JUVÉNAL, SAT- XV
civil (Deut. 17, 8), mais les fonctions déjuges ne leur étaient pas exclusivement réservées. L'enseignement spirituel était confié à tous ceux qui ••oulaient s'en ciiarger et qui en étaient capables, et nous voyons dans Tliistoire des Hébreux de simples bergers prêcher au nom de Jéliovah. Ce qui prouve que l'enseignement spirituel et les fonctions judiciaires, besoins de tous les jours et de toutes les localités , ne devaient pas se trouver exclusivement entre les mains des lévites et des prêtres, c'est que Moïse assigna à ceux-ci un certain nombre de villes où ils devaient demeurer ensemble. Ces observations suffiront pour répondre à ceux qui n'ont vu dans le sacerdoce des Hébreux qu'une simple imitation de celui des Égyptiens. Mais nous ne nions pas que dans les former extérieures les deux instituts n'offrent de nombreuses analogies, et c'est une preuve de plus que l'établissement du sacerdoce chez les Hébreux remonte jusqu'à Moïse, qui seul a pu y mêler tant d'éléments égyptiens '.
La tribu de Lévi qui , dans l'affaire du veau d'or, avait manifesté son zèle pour le culte de Jéhovah , et à laquelle appartenait Moïse lui-même, futchoisie pour le service du sanctuaire. Eilerem-
Flaçaitles premiers-nés, qui, comme on a vu plus haut, avaient été consacrés à Jéliovah, depuis la sortie d'Egypte ^ , et qui, selon la tradition, avaient exercé d'abord les fonctions de prê-
' Plusieurs critiques renommés en Allemagne, tels que De Wetle, Hartmaim , Bohlen, George et autres, ont fait descendre l'établissement d'un sacerdoce régulier jusqu'aux temps de Saloraon ou même de JosJas ; mais leurs arguments respectifs se détruisent mutuellement, et leurs assertions contradictoires nous permettent d'assister avec indifférence à ces tournois littéraires, où chacun tient à faire preuve de sagacité critique, en inventant une nouvelle hypotlièse. Nous ne pouvons accorder ici qu'une simple mention a ces tentatives d'une critique qui tend à renverser toute l'histoire des Hébreux et à en faire un chaos inextricable. Ceux qui désirent connaître sommairement cette criti(|ue avec ses faiblesses et ses contradictions peuvent consulter quelques excellentes observations de Baihr, Symbolik, t. II, p. 7-
* Voy. Nombres , ch. 3 , v. 12 et 13.
très '. Moïse ayant fait le dénombrement de tous les lévites et de tous les premiers-nés âgés d'un mois et au-dessus, trouva que les premiers se montaient à 22,000 et les derniers à 22,273; les premiers-nés furejit libérés du service par la substitution des lévites, et le surplus de 273 premiersnés fut racheté à cinq sékels par tête. Les enfants de Lévi furent divisés en deux (ilasses; dans l'une étaient les simples Lévites , dans l'autre les Cohanîm » ou Prêtres. Lévi avait eu trois fils : Gerson, Kehatli et Merari ; le premier et le dernier avaient eu chacun deux fils , Kehath en avait eu quatre, dont l'aîné, nommé Amrâm, était le père d'Ahron et de Moïse ^.
Les descendants d'Ahron devaient seuls former la classe des prêtres; l'autre classe se composait de tout le reste des lévites , 'y compris les descendants de Moïse; ils étaient divisés en familles, dont chacune avait un chef portant le titre de /Vài'/ (Nombres, ch. 3). Nous allons donner quelques détails sur chacune des deux classes.
A. Les Lévites.
Les simples lévites étaient les serviteurs et gardiens du sanctu;)ire, dont l'intérieur n'était accessible qu'aux seuls prêtres. Ils étaient subordonnés aux prêtres et les aidaient probablement à tour de rôle , dans les fonctions qui ne s'exerçaient pas à l'autel et par le moyen des vases sacrés (Nombres , 18,3). Dans le désert ils étaient chargés du transport du Tabernacle et de ses ustensiles. Plus tard ils gardaient le Temple; ils étaient chargés de l'ouvrir et de le fermer, d'avoir soin de sa propreté et de celle des vases sacrés; ils préparaient les pains de proposition et les autres pâtisseries nécessaires pour les sacrifices ; ils administraient les revenus du Temple, et ses provisions, telles que la farine,
' Voy. les commentaires rabbiniques sur l'Kxode , 19 , 22 , et la version chaldaïque de Jonathan , ib. 2i , 5.
* Voy. sur ce mot, ci-dessus, page 03, 2' colonne, note 2.
» Voy. Exode, ch. 6 , V. 16—36.
L'UNrVERS.
le vin, lliuile, rpncons, etc. '.Sons David nous les verrons aussi cliar^és de la rnusi(|ut' (lu Icnipic, l't, vn ^éniral , plus rcf^ulicrcMncnt or^^anisés.
L'inslalhilion des lévitos et leur sacre se lit une fois pour toutes, du temps de ^loïse, avec une jurande solennité. Les cérémonies se composèrent de lustrations et de sacrifices, et \es Hébreux (c'est-à-dire les chefs des tribus) posèrent leurs mains sur les lévites pour les consacrer à Dieu '.
Dorénavant tout lévite entrait au service actif a r.'if^e de trente ans et le quittait à VCv^a de cinquante 3. La loi ne leur prescrit |)as de costume particulier, comme elle le fait pour les prêtres à.
La tribu de Lévi ne devait pas participer au partage de la terre de Canaan, mais elle avait le droit d'occuper quarante-huit villes choisies au milieu des différentes tribus ^; chacune de ces villes avait une banlieue de deux mille coudées à l'entour. Les revenus dessimples lévitesconsistaient dans les dîmes que les propriétaires offraient à Dieu, chaque année, des produits de l'agriculture, des arbres fruitiers et de la vigne, ainsi que des bestiaux élevés en troupeaux , tels que les bœufs, les brebis, et les chèvres. On
' La loi de Moïse ne parle que de la garde et du service du temple en général ; c'est le I" livre des Chroniques (ch. 9) qui nous en fait connaître les détails.
* Voy. Nombres, ch. 8, v. 6—15.
3 Voy. Nombres, ch. 4, v. 3, 23, 30, 47. Selon un autre passage ( ib. ch. 8 , v. 23 ), le service devait commencer a Page de 25 ans ; pour lever la contradiction , le Thalmud et la plupart des commentateurs juifs supposent que, depuis Tàge de 25 Jusqu'à celui de 30 ans, les jeunes lévites faisaient leur apprentissage. D'autres pensent qu'au ch. 4 il est question des lourds travaux de transport auxquels les lévites n'étaient soumis qu'à l'âge de trente ans, tandis que les autres services commençaient dès l'âge de 25 ans. Voy. Menasseh Ben-lsraêl, Concilinlor (Ninner:
qmest. IV), p. 203, 204. — Plus tard les léviles étaient admis dès l'âge de 20 ans. Voy. Ezra, 3, 8; 2 Chron. 3! , 17.
* Ce ne fut que bien lard, sous le roi Agrippa II, que les lévites musiciens obtinrent de porter le costume des prêtres. Josèphe , Antiqu. XX, 8, C
' Trente-cinq furent occupées par les simples lévites et treize par les prêtres (Josué, ch. 21). t' i ^ .
pouvait racheter la dîme des végétaux en y ajoutant le cinquième de la valeur. La dîme des bestiaux devait ^tre livrée en nature ; on comptait les picces, et la dixième, boiuie ou mauvaise, formait l'impôt sacré. Si le propriétaire substituait une mauvaise pièce à une bonne , on lui prenait l'une et l'autre '. Les lévites payaient à leur tour un dixième de leur dîme pour l'entretien des prêtres. Outre la première dîme, les propriétaires en prélevaient une seconde, dans laquelle le lévite avait aussi sa part.
Celte seconde dime était employée, par les propriétaires, en sacrifices pacifiques et en repas solennels auprès du sanctuaire central , aux époques de pèlerinage. Les lévites devaient être invités à ces repas. Tous les trois ans la seconde dîme devait être entièrement distribuée, dans chaque localité, aux pauvres tant hébreux qu'étrangers , et encore ici les lévites ne devaient pas être oubliés '.
Ils avaient aussi une part du butin (Nombres, 31 , 47), quoique, selon Josèphe^, ils fussent exemptés du service de guerre.
B. Les Prêtres.
Les lévites de la famille d'Ahron étaient chargés du sacerdoce proprement dit; seuls ils pouvaient entrer dans l'intérieur du sanctuaire et faire le service des autels. Pour y être admis ils devaient être exempts de défauts corporels, n'être entachés d'aucune impureté et jouir d'une boime réputation; aucun doute ne devait planer
• Voy. Lévilique, ch. 27, V. 30 - 32, et Nombres, ch. 18, v. 21.
* Voy. Deuléronome, ch. 14, v. 22 — 29. Ce passage parait tout d'abord être en contradiction avec ceux cités dans la note précédente; mais, dans le Deuléronome, il s'agit évidemment d'une seconde dime, autre que celle (|ui appartenait entièrement aux lévites, ce qui est conlinné (>ar la tratlition rabbinique el par Josèphe (Aniiqu. IV, 8, -^ 8 et 22 ). Ce que ce dernier appelle la troisirme dime n'est autre chose que la seconde ditne distribuée aux lévites el aux pauvres, au bout de trois ans. Il est déjà que.stion de la seconde et de la troisième dime dans le livre de Tobie, selon le texte grec ( ch. I , V. 7 el 8j
3 Antiqu. m, 12, 4; IV, 4,3.
sur la naissance léi^itime du prêtre et sur la conduite d^^ sa mère. Il ne pouvait épouser une femme de mauvaises mœ'irs ou d'une naissance équivoque, ni même une femme répudiée par divorce, et devait se garder de se souiller par lecontactd'un cadavre, à moins que ce nefdtpour rendre les derniers devoirs à ses plus proches parents, c'est-à-dire à ses père et mère , à ses frères, à ses sœurs non mariées et à ses enfants ; mais alors même il devait éviter, pendant le service, certaines démonstrations de deuil , comme, fiar exemple, de porter les cheveux ongs et en désordre et de déchirer ses vêtements (Lév. 10, 6) •. Dans l'exercice de leurs fonctions, les prêtres devaient s'abstenir du vin et de toute autre boisson spiritueuse ( Lév.
10, 9). La loi ne renferme aucune disposition spéciale concernant l'âge des prêtres; mais il parait résulter d'un passage des Nombres (ch. 4, v. 3, etc.) qu'ils étaient soumis, sous ce rapport, à la règle générale des Kéhathites et des autres lévites. Plus tard cependant nous les voyons entrer au service dès l'âge de vingt ans (2 Chron. 31 , 17).
Les fonctions des prêtres consistaient surtout dans les cérémonies du culte qui se pratiquaient dans l'intérieur du sanctuaire et dans le service des autels. Ils allumaient les parfums sur l'autel d'or, le matin et le soir; ils nettoyaient chaque matin le candélabre d'or et versaient l'huile dans les lampes; ils posaient chaque semaine les pains de proposition sur la table sacrée. Dans le parvis ils entretenaient le feu perpétuel sur l'autel des holocaustes et enlevaient les cendres chaque jour; ils faisaient toutes les céremonifs prescrites pour les différents sacrifices, notamment les aspersions du sang. Ils sonnaient des trompettes à différentes épojues solennelles 'Nombres, 10, 8-10) et prononçaient la bénédiction sur le peuple (ib. 6 , 2a )
* Voy. sur toutes ces lois, concernant la dignité sacerdotale, Lévit. cti. ai , et ch. 32 . V. 1 — 9.
à la fin des sacrifices publics '. Leurs fonctions en dehors du temple étaient l'administration delà police sanitaire, surtout la visite des lépreux, l'estimation des objets consacrés par des vœux, l'enseignement sur les lois cérémomelles, et quelquefois les décisions juridiques dans les cas difficiles.
Toutes ces fonctions s'exerçaient, du temps de Moïse, par Ahron et ses fils; plus tard, quand le personnel devint plus nombreux, les prêtres furent divisés eu vingt-quatre classes, ayant chacune un chef et fonctionnant à tour de rôle (I Chron. ch. 24).
A la tête de tous se trouvait le grand prêtre , qu'on appelait aussi le prêtre oint, parce qu'il avait reçu l'huile sainte sur sa tête ». Cette dignité était héréditaire; d' Ahron elle passa à son fils Éléazar et resta dans la ligne de celui-ci ^. Le grand prêtre ne pouvait se marier qu'avec une vierge intacte, et il devait éviter, encore plus que les prêtres ordinaires, tout contact impur, de sorte qu'il ne pouvait pas même s'approcher des funérailles de son père et de sa mère. Les démonstrations de deuil , dont nous avons parlé plus haut, lui étaient toujours interdites.
Les fonctions du grand prêtre consistaient dans l'administration générale du sanctuaire et du culte. Lui seul pouvait entrer dans le Saint des Saints; il fonctionnait en personne au grand jour des expiations, et, dans les circonstances graves, il consultait l'oracle des Ourini et Thummin dont nous parlerons plus bas; mais il dépendait de lui de prendre part, lors-
' Ce dernier usage existe encore maintenant dans les synagogues; ceux qui ont conservé par tradition , de père en lils , le litre de CoUeriy comme descendants d'Vliron , prononcent en chœur ranlique hénédiction a la lin des offices , aux grands jours de fête. Dans les synagoiiiies d'Orient, les Aliroiiiles pro nonceut la bénédiction tous les jours de sal> bat.
» Voy. Lévit. 4, 3; 21 , 10.
• A l'avéneraent du grand prêtre Ëli, cette dignité passa a la linne d'Ulianiar; mais Salomon la rendit a celle d'Èlcarar. Voy. I Sam, 3 , ^5 et suiv. ; I Roi» , Ss , 35.
L'UNIVERS
qu'il le ju^e-iit convenable, aux fonctions des prêtres ordinaires. Le Thalmud parle aussi d'un vicaire (SAGAN) (|ui aurait assisté le grand prêtre comme coadjuteur et qui le remplaçait, au jour des expiations, dans lé cas d'un accident imprévu, ce qui est très-probahie , quoi(iue la loi de Moïse ne fixe rien à ce sujet ; il est évidemment question irunsecond prêtre ou vicaire lors de la destruction de Jérusalem par les Cbaldéens ■.
La tradition rabbinique parle aussi d'un autre prêtre supérieur, presque égal en dignité au grand prêtre; c'est celui qui, en temps de guerre, faisait la proclamation prescrite dans le Deutéronome (cb. 20, v. 3). Selon les rabbins, c'était un prêtre cboisi ad hoc et oint de l'buile sacrée; ils l'appellent /'o/;t/! rfe /a guerre^. Mais on n'en trouve aucune trace dans le Pentateuque ni dans le reste de l'Écriture sainte.
De même que les simples lévites , les prêtres furent installés , du temps de Moïse , par un sacre solennel.
Des cérémonies symboliques , composées de sacrifices de toute espèce et de lustrations, furent célébrées pendant sept jours, et pendant tout ce temps Abron et ses fils ne purent quitter le sanctuaire ^. Ils furent revêtus du costume sacerdotal et sacrés avec l'buile sainte composée de cinq substances (Exode, 30, 23 etc.) ; quant au grand prêtre Abron, Moïse lui versa aussi de cette buile sur la tête , et cette onction dut être donnée également à ses successeurs , tandis que les autres cérémonies du sacres n'eurent lieu qu'à la première installation, et désormais les prêtres, en entrant au service, n'eurent plus qu'à présenter une offrande * et à prendre
' Voy. II Rois, 25, 18; Jérémie, 52,
> Voy. Mischnah, Sola. ch. 8, § l , et les détails recueillis par Leidecker, De republicâ Hebrœorum , p. 4Q1 et suiv. Cet auteur compare Vohit de la guerre aa Flamen Martius établi par Numa Pompilius.
3 Voy. les détails, Exode, ch. 29, et Léîitique, ch. 8.
* Voy. ci-dessus, page 163.
le costume prescrit , sur lequel nous allons donner quelques détails.
Nous avons déjà ditque l'institution du sacerdoce était une condescendance a l'esprit du siècle et un accessoire nécessaire au culte matériel ; il ne serait donc pas étonnant que les règlements qui concernent les prêtres hébreux, leur sacre, leur discipline, leur costume , offrissent de nombreuses analogies avec ceux des prêtres païens , surtout des Égyptiens. Nous pouvons même supposer l'analogie là où nous manquons de données positives pour la démontrer. Dans le costume, elle est de toute évidence, du moins pour ce qui concerne l'étoffe et la couleur, et il ne peut y avoir de doute que Moïse n'ait suivi , sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, les usages des prêtres égyptiens.
Hérodote (II, 37) nous apprend que les vêtements des prêtres égyptiens étaient de lin; la même chose est affirmée par beaucoup d'autres auteurs anciens, et chez les poètes romains les prêtres d'Egypte sont appelés Hnigeri '. Selon Plutarque, ils choisissaient le lin, parce qu'il croît de la terre immortelle, de la terre sacrée d'Isis , et que sa (leur est bleue comme l'étber ». Mais il est plus probable, comme le fait entendre Hérodote , que le lin était préféré pour des motifs de propreté ^. De même que les prêtres d'Egypte, ceux des Hébreux devaient être vêtus de lin blanc; les uns et les autres ne pouvaient mettre, pendant leur service, des vêtements de laine qui produisent la sueur et la malpropreté 4. Le lin d'Egypte était célèbre pour sa blancheur; on en faisait plusieurs espèces de toile dont le Schesch était la plus estimée. L'étoffe
■ On peut voir les nombreuses citations dans l'ouvrage de Spencer, 1. III , Dissert. I, c. 5, sect. 2.
2 De Is. et Osir. ch. 4.
^ Hérodote parle des vêtements de lin là où il énumère, en général, tout ce que les prêtres égyptiens pratiquaient par motif de pureté
« Ézéchiel, ch. 44, v. 17 et 18; Hérodote, II, st.
dont se servaient les prêtres hébreux ostappeléetantôt/;a(/, tantôt 3Wi^5c/?; les deux espèces sont sans doute la même chose que le lin égyptien, mais le Schesch paraît être un tissu particulier ■.
Probablement l'analogie n'existait pas seulement dans l'étoffe et la couleur, mais aussi dans la forme du costume » ; il est toutefois difflcile de se former une idée exacte du costume des prêtres hébreux, d'après la description qu'en donne le Pentateuque. Il me semble néanmoins que le ; vague même qui règne dans cette description prouve que Moïse parle (le choses connues depuis longtemps, et qu'il lui suflisait d'indiquer rapidement à ses prêtres ce qu'ils avaient déjà vu en Egypte. Nous nous aiderons ici de quelques éclaircissements de Josèphe, qui, prêtre lui-même, peut expliquer ce qui se pratiquait de sou temps, d'après les anciennes traditions 3.
Le costume des simples prêtres se composait de quatre pièces : 1° De$ caleçons (Michnasaïm) qui , selon l'Exode (28, 42), devaient aller des reins jusqu'aux cuisses. Josèphe dit <|u'après y avoir fait entrer les pieds, on les tirait jusqu'aux reins, où on les serrait ; mais il ne dit rien sur leur longueur. 2° Une tunique (Chethoneth) d'une texture particulière ;Ex. 28, 39) et probablement faite à petits carreaux. Selon Josèphe, elle avait des manches ; elle étaittrès-serrée et presque collée sur le corps et allait jusqu'aux pieds. Tout le vêtement, dit-il, était d'une seule pièce; cependant, selon les rabbins, les manches étaient tissées à part et cousues sur la tunique '^. On conçoit difficilement qu'on ait pu mettre un vête-
' Voy. ci-dessus, page 22.
' Voy. Speucer, 1. c. , éd. Gaatabris;. p.
' Voy. Antiqu. 1. ITI, ch. 7. Les d.-tails 1m plus complets sur le costume des prêtres M- trouvent dans le savant ouvrage de Braun , iiilitulé: De vestitusaierdotumHe/jrccorum; altéra editio, Amslelodami, 1698, in-4°.
* Selon l'Évangile de saint Jean (19,23), Jésus portait une tunique non cousue. Vov. sur cette texture, Braun, 1. c, p. 376 et suiV.
ment fait d'une seule pièce et en même temps très-serré; Josèphe dit que la tunique avait en haut une ouverture large, et qu'après l'avoir passée , on fermait l'ouverture sur les deux épaules avec des cordons sortant de l'ourlet des deux côtés de la poitrine et du dos. 3° Une ceinture (Abnet) en ouvrage de broderie de différentes couleurs (Exode, 39, 29), dont la largeur, selon les rabbins, étaitde trois doigts, et selon Josèphe, de quatre; sa longueur, disent les rabbins, était de trente-deux coudées, et elle entourait le corps deux ou trois fois. Les bouts, formant un nœud sur le devant, descendaient jusqu'aux pieds; le prêtre rejetait ces bouts sur l'épaule gauche lors(]u'il faisait des sacritices. 4° Un turban ou plutôt un haut bonnet ( MiGBAAn). La coiffure du grand prêtre est appelée Misxépheth '.
Moïse ne donne nulle part la description de ces deux espèces de coiffure qui probablement étaient connues et qu'il suffisait de nommer. Selon Josèphe, elles étaient aplaties et arrondies en haut et ne couvraient pas toute la tête. Mais Moïse les a expressément distinguées, et, s'il est permis de fonder des conjectures sur l'étymologie des deux mots , il paraîtrait que la Migbaah était une espèce de haut bonnet pointu attaché à la tête (Ex. 29, 9), et la Misnépheth un turban, tel qu'en portaient les rois et les autres grands personnages ».
Quoique les deux coiffures fussent de lin , celle du grand prêtre se distinguait non-seulement par la forme , mais aussi par la plaque d'or dont nous parlerons tout à l'heure.-
A ces vêtements le grand-prêtre ajoutait les pièces suivantes: 1° une tunique supérieure, appelée Meîl, plus large que la Chethoneth , et sans
' Josèphe et les rabbins donnent ce même nom à la coiffure du simple prêtre, ce qui prouve que, dans le second temple, il n'y avait guère de différence de forme entre la Migbaah et la Misnépheth. Selon Josèphe, Ifl turban du graml prêtre était enveloppé d'ua second bandeau de couleur violette.
' Ézéchiel, 21, 31; Isaie, 62, 3. Voy. Réflexions, p. 47, note I.
nianclies-, elle
L'UNIVERS
(^lait de couleur violette. FernKUî de tous les côtes, elle avait (les ouvertures pour passer les bras et la t(?te; en bas elle avait une bordure dans la(|uelle variaient des grenades de diflérentes couleurs et desclociiettesd'orparleson desquelles le ;;rand prêtre s'annonçait lorsqu'il entrait dans le sanctuaire et lorsqu'il en sortait. 2' Un vêtement plus court appelé Éphod. Le tissu était l'aitde lin retors, entremêlé de fils d'or et de fils teints en pourpre, violet et cramoisi.
Il se composait, à ce qu'il paraît, de deux pièces dontl'uneétait suspendue sur la poitrine, l'autre sur le dos; elles étaient jointes sur les épaules par deux agrafes ou épaulettes surmontées chacune d'une pierre précieuse. Sur les deux pierres étaient gravés les nom» des douze tribus, rangés par ordre de naissance, six à droiteet six à gauche. Les bords des deux pièces de l'Éphod se joignaient par des cordons et étaient resserrés par une ceinture du même tissu. C'est Icà ce qui résulte de la description de l'Exode C28, 6—12), comparée à celle de Josephe; ce dernier compare Vt.phodixtépomide des Grecs, et lui donne des manches, ce qui ne concorde pas bien avec VÉpliod mosaïque '. 3'' Le Pectoral oa Rational (IIosgheiv), ornement du même tissu, appliqué sur le devant de V Ephod. Il était double et carré, d'un palme en long et en large, et formait une espèce de bourse attachée à l'Éphod par des anneaux d'or et des cordons violets.
Sur leyec/ora/brillaientdouze pierres précieuses, de différentes espèces, enchâssées dans de l'or; elles étaient rangées trois à trois, et les noms des douze tribus yétaientgravés.U paraît que le sort sacré oul'oracledesOuBiM et TnuMMiM * qu'on consultait dans les circonstances graves, était placé dans le creux dm Pectorai{V.x. 28, 30). RJoïse en parle comme d'une chose connue et il n'en donne aucun détail.
■ Toy. Braun, p. 464etsuiv.
^ Ces mois sigiiitienl lumière et intégrité ; la 11 rmc du pluriel qu'ont les mots hébreux est le pluriel de majatte.
Il appelle le pectoral Hoschen ham- MisciiPAT (ornementde la justice), ce qui a fait penser a un ornement analogue que portiiit le grand juge chez les Égyptiens, et dont parlent Diodore et Élien '; mais il est certain que les Ourim et Thiimmlm rendaient des oracles et n'étaient pas un simple symbole. L'opinion deJosèphe, selon laquelle les douze pierres précieuses du Pectoral auraient formé elles-mêmes les Ourlm et Thummim, est inadmissible; car elle est en contradiction manifeste avec le texte du Pentateuque>; mais il est impossible dédire en quoi consistait cet oracle, et les innombrables dissertations des savants n'ont abouti à aucun résultat positif ^. Nous adoptons, jusqu'à un certain point, l'opinion de Spencer 4, que les Ourim et Thummlm étaient des ligures, analogues aux anciens Theraphim, espèce de pérta/e5, donnant des oracles chez les ancêtres araméens du peuple hébreu ^; mais, sans admettre avec Spencer que ce fiU Dieu ou un ange qui répondait aux questions du grand prêtre , nous croyons que ces figures, symboles de la vérité et de la justice , étaient einployées, d'une certaine manière, comme un sort que l'on considérait comme un jugement de Dieu.
C'est là tout ce qu'il est possible de deviner. 4" Une plaque d'or (Ciç) attachée par des fils violets au turban
' Diodore, 1. I , c. 75; Élien. Far. hist 1. 14, c. 34. Ces deux auteurs rapporlsnt que i le grandiprctre ou grand juge avait autour ; du cou une iinaije de pierres précieuses portant le nom de vérité. Les Septante, qui traduisent les mots Ourim et TkumnUm par i SriXtom; xaî àXri'îcia, révélation et vérité, ont peut-être pensé a l'usage égyptien. ;
» Voy. Exode, 2fi, 30; Lév. 8,8.
• Nous dirons avec Braun (p. 595) s!
Sane quot capita tôt iententiœ ; ut si nostri > inttituti ratio id posiularet, iniegrum oput , super hdc quœttione sold scribere possemus. Depuis Hraun ce sujet & encore été traité par une légion d'écrivains; les principales hypothèses ont été résumées par Vviner, Bibl. Reatwierterbuch, t. II, p. 747—752.
* L. e. L. III, disserl. 7, c. 3, sect. 2. 'Voy. (;enè5e,.3l, 19; Ézéchiel, 21,26..
Dans deux autrej passages (Juges, 17,5; Osée, 3,4 ) , les Theraphim sont mis en rap-
Î)ort avec r£'/j/iOf/, et représentent éviderameni es Ouritn et Tkummim.
du grand prêtre et sur laquelle étaient graves les mots: n"'n'S U7p Saint à Jéhora/i, par lesquels le grand prêtre était présenté comme le médiateursupportant devant Dieu les péchés des Hébreux et obtenant pour eux la faveur divine (P:x. 28, 38). Moïse appelle aussi cet ornement le diadème saint ^Kx. 29, 6); leslils violets entouraient probablement toute la tête et formaient avec la plaque une espèce de diadème. Josèphe parle d'un triple diadème tout en or, dans lequel se trou valent de petits calicesd'or, comme on en voit, dit-il, dans l'herbe appelée hijosciaine oujusquiame; mais cette couronne d'or ne fut probablement adoptée que par les grands prêtres de la famille royale des .Maccabées.
Outre le costume brillant que nous venons de décrire, le grand prêtre avait un costume plus simple de lin blanc dans lequel il fonctionnait an jour dea expiations dans le Saint des Saints (Lév. 16, 4).
Hérodote ( II, 37) donne aux prêtres égyptiens des sandales, faites de l'écorcede papyrus (û-c^T^u.aTajï'jë)ava). Il parait cependant qu'ils n'en portaient pas pendant l'offlce; sur les monuments on trouve les prêtres représentés nupieds. Chez les prêtres hébreux il n'est jamais question de sandales, et il est certain qu'ils n'en portaient pas dans le temple ; car c'eût été profaner le lieu saint '.
Il nous reste à ajouter quelques détails sur les revenus des prêtres , qui, appartenant à la tribu de Lévi, n'avaient pas de part dans la distribution des terres de Canaan. Sur les quarante-huit villesdonnées aux lévites, un certain nombre devait appartenir aux prêtres, et plus tard on leur en donna treize^. Ils avaient la centième
' Voy. Exode, 3,5; Josué, 5, 15.
* Selon le livre de Josué (21 , 4), ce fut Josué lui-même, qui, assisté du grand prêtre Éléazar, Ut ainsi le partage des 48 villes. Mdis les descendants d'Aliron ne pouvaient pas alors être assez nombreux pour occuper 13 villes. Il paraîtrait donc que l'auteur du livre de Josué attribue à ce chef ce qui, en réal'té, ne se fil que beaucoup plus tard. Il €Sl à remarquer que les 13 villes étaient toutes 12* Livraison. CPalesti>e.)
partie de tous les produits du pays soumis à la dîme; car les lévites leur payaient la dime de la dime (Nombres 18, 2(i). Ils recevaient en outre: i" les prémices des récoltes de blés et de fruits qu'on présentait devant le sanctuaire avec un cérémomal particulier (Deut. 26, 2, etc.); 2" celles des objets préparés pour la consommation, tels que le vin, l'huile, la farine , la pâte
(ib. 15, 20; 18, 8, etc.); 3° celles de la tonte desbrebis (Deut. 18, 4); la quantité de toutes ces prémices n'était pas fixée, mais , selon la tradition, celles des produits de la terre devaient en formerau moins la soixantième partie; 4° tout ce qui par un voeu avait été consacré à Dieu (Nombres, 18,14); 5° certaines restitutions et amendes payées par ceux qui avaient porté atteinte à la propriété, appartenaient aux prêtres, si la personne lésée n'existait plusetn'avaitpas laissé d'héritiers (Nomb. 5,8); 6° l'argent provenant du rachatdespremiers-nésdes hommes et des animaux impurs; 7" l'épaule (droite) , l'estomac et la mâchoire des animaux tués pour l'usage des propriétaires. Outre ces revenus, dont les prêtres pouvaient faire part à leurs familles, ils jouissaient encore de certains objets sacrés qu'ils devaient consommer devant le sanctuaire , par exemple: la chair des sacrifices de péché et de délit, à l'exception des parties grasses qu'on brûlait sur l'autel ; la poitrine et l'épaule droite des sacrifices pacifiques ; la peau des holocaustes; toutes les offrandes publiques et privées, dont une portion seulement se consumait sur l'autel '.Les prêtres étaient en outre exemptés des services militaires et des impôts. ?.
Le grand prêtre participait à tous ces revenus, destinés primitivement par la loi à Jhron et à ses enfants (Nombres, 18,8); mais quoique le texte de la loi ne lui accorde sous ce rapport aucune prérogative, il était probable-
situées dans les alentours de Jérusalem, ce qui nous indique une époque où celle ville était déjà destinée à recevoir le sanctuaire central.
' Voy. ci-dessus , page 163.
ment inioiix flot rquo les antres pr^'tres. Selon les rabbins, ildivait jouir d'une fortune en rapport avc'e son rang élevé etétre leplus rielie de tous les prêtres ; s'il ne l'était pas ,'la caste était obligée de lui créer une position opulente".
Ce qui prouve que, sous les rois, le grand prêtre occupait une position brillante, c'est que les princesses royales ne dédaignaient pas sa main'.
Les charges imposées au peuple pour soutenir les lévites elles prêtres pourraient paraître exorbitantes , surtout s'il est vrai, comme le dit la tradition, que les frais des sacrifices publics et de l'entretien du sanctuaire n'étaient pas à la charge de la classe sacerdotale, et que chafjue homme audessus de vingt ans , riche ou pauvre, payait pour cet effet une contribution d'un demi-sicle par an ^. En effet, d'après le livre des Nombres (3 ,39), la tribu de Lévi comptait, du temps de iMoise , 22,000 mâles âgés de plus d'un mois, ce qui peut faire supposer tout au plus 12,000 adultes au-dessus de vingt ans. Or, toutes les autres tribus ensemble comptaient à la même époque 603,550 hommes âgés de plus de vingt ans ; ainsi , si toutefois les nombres sont exacts , les lévites auraient formé environ la cinquantième partie de toute la nation, et cependant ils retiraient la dixième partie des revenus, sans parler de la seconde dîme, de tout ce que prélevaient les prêtres, et des quarante-huit villes ou bourgs que possédait la tribu de Lévi, avec une campagne de deux mille coudées à
' Vov. Seklen, De Si/nedriis, p. III9.
2 Voy. 2 Rois , 1 1 , 2 ; 2 Chron. 22 , i (.
3 Le texte de l'Exode (ch. 30, v. 12 — 16) ne dit pas positivement que cette contribution d'un clemi-sicle par tète, payée lors de la construction du Tabernacle , (levait se renouveler chaque année, mais il est certain que plus tard les paroles de Moïse furent interprétées dans ce sens (2 Chron, 24,5). Le livre de Néhémia (10, 33) parle d'un tiers de sicle par an ; peut-être la valeur du sicle avait-elle change. A l'époque gréco-romaine , cet impôt fut évalué a deux drachmes (Voy. saint Matthieu, 17, 24), qui devaient être payées même par les Juifs établis dans les pays étrangers. Voy. Joséphe, Antiqii. XVIII , 9 , I; Guerre des Juifs, VII, 6,6. — Sur cet impôt, en général, on peut voir Selden, I. c , p. U34 et soiv.
l'entour de chaque ville. Nous devons avouer qu'il est difficile de justifier complètement ces dispositions de la loi mosaïque, surtout si l'on réfléchit que, d'après cette loi elle-même, les Hébreux ne devaient avoir d'autres ressources que l'agriculture, base de toute la constitution'. Mais il faut considérer les institutions des Flébreux relativement à celles des autres peuples et aux usages depuis longtemps établis. En Egypte, la caste sacerdotale, selon Diodore (1,73), avait le tiers des terrains et était libre de toute imposition ; outre cela, chaque temple avait ses terres et ses revenus particuliers et nourrissait abondamment ses prêtres avec leurs familles, de sorte qu'ils ne dépensaient rien de leurs propres revenus . comme leditHérodote(lI,37). D'un autre côté, la Genèse nous apprend que, depuis .foseph, les agriculteurs payaient au roi le cinquième du revenu total. Chez les Indous les impôts variaient selon les temps et les circonstances ; les Brahmanes recevaient quelquefois plus de la troisième partie du revenu du pays » , et l'impôt payé aux rois
' M. Salvador, dans son Histoire des institutions de Moïse ( t. I , p. 2.ï3 et suiv. ) , a soutenu , en .s'appuyant sur des calculs erronés , que la tribu de Lévi ne retirait que la dix-septième partie des revenus. Il a d'abord supposé que la dime de la troisième année, partagée entre les lévites et tous les nécessiteux, était la première dlme , de sorte que celle-ci n'aurait été payée en totalité aux lévites que dans la première et la deuxième année de l'époque triennale; mais le fait est qu'il s'agit ici de la seconde dime, comme l'ont bien vu les commentateurs, et comme il résulte clairement du texte môme, ou ce règlement concernant la dime triennale se trouve à la suite de la loi qui parle de la seconde dime , à moins qu'on ne veuille , avec quelques commentateurs , admettre une troisième dime. M. Salvador déduit ensuite la septième année, où les lévites ne recevaient pas de dime; mais aussi dans la septième année il n'y avait pas de revenu. — Une au tre supposition, d'après laquelle les 4S villes n'auraient pas appartenu , en toule propriété , aux lévites, est également sans fondement; du moins est-il certain que, dans l'intention du législateur, ces villes devaient appartenir à la tribu de Lévi.
' Voy. Le thpâtre de Vidolâtrie ou la porte ouverte pour parvenir à la cognoissance du paganisme caché , par Abr. Roger; ^mst. 1670, ia-i", première partie, ch. 6.
pouvait s'élever, en temps d'uriïeiice, jusqu'au quart du revenu '. A côté de ces énoriniiés les dîmes et prémices, seuls impôts réguliers que connaisse la loi de Moïse, paraîtront peu de chose. Quant aux autres contributions sacrées, elles étaient, en grande partie, volontaires, et les impôts civils que nous trouvons plus tard chez les Hébreux n'existent pas dans la constitution de Moïse. Ce législateur, eu instituant les dîmes , profita d'un usage qui remonte jusqu'aux patriarches ' , et qu'on trouve aussi chez les autres peuplesdel'antiquité , alin d'assurer à la tribu de Lévi, exclue du partage des terrains , une position indépendante et non pas une prépondérance ruineuse pour les autres tribus. La dîme devait être payée à •Téhovah, le roi invisible, qui la céda aux gardiens de ses lois et aux ministres de son culte. La tribu de Lévi ne devait pas s'occuper de l'agriculture, pour se consacrer entièrement au service de Dieu, et la loi lui accorda beaucoup pour lui assurer, dans tous les cas, le nécessaire; car nous voyons clairement par plusieurs passages du Deutéronome, où les lévites figurent a côté des pauvres, que le législateur ne comptait pas beaucoup sur le payement exact des dîmes , et il reconimande souvent les lévites à la générosité des propriétaires. En outre, la tribu de Lévi formait la classe des savants de profession; l'étude de la loi était pour elle un devoir et elle devait rendre, sous le rapport intellectuel, de grands services que la nation pouvait toujours réclamer sans rétribution spéciale. Si plus tard l'avidité sacerdotale a dénaturé les intentions du législateur, il ne faut pas reprocher à celui-ci ses belles illusions, et il faut reconnaître du moins qu'il a agi avec un grand désintéressement, en reléguant ses enfants dans îes humbles rangs des simples lévites , et qu'il a prévenu les abus du pouvoir sacerdotal en ouvrant à tout Hébreu
' Lois de Manou,X, I20.
* Voy. Genèse, a, 20; 28 , 22.
le sanctuaire de la loi et en préparant la voie à un nouveau pouvoir intellectuel, celui des prophètes.