y plaçait l'enfant destiné au sacrifice, qui se consumait avec des cris lamentables. Les prêtres battaient les tambours, aûn que le père ne s'émût pas à la voix de son fils ^. C'est à peu près de la même manière que Diodore de Sicile ( liv. 20, ch. 14) décrit le culte de Saturne chez les Carthaginois : « 11 y avait chez eux <i une statue de bronze représentant « Kronos (Saturne); elle avait les « mains tendues et inclinées vers la « terre, de sorte que l'enfant qu'on « y mettait tombait en roulant dans « un gouffre plein de feu. » — Les Carthaginois, d'origine cananéenne ou phénicienne , avaient conservé les croyances et les usages de leurs ancêtres , et nous pouvons appliquer aux Cananéens ce que Diodore dit des Carthaginois.

Il résulte clairement du premier des deux passages de Jérémie que nous venons de citer, ainsi que d'un passage du Deutéronome (ch. 12, v. 31), que les Cananéens brûlaient des enfants en holocauste. Néanmoins l'expression/aire passer par le feu, dont on se sert généralement dans la Bible, en parlant du culte de Moloch, a été prise à la lettre par plusieurs rabbins, et notamment par le célèbre iNIaïnionide, qui soutient que le culte de Moloch consistait à faire passer les entants entre deux feux et que ce n'était la qu'une cérémonie de lustration ^. Il

' Les Arabes, avant Mohammed, appelaient cette planète la grande infortune ; celle de Mars s'appelait la petite infortune. Voy. Pococke, Spécimen historiœ Arabum , p. i;il (l^r« édition).

'•' Voy. le commentaire de R. Salomoa Otn l^saac ou Rasclii , sur Jéremie ,7,31.

^ C'est dans ce sens qu'un passage du Deu-

paraîtrait que les deux usages existaient chez les Cananéens; la lustration remplaçait peut-être quelquefois le cruel sacrilice, mais il n'est que trop certain que la colère de iMoloch ne pouvait être apaisée que par des holocaustes humains '. Ces sacrifices avaient lieu surtout dans les grandes calamités pisbliques; alors les princes et les grands devaient sacrifier leurs enfants pour le salut de la nation. Les larmes et les cris des victimes devaient être étouffés par des caresses ; les mères elles-mêmes devaient assister au sacriQce, sans verser une larme, sans donner un signe de douleur, et une musique bruyante devait étouffer jusqu'à la moindre émotion des assistants.

Moloch était le dieu protecteur des Ammonites , qui l'appelaient aussi Milcom ou Malcàm » ; mais son culte était répandu dans toute la Syrie, ainsi que dans la Phénicie et ses colonies.

On rendait aussi un culte aux autres planètes, et aux constellations du zodiaque, appelées Marzza-lôth.

Outre ces divinités célestes, on adorait dans la Palestine païenne plusieurs divinités qui paraissent avoir une origine terrestre ; ce sont des hommes placés, après leur mort, au rang des dieux, ou plutôt certaines facultés |)€rsonniliées de la nature. De ce nombre était Dagûn, qui avait des temples dans plusieurs villes des Philistins ^. Le nom de Dagôti dérive du mot hébreu dag, qui veut dire poisson., et cette divinité est sans doute la même que plusieurs auteurs grecs appellent Derketo et Atergatis, et qui ,

tcronome (ch. 18, v. 10) a été rendu par les Si'ptaiile et par saint Jérôme; ce dernier traduit : nec invenialur in te qui luslret filium suum, iiutfiliam, ducens per ignem.

' De la peut-être la double défense dans le Lévitique^ch. 18, v. 21, et ch. 20, v. 2) : dans le premier passage Moïse défend de faire passer les enfants en l'honneur de Moloch; dans le second, il décrète la peine de mort contre ceux qui donneraient un de leurs enfants a Molocli. Voy. Spencer, 1. c, I. Il, c. 10, sect. 2.

^ Voy. 1 Rois, ch. H, v. 5 et 7; Jércmie, ch. 49, V. 1 et 3 'ci-après, p. 95 ;.

*Voy. Juges, cli. 16, v. 2:5, ell Sam.jCh. 6.

LUNIVERS.

dans le leiuplo d'Ascalùn , était adorée sous une image moitié femme et moitié poisson'. Quelques auteurs la confondent mal a propos avec Astarle' , quoi(jne celle-ci ne soit représentée nulle part sous l'image du poisson.

Selon l'iiiion de ]5yl)los, parlant au nom de Sanchoniatlion, Uagôn est une divinité masculine, (ils du Ciel et delà Terre. Après avoir parlé du dieu Sydijk cjusticejet de ses (lis les Dioscures ou Cablres, il continue ainsi:

« De leur temps naquit un certain « Eiioun , dont le nom signifie Trèshaut, et sa femme, appeleeT^e'row/A; « ils demeurèrent dans les environs de « Byblos. D'eux naquit Epigeios (ter- « restre) ou Autochthon (mdigène), « que plus tard on appela Ciel; c'est de « lui que l'élément qui est au-dessus « de nous reçut, à cause de son ex- « tréme beauté, le nom de ciel. Il eut « une sœur née des mêmes parents ; « elle fut appelée Terre, et c'est elle ^ qui, à cause de sa beauté a donné • son nom à la terre. Leur père Très- 1 haut ayant péri dans un combatqu'il «eut avec les animaux, fut divinisé o par ses enfants, qui lui consacrèrent X des libations et des sacrifices. Ciel 'i ayant hérité du royaume de son père, « épousa Terre, sa sœur, et il eut << d'elle quatre fils, savoir llos , qu'on « appelle aussi Saturne, Bétijlos .^ Da- « gôa, nom qui signifie blé, çX.ltlaa^ . » Si ce récit est réellement d'origine cananéenne, il jette beaucoup de lumière sur un passage de la Genèse (ch.

14, V. 18 et suiv.). On y parle de Alelchisédek, roi de Salem, prêtre du Dieu Très-haut (Eliôn); il bénit Abràm au nom du Dieu Très-haut qui produisit le Ciel et la Teire^. On ne savait

' Diodore, II. 4; Lucien, De Dedsyrd, ch. H. Hérodote l'appelle Fenus Urania. Voy. notre Topographie, page 62.

2 Creuzer, SymboU/i, U, pag. 65 et suiv.

3 Vov. Euseh. Prœpar. evang. l, 10 (édition de" Paris, 1028 , pag. 3G).

« Selon la Vulgate : Jioicdictus Ahram Dco excclso, qui creavit cœliim et tcrram. Le verbe n3p que porte ici le texte hébreu , r"a pas le se'ns de créer; il signifie acquérir, T"sséder, mais souvent il s'emploie dans le s"ns de procréer, au propre et au figuré , de iiirle que les mots V^.^"^ D^DU Hip

pas s'expliquer l'apparition d'un prêtre du vrai Dieu, au milieu des peuplades cananéennes; les anciens rabbins et les Pores de l'Kglise ont f.iit à ce sujet toute sorte d'hypothèses. On a prétendu que Melcliisédek était Seni, (ils de Noé, qui pouvait encore vivre à cette époque, et qui, disait-on, avait conservé le culte du vrai Dieu.

Déjà dans l'Kpitre aux Hébreux (ch.

7 ) , INIelchisédek est présenté comme type du Messie, et cette opinion n'est pas étrangère aux anciens interprètes juifs'. Ne serait-il pas plus simple de prendre Melehisédek pour un prêtre cananéen, ministre du dieu Eiioun, père du Ciel et de la Terre? On n'a pas remarqué que Melehisédek ne prononce pas le nom de Jéhova, tandis qu'Abraham, dans la réponse qu'il fait au roi deSodom (v. 22), fait précéder les mots El- El ion du nom de Jéhova .1 comme pour faire entendra!

que c'est là le seul et vrai Dieu Trèshaut.

Pour en revenir à Dagôn, on voit que Philon de Byblos fait venir ce nom du mot hébreu ou phénicien dagàn, qui signifie blé. Tout ce que prouvent les différentes traditions des anciens, c'est que l'origine du culte de Dagôn ou de Derketo leur était inconnue, mais qu'on voyait généralement dans cette divinité le symbole de la fertilité, représentée tantôt sous l'image de l'homme, tantôt sous celle de la femme. Les mois hébreux dag (poisson) , et dagân (blé) dérivent tous d d'une racine qui veut dire se multiplier ', et représentent la fertilité, l'un dans les eaux, l'autre sur la terre.

Le culte de Thammouz. ou JdoniSy partagé entre le deuil et la joie, et représentant la nature qui meurt et qui renaît chaque année, appartient plu-

pourraient très-bien se traduire par père du ciel et de la terre.

' Le passage du psaume IIO, v. 4 , qui a donné lieu a cette interprétation typologi-; que, a un sens bien plus simple. Le poète qui adresse ce poëme au roi David, combattant au nom de Jéhova, lui dit qu'il est à la fois prêtre et roi , à la manière de Melehisédek.

' C'est la racine HAT-

tôt à laSyrie qu'àla Palestine païenne, et il [iarâit être postérieur aux temps dont nous nous occupons ici. Dans la Bible, Tliamniouz n'est mentionné qu'une seule fois , par un propliète de l'exil (Ezech.ch. 8, v. 1-4).

La superstition peuplait aussi les déserts et les campagnes de certams êtres malfaisants, appelés Schédhn (démons) ^iSelrim (boucs, satyres) ; on les apaisait par des sacriiic.es '. Du nombre de ces démons était Jzazel, dont le nom tigure dans la cérémonie du bouc émissaire (Lev. ch. 16). Nous y reviendrons, en parlant du culte des anciens Hébreux.

Ces différentes divinités avaient, selon leur rang, des autels plus ou moins élevés; les dieux célestes, et surtout Baal , furent adorés sur les hauts lieux appelés Bamôtli. Les statues des dieux, d'abord des blocs et des pierres informes , se perfectionnèrent ■avec les progrès de l'art , et le Pentateuque parle déjà de statues de bois , de pierre et de métal , représentant les dieux sous l'image des astres et de toutes les espèces du règne animal. Les idoles, couvertes d'or et d'argent, et parées de beaux vêtements, étaient attachées avec des chaînes, pour les empêcher de tomber ou même de s'en aller ». Les lieux consacrés au culte étaient d'abord des jardins et des bois éloignes du tumulte des villes, plus tard on conniiençait à bâtir des temples. Dans les temps de guerre, on emportait les dieux pour assister au combat; on leur consacrait les armes des ennemis vaincus ( I Sam . 3 1 , 1 0 ) , dont ou enlevait aussi les dieux tutélaires ( Jer. 46, 7 ). On honorait les dieux par des vœux , on leur adressait des prières, on leur offrait de l'encens, des libations, des sacrifices sanglants, <.'t même des sacrifices humains. Dans certaines circonstances, on célébrait des fêtes , pour rendre aux dieux des fictions de grâces ( .1 uges , 1 6 , 23 ) , et il y avait probablement chez les Canatiéeus, comme chez les Égyptiens , des

Voy. Lévilique, ch. i7,v. 7; Deutéron.

■ça 32, V. 17.

' Voy. Uaïe, 41 , 7; Jéréra. lO, 4.

fêtes et des solennités publiques, à certaines époques astronomiques '.

Les prêtres, appelés Cohanun ou Cotnarim ^ , s'abandonnaient pendant le sacrifice à toute espèce d'extravagances; ils dansaient autour des autels, ils poussaient des cris lamentables pour émouvoir le dieu , et ils allaient jusqu'à se faire des incisions dans la chair, pour faire couler leur sang ( I Rois, 18, 28) , usage barbare que les Cananéens pratiquaient en général comme signe de deuil, ainsi que le tatouage.

La divination et la magie étaient en grande vogue chez les Cananéens.

Nous trouvons dans la Bible un grand nombre de mots désignant ces arts occultes; mais leur sens précis ne peut plus se fixer que par le moyen peu sûr de l'étymologie. Cependant on parle très -clairement de la nécromancie, ou de l'art d'interroger les morts, appelé Ob. Un des mots les plus usités pour désigner la magie , a le plus intime rapport avec le nom du Serpent ^, et on ne saurait douter que les serpents n'aient joué un grand rôle chez les magiciens cananéens. L'art de conjurer les serpents par certaines formules, est mentionné plusieurs fois dans la Bible ^. Nous trouvons en outre des Mecaschschefhn (probablement des astrologues), des Meônenim , qui, à ce qu'il paraît , interrogeaient le cours des nuages , des Kocemim, qui consultaient les entrailles des victimes, surtout le foie, des Yideonim , ou ventriloques. Les recherches étymologiques nous mène-

' Voy. Spencer, 1. c, lib. III, c. 8, sect. I.

^ Lu uiol Cohén (plur. Cohanim), en arabe Catien , signifie primilivemcut devin; car la divination était une des fonctions essentielles des prêtres païens. Ensuite on a donné à ce mot le sens de ministre de Dieu, et dans ce sens il s'applique aussi aux prêtres de Jéhova. Le mot Comariin s'applique exclusivement aux prétrei païens; il vient d'une racine qui signifie être bridé, noirci, et on l'explique par atrati, putlati, c'est-àdire, hommes aux vêtements noirs.

' Unj serpent; de là le verbe Un3 in terroger le mouvement des serpents, et, en général , Jaire des sortiléys.

♦ Voy. Ps. 58, v. 5; Jér. 8, 17; Ecclésiaste, 10, II.

L'UxMVERS.

raient tro^) loin; nous devons nous contenter ici de cette indication rapide".

En résumé, la religion des Cananéens, basée sur le culte des astres, divinisait les choses créées, et ne reconnaissait pas le créateur. Elle consacrait des actes inhumains et une révoltante dissolution des mœurs, et elle favorisait une f^rossière superstition, qui dégradait l'homme, et lui faisait perdre sa dignité et son indépendance.

Il faut bien se pénétrer de l'esprit de cette religion, pour comprendre le dégoût qu'elle inspirait à un homme comme Moïse, et les mesures sévères qu'il prescrivit aux Hébreux , pour les préserver, s'il était possible, de tout contact avec les peuples cananéens.

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