‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 25 sur 106 · I.JIMVRRS · texte numérisé non relu

I.JIMVRRS

lornier (nriivcr le Iciiips. C<: ii'esl qu'apros iiliisiciirs L;i''iicrali»iis (|iie les ftveiiemcnls arri\c.s sons Moïse ont pu èlre présenlés sous la forme mythi(liic qu'ils ont dans le Pentateuque, et Moïse ne saurait être l'auteur de ces relations.

Toutes ces diflieultés et bien d'autres (|ue nous ne pouvons exposer ici ont gravement compromis la tradition qui veut que le Pentateuqiie , dans sa forme actuelle, soit l'ouvrage de Moïse. Pour les faire disparaître on a eu recours à différentes hypothèses et notamment à celle des interpolations; c'est ainsi que plus de cinquante passages incommodes, plus ou moins longs , ont été effacés d'un trait de plume et déclarés interpolés.

Pour répondre a la quatrième difiiculté, on a fait remarquer que Moïse était l'auteur classique de la nation, que les prêtres et les lévites étaient obligés de l'étudier, et qu'on le lisait publiquement tous les sept ans. Il n'est donc pas étonnant que les auteurs des siècles suivants aient pris Moïse pour modèle; il est possible que la langue parlée ait différé de la langue écrite. En outre, on a cité avec raison l'exemple de l'arabe et du syriaque qui pendant une longue suite de siècles n'ont subi aucune modification notable. Le style verbeux et prolixe du Deutéronome s'explique par la vieillesse de iMoise, et on y reconnaît le langage d'un père qui donne ses derniers conseils à ses enfants qu'il va quitter pour toujours.

Quant à la cinquième difliculté, qu'il n'est pas facile d'éliminer de la sorte, les supernaturalistes ne la reconnaissent pas; car ils admettent les »a'mcles dans toute la force du terme. Les rationalistes, partisans de l'authenticité, tels que Eichhorn, Rosenmiiller et autres, font des efforts inouïs pour expliquer les faits les plus invraisemblables d'unemanière naturelle en contestant le caractère mythique et épique du Pentateuque. iNon contents d'avoir réfuté, tant bien que mal, les diflieultés élevées par les critiques avancés, les partisans de la tradi-

tion ont allégué, en faveur de l'authenticité, un certain nombre de preuves directes qui ne sont [)as sans importance , et dont nous allons citer les plus fortes.

1" Dans le Deutéronome c'est Moïse lui-même qui parle, et lui seul pouvait parler ainsi. Il s'adresse à des hommes qu'il a guidés pendant de longues années, et il leur rappelle souvent Les événements dont ils ont été témoins , et la protection miraculeuse par laquelle Dieu s'est manifesté à eux. Un auteur plus récent, qui eût voulu se faire passer pour Moïse, n'aurait pas été capable d'entrer si bien dans toutes les circonstances de la vie de Moïse , et de donner à sa composition la véritable couleur des temps et des lieux, sans se trahir çà et là par une inadvertance. Or, le Deutéronome rédigé par Moïse (ch. 31 , v. 9 et 24) suppose la rédaction des trois livres précédents; car Moïse fait souvent allusion aux lois et aux événements rapportés dans ces livres. Enfin les quatre livres supposent la Genèse, qui , comme nous l'avons dit , est l'introduction indispensable des livres de la loi.

2* Le Pentateuque renferme un grand nombre de données historiques, politiques et géoi^raphiques qui s'adaptent très-bien aux temps de Moïse.

La Genèse , par ses traditions sur le monde primitif, nous révèle un au- i teur très-ancien. Un auteur hébreu postérieur à Moïse n'aurait pu posséder une connaissance aussi parfaite de rÉgypte et de l'Arabie que celle qui se révèle dans le Pentateuque. Et diit-on admettre (ce qui est peu probable ) qu'un autre eût cherché à s'approprier ces connaissances par l'étude, il n'aurait pu manquer de se trahir souvent par des inexactitudes et des anachronismes. Dans la Genèse (ch. 10 , v. Il et 1 2) la célèbre Ninive est encore une ville de peu d'importance; la grande ville de l'Assyrie c'est Résen, dont il n'existe aucune trace dans les autres livres de la Bible. La ville de Tyr si célèbre des le temps de David , et dont le nom. i.9

PALtSTlKE.

trouve déjà dans le livre de Josué 19, 2!)), n'est mentionnée nulle part dans le Pentateuque; un auteur récent ;vurait-il manqué de la placer dans la table généalogique de la Genèse (cli.

10) à coté de Sidon? Le Pentateuq^ue parle souvent des statues des dieux cananéens et de leurs autels , mais il ne leur connaît pas encore de temples, que nous trouvons pourtant à l'épo- (fue des Juges. C'est donc un auteur très-ancien qui nous parle dans le Pentateuque , alors pourquoi ne seraitce pas Moïse lui-même ?

3" La langue hébraïque du Pentateuque, quoique, en général, la môme (rue celle des prophètes, offre cependant des particularités que nous ne trouvons dans aucun autre livre de la Bible. On n'y rencontre d'autres mots étrangers que ceux qui sont empruntes à la langue égyptienne. On y rencontre des archaïsmes tels que le masculin yj} (puer) dans le sens du féminin niyj ipuella) , le pronom personnel de la troisième [)ersonne ><in dans le sens de/«i et d'elle'. Beaucoup de mots et de tournures de phrase se trouvent particulièrement dans le l'entateuque et manquent dans les autres livres de la Bible; en revanche ces derniers renferment un grand nombre de mots et de phrases qui manquent complètement dans le Pentateuque ou qui y sont fort rares ^.

4° Le caractère fragmentaire du Pentateuque , loin de faire suspecter son authenticité, est plutôt une preuve que Moïse en est réellement l'auteur.

Le mélange continuel des récits historiques, des itinéraires et des lois

» Le genre commun, qui dans la langue plus développée , se distingue en masculin et féminin, appartient évidemment a une époque plus reculée, et Hartmann lui-même est obligé d'avouer ( 1. c. p. an ) que ces ari chalsmes prouvent la haute antiquité de quelques-uns des documents et fragments dont, selon lui, le Pentateuque fut successivement composé.

* Jalm a recueilli plus de cent exemples de chaque espèce. En énumérant les mots qui sont particuliers au Pentateuque, il s'est abstenu d y comprendre ceu\ (|ui désignent des olijets'dont il n'y avait pa-. lieu de pai'ler dans les autres livres. Voy. Inlroduclio in Lbros sacros veteris fœderis , p. 176-

révèle un auteur contemporain , qui inscrivait dans son journal tout ce qui se passait d'important ainsi que les lois dictées par l'inspiration du moment. Un auteur postérieur à Moïse aurait séparé les lois du récit historique, et y aurait mis [)lus d'ordre et de méthode. Les préoccupations du moment et les circonstances différentes dans lesquelles se trouvait Moïse expliquent les répétitions et les légères variations de style '.

5° L'existence d'un livre, appelé la loi de Jé/iova ou la loi de Moïse , se révèle depuis Moïse à toutes les époques de l'histoire des Hébreux.

On le mentionne dans le livre de Josué (1, 8; 8, 31 etpassim) et dans le livre des Juges (3,4), composés l'un et l'autre avant la septième année du règne de David ; car on y lit que les Jébusites n'ont pu encore être expulsés de Jérusalem et qu'ils y demeurent jusqu'à ce jour (Jos. 15 , 63; Juges, 1,21). Dans les psaumes qui portent le nom de David ou qui lui sont attribués il est souvent question de la rhorah de Jéhova (Ps. 19 , v. 8 et suiv., et dans beaucoup d'autres passages ) , et dans les paroles que David, avant de mourir, adresse à son fils Salomon , il lui parle de la loi de Moïse et de ses différentes prescriptions ( 1 Rois, 2, 3). La Thorahest également mentionnée dans les Proverbes (6, 23; 28, 4) et par les prophètes des deux royaumes de Juda et d'israèl (Isaïe, .5, 24; Osée, 8, 12). Isaïe parle expressément d'un livre de Jéhova (34, 16). Dans les Uvres des Rois , nous trouvons, outre les fréquentes mentions de la loi de Moïse, la citation d'un passage du Deutéronome (II Rois, 14,6). Et s'il est vrai que ces documents ne sont pas tous d'une haute antiquité, est-il admissible que leurs auteurs, quels qu'ils

' Tali et non alio stilo scripfa a Mose exspeclari possunt, qui tôt neqoliis obrutus, sœpe inlerruptus, fréquentions itmeribus et mitjrationihns de loco in locum duitriictus , per quadniginta fere annos licx libros cxanivit, et Deuteronouuum demum scnex et morti proximus scripsit. Jahn , 1. C p. 177

I/UNIVKRS.

IusvmU , nipril pu rtrc tous les dii|)PS ou les n.mplic.'S d'mi'' \iros^\ere siinerc-htri.'.^Tuiis tvs p;.ss:.,i?es pro.ivent doiiH'i'Nislenee, sinon do tout le PentatciiiiiK" , du moins d un recueil des lois de Moïse.

f)" I<:t (lui donc aurait pu composer ou même refondre le Pentateuque ?

c'est Kzra, a-t-on souvent dit, (iui a donné au Pentateuque sa tonne actuelle. Mais alors cette compilation moderne, quoique faite avec des matériaux anciens, n'aurait pas conserve dans toutes ses parties cette pureté de style (lui distingue le Pentateuque, et dont le livre d'Ezra est si eloi^Mie; nous ne manquerions pas d'y rencontrer quelques-uns de ces mots modernes , qui sont familiers a hzra et à son cpoijue. D'ailleurs les Samaritains, dont le Pentateu(iue, à l'exception de quelques variantes de peu d'importance, est entièrement conforme à celui des Juifs, n'auraient pas accepte une compilation récente de la main de ceux dont ils étaient les ennemis implacables «. — D'autres ont supposé que le prêtre liillua ou Helcias, qui, sous le roi .fosias, découvrit dans le temple le livre de la loi (II Rois, ch. 22; II Chron. cli 34) était Ini-même l'auteur de ce livre.

Il se serait concerté à cet égard avec le prophète Jérémie, la propliétesse Hulda et quelques autres personnages dans le but de consolider la théocratie et de donner l'impulsion au roi Josias, élève des prêtres et ^restaurateur du culte de Jehova. A l'aide de quelques documents écrits et des traditions anciennes, il aurait compilé le Pentateuque qu'il prétendit avoir retrouvé et qu'il voulait faire

I L'arsuraent tiré du Pentateuque samaritain a été appli(iué par Jalin, Eiclihorn et autres, aux temps antérieurs à l'exil, et on a soutenu que la composition du Pentat. a du tout au moins précéder le sctiisme , car les dix tribus adonnées, depuis Jéroboam, à un culte idolâtre, n'auraient pas reçu le Peut, de la main des prêtres de Juda, pour le laisser ensuite en héritage aux Samaritains. Mais ceux-ci n'auraient-ils pas pu recevoir le Pentateuque sous le rèsne de Josias, dont les réformes religieuses s'étendirent jusqu'aux villes du pays de Samarie? voy. H. Rois, 23, 19; II Chron. 34,6

passer pour l'ouvrage de Moïse '.Mais comment \uw pareille jon'.ilerie aurait-elle pu passer sans opposition?

Ksl-il admissible (|ue les anceins et tout le peuple se fussent soumis à l'autorité du livre produit par liillua, si l'existence antérieure d'un code attribué à Moïse n'avait pas été généralement connue. Quant au livre retrouvé par liillua et qui fit tant de sensation , quelques critiques ont pensé que c'était l'autographe de iMoïse, comme le fait entendre le deuxième livre des Chroniques (34, 14), ou quelque autre exemplaire précieux qui était déposé dans le temple et qui avait été caché sous les règnes impies de IManassé et d'Amon, durant lesquels les exemplaires en général étaient probablement deyenijs fort rares. Selon Hartmann lui-même (I. c. p. 572) , on reconnaît clairement dans toute la conduite du roi .Tosias qu'il n'avait jamais douté de l'existence d'un code de Moïse et que son extrême émotion , en entendant faire la lecture de plusieurs passages, provenait de ce que leur contenu lin était resté inconnu jusqu'alors. — D'ailleurs si le Pentateuque datait du règne de .losias ou de quelque autre époque depuis David , on n'aurait pas manqué d'y introduire quelques détails sur les ancêtres de la famille royale, à qui on aurait donné une autre origine que celle dérivée d'un inceste (Gen. cil. 38). La royauté aurait été traitée plus favorablement que ne le faitle Deutéronome (ch. 17, v. 15-20); on n'aurait pas reconnu tant de privilèges à la racede Joseph (Gen, 49, 26; Deut. 33, 16); on n'aurait pas non plus défendu de faire la guerre aux Moabites, aux Ammonites et aux Édomites que David combattit avec succès. Moïse et son successeur Josué avaient seuls intérêt à reconimander des ménagements à l'égard de ces peuples.

I Cette hypothèse a été développée par et Wetle et , indépendamment de lui, par Volney, qui ne connaissait pas les travaux Uis^ Allem.^nds. Voy. tiechercher nouvelles sur l'histoire aneienne, ch. 7 et 8.

'" On voit partoutceque nous avons dit jusqu'ici, qu'on peut ailésuer des preuves égaitinent fortes pour et contre l'authenticité du Pentateuque, d'où il résulte nécessairement que ce recueil de lois et d'histoire se compose de documents , dont les uns remontent à une haute antiquité et dérivent sans doute de Moïse lui-même, et les autres, tout en devant leur origine à des auteurs plus ou moins récents , ont été joints aux écrits mosaïques, par les rédacteurs du recueil , qui avaient pour but de réunir dans un volume tout ce qui existait des écrits de Moïse ou qui se rapportait aux temps mosaïques. Une critique raisonnée de ces différents documents serait ici déplacée. L'ensemble du Pentateuque, dans sa forme actuelle, n"a pu précéder de beaucoup l'exil de Babyloue; car plusieurs passages du Lévitique (ch. 2G} et du Deutéronome (eh. 28) révèlent un auteur qui prévoit la prochaine dissolution du royaume et qui parle le langage des prophètes de cette époque, notamment de Jérémie'. La plus grande partie de l'histoire contemporaine de IMoïse, présentée sous une enveloppe mythique , n'a pu être rédigée que plusieurs générations après les événements. Rien ne s'oppose à ce que la Genèse, sauf quelques passages interpolés, soit considérée connne l'ouvrage de Moïse, et nous y voyons une partie intégrante de la doctrine mosaïque. Nous revendiquons pour Rloïse toute la partie législative du Pentateuque, dont l'existence se révèle à toutes les époques de l'histoire des Hébreux, et qui formait peutêtre le livre de l'alliance dont il est question plusieurs fois dans le Pentateuque. — Mais avant de parler de la législation mosaïque, nous devons faire connaître les arguments des critiques' modernes qui ont contesté l'authenticité de cette législation elle-

' L'auteur des Chroniques (II, 36, v. 21) attribue même à ce prophète des paroles qui ne se trouvent pas dans le hvre de Jéréraie, mais qui sont prises du Lévitiime ( ch. 2G , v.

34 et 35).

même, et qui n'ont voulu reconnaître à Moïse que le Décalogue , ou.

comme dit de Wette, ses linéaments.

Le grand et vénérable législateur disparaîtrait, selon eux. dans un nuage mythique et il ne resterait de lui qu'un nom, autour duquel on aurait groupé dans la suite des temps toutes les lois que le développement de l'état des Hébreux fit naître successivement à différentes époques. Voici les principaux arguments sur lesquels s'appuie cette opinion que de Wette a poussée jusqu'à sa dernière extrémité ' :

1° Du temps de Moïse on n'avait pas encore fait assez de progrès dans l'art d'écrire pour que nous puissions supposer que le chef des Hébreux ait manié cet art avec facilité. Quaud même Moïse aurait appris a écrire en Egypte, l'écriture égyptienne ne pouvait lui servir pour rédiger en hébreu, et à cette époque les Hébreux, nomades et ignorants, n'avaient pas encore d'écriture. Outre cela, il aurait été difficile, ou même impossible, de tracer un aussi grand nombre de lois sur la pierre , car on ne connaissait pas encore d'autres matériaux.

2° Il n'est pas croyable (quand on supposerait à Moïse la plus grande facilité d'écrire) que le chef d'un peuple nomade et sans discipline ait pu , au milieu de préoccupations aussi graves et en errant dans le désert , rédiger un code renfermant des lois assez compliquées et qui supposent une civilisation avancée. D'un côté, le temps lui aurait manqué ; d'un autre côté, il se serait adressé à des hommes incapables de le comprendre et de suivre ses lois. Une grande partie de ces lois paraît devoir son origine à une longue ex[iérience et à des circonstances locales de la Palestine, comme, par exemple, les lois sur la vente et le rachat des maisons (Lév. ch. 2.5), sur la rovauté (Deut. ch. 17, v. 14 — 20 ) , etc. Comment supposer que Moïse se soit abandonné a des spe-

I Vov. de Wette, Krilik der israelUisciie^ Gesckichte, p. 251 et suiv.

L'UNIVERS

filiations abstraites, sans anoune application p()ssil)l(' , piiistjii'il n'avait pas nirine la tacullc de faire exécuter la loi de la eirooncision ' , établie depuis Abraham?

3° Le législateur est quelquefois en contradiction, avec lui-nu'nie. Ainsi par exen)|)le, selon l'Kxode {'21, 'S) et le l)eutcrononie(lii, I2)resclave hébreu est rendu à la liberté dans la septième année de son service, selon le Lévitique (25, 40) il l'est au jubilé.

4° Dans toute l'histoire des Hébreux jusque vers l'exil de Babylone, nous rie trouvons pas la moindre trace de l'observance des lois concernant l'année sabbatique et le jubilé ; bien au contraire, on agit quelquefois comme si ces lois n'existaient pas ^

C'est là ce qu'on a su dire de plus fort pour mettre en doute l'authenticité des lois attribuées à Moïse. Voici ce que nous avons à répondre à ces différentes objections :

1" Sans entrer ici dans un examen approfondi sur l'antiquité de l'art d'écrire, dont nous parlerons encore dans un autre endroit, sans examiner si la priorité doit être attribuée aux Égyptiens, ou bien aux Phéniciens qui auraient appris cet art des Babyloniens, nous constaterons pour le moment les aveux de Hartmann qui refuse de croire que IMoïse ait pu écrire les lois qu'on lui attribue, mais qui se voit forcé de reconnaître que, chez les Égyptiens , comme chez les Phéniciens , l'art d'écrire remontait bien au delà des temps de Moïse ^. Moïse, dit-il encore ( p. 588 ) , a pu facilement se familiariser avec l'écriture égyptienne, mais elle lui était inutile pour l'hébreu qui appartient à une autre

' Voy. Jos. ch. 5, V. 5 et 7.

' Voy. Michaeiis, Mosaisches Recht, T.

Il, § 76.

' Historisch-hritische Forschungcn , etc. p. 586, 601 et 615. Bohlen est plus Iconséquent, et, dans sa manie de critique, il efface d'un trait de plume toutes les traditions sacrées et profanes, et avance liardiment que l'écriture sémitique ( de laquelle dérive l'écriture grecque) ne remonte pas au delà du dixième siècle avant J. C. Voy. Die Genesis, p XL.

famille de langues. Nous sommes parfaitement d'accord avec Hartmann sur la différence totale qui existe entre le copte (ou l'égyptien) et l'hébreu; mais les Grecs n'ont-ils pas adopté l'alphabet phénicien? les Persans , les Turcs et les Indiens musulmans n'ont-ils pas adopté l'alphabet arabe? D'un autre côté, si nous admettons (ce qui est plus probable) que les Hébreux ont adopté l'alphabet des Phéniciens, ou que les uns et les autres l'ont reçu de l'autre côté de l'Euphrate, rien ne s'oppose à ce que nous supposions les Hébreux familiarisés avec l'art d'écrire longtemps avant leur sortie d'Egypte, ce qui est accordé par Gésénius, dans son Histoire de la langue hébraïque • , quoique cet auteur ne soit nullement favorable à l'authenticité du Pentateuque. Quant aux matériaux , Eichhorn a démontré avec beaucoup de sagacité que , déjà du temps de Moïse , on a pu se servir, pour écrire , de la toile égyptienne; et dût-on admettre les observations sceptiques de Vater » , il nous resterait toujours les feuilles de palmier et surtout les peaux, dont l'usage, selon Hérodote ( V,58), remonte à une haute antiquité. Hartmann (p. 637) se contente de reproduire l'observation puérile d'un autre auteur qui refuse d'admettre l'usage des peaux pour l'époque mosaïque, parce que le tannage a dû répugner aux Égyptiens qui professaient un si grand respect pour les animaux, et qu'il est contraire aux lois de pureté communes aux Égyptiens et aux Hébreux. Le savant critique a oublié que ces lois de pureté renferment elles-mêmes des dispositions concernant les ustensiles de cuir (Lév. ch. 13, v. 48, etc.), et que les prêtres employaient à leur usage la peau des holocaustes (ib. ch. 7 , v. 8). En somme, les critiques les plus forts ont dû se borner à justifier leur scepticisme à l'égard de la loi mosaïque, mais ils n'ont pu produire aucune preuve directe contre la tradition qui

' Geschichte der hehrœischen Sprache und Schrifl, p. i42.

* Commentar., p. 527-531.

frltribue la rédaction des lois à Moïse lui-même et leurs différentes hypothèses se contredisent les unes les autres. De Wette lui-même, qui , dans ses ouvrages critiques, soutient ([ue les premières traces d'une loi écrite se trouvent sous le règne de Josias , et qu'aucune des parties de cette loi ne remonte au delà de l'époque de David, avoue naïvement dans son Archéologie (§ 277), que la rédaction de plusieurs documents considérables , attribuée par le Pentateuque à Moïse lui-même, na Tien d'invraisemblable '.

2° INloïse, en rédigeant ses lois, avait en vue les générations futures qui devaient vivre en Palestine dans un Etat policé et régulièrement constitué, et il déposa entre les mains de Josué, des anciens et des prêtres, la constitution qu'il avait longtemps méditée. Par sa profonde intelligence et par l'instruction qu'il avait reçue en Egypte, il a pu prévoir un état de choses qui n'existait pas encore pour son peuple, et régler même les cas éventuels. Pour la génération nomade du désert il se borna probablement au Décalogue et à quelques autres lois fondamentales; les élus à qui il communiqua l'ensemble de ses lois étaient capables de le comprendre. Dans les quarante ans qu'on passa dans le désert, Moïse a pu trouver largement le temps de méditer toutes les parties de sa législation et de les mettre par écrit , même en étant forcé de se servir de matériaux incommodes. Nous avons déjà fait voir que l'opinion qui ne fait durer que deux ans le séjour des Hébreux dans le désert n'a aucune base solide et est contraire à une saine critique historique.

3° Parmi le petit nombre de contradictions apparentes que de Wette a signalées dans la partie législative du Pentateuque, nous avons cité la plus forte. Mais il est évident que si, dans le Lévitique , le législateur fait durer la servitude de l'esclave hébreu

' Lt^hrbiich der hehrœisch-jûdischen Arch»oiogie, deuxième édition , Leipzig, 1830, p. 288.

jusqu'à l'année jubilaire, il veut indiquer la dernière limite possible de cette servitude, et il parie de l'esclave qui s'est soumis volontairement à prolonger son service au delà des six années légales, en se faisant percer le bout de l'oreille ( Exode , 2 1 , (i ; Deut. 15, 17). Il est naturel que dans le chapitre du Lévitique , où Moïse règle les droits de propriété de manière à maintenir toujours l'équilibre entre les tribus et entre les familles d'une même tribu , il n'oublie pas le plus incontestable des droits, celui de l'indépendance de la personne, et, après avoir concédé à l'individu la faculté de disposer de sa personne pour un long espace de temps {in sxculum, Exod. 21, 6) ', il dit que cet espace ne pourra dépasser l'époque du jubilé , où l'équilibre doit être rétabli sous tous les rapports.

4° Les lois concernant l'année sabbatique et le jubilé ressortent tellement de l'esprit général de la constitution mosaïque, basée sur l'agriculture et l'égalité, que nous ne pouvons les attribuer qu'au législateur primitif.

Personne n'en a pu concevoir l'idée aux époques postérieures quand l'industrie, le commerce et le luxe s'étaient introduits parmi les Hébreux, et, si ces lois ne furent pas observées , c'est qu'elles étaient devenues impraticables, dès qu'on s'était écarte de l'esprit primitif de la constitution.

D'ailleurs la non-observance de quelques lois ne prouve pas que ces lois n'aient pas existé; on sait que presque tous les rois d'Israël, et, en partie, les rois de Juda . étaient opposés à la constitution théocratique de Moïse , et quelquefois les prêtres eux-mêmes se faisaient les instruments de leur impiété (voy. II Rois, ch. 16, v. 10-1 6 >

Nous avouons du reste que la rédaction des lois a pu, avec le temps, subir quelques modifications; nous en trouvons un exemple frappant dans

' Le mot hébreu Olàm (sxcuhim) désigne souvent un longespace de temps indéterminé. Voy. Isaie, cii. 32, v. 14 et irj, ou les mots ^^yj 7y (in (elerntiin) sont ensuite restreints par un fj; (doiiec).

L'UNIVERS

la loi fondamentale, dont il serait absurde de contester rauliienticité :

l'Exode et le Detitérononie nous offrent deux rédactions du l)ée,alo;;ue, qui présentent des variantcîs notables.

Quant à laGenèse, que nous attribuons à Moïse, sauf un petit nombre d'interpolations ( notamment le passajie sur les rois d'Kdom, le nom de la ville de Ddn, et peut-être aussi celui de Ilébrôii ) , il est évident qu'elle a été puisée , en grande partie , dans des documents plus anciens, émanés de différents auteurs, comme le prouvent les contradictions que nous avons déjà signalées, ainsi que les inscriptions que portent plusieurs chapitres ■ , et les variations dans les noms de Dieu.

Un passage de l'Exode (6,3), dont il paraît résulter que les patriarches ne connaissaient Dieu que sous le nom de Tout-puissant, et que le nom de Jéhova ( Éternel ) ne date que depuis Moïse, ne doit pas être pris à la lettre ; l'auteur veut dire seulement que les patriarches reconnaissaient la toutepuissance de Dieu , mais qu'ils ne saisissaient pas encore, dans toute son étendue, le sens du nom de Jéhova, qui, selon la Genèse (4, 26), remonterait même avant le déluge ^

Il est impossible de iixer avec précision l'âge des différents documents dont se compose la Genèse ; il en est de même des documents postérieurs à Moïse que renferment les autres livres du Pentateuque. Le recueil a dû être achevé et exister dans sa forme actuelle à l'époque de Josias, et c'est à cette même époque qu'il a pu être reçu par les Samaritains.

Le Pentateuque peut donc être appelé avec raison un livre mosaïque, bien qu'il ne soit pas en entier émané de Moïse. S'il manque d'unité dans le

I Voy., par exemple, ch. 2, v. 4; ch. 5, V. l; ch. 6, V. 9; ch. lo, v. I ; ch. Il, v. 10.

* "Voici comment Rosenmiiller, dans ses Scholia, explique le passage de l'Exode : Majoribus tuisomnipolenlein me esse declaravi, sed conslantem, et prmiiissa, quœ Mis dcdi de terrd Catianœd ab eorum posleris occtipandd, opère complcntcin itii me non suiil fxperti. Cette explication est conforme à celle des rahhins.

plan et dans la méthode, il y a unité dans l'idée. Les auteurs du recueil avaient pour but de consolider la croyance en un Dieu créateur et de déraemer toute espèce d'idolâtrie, de mettre sous les yeux du peuple hébreu les documents historiques et les traditions qui témoignaient de son élection et des faveurs particulières dont la Providence l'avait comblé dès son origine; enfin de glorifier son libérateur et son législateur, et d'exposer sa doctrine et ses lois, inspirées par la Divinité elle-même et supérieures a toute sagesse humaine : « Vous les « observerez et vous les exécuterez , « car c'est là votre sagesse et votre « intelligence aux yeux des peuples, « qui, entendant toutes ces lois, di- « ront : Cette grande nation seule- « ment est un peuple sage et intelli- « gent. » (Deut. 4, 6). Nous allons maintenant faire connaître l'ensemble de ces lois.

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