‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 15 sur 106 · C. Les PniLisTiNS · texte numérisé non relu

C. Les PniLisTiNS

Au nombre des ,ftls de Misraïm , c'est-à-dire, des colonies égyptiennes, la table généalogique de la Genèse (10, 14) compte /es Caslouhîm , d'où sortirent les Pelischthim (Philistins) elles Caphthorîm. Selon le prophète Amos (9 , 7 ) , les Philistins étaient venus de Caphthor; aussi Jérémie(47, 4) les appelle-t-il les restes de Vile de Caphthor. Dans le Deutéronome ( 2 , 23) nous lisons également que les Avvîm (qui , comme on l'a vu , habitaient le pays occupé plus tard par les Philistins) furent envahis par une colonie de Caphthorîm. Ainsi tous ces passages s'accordent à faire venir les Philistins des Caphthorîm , tandis que la table généalogique les fait venir des Caslouhîm. Il me semble que Ja difficulté peut se résoudre en sup-

posant que les Caslouhîm habitèrent parmi les Caphthorîm, auxquels ilsfiaient soumis, de sorte que les Philistins pouvaient être les descendants des Caslouhim et être appelés néanmoins une colonie des Caphlkorim .

Le passage d'Amos est très-favorable à cette hypothèse; on y compare la sortie des Philistins du pays de Caphthor à la sortie des Israélites du pays d'Egypte.

Quoi qu'il en soit, il est certain que les Philistins étaient une colonie venue de Caphthor. Mais quel est ce pays de Caphthor? Les Septante, les versions chaldaïque et syriaque et la Vulgate s'accordent à le prendre pour hCappadocie dans l'AsieMineureset cette opinion a été admise par Bochart ». Mais Jérémie donne à Caphthor le nom de 'i<, c'est-à-dire ile ou pays maritime, ce qui ne peut convenir à la Cappadocie ^. Reland (Palaest. p. 74) prend Caphthor pour Peiusium, parce qu'il trouve dans ce nom une ressemblance avec celui de Philistins. D'autres ont pensé à l'île de Chypre; mais le nom hébreu de cette Ile est Kitthlm. Ce qui est le plus probable, c'est que Caphthor est Ylle de Crète. Les prophètes Ézéchiel (25, 16) et Sophonias (2, .5) donnent aux Philistins le nom de Créthim, et trèsprobablement ils sont désignés sous le même nom , dans le \" livre de Samuel (30, 14). On peut encore citer, à l'appui de cette opinion, que, selon Etienne de Byzance, Gaza, l'une des villes principales des Philistins , portait anciennement le nom de Minoa , parce que Minos, roi de Crète, accompagné de ses frères, jEacus et Rhadamante, y avait conduit une colonie. On y voyait, selon

' Saadia, rabbin du dixième siècle, qui, dans sa version arabe , substitue ordinairement les noms géographiques modernes aux noms anciens, rend Caphtfiorpnr Damieite; mais les interprétations Géographiques de ce rabbin ne méritent pas ueaucoup d'attention. Voy. ma I\otice sur liabbi Sandia Gaôn, p. 53. B. deTudèle est du même avi» que Saadia (lUnér., p. 125).

^ Geo"rapliia sacra, p. 329.

3 Bocnart élude la dilTiculté en traduisan» îi< par provincia.

!e même auteur, le temple de Jupiter Cretensis , qu'on y adorait sous le nom de Manias '. De même que les Cretois parmi les Grecs, les Philistins étaient célèbres en Palestine, comme habiles archers , et peut-être le corps des Crethi que nous trouvons si souvent mentionné, comme faisant partie de la garde royale de David, n'était-il qu'une compagnie d'archers, formée sur le modèle des célèbres archers philistins '.

Quant au nom de Pelischtim ou Philistins, il signifie, sans doute, Émigrés ; déjà la version grecque des prophètes et des hagiographes rend ce nom par àlXot^'Aoi {forains , étrangers)^. Ce fut dans la plaine au S.

0. de Canaan , au midi de Yàfo , jusqu'à la frontière d'Egypte, que s'établirent les Caphthorîm émigrés, et cette contrée reçut alors le nom de Peléscheth ou Pheléseth, d'où vient le nom de Palestine 4.

Nous ne saurions indiquer avec précision l'époque de l'arrivée des Caphthorîm. Elle a du avoir lieu après celle des Cananéens; car à une certaine époque, les possessions des Cananéens s'étendaient au midi jusqu'à Ger-ar et Gaza ( Gen. 10, 19), et renfermaient, par conséquent , le territoire philistin. On pourrait être tenté de croire que les Philistins existaient à l'époque d'Abraham et d'Isaac; car il est question du pays des Philistins dès le temps d'Abraham (Genèse, 21, v. .32 et 34), et, dans l'histoire d'Isaac, Abimélech, roi de Gerar, est appelé expressément roi des Philistins ( ib. 26, v. 1); ce sont

' Voy. Bochart, 1. c. p. 458. — C'est peutêtre en confondant les Ptiilistins avec les Juifs, qu'une tradition, rapportée par Tacite, faisait venir ces derniers de i'ile de Crète : Judœos, Cretâ insulâ profugos, nol'issima Libyœ insedisse memorant. Tac.

Hiàt. Y, 2.

^ La version chaldaîque de Yonathan rend en effet ^m^ par K>nU?p, archers.

5 La racine ■(y^2 FLS, dans 4e sens de émigrer, s'est conservée dans la langue éthiopienne; de là les Juifs d'A.byssinie portent encore maintenant le nom de Phalasiûn «Ml Falaschas, analogue à celui de Pfkilistins.

* Voy. ci-dessus , page 3.

les Philistins qui bouchent les puits creusés par Abraham. Mais il se peut

aue l'auteur de la Genèse se soit servi u mot Philistins par anticipation, en parlant du pays où , plus tard , s'établirent les Philistins. Toujours estil certain que les Philistins étaient établis dans le pays dès avant Moïse ; non-seulement le Deutéronome parle de l'invasion des Caphthorîm, mais aussi dans le cantique de Moïse, chanté après le passage de la mer Rouge, et dont une critique raisonnable ne saurait mettre en doute l'authenticité, il est question des habitants de /'e/esc^e?/i (Exode, 15, 14).

Nous croyons même trouver indiqué dans un passage du I" livre des Chroniques (ch. 7, V. 21, 22) que, aune époque où Éphraïm, fils de Joseph, vivait encore, au moins une génération de Philistins avait déjà vécu dans le pays. On raconte dans ce passage que quelques-uns des fils d'Éphraïm (qui alors vivaient en Egypte) avaient fait une excursion sur le territoire de Gath , pour s'emparer des troupeaux de ce pays, et qu'ils furent tués par les habitants de Gath, nés dans le pays ', ce dont Éphraïm, leur père , fut longtemps dans le deuil. — Ainsi nous ne croyons pas nous tromper, si nous faisons remonter l'arrivée de la colonie des Caphthorîm ou Cretois à dix-huit siècles environ avant l'ère chrétienne.

On pourrait s'étonner d'après cela que , dans le Pentateuque , les Philistins ne soient jamais mentionnés parmi les peuples que les Hébreux devaient expulser du pays de Canaan.

Mais Moïse, connaissant l'esprit guerrier des Philistins, paraît avoir prévu que les Hébreux trouveraient toujours

'Je crois que les mots yiS2 QnSl3ÎT

désignent les iils ou descendants de colonsétrangers; on peut comparer le mot Mowalladlii par lequel les Arabes désignent ceux qui ne sont pas de pure origine arabe. Comme, pour l'époque d'Ephraïm, on fait encore cette distinction dans le pays des Philistins, il paraîtrait qu'il ne s'était pas passé alors un grand espace de temps depuis 1 arrivée de la colonie.— A la vérité, les livres des Chro; niques sont très-récents; mais ils ont été • rédigés en partie sur des documents fort aociens.

L'UNIVERS

fîans ce peuple un rude adversaire, et il ne voulut pas les en-^ager à risffuer une attaque de ce c^té. Il nous fjit entendre lui-même (Exode, 13, 17) qu'il évita de conduire les Hébreux' par le pays des Philistins , (pioicpie ce fdt là le cheniJM le plus court, j>arce qu'il ne voulait pas s'exposer à Ivs démoraliser par une première défaiti'.

Plus tard Josué , enhardi par ses succès, après avoir vaincu trente et un rois cananéens , nomme aussi les districts des Pliilistins parmi les pays dont les Hébreux devaient prendre possession , et c'est ici qu'il est question , pour la première fois , des cinq princes des Philistins, qui portaient le titre de seranlin ( axes , pivots). Leurs principautés étaient :

Gaza, Asdôd, Jsca/ôn, Gath et Ekrôn (Jos. 13,3)'. Josué lesdoniia même d'avance en partage à la tribu de Juda ( ib. 15, v. 45 et suiv. ). Cette tribu, après la mort de Josué, s'empara eneffetdes principautésde Gaza, d'Ascalôn et d'Ekrôn (Juges, 1 , 18), mais elle ne sut pas s'y maintenir; car bientôt après nous retrouvons les cinq principautés des Philistins indépendantes (ib, 3, 3). Sous les juges , comme sous les rois, jusqu'à l'époque d'Ézéchias, nous trouverons les Hébreux presque toujours en collision avec les Philistins , tantôt vainqueurs tantôt vaincus. Nous nous contenterons donc ici d'indiquer rapidement les événements les plus remarquables de l'histoire des Philistins, renvoyant, pour les détails, à l'histoire des Hébreux.

Sous le juge hébreu Samgar (environ 1370 ans avant l'ère chrétienne), îes Philistins, ayant essayé probablement d'attaquer les tribus de la Judée , furent repoussés avec une perte de six cents hommes ( Juges , 3 , 31 ). Près de deux siècles après cet événement, ils commencèrent à faire peser leur joug sur les Hébreux ( ib. 10, 7 ) Ce fut a peu près à la même époque que, selon une tradition rapportée par

' Voy. sar ces résidences et sur quelques «utres villes des Philistins , notre Topographie, p. 61-64.

Justin , les P!iili>tins d'Ascalôn vainquirent les Sidoiiicns , qui , forcés d'rmigrer, fondèrent alors la ville f'e Tyr '. La puissance des IMiilistins alla toujours croissant jusqu'à l'époque dfe Samson (ib, 13, 1), qui commença à les humilier ( ib. v. 5).

Lorsqu'il mourut sous les ruii.es du tem|)le de Dagôn à Gaza, trois mille Philistins, hommes et femmes, y périrent avec lui. Mais les Philistins furent encore très-puissants du temps d'Éli et de Samuel; ils conquirent même l'arche sainte des Hébreux et la placèrent dans le temple de Dagôn à Asdôd, mais ils la rendirent, leurs prêtres ayant déclaré qu'elle était la cause des maladies dont ils étaient alors affligés. Ils furent constamment en guerre avecSaiil. Il paraîtrait que, à celte époque, ils changèrent la forme de leur gouvernement; car nous trouvons un roj (mélecr) des Philistins, nommé Achis, qui réside à Gath (1 Sam. 26, 2). Dans l'épigraphe du 34* psaume, ce même roi est appelé Abimékch (père-roi ) , et il paraît que c'était le titre ordinaire des rois de ces contrées, carie roi de Gerar, du temps d'Abraham et d'Isaac, est égalementappelé Abimélech. Le roi Achis n'a cependant qu'un pouvoir limité, et nous voyons à côté de lui une puissante aristocratie qui lui im2)ose ses volontés (ib. 29, v. 3 et suiv.). Près du mont Gelboa, les Philistins obtinrent un éclatant succès sur Saiil, qui périt dans le combat ainsi que ses fils. Sous David, ils furent battus plusieurs fois (2 Sam. 5, 25; 8, l,et23,10), et l'empire de Salomon renferma tout le pays des Philistins, car il s'éteiiditjusqu'à Gaza(l Rois, 5, 4, ou 4, 24).

Parmi les villes restaurées ou fortifiées par Roboam , fils de Salomon , nous trouvons aussi celle de Gat!\ ( 2. Chron. 11, 8 ). Les guerres civiles qui éclatèrent bientôt parmi les Hébreux profitèrent probablement aux

' Justini Histor. 1. XVIII , c. 3 : Posl multvs deinde unnos a rcge Ascaloniortnn expugnati {Sidonii), navibus appulsi, Tt/ro'i vrbem ante annum Trqjanœ cladis condidcriint

Philistins. Sous le roi Josaphat, qui sut se faire craindre des peuples voisins, les Philistins payeront un tribut (2Chron.ch. 17, v. 10, 11); mais déjà sous Joramils firent, en commun avÉ-c les Arabes, une invasion dans le royaume de Juda ( ib. 21 , IG). Ouzia (Ozias) leur fit la guerre; il les soumit, et, après avoir démoli lesfortilications de Gath, de Yabné et d'Asdùd, il éleva des forteresses Israélites sur le territoire philistin (ib.2(), 6). Mais sous Achaz, probablement à la fin de son règne (728 avant l'ère chrétienne), les Philistins se relevèrent; ils se répandirent dans la plaine de Schefélah et dans tout le midi de la Judée, et y firent la conquête de plusieurs villes (ib. 28, 18). Le prophète Isaïe alors lesavertit de nepas se réjouir trop tôt, et il leur prédit qu'ils seraient humiliés par une puissance arrivée du Nord : « Ne te réjouis pas tout en- « tière, ô Philistée, de ce que le bâ- « ton de celui qui te frappait est « maintenant brisé; car de la racine « du serpent sortira un basilic, dont « le fruit sera un dragon volant. Et « les aines des pauvres ' iront au pa- « tarage et les indigents se reposeront a avec sc^'urité; tandis que je ferai « périr ta racine par la faim, et qu'on « tuera ton reste. Gémis, 6 porte!

« crie, ô ville! tu défailles, ô Philistée, « tout entière ! Oui , du nord vient « une fumée, de ses masses pas un « seul ne reste en arrière. Mais « que répondent les messagers « des nations (étrangères)'. ^ Que Je- « hova a fondé Sion, et que les mal- « heureux de son peuple y trouvent « un refuge. » (Isaïe, ch. 14, v. 29-32.) Le roi Ézéchias obtint de grands avantages sur les Philistins, et les poursuivit jusqu'à Gaza (2 Rois, 18, 8) , et bientck arriva lajuinéedunord annoncée par le prophète : Sargôn , roi d'Assyrie, ayant envoyé une armée contre l'Egypte", sous le commandement de son général Tharthân, celui-

' C'est-à-dire : les plus pauvres ou les plus h 1/ milles.

'■ Lps messagers étrangers , envoyés pour connaitre ie sort de Juda.

ci occupa, vers l'an 716 avant J. C, la forteresse philistéenne d'Asd(3d, qni était, en quelque sorte, la clef de.

l'Egypte (ib. 20, 1). Sargon , roi d'Assyrie, qui n'est mentionné que dans ce seul passage d'Isaïe , fut trèsprobablement le prédécesseur de Sennachérib , qui fut si malheureux dans son expédition contre la .ludée.

Les Assyriens, malgré leur défaite devant .férasalem, se seraient-ils maintenus dans la forteresse d'Asdùd ?

C'est ce que nous ne saurions affirmer. Nous savons seulement par Hérodote, que Psammétique, roi d'Egypte , mit le siège devant cette ville', mais on ne nous dit pas qui l'occupait alors '. Ce ne fût qu'au bout de vingt-neuf ans qu'elle tomba au pouvoir des Égyptiens. Ce fut aussi pendant le règne de Psammétique que les Scythes envahirent la Philistée et pillèrent le tCiiiple de Vénus Urania à Ascalôn (Hérod.II, 10-5).

A l'approche des victorieux Chaldéens, les prophètes de la Judée prédisent l'entière ruine de la Philistée^.

Dans la lutte qui s'établit entre les conquérants asiatiques et l'Egypte, le pays des Philistins était constaumient en butte aux attaques des deux adversaires. Un Pharaon d'Egypte, probablement Nécho, fit alors la conquête deGaza(Jérém. 47, 1). Encore du fond de l'exil le prophète Ézéchiel menace les restes des Philistins de la vengeance du ciel (2.5 , 1.5-17). Mais il paraît que les Chaldéens leur laissèrent encore une onibre d'existence politique, car, après l'exil de Babylone, le prophète Zacharie (9 , 5) annonce que bientôt il n'y aura plus de roi à Gaza, ni d'habitants à Ascalon, que des bâtards (des étrangers) habiteront à Asdôd, et que l'orgueil des Philistins sera hu-

' Voy. noire Topographie , page 61- ^ ^ Selon Gesénius, le siège an roi d'Egypte fut (li lige c;)ii(re les Assyriens. Il fauti rai t alors faire remonter le commencement du règne de Psammétique bien plus haut qu'on ne le fait communément, et c'est en eflel ce que Gesénius a démontré avec beaucoup de sagacité. Voy. son Commentaire sur Isaïe, t. I,

p. 595—000 et p. Ci3.

^ Vov. Jérémie,cli. 47; Sophonia.ch. 2, V-, 4-7.

L'UÏSIVEIUS.

milié. Depuis lors il n'est plus question de ce |)eu|)le, dont les derniers débris turent sans doute engloutis par la vaste inonarcliie des Perses. — I.a dénomination de pai/s des l'hillstina se conserva encore [jcndant plusieurs siècles; nous la trouvons encore dans !e V^' livre des Maccabées (3 , 24).

Page 1