‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 29 sur 106 · I. Le Sanctuaire · texte numérisé non relu

I. Le Sanctuaire

Nous avons déjà parlé du temple portatif que Moïse fit établir dans le désert pour servir de sanctuaire central et unique, et pour accompagner les Hébreux dans leurs différents campements, jusqu'à ce que, maîtres du pays de Canaan , ils pussent fonder dans l'une de ses villes un temple plus solide, d'après le même modèle, et dans les mêmes proportions. Le sanctuaire unique était le symbole du Dieu imique fixant sa résidence au milieu des Hébreux : Qu'Us me fassent un sanctuaire , pour que je réside au milieu d'eux ( Exode , 25, 8 ). En outre, le temple central avait le triple avantage de servir de lien politique et religieux aux différentes tribus, d'empêcher l'idolâtrie et de restreindre le culte matériel des sacrifices, qui étaient sévèrement interdits hors du sanctuaire central.

Nous donnons ici la description du temple portatif d'après l'Exode ( ch.

25 et suiv.; ch. 36 et suiv.), bien qu'il soit douteux si les travaux ont pu être réellement exécutés dans le désert conformément à cette descrip tion idéale'.Letemple était semblable aux tentes de luxe des chefs nomades;

^ Voy. ci-dessus , page 127. n

mais la tt^nture était soutenue par un échafaudage de plauches qui lui donnait plus de consistance. Le tout tonnait un carré obiong dont les côtés plus longs allaient du levant au cou- (•liant, et il se composait du sanctuaire proprement dit, appelé Misght:vN (demeure), et d'un vaste /wrris , qui l'entourait de tous les côtés.

Le Mlschcnn, que nous appelons l'abernacle, se divisait en deux parties : le devant appelé le lieu saint ou le sanctuaire et le derrière {adi/- /«/;0 appelé le Saint des Saints (Ex.

I^'échafaudage du Tabernacle était formé de quarante-huit planches épaisses de bois de Sitlim » , dont chacune avait la largeur d'une coudée et demie ^, et la longueur de dix coudées.. Elles étaient placées debout, de sorte que la hauteur de l'édidce était de dix coudées. Vingt de ces planches étaient placées au nord et vingt au midi, ce (|ui donne trente coudées pour toute la longueur du Tabernacle. La distance entre les deux parois, ou la largeur du Tabernacle, était, selon Philon, Josèphe et les rabbins, de dix coudées. Selon le texte (Exode, ch.

•J6, V, 22-25), la paroi du fond ou de l'occident était formée de six planches faisant neuf coudées, plus une planche de chaque côté pour les encoignures. Il paraît donc que ces deux planches étaient placées de manière a fournir chactme une demi-coudee pour la paroi du fond : le reste servait à couvrir l'épaisseur des planches des deux autres parois 4. Ces trois parois

' Cette partie remplaçait la tente de rendez-vous et foi-mait I'ohÉl-moed proprement (lit. Voy. ci-(lessiis, page 127.

^ Voy. ci-dessus, page 26.

3 La "coudée héliraique était très-probablement de six palmes comme celle ties Égyptiens. Voy. Hérodote, II, 149. La coudée royale égyptienne est évaluée à mètre 0,525.

4 Les cbramentateurs ont conclu de là que cette épaisseur était d'une coudée, de sorte que nous aurions de vraies poutres au lieu de plancbes, ce nui n'est nullement admissible. il est plus probable que les deux plancbes des encoignures sortaient au delà des parois de longueur, ou qu'elles n'avaient pas la largeur des autres plancbes. Eu eft'et, le texte (y. 23) parait les distinguer.

formaient, pour ainsi dire, le squelette du Tabernacle. Lecôté oriental, par où l'on entrait, n'avait pas decloison. Toutes les planches étaient dorées et elles avaient chacune deux tenons; on les plantait dans des soubassements d'argent, probablement pointus, pour les iixerdans la terre. Les planches se joignaient les unes aux autres au moyen de traverses de bois de Sitlim , également dorées, et qui étaient renfermées dans des anneaux d'or lixés aux planches.

Une tenture très-précieuse recouvrait l'i/t^eV/ewr' de cette boiserie dorée et formait en même temps le plafond du Tabernacle; c'était un tissu de lin retors avec des trames, couleur de jacinthe, pourpre et cramoisi, formant des figures de chérubins et (selon Josèphe) de toute espèce de fleurs.

Toute la tenture se composait de dix tapis ayant chacun vingt-huit coudées de long sur quatre coudées de large; les tapis étaient cousus ensemble cinq à cinq, et les deux moitiés se joignaient l'une à l'autre par cinquante nœuds couleur jacinthe et cinquante agrafes d'or. L'ensemble formait ainsi une draperie de quarante coudées de long sur vingt-huit de large. La longueur était exactement la mesure du plafond et de tout l'édillce (30 coud.), plus la hauteur de la paroi occidentale ( 10 coudées ) * ; la largeur devait correspondre à la hauteur des deux parois latérales, plus la largeur du plafond, ensemble trente coudées; or, comme la largeur de la tenture n'était que de vingt- huit coudées, il s'ensuit qu'au bas de chacune des

' Et non Vextérieur, comme le croient la plupart des cotnmeiitateurs ; car dans ce cas elle n'aurait été \isible qu'au plalTind. D'ailleurs , le texte donne a cette première couverture, par excellence, le nom de Mixchcàn, ce qui prouve qu'elle formiiit l'intérieur du Tabernacle. Voy. B;ebr, Symbolik, t. I, p. 63,04.

2 On ne comprend pas l'emploi des dernières dix coudées aux deux angles; le texte n'en dit rien. Mais on voit que la jointure de.s dtnix moitiés de la draperie se trouvait a une distance de vingt coudé<'s de l'entrée, et marquait ainsi l'endroit ou devait commencer le Saint des Saints (voy. Exode, 26, d.i).

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LUNIVERS.

deux parois une coudée de la boiserie dorée restait deeouverte.

Une seeonde tenture do poils de chèvre recouvrait l'extérieur du plafond et de la boiserie. Kilo se composait de onze tapis lon^s de trente coudées et larges de quatre coudées.

Après avoircousu ensemble cinq d'une part et six de l'autre, on joignait les deux portions par cinquante nœuds et cinquante agrafes d'airain. Toute la tenture avait donc quarante-quatre coudées de long et trente coudées de large; sa jointures'appliquaitsur celle de la première tenture ; la portion plus grande (celle de six tapis) était vers l'orient, et le sixième tapis, qui dépassait nécessairement la longueur du Tabernacle, retombait surledevant(Exod. , 26,9).

Par- dessus se trouvaient encore deux couvertures, dont l'inférieure était de peaux de béliers teintes en rouge, et la supérieure de peaux d'un animal inconnu". Elles étaient attachées avec des piquets de cuivre fixés dans le sol.

L'entrée, vers l'orient, était fermée par un rideau de lin retors, orné de broderies en couleur de jacinthe, pourpre et cramoisi, et tendu sur cinq colonnes de bois de Siffini doré, ayant des crochets d'or et des soubassements d'airain. Un autre rideau , dont le travail était pareil à celui de la première tenture, se trouvait dans l'intérieur, à vingt coudées de l'entrée, pour établir une séparation. La partie du Tabernacle qui se trouvait derrière le rideau formait le Saint des Saints , dont l'espace était un cube ayant dix coudées dans chaque dimension. Ce rideau de séparation, appelé Pâro- CHETH, était tendu sur quatre colonnes dorées ayant des soubassements d'argent.

Le Parvis qui entourait le Tabernacle, en était beaucoup plus rapproché

' Le texte porte des peaux de Th4HASCU; toutes les anciennes versions prennent Thalinsch pour une couleur (Vulgate -.pelles ianthinœ); mais ce mot désigne, sans aucun doute, un animal. Selon le Tlialmud. c'est une espèce dn/ouine.

à l'occident qu'il ne l'était à l'orient; car ici il formait une vaste cour où s'assemblaient les fidèles. Cette enceinte , qui avait cent coudées de long et cin(pjante coudées de large, était fermée par une série de rideaux de lin tendus entre des colonnes d'airain da la hauteur de cinq coudées; les colonnes étaient placées à cinq coudées de distance les unes des autres, et liées en haut par des bâtons d'argent ; des crochets d'argent servaient à fixer la tenture. A l'orient, où était l'entrée , la tenture était interrompue au milieu pour faire place à uu rideau de vingt coudées de largeur. Ce rideau, tendu sur les quatre colonnes du milieu, était pareil à celui de l'entréedu Tabernacle. Voici maintenant les objets sacrés qui se trouvaient dans les trois parties du sanctuaire : dans \e Parvis se trouvait l'awM destiné aux sacrifices; il était construit en bois de Sittim et couvert d'airain, et il avait cinq coudées en long et en large et une hauteur de trois coudées '. JJn feu sacré était perpétuellement entretenu sur cet autel, qui était placé en face de l'entrée du sanctuaire. Plus près de cette entrée , mais (selon la tradition) un peu vers le midi, était placé un bassin d'airain, sur un piédestal du même métal ; les prêtres y puisaient de l'eau pour se laver les mains et les pieds avant d'entrer dans le sanctuaire ou de s'approcher de l'auteP. On avait employé, pour faire ce bassin, des miroirs métalliques offerts par les femmes pieuses qui venaient habituellement à la porte du sanctuaire pour y faire des actes de dévotion^.— Dans le sanctuaire se trouvait à droite, ou

' Voy. sur sa construction et sur ses ustensiles, Exode, 27, V. 1-8.

^ Selon les rabbins, on en tirait l'eau au moyen de deux robinets placés aux deux côtés opposés.

3 Voy. Exode, 28,8; I Sam. 2,22. Le tex(<» dit littéralement; de specuHs midierum qua militabanl ; le service de ces femmes consistait, selon les versions clialdaïque et grecque, dans la prière et le jeune. Voy. sur les usage» analogues chez les Égyptiens, VS^ilkinson, Manners and cust.oms oj ihe ancient Egyptians , 1. 1 , p. 258 et suiv., et sur les miroirr métalliques , ib., t. 111, p. 384.

au nord , la table des pains de propojition, en ho'is Ae Sittim, longue de deux coudées, large d'une coudée et liaute d'une coudée et demie. Elle était dorée et avait un couronnement d'or à l'entour. Différents vases d'or pur servaient à faire le pain de proposition. Les pains, de fleur de farine, sans levain et recouverts d'encens, étaient au nombre de douze, et représentaient probablement les douze tribus des Hébreux. On les renouvelait chaque jour de Sabbat; les pains qu'on enlevait appartenaient aux prêtres, qui devaient les manger dans le lieu saint. A gauche était placé le Chandelier à sept branches;\es branches étaient ornées de calices de fleurs en forme d'amande, de pommeaux et de fleurs , le tout d'or pur, d'une seule pièce et travaillé au marteau ' . Les lampes restaient allumées du soir au lendemain; pour les arranger il y avait des mouchettes et de cendriers d'or pur. Entre la table et le chandelier, devant le rideau du Saint des Saints, se trouvait V autel des parfums, appelé aussi Yautel d'or (Nombres, 4, 11), parce qu'il était entièrement revêtu de lames d'or. Le matin et le soir le grand prêtre y brûlait des parfums d'aromates ». — Le Saint des Saints ne renfermait autre chose que Varche sainte. C'était une caisse de bois de Sitiim, recouverte d'or pur en dedans et en dehors, et ornée d'un couronnement d'or. Quatre anneaux d'or placés aux quatre coins servaient à recevoir des barres de bois couvertes d'or, pour transporter la caisse. Celle-ci avait deux coudées et demie de long , une coudée et demie de large et autant de hauteur. Elle renfermait les deux tables du Décalogue. Le couvercle ^ était d'or massif

I Le dessîQ de la table et du chandelier pris par les Romains dans le temple d'Hérode se trouve sur l'arc de triomphe de Titus. Voy. PI. 23.

» Voy. Exode, ch. 30, v. 1-9.

^ Le mot hébreu Capporeth vient de la racine -^23 couvrir. Les Septante ont traduit i-rt mot par tXaa-nôpiov, en le faisant venir du ^'^tbe Capper (expier;) de là la Vulgate a .; opitialorium , d'où vient le nom de propitiatoire.

étendu au marteau, et se terminait à chacune des deux extrémités par un Chérubin ayant les ailes étt^ndues. Les deux Chérubins avaient les faces tournées l'une vers l'autre et un peu penchées vers le couvercle. Entre ces deux figures se trouvait la résidence symbolique de Jehova, où Moïse allait chercher ses inspirations (Exode , 25, 22). Quant aux Chérubins., nous avons déjà dit que c'étaient des figures symboliques; la représentation d'un être réel , existant dans le ciel ou sur la terre, était sévèrement défendue aux Hébreux. La forme des Chérubins n'est pas indiquée par Moïse, qui en parle comme d'une chose déjà connue; tout ce qui résulte de la description de Moïse , c'est que les Chérubins avaient une face humaine et des ailes , et on pourraitconclure de la Genèse(3, 24)qu'ils avaient des mains. D'autres éléments que nous trouvons dans les Chérubins d'Ézéchiel appartiennent à l'imagination individuelle de ce prophète. Quoi qu'il en soit, les Chérubins étaient un mélange de diverses figures d'animaux, et cela seul suffit pour nous faire reconnaître leur origine égyptienne. M.

Jomard dit, en parlant des Égyptiens :

« Ils n'ont pas moins excellé à com- « biner ensemble les diverses figures « d'animaux, pour en composer des « êtres chimériques, exprimant sans « doute la réunion des propriétés at- « tribuées à chacune de ces figures'. » Les Chérubins paraissent avoir le plus intime rapport avec les sphinx, qui ont généralement la tête d'un homme et le corps d'un lion », représentant le symbole de l'intelligence et de la force. Créature idéale, réunissant ce qu'il y a de plus parfait dans le règne animal, le Chérubin représente la plus belle, la plus parfaite manifestation de Dieu dans la nature, sans être lui-même l'image de la Divinité ^. Ici le caractère symbolique est suffisamment in-

' Voy. Descriptioû de l'Égyple, t. I, p.

'^ Voy. Wilkinson, 1. c, t. III, p. 23. Cet auteur déclare erronée l'opinion qui attribue aux sphinx égyptiens unetétede femme.

Voy. Bijehr, Sijmboli/i, t. I, p. 341

L'UNIVERS

(li(]iié parlMoïsc liii-ni-m", qui placp le lieu ili' l.i révélation spéciale de la Divinité aii-ilcssiis (le l'arc^lie sainte entre les deux Cliéruliins.

J)e même ([ue les Chérubins, les autres objets sacrés , et le 'l'ahernaele en général , avaient sans doute des rapports avec ce qui était en usage chez les Égyptiens'. Nous ne pouvons pas ici entrer dans de plus longs détails; nous rappellerons seulement que, selon Hérodote (H , 4), les l'^yptiens furent les ()remiers à construire des autels et des temples; que chez les Égyptiens, connue chez plusieurs autres peuples de l'antiquité, l'entrée des temples était tournée vers l'orient et qu'on trouvait, dans l'intérieur, des arches ou des caisses sacrées qui renfermaient des symboles et des mystères '. Moïse se conforma aux usages établis , mais il abolit les mystères; son arche sainte ne renfermait autre chose que les lois fondamentales , qui avaient été proclamées en présence de tout le peuple.

Cependant le grandprêtrc seul pouvait pénétrer une fois l'année dans le Saint des Saints , au grand jour des expiations. Le reste du sanctuaire était accessible aux prêtres ordinaires, et le parvis aux lévites et à ceux qui venaient offrir un sacrifice.

Pendant le séjour dans le désert, le Tabernacle était toujours placé au milieu du camp, et les douze tribus étaient campées autour, suivant l'ordre prescrit (Nombres, ch. 2). La tribu de Lévi se trouvait dans le centre, auprès du sanctuaire, et elle était chargée de décomposer, d'emballer et de transporter à chaque départ toutes les pièces du Tabernacle, et de le reconstruire à chaque station (ib. ch. 4).

Suivant les lois de Moïse , ce sanc-

' On peut comparer un bas-relief de Philae dans l'atlas de ta Description de l'Egypte, vol I,pl. II. A., lig. 4.

2 Voy. Spencer, lib. 111, dissert, vi; au sujet de l'arche sainte cet auteur dit, entre autres (ib. dissert. V, cap. 2) : Coiisuctudo hrcc flni/ima in sacris .£//ijpli servahntur ; nam Synesius, de jEgyptiorum hierophaniis loquens, testatur, eos nescio qiuis spho2i»s tnysticas et figuras symboHcas in sacris qii'v busdam cistis ponere et circumferre solttos.

tuaire central devait être le seul lie i consacré au culte (Lév., 17, I—!}) , et plus tard on devait choisir une dts villes du pays de Canaan pour y établir le temple unique de Jeliova (l)eut. 12, 11). Apres la conquête , le Tabernacle fut établi a Siloli (.los. 18, 1), et nous l'y rencontrons encore du temps deSaiil (1 Sam. 14, 3). Plus tard , il fut probablement transporté à Nob (ib.

22, 11) et de lààGabaon(I Chron.

1 G, .39) , où il resta Jusqu'à ce qu'il fut remplacé par Je temple de Salomon.

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