III. LE SACERDOCE
Nous avons dit que le culte établi par Moïse était une concession faite à l'esprit de l'époque. Il en est de même du sacerdoce, accessoire nécessaire au culte des sacrifices qui demandait un personnel nombreux, entièrement voué au service du sanctuaire.
Moïse était bien loin de vouloir introduire parmi les Hébreux des castes semblables à celles des Égyptiens. Les distinctions qu'il établit , en créant l'ordre des Lévites et des Prêtres, étaient de pure forme; elles étaient une conséquence nécessaire de l'amalgame temporaire du culte païen avec la nouvelle religion toute spirituelle. Au fond, tous les Hébreux étaient égaux devant Dieu et devant les lois ; ils formaient tous ensemble tiji régne de prêtres , un peuple sain t (Exode, 19, 6), et s'il est vrai que
' Comparez Diodore de Sicile, I. I, c. 18.
* Voy. les citations faites par Spencer, I. c , à la fin de la première section.
^ TToXXà; ôï àoivo-j; àyvîix;ê/0'jatv x. t. X. Plut. De Is. et Osir. 1. c
L'UNIVERS
les prrlrirs seuls pouvaient s'approrher (If l'intérieur du sanctuaire, le livre cl(î la loi était ouvert a tous, le sanctuaire île la doctrine reli^'ieuse était acccssiltlc au dernier des Hi^breux comme au ijraml prêtre. I.e véritable sacerdoce des Hébreux fut le prophétlsme; Moïse en ()0sa les fondements et se garda bien de confier ce sacerdoce à la caste privilégiée, qui , intéressée à la conservation du culte matériel, devait s'efforcer de faire triompiier ce culte sur les idées spiritualisles , afin de laisser le peuple dans l'ignorance et la superstition.
Un jour Moïse choisit soixante-dix anciens des tribus d'Israël, et les place autour du Tabernacle. La Divinité descend dans un nuage, et aussitôt une partie de l'esprit de Moïse se communique aux anciens et ils prophélisent\ Deux d'entre eux, qui ne se sont pas rendus au Tabernacle, prophétisent au milieu du camp.
Josué, jaloux de la gloire de son maître, lui dénonce ces deux hommes qui s'arrogent le don de prophétie, c'est-à-dire la faculté d'expliquer le sens ésotérique et spirituel de la loi ; mais Moïse lui répond : Puisse tout le peuple de Dieu être prophète ! Puisse Dieu faire descendre son esprit sur eux! Nous reviendrons dans un autre endroit sur la nature et les développements du prophétisme.
Il y a une immense différence entre les prêtres des Hébreux et la caste sacerdotale des Indousetdes Égyptiens, et nous devons encore ici admirer la sagesse du législateur qui sut ainsi, d'un coup, abolir les distinctions de caste, et qui pourtant , pour cédera l'esprit du siècle, en conservait la forme. On sait que les Indous se divisent en quatre castes : les prêtres ou théologiens, les guerriers, les marchands et les serfs ; les premiers sortirent de la tête de Brahnm ., les derniers de ses pieds. Chaque caste a ses attributions particulières; la dernière n'a qu'un seul devoir, celui d'obéir
' Voy. Nombres , ch. n, v. 25; le mot hébreu signilie Utléralemenl : Ils parlaient eit inspirés.
toujours aux autres castes, sans jamais leur manquer de respect '. Toute liaison entre les castes est sévèrement défendue ; les enfants qui naissent des unions mixtes formentdes races maudites, dont les différentes subdivisions sont indiquées, dans les lois des Indous, avec les détails les plus minutieux *.
Chez les Hébreux il n'y a pas de trace de ces distinctions." Le grand prêtre pouvait se marier avec la plus humble vierge d'Israël, pourvu qu'elle eût toujours eu des mœurs irréprochables. L'Hébreu ne respectait dans le prêtre que le serviteur de Dieu; il n'est jamais question d'une obéissance passive, et le sacerdoce ne donnait aucun privilège civil ^.
Il paraît que, chez les Égyptiens, la séparation des castes était beaucoup moins sévère que chez les Indous, et que les prêtres, en Egypte, avaient cédé aux rois les premiers honneurs et le suprême pouvoir, sauf à prendre la meilleure part des impôts -i. Mais toute la puissance intellectuelle se trouvait entre leurs mains ; les arts et les sciences étaient des mystères accessibles aux seuls initiés , et le peuple restait plongé dans la plus profonde ignorance et abandonné à la plus grossière idolâtrie *.
Moïse, bien loin de faire des lévites et des prêtres les seuls dépositaires de la loi, ne voulut pas même leur conlier exclusivement l'enseignement du peuple. Il leur assigna des fonctions toutes matérielles; ils étaient les serviteurs de l'autel , ils donnaient des renseignements sur les rites des sacrilices , sur les lois diététiques , sur ce qui était pur et impur, eufln sur toutes les lois cérémonielles ; ils décidaient aussi des questions de droit
> Voy. Lois de Mnnou , 1 , 88-91.
2 Voy. ibid., 1. XI.
' Voy. Réjlexions , p. 42.
< Diodore, I. I, ch. 7:j.
5 Quis nescit, Folusi Bithynice, qualia démens ySgi/ptiis portenta colatl Crocodilon
adorât Pars hœc : illa pavet saturam sitrpen-^ libusibin.